Rory McIlroy : Faire moins d’erreurs pour retrouver mon meilleur golf

Fin 2019, le golfeur nord-Irlandais, Rory McIlroy dominait son jeu, et le classement mondial. Nommé « Joueur de l’année », tout semblait lui réussir. Victorieux de quatre tournois, dont le Tour Championship, et le Player Championship, il recevait légitimement des éloges en même temps que des questions sur une prochaine victoire au Masters à Augusta. Depuis l’interruption du PGA tour au Printemps 2020, et surtout la reprise, il semble avoir été coupé dans son élan, et alors que le Masters se profile justement, son niveau de jeu n’inspire pas la même confiance, et lui-même laisse exploser sa frustration sur le parcours…

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Premier tour du Zozo Championship 2020, délocalisé exceptionnellement sur le parcours de Sherwood aux Etats-Unis, Rory McIlroy rend une carte de 73, et se fait surtout remarquer pour avoir casser volontairement un club de golf, en plein parcours.

Le nord-Irlandais n’avait plus cassé de club depuis longtemps, ou laissé échapper un moment de frustration aussi spectaculaire, depuis son lancer de club, au Doral, en Floride, à l’occasion d’un championnat du monde de golf, en 2015. C’était il y a 5 ans, et depuis McIlroy ne s’était plus vraiment illustré pour un geste d’humeur.

Interrogé après cet incident, il avait concédé que ce n’était ni la première fois qu’il cassait un club, ni la dernière.

Cet incident bénin pour un golfeur professionnel est cependant révélateur d’une tendance de fond concernant l’ex-numéro un mondial, et qui depuis la reprise du PGA Tour peine à retrouver le niveau de jeu exceptionnel qui avait été le sien, tout juste un an plus tôt.

A quelques jours d’un Masters d’Augusta décalé exceptionnellement en novembre, et en raison de la pandémie de Coronavirus, difficile de l’imaginer en mesure de remporter le seul majeur qui manque encore à son palmarès.

Pour sa déjà 12eme participation, l’expérimenté McIlroy peut toutefois renverser la tendance. L’an passé, les chroniqueurs estimaient qu’il avait connu un important pic de forme, trop tôt dans la saison, et n’avait pas pu contester la victoire au Tigre.

A l’inverse, cette saison, McIlroy est à la recherche de sa meilleure forme, et n’a pas laissé transparaître des indices qui pourraient laisser croire qu’il peut dominer.

Cela étant, le tracé du parcours d’Augusta convient très bien à son jeu. Personne n’imagine même que Rory McIlroy puisse terminer sa carrière professionnelle sans jamais revêtir au moins une fois la veste verte du vainqueur…

Pourtant, Rory n’a plus remporté de majeur depuis déjà 2014, et près de 6 ans, une éternité pour celui qui peut être considéré comme le meilleur joueur de sa génération.

Que s’est-il passé en moins d’un an pour que la machine McIlroy se dérègle à ce point ?

Confronté aux meilleurs golfeurs de la planète dont Dustin Johnson, Brooks Koepka, Jon Rahm, Justin Thomas, et Bryson DeChambeau, McIlroy a toujours été poussé à ne pas rester sur ses acquis, en particulier le driving, et cherché à travailler ses points faibles, le petit-jeu, et le putting.

S’agissant du putting, McIlroy qui s’est même fait opérer des yeux, a réalisé des progrès significatifs, et cela a d’ailleurs concouru directement au fait de redevenir numéro un mondial, quelques semaines avant le confinement.

Aujourd’hui challengé par DeChambeau sur la vitesse de swing, les drivers avec un manche long de 48 inches, et donc la distance au drive, McIlroy ne semble pas s’affoler.

DeChambeau peut prendre de l’avance, ce n’est pas encore prouvé qu’il puisse gagner tous les tournois sur cette compétence, et d’ailleurs McIlroy, le meilleur driver des dix dernières années, n’a pas plus dominé le golf pour cette raison.

Interrogé à la fin de l’été sur les performances de DeChambeau, sans admettre être obsédé, McIlroy avait néanmoins commencé à hausser le ton au drive.

Avant la CJ Cup, il avait déclaré aux journalistes qu’il n’avait jamais déplacé son corps aussi vite, et par conséquent son club.

A 31 ans, McIlroy est clairement en très bonne forme physique, et avec le potentiel de frapper encore fort dans la balle pour un moment.

Son objectif du moment n’est pas de taper des balles à plus de 190 mph à chaque fois, en revanche il sait qu’il peut le faire quand nécessaire.

Au-delà des moyennes, DeChambeau a déjà été mesuré par le PGA Tour à 138 mph à sa vitesse maximum, et comparativement, McIlroy sait monter à 124 mph.

Son objectif n’est pourtant pas de rattraper DeChambeau en distance au drive, mais de mieux jouer globalement, et d’éviter les erreurs.

Il y a donc bien un nouvel écart en vitesse de swing, toutefois, au cours du dernier ZOZO Championship, McIlroy qui a terminé seulement 17eme du tournoi, s’est illustré pour un record de birdies.

Après avoir très mal démarré, et hypothéqué ses chances de victoires en seulement quelques trous sur le premier tour, McIlroy a délivré une prestation qui rappelle ses forces : Drives longs et droits, une habileté indéniable du tee au green.

Quand son putting est en place, il redevient rapidement redoutable.

Avant le Zozo Championship, il expliquait justement « Quand vous pensez trop à votre swing, vous devez justement vous évertuer à l’oublier, et vous concentrer sur le jeu. C’est d’autant plus difficile quand vous venez de passer deux semaines à vous concentrer sur la position de votre club dans l’espace, ou d’autres choses de cette nature. Cela prend du temps, et parfois même une semaine pour s’en sortir. »

Pour autant, c’est bien justement une des explications des contre-performances actuelles du nord-irlandais : Le jeu avec les fers.

Si le fait de casser un club de golf rappelle qu’il est humain (dixit Paul Azinger) « Il ne joue pas pour la seconde place, et nous rappelle que ses attentes sont très élevées », cela illustre qu’il commet actuellement trop d’erreurs pour gagner.

C’est d’ailleurs son principal objectif en vue du Masters. Pas de gagner en vitesse de swing, ou de faire plus de birdies, mais tout simplement, faire moins d’erreurs.

Pour son dernier tournoi terminé loin de la tête du leaderboard, McIlroy a tout de même rentré 29 birdies, un nouveau record personnel en la matière.

Comparativement, il a aussi commis huit bogeys, et trois double-bogeys.

C’est le jeu actuel de McIlroy, et si on regarde les choses de manière positive, il est capable de très vite se reprendre de ses erreurs.

Et pour gagner le Masters, il faudra limiter le nombre d’erreurs plus que n’importe quel autre joueur, et selon ses propres mots.

Si le joueur pense que le problème n’est pas réellement technique, qu’en est-il dans les faits ?

Ci-dessus, je vous ai compilé via les statistiques du PGA Tour le concernant, un résumé de son jeu depuis 2014, date de sa dernière victoire en Majeur, le PGA Championship, année qu’il avait terminé à la première place mondiale.

Ce résumé se lit à travers ses coups gagnés par compartiments du jeu de golf.

Premier constat, au plus haut niveau, il y a une réelle difficulté à maintenir un niveau aussi exceptionnel sur une longue durée.

Depuis ses débuts, et au moins depuis 2014, sans scoop, McIlroy construit majoritairement sa force sur le parcours sur la qualité de son driving, qui ne se borne pas à taper fort.

Depuis le tee, McIlroy est régulièrement le golfeur qui gagne le plus de coups par rapport aux autres joueurs, non seulement pour sa longueur, mais aussi combinée à un minimum de précision.

Sur les sept dernières années, Rory se balade entre 0,7 et 1,3 coups gagnés au drive, tout en ne sortant jamais du top-6 en la matière.

Première explication de sa forme moins éclatante en 2020, McIlroy a légèrement moins bien drivé depuis la reprise du jeu sur le PGA Tour. Depuis le début de la saison 2021, à savoir tous les tournois disputés depuis le Tour Championship, McIlroy a déjà repris sa marche en avant au driving.

Actuellement, il n’est pas loin de son meilleur niveau, et sans avoir besoin de rattraper DeChambeau.

En revanche, jusqu’à cette année, la qualité de son driving suffisait à bonifier l’ensemble de la qualité de son jeu du tee au green, y compris le jeu de fers.

Pour la première fois en ce moment depuis au moins avant 2014, ce n’est pas le cas. La qualité de son driving ne suffit pas à masquer une relative inefficacité avec les fers ou les wedges.

Son driving ne suffit pas.

En cause, une dégradation soudaine et très marqué de son jeu de fers, et de sa capacité à réussir ses approches.

Il pointe dans ce domaine à une inhabituelle 164eme place en la matière, et en l’état, sans changement, cela le privera d’une éventuelle victoire à Augusta.

Sans être le meilleur joueur de fers des dix dernières années, McIlroy ne présentait pas de faiblesse dans ce domaine, et pouvait se classer tout près des dix meilleurs mondiaux, notamment quand il a conquis à chaque fois la première place mondiale à l’ordre du mérite.

Ce n’est actuellement pas son seul problème, et cause de sa saison relativement transparente.

Son jeu autour des greens s’est lui aussi brutalement dégradé. Comme pour les approches, désormais, il ne gagne plus des coups, et au contraire, en perd. Son petit-jeu est parmi les moins bons du tour.

Seule consolation, pour l’instant, le putting tient, mais en 2020, c’est aussi ce domaine qui l’a éloigné de son meilleur niveau global.

En résumé, avec son jeu actuel, McIlroy peut encore sans peine faire parti des quinze meilleurs joueurs du monde, en revanche, pour être le numéro un et gagner un majeur, il faudra qu’il retrouve le niveau exceptionnel qu’il a déjà démontré en 2014, et 2019, ce qui passe par le driving, mais aussi par le jeu de fers, le petit-jeu, et un peu de qualité au putting.

Quand McIlroy dépasse les 2 coups gagnés de moyenne sur le parcours, il est intouchable. A seulement 1,4 coups de moyenne, il est à la merci du talent des autres adversaires.

Comme illustré sur le graphique ci-dessus, il est actuellement sur deux tendances en opposition. Driving et putting sont sur une forme ascendante, tandis que jeu de fers, et petit-jeu sont sur une forme descendante.

Au moins, il sait ce qui lui reste à faire pour retrouver le chemin de la victoire.

« Peut-être qu’actuellement, j’essaie d’être trop perfectionniste. Je suis peut-être un brin trop agressif quand je suis hors de position. »

Après le Masters, McIlroy prévoit de couper deux mois et demi avec le golf, et se ressourcer. On le reverra au Farmers Insurance Open.

Crédit photo : Robin Alam/Icon Sportswire

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