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Rina Rajao et le golf scolaire : La provoc’ utile ou hors-limite ?

Vendredi 1er mai, pas de répit pour le pro de golf Rina Rajaonarisata, enseignant au Golf du Parc de Tremblay, bien connu pour ses prises de positions libres et fortes, farouchement convaincu du bien-fondé du golf scolaire pour changer l’image du golf « tout court », et en France. En postant, en début de matinée, une image choc « La carte du golf scolaire pour le 11 mai – F… you », le pro a pris le risque de choquer, et laissé exprimer une forme de colère. Nous avons voulu comprendre les raisons de cette expression si singulière dans l’univers du golf. Quelle est la véritable nature de son message ? Pour ou contre le golf scolaire ? A qui est vraiment destiné ce message ? La forme sert-elle le fond ? Le pro a accepté de répondre à nos questions pour s’expliquer.

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Rina Rajao : Le Monsieur Choc du golf français

Enseignant non PGA au golf parc de Tremblay, Rina Rajao est emblématique des enseignants de golf passionnés par l’idée de développer plus de golf en France, et parfois, dans sa communication, il n’hésite pas à sortir des sentiers battus, ou même à faire un peu de hors-limite.

A-t-il raison ? A-t-il tort ? Il ne m’appartient pas de juger, mais plutôt de poser des questions pour tenter de comprendre son message.

Bonjour Rina, vous avez publié ce matin une affiche très choc, même un peu outrancière dont le message pourrait ne pas être clair. Première question, ne pensez-vous pas que vous pourriez choquer, blesser, les acteurs de la filière golf, tout spectre confondu ?

Oui, je le reconnais. Je suis en colère. Le sujet du golf scolaire est tellement prioritaire, que pour moi, tous les moyens sont bons pour interpeller, et mettre un coup de projecteur sur ce sujet tellement fondamental pour changer l’image du golf en France.

Qui va être choqué ?

Parce que j’ai mis un doigt d’honneur ? Parce que je n’ai pas mis de couleurs sur la carte ? Parce que je parle de golf scolaire ?

Est-ce que vous ne craignez pas d’avoir pris le risque d’obscurcir le fond de votre pensée avec cette forme très provocatrice ? Le message va-t-il être compris sous cette forme ?

Je reconnais que j’ai pris un risque. Maintenant j’ai publié maintes vidéos où j’explique mon point de vue sur la nécessité de développer le golf scolaire. Je note qu’en cette période de confinement, tout le monde est à bloc sur les réseaux sociaux, sur Internet, et qu’il y a des réactions qui partent parfois dans tous les sens.

Après, finalement, il y a deux grandes catégories de réactions à mon affiche : Ceux qui pour donner suite à mon message postent déjà des propositions, et puis les autres, ceux qui finalement ne veulent pas parler de golf scolaire.

C’est ceux-là que je veux choquer.

Oui, mais est-ce que cette forme ne va pas nuire à votre message ?

Oui, c’est sûr. Je le pense. C’est une crainte, mais après tout je m’en fiche. Je m’en fiche de prendre des risques, et que les gens s’arrêtent à cela. C’est un truc très provocateur, mais j’ai envie de dire que tous les moyens sont bons, pour enfin parler du golf scolaire.

Je serai ravi de discuter avec tous ceux qui pourraient se sentir choqué, et notamment ceux qui veulent œuvrer vraiment pour le développement du golf en France, ou ceux qui n’en veulent pas vraiment…

Je constate la force des réseaux sociaux pour passer des messages, et être entendu. Avec Youtube, les gens réagissent vite. C’est aussi ce qui me rassure.

Alors si on dépasse la forme, quel est le problème de fond que vous voulez soulever ? Quel est l’enjeu du golf scolaire par rapport au déconfinement ?

Cela va au-delà d’emmener des « gosses » sur des golfs. Cela devrait être obligatoire pour les golfs d’accueillir des enfants. C’est le moyen, une bonne fois pour toute, de changer l’image du golf en France.

Pour que les enfants au collège ou au lycée, ne se cachent plus de dire qu’ils jouent au golf à leurs potes.

Je trouve génial cette contrepartie annoncée par Pascal Grizot pour rouvrir les golfs en échange d’accueillir des scolaires, car sinon, le message sera encore très mauvais. Pourquoi on accorde un privilège aux golfs ? Encore un sport de nantis ?

Cependant, j’espère… enfin je crains que cela ne soit une pseudo intention de la FFGOLF, et quel cela reste lettre morte.

C’est pourtant, et selon moi, le meilleur moyen de donner une image moderne et démocratique du golf en France. Il faut saisir cette occasion, et pour cela, oui, je suis prêt à choquer.

Donc, permettez-moi de vous faire préciser votre message, et par rapport à cette affiche un peu ambigu ? Vous êtes pour le golf scolaire, alors qu’est-ce qui ne va pas ?

Je pense que cette mesure demandée par l’état ne doit pas être vécue comme une contrainte, mais au contraire, comme une aubaine.

C’est ce que j’ai compris des paroles de Pascal Grizot. Je trouve que cette condition fixée aux golfs est une très bonne nouvelle.

Si on ne saisit pas cette occasion de démontrer que le golf a changé, on va encore louper de prendre le bon wagon, et vraiment changer l’image du golf en France.

On ne va pas y arriver. Les enfants vont continuer à avoir honte de dire qu’ils jouent au golf. On peut changer tout cela, et c’est à nous les enseignants d’être malin, d’être bon pour proposer les bons contenus, et ne pas avoir encore une fois, des taux de transformations super bas, et du style 0,1% de gamins qui s’accrochent et finissent par jouer.

Oui, je le dis. J’ai un rêve que nous soyons 10 millions de golfeurs en France. Dans ce cas, tous les golfs vont tourner, tous les pros de golf vont tourner, tous les magasins qui vendent du matériel vont tourner…

Si on loupe encore ce virage, on va rester à la traîne, en retrait, et on va encore passer pour des nantis.

A nouveau, ne craignez-vous pas que ce message ne soit pas entendu, à cause de la forme ?

Ce n’est pas grave. Il ne faut pas s’arrêter à une affiche.

Très bien, mais quelques commentaires plus loin, vous ajoutez, je vous cite, « que les golfs crèvent la gueule ouverte » C’est un peu agressif, et surtout qu’est-ce que cela sous-entend ?

Je ne veux pas que les gens continuent à s’en foutre du golf. Il faut savoir qu’avant cette crise, les golfs étaient déjà majoritairement en difficultés au niveau économique. En gros, les golfs étaient déjà en train de crever. Si vous pensez qu’avec juste des petits trucs, et même la reprise du golf le 11 mai, ce qui n’est pas encore confirmé totalement, vous allez sauver les golfs, vous rêvez !

Comment on va sauver les golfs, et les emplois d’enseignants qui vont avec ? En faisant des demi-mesures ?

La filière va devoir faire bien plus !

En France, le pourcentage de la population qui joue au golf est très faible. Je me dis que notre marge de progression est énorme.  Pour cela, il faut des actions fortes, et des images chocs.

Après oui, ma formulation est agressive. Mais juste croire qu’il suffit de rouvrir les golfs pour les sauver, c’est une utopie.

A ce moment-là, quand les golfs seront sur le point de fermer, je ressortirais mon affiche pour dire « je vous avais bien prévenu », et en plus je vais crever avec vous, car pas de golfs, pas d’enseignants.

Il faut tout tenter pour sortir de l’inertie. Tout faire pour se donner les meilleures chances, et y aller à fond.

Alors concrètement, comment cela peut marcher le golf scolaire post-confinement ?

A partir du moment où l’état décrète qu’il va s’occuper des gamins, et les acheminer sur les golfs, cette partie, ce n’est pas mon problème ou ma responsabilité.

Si les bus n’arrivent pas ou ne sont pas suffisants, ce n’est pas mon sujet. En revanche, moi, et mes collègues, nous devons nous préparer à être bon, savoir comment nous allons les gérer, leur proposer les bons contenus, et les amuser le plus rapidement possible.

Comment on va enfin transformer un maximum d’initiés en golfeurs demain !

Mais je répète, l’acheminement et la logistique des mairies pour amener les enfants, ce n’est pas de mon ressort.

Nous, en revanche, on doit être prêt, et je constate que très peu de golfs le sont.

A la différence de ceux qui critiquent le DTN (Christophe Muniesa) qui a eu l’honnêteté de reconnaître que pour les précédentes actions de la fédération pour le golf scolaire, sur 10 ans, 10 gamins, on a eu sur 100 joueurs potentiels à convertir, seulement 3 golfeurs qui ont finalement insisté, je pense que c’est bien de le dire, et en revanche, la question n’est pas à son niveau, mais au niveau des pros qui étaient en charge de les faire rêver et jouer durablement au golf.

Je suis stupéfait que ce débat n’ait pas provoqué plus de réaction de la part de mes confrères Pro.

Pour le coup, la FFGOLF a fait le boulot, mis à disposition le golf National, mais on n’a pas été bon. Je me mets dedans. Là, pour le coup, que cela ne choque personne. Cela me choque moi.

Il n’y a pas de réaction, notamment des pros.

Justement, dans un précédent sujet, vous avez réagi, toujours avec véhémence sur la distinction entre Pros et Pros PGA ? De quoi s’agit-il ?

Dans la dernière conférence de presse de Pascal Grizot, avec les pros, a été fait mention sans arrêt de la distinction des Pros PGA, comme si tous les pros étaient PGA.

Il faut savoir que la plupart des pros salariés ne sont pas affiliés à la PGA. Par exemple, je ne suis pas un pro PGA.

Désolé de penser qu’il n’y a pas que les Pros PGA qui savent former des jeunes. Oui, cela m’a choqué. Je ne voudrais pas que l’état donne de l’argent, que seul la PGA en bénéficie pour une répartition exclusive aux seuls enseignants PGA.

L’argent doit aller à tous les golfs, y compris les chaînes, et tous les pros qui vont faire du Scolaire. Ce n’est pas normal de couper le monde des enseignants en deux.

Dans cette nouvelle période qui s’ouvre, tout le monde doit être solidaire, les directeurs, les enseignants, et aussi les membres, les golfeurs. On ne va pas s’en sortir en tirant chacun pour soi. La survie des golfs, ce n’est pas seulement l’affaire des directeurs. C’est aussi notre affaire, et celle des golfeurs.

De ma part, c’est un appel à plus de solidarité.

Dernière question et à vous écouter, finalement, la FFGOLF en-fait-elle assez ? 

Au début, je dirai oui, mais les premiers indices que je récolte me font finalement penser le contraire. Je vais sur la page Facebook de la FFGOLF ou de la PGA, et je ne trouve que des vidéos pour savoir comment améliorer la technique ou le physique ?

Je ne trouve pas de contenus pour nous expliquer comment on va gérer le golf scolaire, et les procédures. Rien n’a été préparé ou diffusé. Je suis désolé, mais force est de le constater qu’on m’expliquer comment taper la balle, et comment me préparer physiquement, mais pas comment va se passer le golf scolaire

Quand Pascal Grizot en a parlé la première fois, tout le monde a trouvé cela génial, notamment les pros qui étaient avec lui.  Depuis, qu’est-ce qui se passe ? On leur a demandé de se taire ? On en parle plus ? Ça y est, on en reste là ?

Personnellement, je n’entends plus rien à ce sujet. Après, peut-être qu’il se passe des choses en coulisses, et qu’on va me rassurer ou me dire d’attendre, ça vient… Je ne sais pas.

Après, si on doit faire avec nos propres moyens, on fera avec nos propres moyens…

Merci Rina d’avoir accepté de répondre en toute franchise à mes questions et si rapidement

Précision : Rina Rajao anime chaque jour un live Facebook auprès d’une communauté de 1000 golfeurs.

Ci-après le lien vers sa page Facebook et sa page Youtube, vous pourrez vous faire votre idée sur la forme, comme sur le fond.

J’espère que cet article aura permis d’apporter plus de clarté au débat lancé par ce pro, souvent habitué de faire des coups de comm’, et qui exprime très souvent beaucoup de passion pour son sport, quitte parfois à aller dans le rough.

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Commentaires   

direction@groupesavas.com
0 #1 FFGdirection@groupesavas.com 03-05-2020 10:36
Une chose est certaine, et non contestable, toute les éminentes personnes du golf français que l’on entend depuis 2 mois dans tous les supports médiatiques semblent manquer cruellement de vision et de stratégie économique pour notre sport.

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