Posté par le dans Insolites sur le golf

Ralph Lauren, Justin Thomas et la dictature des réseaux sociaux

A l’occasion du tournoi de golf, le tournoi des champions, traditionnellement disputé à Kapalua, et qui lance l’année 2021 de golf, le golfeur américain Justin Thomas, 27 ans, actuel numéro 3 mondial manque un putt relativement anecdotique, à moins d’un mètre cinquante du trou. Dans le feu de l’action, il lance un juron considéré comme offensant envers les homosexuels. Les caméras de télévisions ont cependant capté ce qui n’était à destination de personne en particulier, sauf peut-être la balle du joueur…A la sortie de son parcours, conscient de la situation, le golfeur américain se confond en excuse. L’histoire aurait dû s’arrêter là, mais un de ses équipementiers, la marque Ralph Lauren, a décidé de rompre le contrat le liant au joueur, et l’information a été reprise en boucle par les médias. Cette histoire est révélatrice de l’époque que nous vivons, et de l'importance des réseaux sociaux.

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Sur le parcours de Plantation Golf Course à Kapalua, une véritable carte postale, à l’occasion du troisième tour du premier tournoi de 2021, l’américain Justin Thomas est déjà très en forme.

A la lutte pour la victoire, il ne doit pas lâcher de coups pour rester au contact d’un Harris English en état de grâce.

Son compatriote lui a déjà pris deux coups la veille, et pendant le moving day, il est bien parti pour perdre encore un peu de terrain.

Dès le quatrième trou de la journée, il manque un putt à 1,2 mètres du trou, ce qui lui coûte un premier bogey. Dans le feu de l’action, il lâche un juron, et ne se doute pas que la scène est intégralement filmée et enregistrée.

Il ne se doute pas, car tous ceux qui jouent au golf, savent que pendant une partie un golfeur est dans sa bulle, concentré sur ce qu’il fait, et sur ce qu’il vit.

Justin Thomas ne se doute pas qu’il va créer à ce moment précis une polémique bien de notre époque.

Il faut juste noter que ce simple et seul putt va lui coûter finalement sa place en play-off, et la possibilité de gagner le tournoi.

Harris English va finalement terminer à -25 sous le par, et Justin Thomas à -24 !

C’est très étonnant de constater le Taulé créé par cet incident qui aurait pu être considéré comme banal ou accidentel, et peut-être à relativiser par rapport à d'autres drames en cours, comme l'épidémie de COVID-19.

Non, les réseaux sociaux ont décidé que les propos de Justin Thomas étaient un pur scandale, et qu’il fallait le punir. 

Au passage, sauf si vous avez suivi le tournoi en direct et franchement prêté attention, vous aurez du mal à trouver dans la presse américaine ou française ce qu’a réellement dit Thomas : « F…t »

La censure s’est mise en place, de sorte que vous ne comprendrez pas vraiment la portée de cette affaire.

Une seule voix va se faire entendre pour appeler à la raison : Paige Spiranac.

« Vous pouvez lâcher une expression brutale sans pour autant être raciste ou homophobe. Je suis heureuse qu’il se soit excusé. »

Plus que la censure, derrière cette histoire qui ne devrait pas en être une, Ralph Lauren, une marque de textile, remet une pièce dans la machine médiatique, et 7 jours plus tard, sort un communiqué pour interrompre le contrat du joueur.

Du haut de ses 12,2 millions d’abonnés sur Instagram, la marque a piqué un fard.

« Même si nous reconnaissons qu'il s'est excusé et a reconnu la gravité de ses propos, il est un ambassadeur rétribué de la marque et ses actes contredisent la culture inclusive que nous nous efforçons de promouvoir »

La « gravité » de ses propos que des millions de gens n’ont finalement pas entendu… 

Parce qu’au golf, c’est sûr qu’après un drive raté, un putt manqué ou une sortie de bunker qui reste plantée dans le sable, personne ne jure jamais, ou ne dit pas une grosse bêtise !

Mais c’est vrai, dans 99,9% des cas, il n’y a pas un micro branché pour capter le moindre mot que nous pourrions prononcer, et le joueur aurait été avisé d'être plus prudent. 

Il ne faut pas oublier que du temps du public sur les tournois, l'inverse était aussi vrai, avec des joueurs qui peuvent se faire insulter. C'est justement déjà arrivé à Justin Thomas.

Cette histoire révèle surtout que depuis le scandale Tiger Woods à la fin des années 2000, et toutes ces marques qui suivent des sportifs de haut niveau, ces mêmes marques qui veulent exprimer justement à travers ces contrats des valeurs,  sont les premières à ne pas vouloir traverser les tempêtes.

Peut-être ont-elles le courage de soutenir un sportif de haut niveau quand il est dans un moment fort de sa carrière. Peut-être seraient-elles honorées d’avoir ce même courage quand il est à terre.

Peut-être auraient-elles la sagesse de ne pas céder à la pression de l’instant, et savoir prendre le recul nécessaire par rapport aux gazouillis de quelques-uns, eux planqués derrière un clavier, et par définition, pas dans le feu de l’action.

Depuis la nuit des temps, une bêtise en chasse une autre. Une actualité sordide succède à une autre actualité sordide.

Dans une semaine, dans un mois, dans six mois, dans un an, qui se souviendra d’un juron prononcé par un golfeur à l’autre bout du monde, et d’un tournoi que peu de gens ont réellement suivi en direct ?

Pire encore, le joueur, visiblement et sincèrement très embarrassé, s’est excusé… cela aurait pu être la fin de l’histoire ? Le soufflé serait probablement retombé tout aussi vite.

Ce n'est pas ce qui s'est passé, et en communiquant sur la rupture du contrat du joueur, la marque a réellement mis le sujet sur le devant de la scène.

Effectivement, au printemps 2019, Ralph Lauren a lancé une campagne de communication tournée autour de l’inclusion et de la diversité, Eh oui, la maladresse de Thomas est en décalage complet avec cette campagne, la met certainement en porte à faux vis-à-vis de ses objectifs d'images.

Il y avait peut-être d’autres moyens de sortir de cette histoire, et notamment peut-être par le haut, et avec l’aide de l’humour par exemple !

Cela aurait renversé un incident malheureux en opportunité de communication positive, en associant le joueur à une oeuvre de bienfaisance en faveur de la communauté LGBT.

Non, la situation d'un juron contre une balle sur un terrain de golf se transforme en combat de société. C'est regrettable pour tout le monde.

Comme dirait le célèbre philosophe Didier Bourdon (Les Inconnus) dans sa célèbre interprétation « Jésus 2, le retour » « Mais bordel, aimez vous les uns les autres ! »

Mais oui, c’est ça ! On parle d’inclusion, mais là, Ralph Lauren exclut Justin Thomas. 

Les sportifs de haut niveau s'engagent à défendre les valeurs des sociétés qu'ils représentent par contrat, et ne sont donc pas à l'abri de ce type de déconvenue, même si certainement involontaire.

A l'image du footballeur Antoine Griezmann qui a récemment, fait rarissime, rompu son contrat avec un de ses sponsors, parce que finalement, il ne se considérait pas en adéquation avec le projet de la marque, les sportifs de haut niveau pourraient être avisés de bien évaluer les marques avec lesquelles ils contractent, et notamment pour traverser des moments difficiles.

Par exemple, Tiger Woods n'avait pas perdu tous ses sponsors au moment d'une affaire qui avait eu un retentissement plus important, à commencer par Nike.

A priori, quand on s’unit, c’est pour le meilleur, et aussi parfois pour le pire.

Crédit photo : Robin Alam/Icon Sportswire

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Commentaires   

georges.grouiller@orange.fr
0 #2 Woke culturegeorges.grouiller@orange.fr 19-01-2021 01:14
Cette "affaire" est typique des enjeux idéologiques, défendus par les démocrates de "la bienpensance". Ralph Lauren l'a bien compris et n'a qu'une trouille : perdre ses acheteurs issus des minorités. Vivement la présidence de Kamala Harris qui ouvrira les yeux à beaucoup.
g.mpouna@gmail.com
+1 #1 ...g.mpouna@gmail.com 18-01-2021 12:31
C'est ... clownesque.
A quand la rupture des contrats publicitaires de Tiger parce qu'il a joué sur un des parcours de Donald Trump ?

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