Pourquoi Justin Thomas va continuer à gagner en 2020 ?

A 26 ans, numéro quatre mondial, très copain avec Tiger Woods, l’américain Justin Thomas fait figure de prodige promis à de très belles années, et sans doute au rang de numéro un mondial à courte échéance. Vainqueur du premier tournoi de l’année 2020, le Sentry Tournament of Champions disputé à Hawaii, JT occupe déjà la première place de la Fedex Cup, en même temps de nous rappeler qu’il pourrait troubler les pronostics des prochains majeurs promis à Brooks Koepka, Dustin Johnson, ou Rory McIlroy. Dans quel domaine a-t-il le plus progressé ? Comment expliquer sa constance au plus haut niveau ?

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Pour Brandel Chamblee, célèbre chroniqueur pour Golf Channel aux USA, 2020 pourrait bien être l’année de Justin Thomas, et il l’imagine déjà gagner à plusieurs reprises. 

Pourquoi une telle prédiction si tôt dans la saison 2020 ? Qu’est-ce que Justin Thomas aurait changé pour ambitionner au rang de multiples vainqueurs ? 

Pour commencer cette prédiction n’est pas une très grosse prise de risque de la part du journaliste. 

Depuis que Thomas s’est fait connaitre du plus grand nombre en 2014, il a remporté 13 victoires chez les professionnels, soit un rythme d’au moins 2 victoires par an, et même une pointe à 5 en 2017. 

Depuis cette date, il est régulièrement classé autour de la troisième place mondiale. C’est l’un des golfeurs les plus constants du moment. 

Sur les 7 derniers tournois qu’il a disputé, il a déjà soulevé la coupe à 3 reprises, et n’a pas fait moins bien qu’une 17eme place à l’occasion du ZOZO Championship disputé au Japon, et remporté par Woods. 

Statistiquement, si vous pariez sur une victoire et qu’il est dans le champ des joueurs, vous avez 8% de chance qu’il gagne. C’est un pourcentage très élevé dans un sport comme le golf, et sur un circuit tel que le PGA Tour. 

Si la plupart de mes confrères sont tristement attirés par les clubs dans le sac de Thomas, à savoir et beaucoup le savent des Titleist, ce ne sont bien entendu pas ses fers ou son driver qui expliquent la qualité de son jeu. 

En 2019, Thomas ne s’est pas seulement classé 4eme mondial. Il s’est aussi classé 4eme pour la moyenne de coups gagnés sur le PGA Tour, et pour 56 parties mesurées. Faut-il aller chercher plus loin le lien de cause à effet ?

Sa moyenne de score sous les 69,5 ne vous évoque sans doute pas ce niveau de performance sur toute une saison. 

Pour arriver à un tel niveau de performance, JT n’excelle pas dans tous les domaines, ce qui reste terriblement difficile pour un golfeur. 

Bien que l’on vante souvent sa puissance phénoménale avec un driver en mains (En 2019, il a délivré une moyenne de vitesse de club au drive de 117 mph, soit le 45eme meilleur total), c’est bien avec ses fers que l’américain démontre une précision chirurgicale, et une excellence au-dessus de la moyenne. 

Par rapport à ses concurrents, Thomas est le deuxième meilleur manieur de fers du circuit, ce qui additionné à sa distance moyenne au drive supérieure à 270 mètres en fait de toute façon le deuxième meilleur golfeur du circuit US, pour le jeu du tee au green. 

Là encore, il ne faut pas chercher très loin les raisons de la régularité du jeune homme. 

Deuxième meilleur joueur du PGA Tour du tee au green, il résout déjà facilement une des grandes équations du jeu de golf. 

Pour l’avoir suivi de près, en qualité de photographe au Genesis Open ou à l’Open de France, et même observé dans la même partie que le français Alexander Levy, il est vrai que Thomas se met rarement en-dehors de la piste, et fait preuve d’une redoutable efficacité à moins de 130 mètres d’un green. 

Dans 70% des cas, il prend un green en régulation, soit le sixième meilleur total pour un golfeur en 2019. 

De fait, il obtient très souvent des occasions de birdies transformées. 

Sa réussite est d’ailleurs la plus élevée du tour avec 4,5 birdies par parties en moyenne. Personne n’a fait mieux en 2019, et alors qu’il n’a pas connu sa meilleure saison, ni même une victoire en majeur. 

Le plus impressionnant avec son jeu de fers, c’est sa capacité à se mettre près des drapeaux, en particulier depuis le fairway. Il est le deuxième plus précis dans ce registre. 

Si vous voulez suivre un maître de la précision, il vous faut prendre Justin Thomas comme exemple. 

Plus précisément, entre 90 et 135 mètres, il est probablement le meilleur golfeur du monde. Du 50 degrés au fer 9, Thomas démontre une aisance hors norme. 

A-t-il foncièrement progressé dans ce domaine ? 

Au moment d’arriver sur le PGA Tour en 2015, ses statistiques n’étaient pas aussi excellentes, mais déjà on pouvait sentir cet incroyable potentiel, et dans ce domaine particulier des coups d’approches. 

Entre 2015 et 2017, il a continuellement progressé pour atteindre depuis déjà 3 ans ce niveau de précision qui suffit à en faire l’un des meilleurs golfeurs de la planète. 

A l’échelle d’une jeune carrière, c’est tout de même une progression aussi soudaine que spectaculaire. En moins de 5 ans, il s’est imposé comme le meilleur joueur de fers au monde. 

A nouveau, pas sur que le choix de la marque de clubs y soit pour quelque chose. C’est bien plus son talent quasi naturel qui explique ses performances. 

Je pourrai lui concéder une habitude très importante et ancrée depuis des années à jouer une Pro V1 et des wedges Vokey. 

Curieusement, nous les médias avons très vite focalisé sur sa vitesse de swing au driver, jugée très impressionnante pour un petit gabarit de seulement 1m78 et 73 kilos, passant à côté du vrai sujet, son jeu de fers. 

Oui, Thomas délivre une très grande rotation de la hanche droite pendant le backswing, ce qui lui favorise une création de facteur X très importante. Oui, il maintient un équilibre parfait pendant tout son swing, et m’illustre à quel point mon équilibre est catastrophique en comparaison…OU simplement dans un profil très différent.

Enfin, oui, comme beaucoup de golfeurs modernes, Justin Thomas utilise fortement le sol, la force verticale pour créer un maximum de puissance. 

D’accord, mais rien de tout cela n’explique pourquoi une telle précision à moins de 135 mètres. 

Entraîné depuis ses débuts par son père, Justin Thomas s’est concentré sur les fondamentaux du jeu de golf depuis tout petit, et notamment pour les wedges, et le petit jeu. 

Stance, grip, posture, il a tout passé en revue. Et même aujourd’hui, il continue de vérifier que chaque base est toujours bien en place. 

« La façon dont vous adressez la balle est déterminante sur la qualité du coup à venir. » 

Pour l’américain, c’est un sujet que nous les amateurs sous-estimons. 

« Quand j’ai un wedge dans les mains, je pense birdie. La première chose à mesurer est le vent puis le lie, et de combien vous voulez que la balle spin, et comment la tonte du gazon va affecter la roule de la balle quand elle va se poser. » 

Les wedges sont des clubs de précisions. 

Une fois que vous avez analysé les variables, votre prochain travail va consister à taper des coups qui correspondent à vos équations. 

Thomas avoue aimer jouer la balle au milieu de son stance, et même rapprocher un peu ses pieds pour resserrer son stance quand il joue ce type de coups. 

Quand il a besoin de faire un peu plus voler la balle, il déplace la balle en arrière du stance. 

Il nous recommande d’ailleurs d’expérimenter différents stances et positions de balles quand on s’entraîne, et de noter ce que ces changements apportent aux trajectoires, aux distances, et au spin. 

En revanche, une chose reste constante chez lui : Réaliser un swing agressif.

S’agissant de coups plus longs, et toujours avec des fers, Justin Thomas prétend être un golfeur au profil aérien qui n’hésite pas à monter sur la pointe des pieds à l’occasion de son plein swing, y compris avec un driver. 

Cependant, avec les longs fers, il considère que plutôt de chercher à taper plus fort et de rater trop souvent le sweet sport, en particulier pour un amateur, il faut apprendre à prendre un club de plus, et ne jamais oublier que la distance vient plus facilement avec un coup centré et solide dans la face. 

Plus long et plus droit, c’est finalement le double bénéfice d’un coup mieux centré. 

Pour son jeu de fers, Chamblee ne prend donc pas un très grand risque à pronostiquer de multiples victoires. C’est presque une certitude statistique. 

En revanche, il fait une autre observation pleine de bon sens. 

Justin Thomas est loin d’être un excellent putter, et dispose donc d’une immense marge de progression, et ce, alors qu’il est déjà numéro 4 mondial depuis plus de 3 ans. 

En 2019, il était seulement 144eme pour les coups gagnés au putting versus ses camarades du PGA Tour, à savoir en queue de peloton. 

Imaginez que déjà numéro un pour le nombre de birdies rentrés, si Thomas était en plus un excellent putter, ce que pourrait être sa moyenne…

Au lieu de 4 ou 5 birdies par parties, il pourrait en faire 6 ou 7 ! 

Son putting est d’ailleurs un peu paradoxal… A 1m50, il est excellent et même parmi les meilleurs pour le nombre de putts rentrés. 

A moins d’un mètre, il est pratiquement médiocre, de même qu’à 1m80 ! Qu’est-ce qui change à ce point dans son putting, pour qu’entre quelques centimètres, son ratio de putts rentrés varie à ce point ? 

En fait, au-delà de 2 mètres, l’américain est vraiment hors de position pour rentrer régulièrement des putts. 

Si la qualité du swing de Justin Thomas lui revient en même temps que son coach de père, pour le putting, il s’en remet à Matt Killen, un nom qui monte sur le circuit, puisqu’il s’occupe d’un certain Tiger Woods, un ami. 

Killen s’occupait déjà historiquement de Thomas, Patrick Rodgers, Bud Cauley et JB Holmes. Ce qui est drôle avec ce coach, c’est qu’il est finalement très jeune pour l’expérience déjà accumulée. C’est seulement un trentenaire. 

Il était déjà dans l’entourage des joueurs de l’équipe américaine de Ryder Cup en… 2008. Il n’avait que 22 ans, et coachait déjà des joueurs sur les greens. 

Très à l’aise sur les questions de mécanique corporelle et la dynamique de la face de club, c’est en quelque sorte un ingénieur du stroke de putting. Cependant, pour les observateurs, il fait la différence en sachant expliquer des notions complexes, et de manière très simple. 

Pour en revenir aux problèmes de putting de Thomas, comme quoi le meilleur des coachs n’a pas toujours seul la solution, à l’été 2019, l’américain apportait déjà un éclairage très intéressant sur sa propre situation. 

« Quand je me suis blessé, la seule chose que je pouvais faire était de putter. J’ai essayé de tellement putter pour être parfait, qu’à force, je suis devenu plus mauvais… Je me suis trop pris la tête à essayer de chercher la perfection. C’était plutôt frustrant. » 

Il a fait machine arrière pour revenir au même putter, la même balle, les mêmes exercices, et arrêté de trop focaliser. 

Cependant, si Thomas a identifié que trop de focus sur le putting ne lui réussissait pas. Chamblee marque toujours le point. C’est bien dans le domaine du putting qu’il doit progresser pour franchir la dernière marche jusqu’au rang de numéro 1.

Crédit photo : Speed Media/Icon Sportswire

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