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Ciel obscurci pour le secteur du tourisme golfique en France en 2020

A quelques jours d’un déconfinement progressif de la population française, y compris les golfeurs, et les golfeuses, les régions et les golfs tournés ver l’accueil de touristes étrangers, les « incoming » appréhendent le maintien des frontières fermées, et redoutent les conséquences économiques catastrophiques d’une saison blanche. Du Nord au Sud, d’Est en Ouest, en seulement quelques semaines, les pertes d’activités se chiffrent déjà en millions d’euros. Pour ces parcours, parmi les fleurons de la filière golf et tourisme, la période qui s’ouvre est celle de tous les dangers.

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Le tourisme est un secteur économique majeur pour la France

En 2017, le tourisme représentait déjà 7,2% du PIB de la nation, et l’objectif clairement affiché était d’accueillir 100 millions de touristes… en 2020.

Leader mondial pour le nombre de touristes internationaux avec 87 millions d’arrivées en 2017, puis 89 millions en 2018 (source : L’écho touristique), la France avait néanmoins encore de nombreux gisements inexploités, et notamment pour transformer plus d’arrivées, en plus de chiffres d’affaires.

Paradoxalement, si la France est la destination numéro un dans le monde, elle n’est pas à la première place pour les revenus générés par le tourisme, distancée par des pays comme l’Espagne.

En 2018, le chiffre d’affaires du tourisme en France pouvait être évalué à 56 milliards d’euros, en progression de 5%.

Une année qui avait pourtant été durement marquée par les gilets jaunes, un mouvement qui aurait coûté près de 850 millions d’euros au secteur de l’hôtellerie et de la restauration. (Source : L’écho touristique)

L’objectif de 2020 partagé par l’Etat avec l’organisme Atout France était donc de monter à 60 milliards d’euros.

Le golf faisait partie de l’équation, bien que dans ce domaine, nombre des acteurs du tourisme golfique témoignent du fait que l’on pourrait faire encore mieux, rappelant qu’un touriste « golfeur » dépense en moyenne quatre à cinq fois plus durant son séjour en France, par rapport à un touriste « non-golfeur ».

Ces chiffres, ces ambitions, et ces axes d’améliorations, cela était avant la crise du coronavirus.

D’un secteur dynamique à un secteur à sauver

Avec le confinement, et la fermeture de l’espace aérien, le tourisme vers la France a été jeté du jour au lendemain dans le néant, et pour une durée indéterminée, ce qui pourrait presqu’être le plus gros problème.

Selon un article de Tourmag.com, un Conseil interministériel du tourisme se tiendra le 14 mai, pour notamment préciser et confirmer les mesures de soutien à l'industrie du tourisme, une nécessité dont la France ne pourra pas faire l’économie, pour soutenir les restaurants, cafés, hôtels, et plus généralement, toutes les entreprises du secteur du tourisme, de l’événementiel, du sport et de la culture.

Ce plan devrait assurer la possibilité de recourir à l’activité partielle après la reprise de l’activité pour ces secteurs.

Les conditions d’accès au fond de soutien seront aussi élargies aux entreprises des secteurs concernés, et ayant jusqu’à 20 salariés et réalisant 2 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Le plafond des subventions pouvant être versées sera porté à 10 000 euros.

Pour un golf, sachant que les pertes se situent entre 175 et 350 000 euros pour la seule période mars-avril, 10 000 euros, cela pourrait être largement insuffisant.

Il faudra alors aussi compter sur une exonération de cotisations sociales applicable aux très petites entreprises (TPE) et aux petites et moyennes entreprises (PME) de ces secteurs.

Mesure qui s’appliquera automatiquement à toutes ces entreprises, qu’elles aient déjà acquitté ou non leurs cotisations.

Ainsi, l’Etat a entendu ou en partie entendu les acteurs du tourisme, et dans le golf, des intervenants spécialisés comme la Route des Golfs, partenaire de 4 régions en France (Provence-Alpes-Côte-D’Azur, Hauts de France, Normandie, et Paris Région).

Gilles Rubinstein a ainsi tenté d’attirer l’attention sur la situation dramatique « Nous sollicitons que l’Etat et les Régions puissent allouer, dans leur plan de relance du tourisme, une part visible de budget à cette filière tant sous forme de plans de communication que de subventions ou d’aides directes ou d’exonérations de charges, à ce secteur sinistré. »

Dans son communiqué, il ajoutait mi-avril « Plusieurs Régions ont fait logiquement le choix de considérer les golfs comme des acteurs actifs du tourisme en les intégrant depuis des années dans leur plan d’action et en mettant en place des outils dédiés tels que les Golfs Pass en Provence-Alpes-Côte d’Azur notamment. Il convient, dès lors, de poursuivre cette politique touristique et de prendre en compte la filière Golf dans le plan de relance du tourisme financé par l’Etat et les Régions de France. »

Toujours au cœur du mois d’avril, c’est le député des Alpes Maritime, Eric Pauget, qui est monté au créneau pour questionner le gouvernement sur les mesures prises pour soutenir les activités de plein air, le golf mais aussi la plongée sous-marine, le ski nautique, le canyoning ou les randonnées en Montagne.

Le déconfinement amorcé pour le 11 mai, la mesure sur la limitation de 100 kilomètres ne porte pas encore à l’optimisme pour une reprise d’activité normale pour les golfs qui travaillent aux green-fees, et notamment avec des touristes.

Claire Béhar, Directrice Générale du comité régional de tourisme Côte d’Azur, contactée par téléphone, précise notamment la spécificité pour sa région qui couvre de Saint-Tropez à Menton, soit un périmètre comprenant 25 golfs, et dont elle estime que les 18 trous accueillent jusqu’à 70% de joueurs de passages, français ou internationaux.

« Le golf est un vecteur d’attractivité pour la Côte d’Azur. Avec le golf de Cannes-Mandelieu, ouvert en 1891, nous avons un des plus ancien golf de France. Ce sport a la particularité de parfaitement rimer avec art de vivre, et élégance, en lien avec la Côte d’Azur.

Jusqu’au COVID-19, le golf était d’ailleurs pleinement intégré dans la stratégie de développement touristique.

« Nous avons trois principaux clusters : Le tourisme d’affaire, le tourisme culturel, et le tourisme sportif. A horizon 2025, notre ambition était d’accueillir 700 000 séjours. »

Il est vrai que la Côte d’Azur peut s’appuyer sur au moins 300 jours d’ensoleillement par an, et même travailler à « désaisonnaliser » ou étaler l’activité touristique sur avril à juin, et sur l’automne.

Avec le confinement, Claire Béhar estime la perte de chiffres d’affaire à 1,2 milliards d’euros de mars à juillet. « C’est énorme. Nous avons en même temps, un arrêt de l’offre et de la demande. » tout en précisant rapidement la véritable difficulté des golfs « Ils ont des charges qui continuent à courir, mais plus de recettes. »

Les golfs les plus exposés

A titre d’exemple, Jurgen Wondergem, le General Manager du Royal Mougins Golf Club, golf situé près de Cannes, estime les pertes autour de 360 000 euros pour le parcours, et à plus de 740 000 euros pour la partie hôtel et restaurant.

Son golf actuellement fermé pourra rouvrir si tout va bien le 11 mai, mais ne retrouvera pas immédiatement toute sa clientèle, dont une grande partie ne réside pas à l’année en France.

Le club ne compte pas moins de 40 nationalités parmi ses clients. Certains passent l’hiver en Afrique du Sud, et n’étaient pas encore rentrés au moment du confinement.

Pâques devait être le véritable coup d’envoi de l’année, d’autant que le club-house venait tout juste d’être rénové. « Nous avions bien travaillé sur le parcours, et étions optimiste sur cette nouvelle saison. Il n’y avait aucune raison de penser autrement. Le parcours était très bon. »

Le General Manager n’a pas caché que cette situation inédite allait faire beaucoup de mal au golf. Il a témoigné du fait qu’il n’avait pas encore obtenu de prêt garanti par l’état, et faisait justement appel au Médiateur de la République. « Les chiffres de l’année dernière n’était pas top, et notre holding est aux Pays-Bas. » tout en se montrant rassurant sur la pérennité du golf « Notre actionnaire fait le nécessaire. »

Impatient de voir surtout son golf pouvoir rouvrir « C’est difficile de comprendre pourquoi on ne peut pas jouer quand nous avons 60 hectares, alors que dans les supermarchés, les gens sont à seulement quelques mètres les uns des autres. »

Le golf va donc adapter sa stratégie commerciale à la reprise, et notamment plus se tourner vers le marché local (prix du green-fee 180 euros), plutôt que sur le marché américain, et notamment les croisiéristes qui pouvaient venir habituellement.

Scénario ressemblant de l’autre côté de la France, à Saint-Omer, où le directeur du Golf, Roger Mortier estime la perte d’activité à près de 175 000 euros entre le 15 mars, et le 11 mai, soit la seule période du confinement.

Ce dernier pouvait se réjouir déjà de pouvoir ouvrir aux clients franco-français « Dans un premier temps, les membres vont pouvoir rejouer dans leurs clubs »

Toutefois, il reconnait que la barrière des 100 kilomètres va être encore une entrave « ça nous bloque les parisiens qui pouvaient venir chez nous, mais aussi à Hardelot, Wimereux ou au Touquet. Cela va être compliqué pour les green-fees. »

Saint-Omer, c’est au moins 16 personnes à temps plein sur le golf, et 30 personnes de plus pour la partie hôtellerie/restauration.

« Le tourisme est vital pour un golf tel que le nôtre, et situé à 30 minutes du tunnel sous la Manche. »

Le Golf de Saint-Omer, pour le 18 trous, c’est environ 13 à 14 000 green-fees, dont 4500 anglais, 2500 belges, et 1500 néerlandais.

Désormais, l’objectif pour le directeur du golf « C’est de tenir, protéger les collaborateurs, et maintenir l’emploi. »

Il imagine pourtant perdre 7000 greens-fees, soit 50% de son activité au minimum.

Le directeur, en lien avec l’ADGF, veut tout faire pour respecter les règles sanitaires, beaucoup tourner sur le parcours. « Ce serait dommage de devoir reconfiner. »

D’autant qu’avant cette crise du COVID-19, le golf avait quelque peu réussi à tirer son épingle du jeu, et était légèrement en avance par rapport à 2019, ayant réussi à reprendre des touristes golfeurs anglais, estimant ne pas avoir eu un si fort impact négatif, et pourtant tant annoncé du Brexit.

Dans les tuyaux, il réfléchit à une cotisation demi-saison, et faire des offres de dernière minute.

Un risque de saison blanche, et des axes d’améliorations à apporter pour une éventuelle reprise en 2021

Aux premières loges du tourisme golfique en France, Olivier Odin, de Private Golf Key, une entreprise qu’il a créée en 2012, d’abord en vue de développer un service de conciergerie pour une clientèle internationale, et dans la perspective de la Ryder Cup 2018, notait justement que la France était plutôt en retard sur la question des structures d’accueil, pour une clientèle haut de gamme.

Pourtant « La France compte au moins 100 parcours « touristico-golfique » qui peuvent accueillir des internationaux ! »

Hier comme demain, il y a largement la possibilité d’organiser des prestations mêlant golf et art de vivre, et plus particulièrement l’œnologie.

De 2012 à 2018, son agence a connu une croissance soutenue, tandis qu’Olivier Odin notait bien un paradoxe « Nous sommes la première destination touristique au monde, et pourtant, à l’étranger, personne ne sait que la France a des golfs ! »

Sans parler de la crise du coronavirus, son analyse tient au fait que la France a du mal à se fédérer « Chacun agit dans son coin pourtant au niveau de la conquête du marché international, cela n’a pas de sens. »

Si cet entrepreneur distingue les faiblesses et les pistes d’améliorations du tourisme golfique en France, avec le COVID-19, il s’attend à une année blanche « Tout est annulé pour 2020, et notamment les séminaires d’entreprises. »

Il ajoute « J’ai au moins 500 000 euros de voyages reportés sur 2021. La question étant de savoir si les gens vont rebooker ou finalement pas. »

Olivier Odin estime avoir la trésorerie pour passer l’année, mais est frustré que plusieurs saisons d’efforts soient effacées ainsi.

Il espère une reprise pour avril-mai 2021 mais sans aucune certitude. « Nous ne sommes pas sortis de ce merdier tout de suite. »

Actif, il espère que cette crise obligera le secteur et les institutionnels à repenser le tourisme golfique en France. « Beaucoup de choses qui ont été entreprises avant ont été des échecs. Il faut pourtant mettre la France sous les feux des projecteurs, et continuer à promouvoir intelligemment notre destination. Nous avons deux parcours dans le top-100 international. Il faut communiquer. Il faut du budget. Mettre des outils en place, et inviter les bons tour-opérateurs et journalistes spécialisés à revenir chez nous. »

Il se veut plus offensif « Il faut inviter les gens qui produisent en France, et pas ceux qui produisent peu, comme on peut souvent le faire à tort. Il faut affecter les budgets sur les bonnes personnes. » Sur ce point, au moins, Il espère être entendu.

En attendant, il craint que le secteur soit sinistré, que les membres des golfs paient l’addition, et en particulier les golfs indépendants. « On ne pourra pas repartir sans se serrer les coudes. Tout le monde pilote pour l’instant à vue. Tant qu’il n’y aura pas de vaccin, je ne vois pas les américains, et les australiens revenir. »

A l’écouter, le golf n’est pas assez utilisé comme un pôle d’attractivité, et pourtant, c’est un gisement à exploiter, et notamment demain pour relancer le tourisme.

« Les Américains veulent jouer des parcours top-100 mondial. Les Européens veulent jouer des parcours top-100 européen… » La France dispose de golfs dans ces classements, et pourrait encore plus les valoriser.

Une éclaircie ? Le tourisme national…

Interrogée plus haut, Claire Béhar, directrice générale du CRT Côte d’Azur explique aussi vouloir relancer la clientèle de proximité, booster le pass Côte d’Azur, tout en reconnaissant que l’équation ne sera pas simple. Elle entend axer sa communication sur les réseaux sociaux (la page Facebook compte 670 000 abonnés).

Pour Pascale Coulon-Despières de l’agence Parcours-voyages, et dont l’activité se divise en 30% incoming via le site francegolfpackages.com, et 70% pour l’outgoing (touristes français partant à l’étranger), elle imagine compenser un peu la perte du incoming par un travail plus porté sur le marché français, et développer des offres packagées.

S’agissant du Incoming « Toutes les réservations sont annulées, et tout est reporté à 2021. C’est très pénalisant. Les petites agences vont avoir du mal à s’en remettre. Cette crise est une horreur au niveau commercial. » confirmant au passage le besoin de soutien de la part des acteurs spécialisés, et acteurs au quotidien du développement touristique.

Un discours de reprise, et de soutien qui se veut en partie porté par les CRT régionaux.

François de Canson, Président du comité régional de tourisme Sud (Provence-Alpes Côte d'Azur) joint par téléphone explique le contexte « Le chiffre d'affaires du tourisme dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur s'élève à 20 milliards d'euros. Le secteur pèse 13% du PIB de notre territoire et représente 143 000 emplois non délocalisables. Nous sommes au 2e rang national pour l'accueil des clientèles étrangères, au 2e rang pour le tourisme d'affaires et le tourisme est au 2e rang pour le poids de son économie. »

Il ajoute « Nous vivons dans une région bénie des dieux. Ce qui se passe aujourd’hui est une véritable hécatombe pour tous les secteurs dépendants du tourisme, comme l’événementiel, le sportif ou la culture. »

S’agissant spécifiquement du golf, il ajoute « Le CRT fait déjà la promotion du golf depuis le début des années 2000. Nous avons développé un Pass Provence qui permet de jouer dans 28 golfs en Provence, avec des tarifs préférentiels pouvant accorder jusqu’à 30% de remise sur les green-fees. »

Et illustre le poids de la filière « C’est calculé autour de 5 millions d’euros. » Dans la foulée de l’entretien, il communiquera le chiffre de « 300 000 green fees vendus à des touristes ».

Pour la suite, il évoque déjà les contours de l’action à mener pour sauver l’offre, et relancer la demande, et déjà intérieure « La Région Sud Provence-Alpes-Côte-d'Azur se projette dans la reprise de l'activité touristique. S'il est encore difficile d'anticiper le moment exact où elle interviendra, le Comité Régional du Tourisme et la Région ont d'ores et déjà mis sur pied une campagne nationale pour un montant de 2 millions d’euros. Objectif : inviter les Français et habitants de la région à venir en Provence-Alpes-Côte d'Azur. »

Ce premier exemple illustre la mise en route des plans de soutiens en faveur du tourisme, un secteur clé pour l’économie française, et à en juger par les chiffres mis en avant par les différentes personnes citées dans ce dossier.

Le 14 mai, le plan de soutien annoncé devrait préciser la dimension des aides possibles pour le secteur, et les golfs espèrent y être pleinement intégré.

Souvent considéré comme des acteurs riches, les golfs sont au contraire plus souvent des structures avec une économie complexe, pour ne pas dire fragile.

Les intervenants soulignent l’importance des golfs dans le tourisme, et le sentiment, c’est qu’ils pourraient être encore bien plus utilisés demain, pour permettre d’atteindre les objectifs d’une plus grande consommation des touristes sur le territoire national.

L’urgence est d’abord à sauver l’offre, et ensuite relancer la demande, nationale puis internationale, tout en naviguant à vue. L’équation à résoudre est complexe. Pour l’heure, impossible de faire un pronostic sur l’issue économique de cette crise…

Crédit photo : Iam Anupong, Massimo Santi, Fabienne Lefevbre, Camille Morenc

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