Pour être le meilleur golfeur du monde : Il faut de la patience et de la maturité

En remportant dimanche 19 juillet, le Memorial Tournament, disputé à Dublin dans l’Ohio, sur le parcours de Jack Nicklaus, le célèbre Muirfield Village Golf Club, l’espagnol Jon Rahm est devenu numéro un mondial de golf. Il est le second espagnol après Severiano Ballesteros à atteindre un tel rang. Dans un contexte de pandémie de Covid-19, des tournois sans spectateurs, et un classement mondial tronqué, Jon Rahm arrive néanmoins à un rang où il était programmé. La vrai question est : Pourra-t-il réellement durer comme numéro un mondial de golf ?

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A seulement 25 ans, Jon Rahm atteint donc le rang de meilleur golfeur de la planète pour la première fois à l’été 2020.

1548eme mondial en 2014, l’espagnol n’aura mis que trois ans pour casser la barre des cent meilleurs golfeurs du monde, et encore seulement quatre ans pour devenir le meilleur d’entre tous. Son ascension a été fulgurante, alors que l’élite du golf mondial n’est justement pas en manque de talents.

Depuis 2017 et sa première victoire sur le PGA Tour, le natif de Barrika a toujours fait partie du top-10 mondial, de sorte que l’on pourrait croire qu’il s’agit d’un vieux briscard.

De la même « promotion » que Bryson DeChambeau et Romain Langasque, il compte désormais quatre victoires sur le PGA Tour, et 6 sur l’European Tour, 10 victoires professionnelles en seulement 4 ans.

Depuis le début de la saison 2020, il n’avait pas encore connu la victoire, mais s’en était approché au Hero World Challenge ou surtout au Farmer’s Insurance Open disputé à Torrey Pines.

C’est justement sur ce parcours mythique qu’il avait gagné sa première victoire en 2017, et dès ce moment attirer sur lui les comparaisons avec la légende Ballesteros.

Avant l’interruption pour cause de COVID-19, il avait encore pris une belle troisième place aux Championnats du Monde de Mexico, et après l’interruption, son retour à la compétition avait été et jusqu’à présent relativement discret.

Pour démarrer, il avait manqué son premier cut de l’année au Charl Schwab Challenge.

Dans cette saison bizarre, il lui aura donc suffi d’une victoire dans l’antre de l’ours blond pour accéder au rang de numéro un mondial.

Loin de moi l’idée de dire qu’il est un numéro un au rabais, mais quelle est réellement la signification de ce titre dans le contexte actuel, et avec un European Tour pour le moins tronqué ?

Quoi qu’il en soit, pour la plupart des suiveurs du PGA Tour, il était entendu qu’un jour ou l’autre, Rahm finirait par s’assoir sur le trône du numéro un.

Pour y parvenir, au-delà des aptitudes de manieur de balles, Rahm a développé deux compétences plus mentales que techniques : De la patience et de la maturité dans l’adversité.

Si vous jouez au golf, vous savez à quel point ce sport peut être ingrat. A quel point quand la réussite vous fuit, il peut être justement difficile d’être patient.

Un parcours de golf réserve une infinité de pièges, et en fait, une infinité d’opportunités de craquer sous la pression du résultat.

Une balle dans une lèvre de bunker, une balle qui roule trop et se retrouve dans une rigole, une balle au bord d’un obstacle d’eau quasiment injouable, une balle qui tape un mat et ressort du trou…

Au golf, le mauvais sort n’est pas seulement un vain mot.

Il est de coutume de dire que dans une journée, sur un 18 trous, même un pro ne tape pas plus de sept bons coups !

Il y en a pourtant environ 72 à jouer pour les meilleurs, et bien plus encore pour tous les autres, nous les amateurs.

La différence se fait donc sur la capacité à bien gérer les 65 autres coups (72 – 7 = 65) qui ne seront pas parfaits, mais devront être suffisamment bons pour permettre de rendre une bonne carte.

Oui, le golf est un sport de patience, ou plus vite vous acceptez un mauvais coup ou un coup imparfait, et plus vite, vous pouvez vous reconcentrer sur le coup le plus important, le suivant.

En quatre ans, Jon Rahm a justement eu l’occasion de nous montrer toute sa précocité, et son impatience à dominer le reste du monde.

Numéro un mondial à seulement 25 ans, ce tout jeune homme a donc dû apprendre la patience qui ne vous fait pas dégoupiller après trois putts qui frôlent pour le trou pour birdie et sans rentrer…

Coutumier de se mettre en colère sur le parcours, notamment au Golf National dans le cadre de l’Open de France 2018 où je l’ai vu s’invectiver après un départ moyen.

En 2019, à l’occasion du Player’s Championship, Rahm a défrayé la chronique pour un très long débat avec son cadet au sujet d’un choix de coup à effectuer.

Finalement, il n’avait pas écouté son cadet, et envoyé la balle dans l’eau, sur un choix trop présomptueux de sa part.

Leader du tournoi avant cette situation crispante, il avait finalement laissé la victoire lui échapper.

Au Memorial, un autre gros tournoi du calendrier du PGA Tour, Rahm a montré un visage plus patient pour tirer le bénéfice complet de son « don » pour le jeu de golf.

Son attitude n’a justement pas gâché la réalité de son potentiel : Sur quatre tours, et malgré une dernière carte en 75 pour gagner le tournoi avec 3 coups d’avances, il a été premier en coups gagnés du tee au green, et premier en coups gagnés autour du green !

Rahm n’est pas seulement un golfeur qui tape fort dans une balle de golf, et même si c’est de plus en plus un prérequis.

Comme en témoigne Phil Mickelson, dont le cadet et frère Tim a été le coach un temps de l’espagnol puis son manager, il fait tout très bien.

« Jon Rahm est un talent remarquable. Son jeu ne présente pas de faiblesses. Il drive loin et droit. Il a un bon jeu de fers. C’est aussi un bon joueur de wedges, et un putter génial. Il n’a tout simplement pas de faiblesse, et en plus, il gère bien son parcours, et il se connait. »

Mickelson vient donc de dresser le portrait-robot d’un nouveau numéro un mondial, une machine de perfection dans un sport où nous sommes quasiment tous à composer avec nos imperfections.

Les chiffres tempèrent la vision de Mickelson. Dans les faits, depuis le début de l’année 2020, Rahm n’est pas le meilleur joueur sur le PGA Tour. Il se classe huitième pour les coups gagnés, avec la septième place depuis le tee de départ, et la quatorzième place du tee au green.

Ce week-end, au bon endroit, et au bon moment, il a été le meilleur.

Cependant, il est vrai que sur une saison et plus que sur un seul tournoi, Rahm ne présente pas réellement de faiblesse significative.

Sans être le plus long frappeur du tour (305 yards de moyenne), 28eme du classement, il prouve qu’il ne suffit pas de se muscler, taper des bombes à 320 yards pour tout gagner !

Bien qu’il faille être long, et taper au moins à 300 yards (270 mètres), il démontre que le golf reste un jeu très complet où le mental peut être aussi important que la forme physique.

Alors que Bryson DeChambeau s’est illustré dans le mauvais sens du terme, et pendant ce même tournoi, oubliant un peu trop vite que dans le contexte actuel du COVID plus que jamais, la télévision seule permet la viabilité économique des tournois, et les chèques donnés au vainqueur, Jon Rahm a su faire preuve de maturité, et même quand les choses pouvaient ne pas aller dans son sens.

Ce sera finalement un non-événement, mais sur le trou numéro 16, il tapa un chip pour birdie qui aurait pu lui valoir l’image du jour ou plutôt le coup du jour, sauf que son club a légèrement fait bouger la balle avant de la jouer.

La règle 9.4 est limpide, c’est deux coups de pénalités. Son birdie s’est transformé en bogey, mais sans réel effet sur le déroulement du tournoi. Sa pénalité lui a été signifié à la sortie du parcours, et revoyant les images, il n’a pas pu faire autre chose qu’acquiescer.

Au début de sa carrière, Rahm était connu pour être plus volcanique, plus « passionné », et plus tempétueux.

Désormais plus expérimenté, et ayant travaillé sur son attitude, sans rien perdre de son jeu, Rahm s’est mis en position d’être un patron du circuit de golf mondial.

Pour bon nombre d’observateurs du golf, il n’est de toute façon pas possible d’atteindre le plus haut niveau, sans justement une parfaite maîtrise de ses émotions.

Il le reconnait lui-même : « Plus mature ? Quatre ans plus tôt, il n’y aurait eu aucune chance que je gagne ce tournoi. J’ai été bon dans le fait d’apprendre de mes erreurs, et notamment m’améliorer petit à petit… Par le passé, j’aurai sans doute perdu ce tournoi. Cette fois, ce n’est pas arrivé. J’ai continué à me battre jusqu’au bout. »

Toujours observateur privilégié de la maturation de l’espagnol, c’est encore Phil Mickelson qui le décrit le mieux « Il sait que parfois pour se relâcher, il a besoin d’extérioriser de la colère. Il a du mal à la garder pour lui. Cela peut déranger certaines personnes, mais il sait au plus profond de lui-même que parfois, c’est justement ce qui lui permet d’être meilleur. »

Plus patient ? Plus mature ? Rahm n’a que 25 ans, et n’a pas encore gagné de majeurs. Il a donc encore un long chemin à parcourir pour nous habituer à le voir dans le costume du meilleur.

Numéro un mondial à mi-saison, et numéro un mondial à la fin de la saison, ce n’est pas la même signification.

Au Memorial, Rahm s’est essentiellement positionné comme désormais un très sérieux candidat. Il lui faudra continuer à faire preuve de patience et de maturité pour continuer à gagner, et nous habituer à ce nouveau statut.

Il faudra surtout gagner en majeur pour asseoir sa légitimité alors que le système de classement actuel est quelque peu contestable, et la saison 2020 aurait peut-être dû être complètement neutralisée, en attendant de voir l’évolution de la pandémie, et une situation plus cohérente sur l’ensemble des circuits mondiaux de golf.

Crédit photo : Brian Rothmuller/Icon Sportswire et Getty Images

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