Rory McIlroy tire à boulet rouge sur l’USGA et son rapport sur la distance

Alors que les instances dirigeantes du golf ont récemment annoncé être entrées dans la dernière phase de leur réflexion sur la problématique posée par les gains de distances, et notamment en raison du matériel de golf sur le jeu, et les parcours, l’ancien numéro un mondial Rory McIlroy s’est exprimé sur le sujet, et n’a pas mâché ses mots. Il s’est posé en défenseur des 99.9% de golfeurs amateurs pour qui le premier problème est déjà de lever la balle !

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Quelques heures avant de démarrer son tournoi du Waste Management Open disputé sur le parcours de Scottsdale en Arizona, Rory McIlroy tenait une conférence de presse, et immanquablement, il a été interrogé sur l’actualité brûlante du moment : La phase finale ou dite de solution enclenchée par l’USGA et le Royal et Ancient, à propos des performances de la balle de golf.

Un an après avoir diffusé son rapport sur la distance dans le golf avec la volonté affichée de mettre en cause les performances des meilleurs golfeurs de la planète, les instances dirigeantes continuent de mettre la pression sur la filière, avec l’annonce imminente de mesures restrictives à venir.

Une fois n’est pas coutume, Rory McIlroy, le meilleur porte-parole des golfeurs professionnels, sans en avoir le titre officiel, n’a pas mâché ses mots pour dire tout le mal qu’il pensait de ce dossier.

« Personne ne m’a jamais interrogé sur la question du matériel »

A lire sur son visage, à écouter le ton de sa voix, on pouvait clairement distinguer un mélange de déception et de colère froide.

Devant les journalistes américains, micro ouvert, le Nord-Irlandais n’a pas donné dans l’habituelle langue de bois trop souvent présente dans le milieu du golf, professionnel ou amateur.

« Je pourrai répondre à vos questions sur ce sujet pendant une journée entière. »

Les journalistes ne se sont pas fait prier plus longtemps, et McIlroy n’a pas reculé.

« Eh bien je pense que les autorités (USGA et R&A) regardent le jeu sous un angle vraiment très microscopique. Ils essaient de changer quelque chose qui concerne moins de 0.1% des golfeurs dans le monde. Plus de 99% de la communauté des golfeurs jouent pour le plaisir et s’amuser. Ils n’ont pas besoin qu’on leur dise quelle balle ou quel club ils devraient utiliser »

Il poursuit « Nous devons tout faire pour rendre ce jeu plus facile, et le plus abordable possible pour la majorité des golfeurs. »

Plus percutant encore, et pas loin de dire tout haut ce qu’une majorité d’amateurs exprime déjà, il surenchérit « Honnêtement, je pense que le rapport sur la distance a été une immense perte de temps et d’argent, et je pense que cet argent aurait mieux été employé pour créer de nouveaux golfeurs, pour attirer des enfants, et s’intéresser aux minorités. »

Pas du tout convaincu par les propos de Mike Davis (Président de l’USGA depuis 2016) notamment, il se montre clairement en opposition « J’ai entendu Mike Davis dire quelque chose sur le fait qu’il essayait de protéger le jeu pour la prochaine centaine d’années. Ce n’est pas la bonne manière de s’y prendre. C’est tellement une petite vue, et en plus inconséquent en comparaison des autres sujets importants qui arrivent en ce moment sur le jeu. Je veux parler de ce qui concerne les racines profondes de notre jeu. »

Il complète « Notre enjeu, c’est d’amener plus de nouvelles personnes à s’engager envers le golf. C’est ce à quoi ils devraient réellement s’intéresser, et dépenser de l’argent dans ce but, et non pas dans un quelconque rapport sur la distance. »

De là, l’ex-numéro un mondial, et golfeur le plus audible sur ce sujet a été interrogé sur le fait de savoir s’il serait plus favorable à des règles locales ou des règles différentes pour les pros.

Il a répondu « Je serai tout à fait en phase avec cela. Si vraiment, ils veulent rendre le jeu plus difficile pour les pros, ils peuvent intégrer plus de défis sur les aptitudes dans le jeu. Pour cela, je dis oui, je serai complètement en phase, et tout simplement, parce que ce serait au bénéfice d’un meilleur jeu, ce qui correspond tout à fait à qui je suis. »

Il continue son argumentation « Peut-être qu’ils pensent à des règles locales ou peut-être à une sorte de bifurcation entre le monde professionnel, et le monde amateur, mais c’est tellement une portion si petite du golf… Le jeu de golf est tellement plus grand que le monde professionnel. »

Le pro entend relativiser la part du golf professionnel dans le jeu, et au contraire, rappeler que la part qui compte vraiment, la plus importante, c’est celle des amateurs. Il invite les autorités à se concentrer sur cette partie.

Pour McIlroy, la moins pire des décisions pourrait concerner une règle sur l’équipement différente pour les professionnels, et aucune mise en cause pour l’équipement des amateurs.

Je rappelle que Ian Poulter avait récemment fait une proposition pleine de bon sens à propos des lofts de drivers, en limitant les clubs avec un loft pas inférieur à 8,5 degrés.

Cette idée, sans doute et de loin la meilleure, expliquait la relation évidente entre vitesse de swing très élevée, et optimisation de la distance par l’angle de lancement.

Par exemple, Bryson DeChambeau utilise des drivers pouvant descendre jusqu’à un loft de 4.5 degrés, étant donné sa vitesse de swing au drive de plus de 133 mph (214 kmh), et pour laquelle, dans le but d’optimiser la distance, il doit descendre l’angle de lancement à un niveau très bas, pour éviter le ballonnement de ses balles, et un excès de spin.

Très peu d’amateurs seraient impactés par une telle mesure sur la limitation des lofts, mesure qui finirait par décourager les longs-frappeurs.

Cependant, par le passé, les autorités ont déjà prouvé qu’elles étaient complètement allergiques à l’idée de créer des règles différentes entre monde professionnel et amateur. Il faut craindre qu’une fois encore, elle ne déroge pas à cette règle.

Le monde du football a longtemps résisté à la mise en place de la VAR (vidéo pour assister l’arbitrage pendant les matchs), en arguant justement que ce serait une distorsion entre le monde professionnel, et amateur.

Aujourd’hui, cette distorsion existe finalement, et personne ne semble s’en plaindre réellement, et au-delà des sempiternelles polémiques habituelles sur l’arbitrage.

Résolument solidaire des amateurs, McIlroy considère néanmoins que cela ne serait pas la plus mauvaise décision « S’ils veulent vraiment rendre le jeu plus difficile pour nous, et rendre à haut niveau, le jeu encore plus une affaire d’aptitudes, je suis OK pour cela. »

Continuant à charger les autorités comme rarement, McIlroy a voulu expliquer que de toute façon, les fabricants trouveront des moyens de les contourner, parce qu’il ajoute « C’est justement en quoi ils peuvent être bons. »

Tout au long de cet entretien, McIlroy n’a donc pas épargné les instances en appuyant où cela peut potentiellement faire mal. « Nous avons besoin de plus de jeunes, plus de minorités. C’est comme cela que nous protégerons le jeu pour les 100 prochaines années, et non en se préoccupant de la balle. C’est mon point de vue, et pour cela, je risque d’avoir des problèmes, mais c’est le risque d’exprimer un point de vue personnel. »

Sans le besoin de changer les batteries des caméras, l’entretien aurait pu encore continuer, et le joueur de se livrer, entre amertume, et colère, sur la menace qui plane sur 65 millions de golfeurs dans le monde, une balle de golf contrainte de moindre performance.

Malgré tout, ce serait tout de même un coup dur pour les équipementiers qui inventent chaque année des trésors d’idées marketing pour tenter d’expliquer des améliorations de performances, et qui dans ce cas, seraient confrontés à justifier des distances en baisse.

McIlroy a certainement parlé avec son cœur, et certainement sans aucune arrière-pensée en faveur de son contrat ou des marques.

Il a pris une position partagée par un grand nombre de golfeurs professionnels et amateurs, même si Nicklaus et Woods, eux portent une autre vision sur ce sujet spécifique, et voulant prendre la défense des parcours.

Effectivement, dans certains cas très spécifiques, il ne sera plus possible de pousser les tees de départs en arrière. Cependant, pour 99,9% des amateurs, la longueur actuelle des parcours est déjà un problème difficilement solutionnable.

Pour avoir récemment joué le parcours de Dubaï Creek à plus de 6200 mètres (équivalent boules blanches en France), avec certains par-4 où malgré un premier drive à 250 mètres, il me restait 190 mètres pour toucher un green extrêmement bien défendu, on peut légitimement se demander ce que les législateurs ont bien en tête, et sur quels parcours ils jouent !

Réduire la performance de la balle alors que le jeu de golf est de toute façon extrêmement difficile, et n’est pas qu’un jeu de distance, ce n’est pas connaître la réalité du golf pour tous ceux qui essaient péniblement de jouer 80, 90 ou 100 coups au-dessus du PAR.

Crédit photo : Brian Rothmuller/Icon Sportswire

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Commentaires   

golfnswing@gmail.com
0 #1 Distancegolfnswing@gmail.com 09-02-2021 00:38
McIlroy a complètement raison. Maintenir à tout prix les même règles pour les oiseaux et les poissons est d'une totale absurdité.

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