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Rory McIlroy répond à nos questions sur sa forme et ses objectifs de fin de saison

C’est un Rory McIlroy détendu et sur un petit nuage qui s’est présenté à nous pour la traditionnelle conférence de presse de pré-tournoi, à Crans Montana, pour l’Omega European Masters 2019. Seulement quelques jours après avoir remporté le Tour Championship à Atlanta, il a admis qu’il y avait bien un petit choc visuel entre les deux environnements. Cela ne l’a pas empêché de répondre en exclusivité à nos questions sur ses objectifs, l’importance des victoires en majeurs, le calendrier du tour. Ses réponses ont été sans détours, pour un sujet exclusif et exceptionnel pour JeudeGolf.org et JeudeGolf.tv, seul média français présent.

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Crans-Montana, c’est peut-être l’endroit idéal pour faire sa rentrée après un événement telle qu’une victoire à la Fedex Cup !

Rentrée ? En moins de 48 heures, McIlroy a traversé l’Atlantique pour honorer son engagement auprès de son sponsor personnel, Omega, et aussi vis-à-vis de l’European Tour qu’il voulait délaisser pour se concentrer sur le circuit américain.

Pour les fans de golf, cela vous aura peut-être sauté aux yeux, mais Rory sort d’une très grosse saison.

Il n’a certes pas remporté de majeurs, mais à fait preuve d’une régularité rare à très haut niveau, complétant 14 top-10 en 19 tournois, dont 3 victoires.

Avec Brooks Koepka, il est clairement le golfeur de l’année.

En 2016, j’avais déjà tenté de l’interviewer sans succès, et pourtant à l’occasion de l’Open de France.

Dans les coulisses des tournois, des relations des joueurs avec les médias, vous devez savoir que la France, la presse française est historiquement très minoritaire sur le circuit professionnel, en particulier l’European Tour.

Cela avait beau être l’Open de France à Paris, l’agent de Rory filtrait les questions de la part des journalistes anglais et américains, sans jamais donner la Parole au Figaro, l’Equipe ou encore Canal +.

Certains de confrères britanniques ne se contentent pas d’un Open une fois dans l’année. Ils suivent les joueurs sur tous les tournois, et ont développé une connaissance ou forme d’habitude avec les joueurs.

L’autre phénomène que je dois porter à votre connaissance, c’est aussi la déliquescence du métier.

Trois ans plus tôt quand j’étais venu pour la première fois à Crans, plusieurs journalistes français étaient présents avec moi, notamment Canal + et l’Equipe.

En 2019, le media center est toujours de la même taille, mais le nombre de journalistes présents sur place a fondu, et pas qu’à cause des français. Le tournoi peut faire illusion en donnant plus de place aux agences photos.

C’est la réalité d’un sport, d’un circuit, d’événements qui ne font plus recettes, et les organisateurs sont gravement coupables de cette situation d’effondrement du lien avec la presse, et plus généralement avec le public.

Coupable par méconnaissance du monde qui les entoure et incompétence. C’est aussi valable pour tous les tournois organisés en France, hommes et femmes. Je le vois depuis déjà plusieurs années.

Le monde a changé, les médias ont changé, la façon de travailler de la presse a changé. Les tournois de golfs fermés sur eux-mêmes ne l’ont toujours pas compris, à Paris, à Crans-Montana, et un peu partout ailleurs.

L’European Tour qui s’est organisé en son propre média a aussi contribué à détruire la presse golfique, pour son seul profit.

Il ne suffit plus de donner un gros chèque au vainqueur pour créer du lien et de l’intérêt autour des tournois de golf professionnel, et même si jeudi, les parkings de Crans-Montana étaient pris d’assaut pour justement suivre McIlroy sur le parcours, un événement en soi.

Toujours est-il que cette situation sourit à ceux qui font l’effort financier d’être présent.

Cela explique aussi pourquoi, dans ce contexte, cette fois, j’ai pu poser directement quatre questions à Rory, et qu’il m’a répondu directement, les yeux dans les yeux.

Il est loin le temps, où toujours à Paris, son caddie m’invitait à m’éloigner de son espace de practice alors que je le shootais dans tous les sens à deux mètres.

La veille, je m’étais fait « repérer » par la responsable presse du tournoi, en posant des questions pertinentes à Tommy Fleetwood, alors qu’un confrère d’un magazine sur la mode et le golf croyait s’illustrer en l’interrogeant sur sa coupe de cheveux. En posant 3 questions centrées sur le jeu de golf, je m’étais finalement distingué !

Le lendemain, j’étais même gentiment réquisitionné pour interviewer Sergio Garcia, et donc ensuite Rory.

C’est un autre trait qui révèle la descente aux enfers du métier de journaliste golfique, clairement en voie de disparition.

Les anciens ne sont pas remplacés, et certainement pas par les bloggeurs, ou ceux qui de chez eux, qu’on ne voit jamais sur le terrain, vous vantent l’intérêt de leur nouveau média qui n’a en fait rien de nouveau.

Pour petit rappel, JeudeGolf aura 10 ans l’an prochain. Pour vous délivrer les propos de Rory, je souhaitais vous faire part du contexte, et des réalités pour arriver jusqu’à Rory. Cela n’a rien d’anodin ou de facile. Il faut des années pour devenir un professionnel dans son métier.

Dans le cadre d’une conférence de presse, il est de coutume de lancer l’interview par une première question de l’organisateur, et notamment sur la présence du joueur pendant le tournoi.

Rory, détendu, et je dirai même très différent du Rory de l’Open de France 2016, comme je pourrais en juger quelques minutes plus tard en réponse à ma question sur ses objectifs en majeur, a commencé par apprécier le fait de respirer l’air de la montagne.

« J’ai toujours aimé passer du temps ici à Crans. J’ai eu des bons et des moins bons souvenirs à Crans, notamment pour ma première année sur le tour.

C’est bon d’être de retour. C’est un parcours amusant. Il y a des restaurants merveilleux, pleins de choses à faire et à voir, et bien sûr, on va aussi essayer de jouer du bon golf. Oui, je suis content d’être de retour, de revenir ici. »

Son interlocutrice n’a alors pas manqué de le faire insister sur un souvenir de ses débuts sur le circuit…

« Oui, j’ai effectivement eu l’opportunité de gagner mon premier tournoi sur le tour ici à Crans. J’étais en tête avant le dernier jour. Je n’avais qu’un coup d’avance sur un groupe de joueurs. Je n’ai pas pu faire le PAR sur le dernier trou, et j’ai été finalement battu en play-off. C’est toujours pour moi, un événement que j’aurai aimé rejouer ou avoir un Mulligan, une seconde chance…Ce n’était qu’un coup ! La première fois où je suis arrivé ici, je suis tombé amoureux de l’endroit, les gens, l’atmosphère. »

« A l’évidence, au cours de ces dernières années, cela a été difficile de revenir ici pour des joueurs européens dont je fais partie, et c’est pourquoi, je suis content d’être ici cette année. »

« Pour ce dimanche, j’espère que j’aurais une autre chance. »

Question d’un journaliste Suisse : Depuis votre dernière visite, les greens ont beaucoup changé, en particulier 15 et 16…

« Oui, c’est un peu différent. Il y a eu beaucoup d’améliorations sur les 15 et 16. Sur le 15, vous pouvez un peu mieux voir le green, notamment depuis le deuxième coup, alors que c’était totalement en aveugle avant. La plus grosse amélioration concerne le 16. Jusque-là, c’était un par-3 assez moyen, et ils en ont fait un très bon par-3. Aujourd’hui, j’ai tapé un fer 6 pour être dessus. C’est un meilleur green avec deux plateaux. Il y a plusieurs possibilités de positions de drapeaux sur la partie arrière. C’est un trou plus difficile, mais dans l’ensemble, il est meilleur. Il est « Fair ». Vous êtes récompensé pour un bon coup.

Ma première question « Bonjour Rory, félicitations pour votre dernière victoire. Comment vous sentez-vous juste trois jours après ce moment énorme pour vous, c’était un pic de forme élevé. Pensez-vous être compétitif une deuxième semaine d’affilée ici ? »

« Oui, je l’espère. Je pense que oui. Je me sentais plutôt fatigué hier (mardi), mais je me sens beaucoup mieux aujourd’hui, et avec un peu de chance, encore une autre bonne nuit ce soir, et je pourrais être encore un peu meilleur demain. Mais bon, je me sens bien. A l’évidence, je joue du bon golf. Aussi longtemps que je pourrais garder mon énergie au niveau où elle doit être, je continuerais de bien jouer au golf, et me placer pour avoir une bonne chance ici, cette semaine. »

Question de Suzanne Kemper (SoCaliforniaGolf) : Que pensez-vous du nouveau format du Tour Championship et de la Fedex Cup ? Est-ce mieux ou moins bien ?

« Je pense que c’est mieux. Je pense que c’est un format plus simple pour les fans, et pour les joueurs à suivre. Vous voulez récompenser les joueurs qui ont bien joué tout au long de la saison, ou tout du moins d’avoir une chance de remporter la Fedex Cup. J’étais l’un de ses joueurs. En 2016, j’étais 6eme au classement avant le tournoi, alors que cette année, j’étais cinquième.

Vous savez quand le lundi, non pardon, le jeudi, j’avais une impression bizarre, et puis finalement, le vendredi, cela paraissait un tournoi comme les autres. Je pense que cela marche bien.

Oui, le jeudi, cela paraissait un peu étrange, mais après, cela paraissait vraiment comme un tournoi normal.

Question de Suzanne Kemper (SoCaliforniaGolf) : Serez-vous à Kapalua en janvier prochain (tournoi des champions) ?

Je n’en suis pas certain d’où je vais lancer ma saison. J’ai encore une fin de saison assez chargée avec pas moins de 6 ou 7 tournois encore à jouer. Nous verrons. J’ai vraiment apprécier de jouer Kapalua l’an passé. C’était vraiment adorable pour démarrer l’année. Je n’ai pas encore pris de décision à ce sujet pour le moment.

Question d’un journaliste canadien : Comment arrivez-vous à vous relancer semaine après semaine ? Comment arrivez-vous à vous maintenir en forme ?

« Je pense que c’est la chose géniale avec le golf, il y a toujours une nouvelle semaine qui va venir, que vous gagniez ou que vous perdiez. A l’évidence, quand vous perdez, c’est plus difficile de se reconcentrer, et de recommencer. C’est une nouvelle semaine. C’est un endroit tellement différent… Les 24 heures que j’ai eu entre le moment de faire les valises, et le moment de me poser ici. C’est incroyable de penser que mes 24 dernières heures ont été marquées par ce truc dingue à Atlanta, et me poser ici pour être ici. Je pense que justement comme c’est très différent, c’est plus facile de se reconcentrer. Si après Atlanta, j’avais dû me rendre en Floride, cela aurait été un peu la même chose. Ici, dans les montagnes, je me sens forcément différent. Cette semaine, je vais mettre Atlanta dans mon dos, et puis quand j’aurai un peu de temps, je pourrai y repenser. Là, je dois me concentrer sur le fait de bien jouer. »

Question d’un journaliste suisse : Pensez-vous qu’il y a un risque de décompression ?

« Oui, il y a toujours un risque, surtout quand vous devez traverser l’océan Atlantique, et gérer le décalage horaire. C’est pourquoi quand je me suis levé hier, je me suis dit « ah, c’est pour cela que je ne veux pas faire cela si souvent ! » Le niveau d’énergie est alors un peu plus bas. Clairement, ce n’est pas la meilleure façon de préparer un tournoi, mais bon, parfois, vous devez le faire. Je pense que j’ai l’énergie nécessaire pour faire face à 4 ou 5 heures de plus sur le parcours. Comme je le disais, si j’arrive à garder mon énergie, je devrais être capable de me concentrer, et essayer de jouer du bon golf.

Ma deuxième question : Rory, c’est un peu une double question à propos des Majeurs. Le Masters a toujours été un objectif majeur pour vous. J’imagine qu’après deux Fedex Cup, autant de victoires, le Masters sera plus que jamais un gros objectif pour vous l’an prochain, et comment imaginez-vous rattraper Brooks Koepka en majeurs. Comment le battre ?

« Juste comme je l’ai fait dimanche ! Oui, je vais essayer de répéter cela dans les autres tournois. Concernant les majeurs, d’autant qu’il n’y en a que quatre par an, il faut relativiser. Nous jouons tous de même 25 tournois par an. Ce n’est pas comme si les 21 autres ne comptaient pas. Ce sont de gros tournois. Il y a beaucoup à faire pour les gagner. Je pense que les médias ont un peu tort de tant en faire sur les majeurs, car cela conditionne encore plus les joueurs. Cela entraîne un cycle perpétuel d’attention sur les majeurs. J’ai gagné des majeurs qui sont importants, et les plus gros tournois dans le monde. Cependant, vous ne pouvez pas discréditer les autres tournois à cause des majeurs. J’en ai aussi gagné. Au fil des années, j’ai rencontré des joueurs merveilleux et talentueux sur le tour. Certains n’ont jamais gagné de majeurs, mais doivent-ils considérer leur carrière que sous cet aspect ? Pour un joueur qui a gagné un majeur et puis rien d’autre ? Non, ils n’ont pas de raison de se dévaloriser ! Je pense que nous devons être attentif à toute l’histoire que nous faisons autour des majeurs, sinon, les gens ne vont plus être intéressés par rien d’autre. Ce n’est pas une bonne chose pour notre sport. Je pense que nous devons être vigilant avec cela, mais dans le même temps, je veux les gagner. Si je continue à jouer de cette façon, tôt ou tard, cela va finir par arriver. »

Ma troisième question : Est-ce que vous pensez que les tournois majeurs sont trop rapprochés dans le calendrier ?

Oui, si nous voulons que notre sport soit intéressant, pertinent sur toute une année, alors je souhaite que les majeurs soient plus écartés sur toute la saison.

Si vous prenez l’exemple du tennis, ils ont l’Open d’Australie en Janvier, et enfin l’US Open est en septembre, pratiquement 9 mois après. C’est une longue période au cours de laquelle, les majeurs sont pertinents. Et nous, nous avons des majeurs d’avril à juillet !

C’est vraiment très serré, très compact.

D’un point de vue du joueur, c’est chargé, c’est difficile…il y a beaucoup de golf. Maintenant, si on réfléchit tous ensemble sur comment rendre le jeu meilleur, faire que les gens apprécient plus de jouer au golf, et sur une période plus longue pendant l’année, j’aimerai voir le calendrier être plus détendu, et allongé dans le temps.

Question d’un autre journaliste : Pouvez-vous rester régulier sur les sept tournois à venir, avec en perspective la position de numéro un mondial ?

Je pense qu’à ce stade, Brooks a 3 points d’avances sur moi. Je ne sais pas si cela pourra être atteignable avec les tournois qu’il me reste, d’autant que Brooks va jouer quelques tournois dans sa « off-season » sur le PGA Tour.

Mais bon, c’est clairement un objectif que de se rapprocher, que de continuer à bien jouer. Il y a plus de points en jeu cette semaine par rapport aux années précédentes, et puis il y a le WGC qui arrive. Il y a encore des points à prendre, et c’est mon enjeu pour cette fin d’année que de me rapprocher le plus possible de ce rang de numéro un mondial.

Question de Suzanne Kemper (SoCaliforniaGolf) : Encore des compliments pour tous les top-10 que vous avez obtenu cette année. Est-ce que cela est imputable aux changements que vous avez opéré sur votre calendrier ?

Oui, je pense qu’effectivement moins de voyages a beaucoup à voir avec ma forme. Je me suis réveillé hier avec la sensation « Mais où suis-je ? ». Ce n’est pas la meilleure façon de se préparer pour un tournoi. Donc, oui, je pense que c’était une bonne chose que de se concentrer seulement sur le PGA Tour pendant les premiers 8 mois de l’année, et maintenant tourner mon attention sur le circuit européen pendant les 4 derniers mois.

Le circuit européen a beaucoup de gros tournois qui sont programmés à la fin de l’année. Les années passées, je faisais beaucoup d’aller-retour au-dessus de l’océan en cours de saison. Ce n’est juste pas la meilleure façon de préparer un tournoi, et être prêt à jouer. Oui, je pense que mon calendrier a été pour partie l’explication de ma régularité. Je pense que j’ai eu plus de stabilité ainsi, et en rentrant à la maison en Floride…

Question de Suzanne Kemper (SoCaliforniaGolf) : Pas de changements sur le swing ou quelque chose d’autre… ?

Non, non… j’ai peut-être même pensé un peu moins à mon swing.

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