Phil Mickelson remporte l’US PGA Championship 2021 à 50 ans !

Quelle fantastique nouvelle ! Dimanche 23 mai 2021, sous un beau soleil de Caroline du Sud, à Kiawah Island, sur le parcours d’Ocean Course, le plus long parcours de golf pour un tournoi Majeur (7201 mètres), le gaucher américain Phil Mickelson, jeune quinqua qui fêtera son cinquante-et-unième anniversaire dans moins d’un mois, s’impose brillamment devant les meilleurs du moment, dont Brooks Koepka (31 ans). C’est d’abord une fantastique nouvelle pour lui, mais aussi pour tous les golfeurs, car cette performance dans l’un des tournois les plus difficiles au monde peut légitimement transmette de l’optimisme pour tous ceux qui veulent continuer à progresser, et malgré les années qui passent. C’est aussi une fantastique nouvelle pour un certain Tiger Woods (45 ans) qui peut lui aussi imaginer qu’il sera encore possible de gagner un majeur.

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Cela devait arriver…On espérait que cela arrive…Un golfeur de plus de 50 ans qui domine un parcours préparé pour un Majeur, et pas nécessairement le British Open…

En remportant dimanche le 103ème US PGA Championship de l’histoire, Phil Mickelson est devenu tout bonnement le premier vainqueur âgé de plus de 50 ans.

Cela ne pouvait être que lui !

Deuxième plus beau palmarès de l’histoire récente du golf après un certain Tiger Woods, déjà vainqueur de trois Masters à Augusta (2004, 2006, et 2010), d’un British Open en 2013 (pour ce qui apparaissait comme possiblement son dernier majeur en carrière), et donc un US PGA Championship en 2005, Phil Mickelson (the thrill) ajoute encore un sixième majeur à son palmarès, en 2021…sept ans après son dernier titre acquis à Muirfield, et surtout seize ans après son dernier titre sur ce tournoi, alors disputé à Baltusrol.

A l’époque, ses rivaux s’appelaient Steve Elkington, Thomas Bjorn, Davis Love III, Retief Goosen, Vijay Singh, David Toms ou encore Tiger Woods, et tous, mis à part ce dernier, sont aujourd’hui des vétérans du circuit, bien plus habitués au Champion’s Tour.

Mickelson a d’ailleurs lui aussi commencé à mettre un pied sur le Champions’ Tour, et d’ailleurs déjà remporté ses premiers succès, sans pour autant abandonner sa carrière sur le PGA Tour.

Descendant lentement hors des cent meilleurs mondiaux (il était 115eme avant le début du PGA Championship), on pouvait imaginer qu’à 50 ans, Mickelson, après tout humain, laissait inexorablement la place aux plus jeunes, la génération des Dustin Johnson, Brooks Koepka et autre Jordan Spieth.

Avant cette semaine à Kiawah Island, aucune statistique ne pouvait prédire que Mickelson pourrait jouer la gagne.

Il n’avait plus réussi un top-10 depuis le WGC-Fedex St. Jude Classic 2020, un championnat du monde avec un champ de joueurs resserré.

Deuxième, il avait alors déclaré « Je commence tout juste à me remettre à bien jouer »

Depuis 2019, et sa dernière victoire sur le PGA Tour, la 47eme en carrière à l’occasion de son tournoi fétiche du AT&T Pebble Beach Pro-Am, déjà la cinquième, les résultats de Mickelson sur le tour étaient effectivement en dents de scie, avec plus souvent des bas que des hauts.

Il y a encore quelques semaines, au Valspar Championship disputé au Texas, Mickelson avait été à la peine, manquant le cut notamment après avoir connu un difficile trou numéro 18.

Comme à son habitude, il s’était battu jusqu’au bout, alternant le bon avec le moins bon. « Je sais quel est mon problème. Je ne suis pas physiquement capable de tenir ma concentration. Comme je vieillis, j’ai plus de mal à me concentrer. C’est mon défi maintenant, et j’essai de le relever. J’essaie plein de choses différentes pour essayer de me concentrer ou de me reconcentrer. Quand je suis gêné par des phénomènes extérieurs comme la sonnerie d’un téléphone ou des gens qui crient, je dois me sortir de ma routine, et me reconcentrer.  Pour le moment, je n’en suis pas capable. Je dois donc trouver des techniques pour y parvenir. Je dois être de nouveau capable de me recentrer sur mon jeu ! »

Et effectivement, sur le parcours de Kiawah Island (Ocean Course), le plus long jamais préparé pour un majeur, le problème de Mickelson n’a jamais été son physique de jeune quinqua.

Avec une moyenne de 313 yards au drive au cours de la semaine, il n’a rendu par exemple que 3 yards à l’un des plus gros frappeurs du moment, et favori logique de ce second majeur de l’année, Brooks Koepka, à 316 yards de moyenne.

A titre de comparaison, second ex-aequo, le sud-africain Louis Oosthuizen, 38 ans, a drivé en moyenne à 303 yards de moyenne, 10 yards derrière Mickelson.

« Lefty » a bien fait la différence au drive avec une distance supérieure, mais aussi quelques fairways en régulation en plus (une moyenne de 55% suffisante pour gagner sur ce parcours relativement ouvert), alors que son putting retrouvé lui a permis de finir le travail sur les vastes greens bercés par la brise de l’océan.

Des trois premiers, Mickelson a surtout été le meilleur sur les greens, auteur d’un total de 22 birdies, il a justement su faire preuve de toute la concentration nécessaire pour rentrer les putts aux moments les plus cruciaux, et alors que la foule amassée autour des fairways ne cessaient de crier « In the Hole ».

Une victoire dans ce Majeur impressionnante pour sa capacité à taper parmi les plus forts au drive, utilisant un driver spécial pour l’occasion, un Epic Speed monté sur un manche allongé à la limite maximum autorisée, et un loft abaissé.

Sur ce parcours terriblement long, Mickelson avait dès le début de la semaine priorisé la distance à la précision, une stratégie finalement bien payante.

Comme à son habitude, Mickelson a joué l’attaque à tout crin, et comme en atteste sa dernière carte dimanche émaillée de six bogeys, et de cinq birdies.

C’est bien sa capacité à tenter le plus de birdies qui a fini par faire la différence quand Koepka, le favori aux vues de ses états de services récents sur ce tournoi, en a réussi 16.

Et encore, dimanche, lors du dernier tour joué en 73 (+1), Mickelson a en fait réalisé sa moins bonne journée de la semaine, notamment dans un domaine, le jeu de fers pour attraper des greens.

Pendant les trois premières journées, c’est aussi dans ce domaine où le génial gaucher a excellé, en plus de finir sixième meilleur putter du tournoi sur les greens en régulation.

Taper fort, précis avec les fers, et bons sur les greens, c’est très souvent la formule magique des golfeurs qui gagnent.

A l’inverse, seulement 101eme pour la précision au drive, les roughs n’ont pas réellement pénalisé le futur vainqueur, bien loin de l’enfer du Golf National à Paris, où Mickelson avait déclaré tout son désamour pour ce type de parcours.

La distance n’a donc pas effrayé le plus âgé des 81 golfeurs qui avaient pu passer le cut vendredi soir.

Pour produire cette distance, il faut donc une vitesse de swing extrême, et c’est encore là où l’américain impressionne pour son âge.

Toujours dans le top-50 des plus longs frappeurs du PGA Tour avec une vitesse moyenne au drive de 117 mph en 2020, et une pointe à 122 mph, dix ans plus tôt, à 40 ans, Mickelson drivait à… 118 mph de vitesse de swing moyenne.

Il swingue si fort qu’il en casse d’ailleurs des clubs en plein tournoi.

En plus de sa victoire historique, Mickelson aura réussi à gagner malgré deux clubs cassés pendant la semaine, pas la meilleure des publicités pour son équipementier Callaway, ou plutôt l’expression de la limite avec laquelle les meilleurs flirtent en permanence.

Samedi, Mickelson s’est aperçu qu’il avait fendu la face du bois 2 qu’il avait régulièrement utilisé tout au long de la semaine. Il s’en est rendu compte après deux coups aléatoires aux trous numéro 12 et 13.

Avant de prendre le départ du dernier tour, il s’est aussi rendu compte qu’il avait fendu la face de son fer 2.

L’américain, philosophe, a déclaré « Vous ne pouvez pas taper aussi fort que ce que je fais, et ne pas imaginer pouvoir les casser »

Il a donc remplacé son fer 2 par un bois 4, et expliqué que c’est une chose à laquelle un golfeur professionnel doit se préparer en amenant toujours plusieurs clubs de rechange sur les tournois, un raisonnement payant pour Mickelson, numéro un pour les coups gagnés du tee au green cette semaine.

Bientôt trente ans après ses débuts comme golfeur professionnel sur le tour (1992), Mickelson a donc réalisé un authentique exploit, aussi captivant que le come-back victorieux de Tiger Woods au Masters 2019.

Devant une foule qui paraissait immense (le tournoi autorisait 10 000 spectateurs par jour), Mickelson déjà parmi les 15 meilleurs golfeurs de tous les temps, rejoint Faldo et Trevino au rang des golfeurs avec six majeurs, « un moment que je vais chérir toute ma vie ».

Il y a pourtant quelques jours, il acceptait une invitation pour disputer le prochain US Open, n’étant pas qualifié pour, et il se murmurait qu’il se préparait à une carrière de commentateur.

Plus personne ne le voyait gagner un tel tournoi, n’ayant pas réussi le moindre top-10 en majeur depuis cinq ans. « C’est juste en lui » a commenté son frère Tim.

Mickelson, le modèle de longévité sur le tour même s’il n’est jamais parvenu au rang de numéro un mondial, a en fait réussi à moderniser son jeu pour durer. Il a commencé par travailler sur son physique.

Le Mickelson bedonnant de 2006 n’aurait jamais pu être au départ d’un majeur en 2021 pour le gagner. Toujours affamé de victoires, il s’est imposé un régime draconien, et n’a jamais autant travaillé physiquement.

Pour son frère Tim Mickelson, l’explication est toute simple  « Il adore juste le golf »

Au sujet de ses sautes de concentration sur le parcours, il s’est récemment mis à exercer son cerveau sur des sessions de 45 trous par jour, et des séances de méditations plus longues.

C’est d’ailleurs ce qui le rend le plus optimiste pour son avenir « Je travaille sur ma capacité à calmer mon esprit, et ne pas me laisser perturber par les bruits extérieurs »

Il ajoute « Je ne veux pas paraître trop spirituel, mais c’est la meilleure chose que j’ai faite pour mon jeu ».

 

A 50 ans, la plupart des golfeurs professionnels cherchent à adapter leur swing, pas Mickelson, qui continue à courir après la vitesse.  Au practice, il examine chaque coup sous l’angle d’un launch monitor quand un Koepka préfère seulement se fier au son de la balle à l’impact.

Ensemble dans la dernière partie, une sacré dernière partie avec neuf majeurs à eux deux, finalement, Koepka, un terrible guerrier en majeur, n’a pas réellement pu bousculer Mickelson, seul maître à bord du scénario final.

A-t-il perçu que la foule avait déjà largement choisi l’exploit du quinqua comme souvenir à se remémorer de cette journée ?

Combien de fois a-t-il entendu « Phil » gronder dans ses oreilles depuis les cordes ?

Beau joueur, il a commenté « Je suis super heureux pour Phil. J’espère que je pourrai toujours jouer à 50 ans, mais être capable d’être compétitif et gagner, c’est une tout autre chose. »

Mickelson toujours muni désormais de ses lunettes de vues teintées pouvait fendre la foule durant les derniers instants du tournoi, porté par tant d’amour vers une victoire historique, et après des mois de pandémie, par une foule enfin libérée et présente autour du champion.

Rickie Fowler pouvait comparer la victoire de Mickelson à celle de Woods à East Lake, au moment du Tour Championship 2018 « C’est East Lake 2.0. C’est la même énergie, le même feeling aves les fans qui crient. Ces deux gars ont eu un tel impact sur le golf depuis 20, 30 ans »

Nicklaus, en gagnant le Masters 1986, avait marqué les esprits et illustré la longévité d’un golfeur professionnel vainqueur à 46 ans. Cette victoire de Mickelson en 2021, à 50 ans, marque donc très certainement une nouvelle histoire mémorable du golf.

Une histoire qui nous invite donc tous à l’optimisme pour la recherche du « bien jouer au golf », tard dans la vie. La distance est certainement une clé de la performance à haut niveau. Il ne faudrait toutefois pas oublier la concentration…la clé de Mickelson, mais peut-être aussi la nôtre.

Crédit photo : Getty Images

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Commentaires   

mhezkia@gmail.com
0 #1 Quel plaisirmhezkia@gmail.com 24-05-2021 20:11
Quel plaisir de voir une telle victoire...
Je me faisais une réflexion : Il me semble que c'est l'un des dernier joueur avec une classe folle. A l'image des Nicklaus, Ballesteros, Watson, Payne... Il reste hors sol, et beaucoup de champions actuels devraient en prendre de la graine. Il est de ces personnes qui laisseront une trace par leur charisme, leur façon de jouer, leur façon d'être en dehors des terrains. Pas sûr que certains joueurs dans le top Ten laissent de tels souvenirs... Bravo !

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