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Le phytosanitaire et l’entretien des parcours de golf: Sujet de discorde

Dans les précédents chapitres de ce dossier consacré à l’environnement, aux changements climatiques et l’impact sur les parcours de golf en France, et plus largement en Europe Continentale, nous avons décrit les sujets autour de la gestion de l’eau, du sable, et introduit la question du phytosanitaire. Sur ce point, ce dernier chapitre vient justement soulever un énorme point de distorsion concurrentielle entre des pays membres de l’Union Européenne, et notamment la France, et l’Espagne. Précisons d’emblée que les golfs espagnols que nous avons sollicité pour ce sujet ont curieusement répondu absents, alors qu’ils sont si prompts à nous vanter le plus souvent la qualité de leur destination… 

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Le phytosanitaire : Le dilemme des golfs français 

C’est pourtant l’autre enjeu majeur de ce dossier sur l’entretien des parcours de golf, et notamment pour Patrice Boissonnas. 

Pour l’architecte, il reste primordial qu’ils ne deviennent pas à 100% interdits en France.

Il affirme que les golfs auraient du mal à garder les greens en bon état, sans aucun traitement chimique.

Ce débat ne date pas d’hier.

En septembre 2006, un Sénateur de l’Aude, Monsieur Roland Courtaud avait déjà interpellé le gouvernement sur une injustice qui touche l’agriculture française, mais aussi le golf : L’interdiction des produits phytosanitaires en France n’est pas uniformisée avec l’Espagne.

En matière de golf, à quelques heures de Perpignan, les parcours catalans comme bon nombres de golf espagnols peuvent claironner sur la qualité de leurs fairways, toujours verts, et pourtant en Catalogne, le climat n’est pas plus favorable que de l’autre côté des Pyrénées…

Pour défendre l’industrie viticole, Monsieur Courtaud avait donc interpellé le gouvernement sur cette différence de traitement terrible au niveau européen.

Il s’étonnait notamment du fait que les produits phytosanitaires puissent être considérés comme dangereux en France, et pourtant, on importe des vins espagnols !

Saisie de la question, le ministère de l’agriculture avait répondu en janvier 2007 dont voici un extrait publié au Journal Officiel : « La directive 91/414/CEE du Conseil, entrée en vigueur en juillet 1993, harmonise les conditions d'autorisation et de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques entre les différents pays de l'Union européenne. Toutefois, la délivrance de l'autorisation de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques reste une compétence nationale afin que soient prises en compte les différences, parfois substantielles, qui peuvent exister entre les différents pays de l'Union européenne en matière de conditions agricoles, phytosanitaires, environnementales et climatiques. »

A l’époque, plus qu’une réponse claire sur ce dilemme, le gouvernement annonçait mettre en place un observatoire, et discuter annuellement avec l’Espagne…

Plus de 7 ans plus tard, force a été de constater que le sujet était loin d’être réglé, et de faire l’unanimité en France.

Un article du Figaro publié en 2014 rappelait déjà que la France était le pays où la réglementation était la plus stricte, ce qui pesait sur la filière des fruits et légumes, concurrencer je cite « par des pays moins exigeants, et exposée à la concurrence déloyale ».

Ce terme de concurrence déloyale pourrait-il s’appliquer aux golfs espagnols versus les golfs français ?

Sur ce point, la France a voulu montrer un exemple qui n’a pas été réellement suivi par nos voisins.

Le plan « Ecophyto 2018 », issu du Grenelle de l'environnement de 2007, dont l'objectif était à terme de diviser par deux l'usage de pesticides allait plus loin que la réglementation européenne sur l'ensemble des produits phytosanitaires.

La journaliste du Figaro citait alors le président de la Fédération Nationale des Producteurs de Légumes (FNPL) Jacques Rouchaussé qui s'insurgeait déjà : « Je ne suis pas contre la suppression de produits phytosanitaires. En France, on veut être les premiers de la classe avec le plan Ecophyto en supprimant des molécules, mais on ne nous donne pas les produits de substitution pour les remplacer ».

En 2014, la question était finalement à quand une homologation des produits phytosanitaires à l'échelle mondiale ? On aurait envie de dire « et déjà au niveau européen ? »

La France est donc l'un des pays du monde où la réglementation en ce qui concerne l'utilisation de produits phytopharmaceutiques est la plus stricte.

Ce qui est une bonne nouvelle pour notre santé, mais n'en est pas une pour les revenus des agriculteurs, et l’entretien des parcours de golf…

Nous avons voulu interroger des greenkeepers de parcours en Espagne, et notamment dans la région de Barcelone. Curieusement, nos questions sont restées sans réponses sur un sujet qui pourrait bien rester un tabou entre la France, et l’Espagne.

En 2020, plus de 13 ans après la question du Sénateur Courtaud, on ne peut pas vraiment dire que le débat entre la France et l’Espagne ait trouvé une réponse égalitaire, et ce, dans l’indifférence de beaucoup trop d’acteurs concernés. 

Sans souhaiter aux Espagnols une législation plus stricte, force est de constater que les parcours français doivent faire face à une difficulté supplémentaire, et ne reçoivent pas de réponses ou de solutions alternatives.

Ne serait-ce pas le rôle de la FFG de remonter cette question au gouvernement à une époque où beaucoup de golfeurs français partent de plus en plus régulièrement jouer en Espagne ?

Sans quoi, l’alternative reste encore et toujours la gestion… de l’eau.

Quelles solutions pour mieux gérer l’eau ? Les exemples mis en avant par l’architecte Français Michel Niedbala, dont le dernier en date, Roissy

Michel Niedbala, architecte de golf depuis plus de 30 ans, nous a donc dévoilé son point de vue sur les conséquences du changement climatique sur les golfs. Il se trouve qu’il est comparable au point de vue de son confrère cité plus haut, Patrice Boissonnas.

Ce dernier explique que parmi les solutions qui permettraient d’accompagner le réchauffement climatique au mieux, et donc en somme de pallier au manque d’eau, il conviendrait de développer des méthodes de captation des eaux de pluie, afin de les stocker quand la pluviométrie est haute, dans le but de s’en servir pour l’arrosage.

Il ajoute que, créer des bassins qui se remplissent naturellement quand il pleut, installer des citernes, ou encore créer des réseaux de collection des eaux seraient les bons outils à mettre en place pour les golfs de demain.

Ce à quoi Michel Niedbala ajoute « Il s’agit même d’une question essentielle », en soulignant au passage, l’importance de transmettre en héritage, la beauté de nos golfs.

Il prend notamment en exemple le golf de Villenave-d’Ornon, près de Bordeaux, où il a mis en place une méthode de récupération des eaux de pluie, afin justement de palier aux problèmes de sécheresse.

L’architecte a creusé des bassins de rétention d’eau inondables en période de pluie.

Cette technique d’arrosage grâce à la pluviométrie, a permis la création de vingt hectares de zones humides.

Ce procédé a même permis de renforcer le classement de la zone Natura 2000.

Plus récemment, pour le golf de Roissy, qu’il vient tout juste de terminer, l’architecte a planté plus de 1600 arbres et 4000 arbustes, justement dans le but des créer des zones ombragées.

Il affirme que le parcours a d’ailleurs été conçu, en vue de « digérer » au mieux les changements climatiques, et ce, en fonction des saisons.

Quand nous l’interrogeons sur ce défi qui attend les golfs français, il concède que « Certains golfs feraient bien de s’interroger sur la capacité de leur golf à digérer ces chocs climatiques »

Quand justement on interroge un certain nombre de directeurs, une grande majorité reconnaît aisément que c’est un sujet de préoccupation. Cependant, ils apparaissent aussi un peu démunis par rapport à l’enjeu.

Si certains parcours de golf ne cherchent pas nécessairement à gagner plus d’argent en cherchant plus de clients, d’autres, une majorité peinent déjà à équilibrer les comptes, ont déjà un taux élevé d’endettement, et refaire 18 greens pour 1 million d’euros sera forcément mis en balance avec la perspective de retrouver cet investissement avec une hausse des abonnements ou des tarifs des green-fees…idem pour les fairways.

C’est donc là tout le dilemme sur l’avenir du golf en France. Il convient d’admettre qu’une majorité de parcours aurait besoin de s’adapter, mais craignent de faire cet investissement, sans certitude de le retrouver.

A l’inverse, on pourrait s’interroger sur la viabilité à court-terme de ces mêmes parcours, qui ne feraient pas l’investissement, en pensant que le golfeur va accepter les contraintes de plus en plus fortes…

Ce débat ne fait que commencer.

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Commentaires   

fderocha@gmail.com
+1 #1 Raison ou passion ?fderocha@gmail.com 24-11-2020 20:30
Même si nous arrivions à limiter à un niveau raisonnable le dérèglement climatique, les contraintes écologiques deviendront de plus en plus fortes. La pollution engendre bien d'autres dérèglements. La tendance sera de limiter toujours plus les interventions sur les parcours. Il me semble que le plus sage est de nous adapter à ce que nous donne la nature dans un lieu donné et de ne pas chercher à la transformer au delà du strict nécessaire, mais plutôt à en tirer profit. Jouons le terrain comme il repose !
Cordialement,
François

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