Peu importe où vous gagnez, vous devez gagner sur le PGA Tour pour être un grand golfeur !

Dimanche dernier, Paul Azinger, consultant pour une chaîne de TV Golf américaine, expliquait en référence à l’anglais Tommy Fleetwood, que peu importe les victoires internationales, en Asie, en Europe, un golfeur professionnel qui se voudrait une référence, se devrait de gagner sur le PGA Tour. Son propos tendait à démontrer la suprématie du circuit nord-américain, véritable test de performance. Immanquablement, nombre de golfeurs européens ont réagi à ses propos, dont l’anglais Ian Poulter, pour rappeler une autre domination, celles des européens en Ryder Cup. Qui a tort, qui a raison ? Que vaut la récente victoire du finlandais Sami Valimaki à Oman ?

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Le monde du golf professionnel s’est principalement organisé par régions, à défaut de s’être globalisé à l’échelle de la planète.

L’OWGR, classement de l’ordre du mérite golfique professionnel mondial est le seul mode réel d’unification du golf, pour tenter d’apporter un minimum de clarté, et notamment sur les meilleurs golfeurs.

Le week-end dernier, trois golfeurs anglais étaient en lice pour remporter le Honda Classic, un tournoi parmi les classiques d’une saison sur le PGA Tour.

Disputé sur le PGA National, l’un des parcours parmi les 5 plus difficiles sur une saison du PGA Tour, à Palms Beach Garden en Floride, Tommy Fleetwood, Luke Donald et Lee Westwood avaient chacun une chance réelle de l’emporter, rappelant que le vieux-continent, et plus particulièrement l’Angleterre, était l’un des meilleurs pourvoyeurs de talents.

C’est surtout Tommy Fleetwood, leader après 54 trous qui avait la meilleure opportunité de remporter son premier tournoi sur le circuit PGA.

Internationalement reconnu, régulièrement dans les 20 meilleurs golfeurs mondiaux à l’ordre du mérite depuis 2017, victorieux à deux reprises à Abu Dhabi, vainqueur de l’Open de France au Golf National en 2017, vainqueur du Nedbank Golf Challenge en Afrique du Sud en 2019, et surtout héros de la dernière Ryder Cup à Paris avec 4 victoires, dont celles acquises avec son célèbre « associé » l’Italien Francesco Molinari, l’anglais de 29 ans fait bien figure de référence européenne.

Sur le sol américain, Tommy s’est fait un nom lorsqu’il a terminé second de l’US Open 2018, seulement battu par l’intouchable Brooks Koepka sur le difficile parcours de Shinnecock Hills, et après avoir rendu une dernière carte exceptionnelle et mémorable, en 63.

Après cette performance, aucun américain ne pouvait plus douter de l’immense talent du sympathique chevelu de Southport.

Encore second en majeur à l’occasion de The Open 2019, plusieurs belles places d’honneurs dont le championnat du monde de Mexico en 2017, Fleetwood présente bien un joli CV… Oui mais pas encore de victoire sur le sol américain.

Pas une seconde place, mais bien le sésame de celui qui soulève le trophée et attire sur lui tous les flashs des appareils photos, le temps d’un dimanche en fin de journée, et dont le visage rayonnant rempli les gazettes de golf du lundi matin…

Dimanche, Fleetwood n’a finalement rien pu faire contre le retour phénoménal du Sud-Coréen Sungjae Im, au point de tenter un coup difficile, pour ne pas dire impossible, en vue d’attaquer le green du 18.

L’anglais n’avait pas le choix.

Il lui fallait impérativement un dernier birdie pour rejoindre Im en play-off.

Une balle dans l’eau plus tard, et un bogey, au lieu de la victoire, il a finalement pris une honorable troisième place qui fit dire à Azinger, ancien capitaine de l’équipe Américaine de Ryder Cup et onze fois vainqueur sur le PGA Tour, que les victoires internationales ne valent pas une victoire sur le PGA Tour.

Son propos polémique de notre point de vue européen remet en perspective la question de la valeur du circuit nord-américain, par rapport aux autres circuits, et premier visé, le circuit européen.

Si Poulter s’en est offusqué sur les réseaux sociaux « J’aime beaucoup Paul Azinger, mais je ne trouve pas qu’il doive être condescendant et irrespectueux avec le tour européen et nos joueurs. Nous vous avons botté le cul à maintes reprises en Ryder Cup. Je sais que tu as été un capitaine victorieux, mais sérieusement, ce commentaire aujourd’hui était embarrassant. »

Pour rappel, Ian Poulter a lui-même remporté deux victoires sur le sol américain, le championnat du monde de match-play Accenture en 2010, et plus récemment le Houston Open en 2018.

Pour autant, sous prétexte d’être européen, devons-nous rejeter en bloc l’affirmation de Paul Azinger ?

Qu’est-ce qui constitue la force d’un circuit professionnel de golf ?

La qualité des parcours, la difficulté des parcours, la qualité des participants, l’audience, et en fin de compte, car ce n’est pas accessoire, le volume des dotations financières, qui d’ailleurs fait le lien entre les parcours, et les joueurs.

Sur la question des dotations, personne ne pourra raisonnablement contester le fait que le PGA Tour distribue le plus grand volume d’argent sur l’année, et notamment plus de 400 millions de dollars en 2020.

Trois tournois sont particulièrement généreux : La finale des Play-off de la Fedex Cup, le Tour Championship, le Player’s Championship (15 millions $) et l’US Open (12,5 millions).

Pour espérer rivaliser, le circuit européen a été contraint de se dérégionaliser, pour aller chercher les pétrodollars du Moyen-Orient, acceptant au passage de se délocaliser la plus grande partie de l’année, loin de ses frontières géographiques.

Malgré cette ouverture ou fuite en avant, selon les points de vue, le circuit réunit moins de 190 millions d’euros de dotations, un chiffre que vous aurez du mal à trouver, tant les organisateurs évitent qu’il ne se voie trop facilement, car il démontre trop facilement que ce circuit est deux fois moins attractif versus le rival américain.

Par exemple, les dotations du circuit européen sont exprimées dans différentes monnaies (euro, dollar américain, dollar australien ou encore le rand sud-africain).

Toujours pour bien illustrer le rapport de force, le plus petit tournoi du circuit US distribue 3 millions de dollars (Porto Rico) quand le plus vieil open continental, l’Open de France peine à rassembler moitié moins.

Que Poulter l’admette ou pas, le marché américain est sans commune mesure avec le marché européen.

C’est difficile de lutter avec un marché de 25 millions d’amateurs pour les seuls Etats-Unis.

Avec un tel avantage financier, le PGA Tour n’a aucun mal à réunir les trois autres caractéristiques majeurs, les parcours, les joueurs et l’audience.

Sur ce seul sujet du public, un tournoi tel que le Waste Management Open de Phoenix arrive à réunir chaque année plusieurs centaine de milliers de spectateurs autour des fairways.

Aucun tournoi européen hors majeur n’arrive à faire un tel score.

Plus précisément, le tournoi de Scottsdale attire près de 700 000 fans chaque année, quand le plus gros tournoi européen, The Open a battu son record à Portrush en 2019 avec 238 000 fans !

La comparaison est relativement injuste pour l’Europe, ce qui néanmoins n’enlève rien à la qualité des joueurs européens.

Sans remonter trop loin dans l’histoire, et rappeler que Ballesteros, Langer, Faldo, et Woosnam, ont été les premiers à dominer le classement mondial de 1986 à 1992.

Plus récemment, Westwood, Donald, Rose et surtout McIlroy ont occupé le rang de numéro un mondial. Ils étaient tous issus du circuit européen.

Aujourd’hui, deux européens sont même aux deux premières places, McIlroy mais aussi l’espagnol Jon Rahm.

18 européens dont le français Victor Perez figurent parmi les 50 meilleurs mondiaux contre 19 américains, dont 8 font partie des 10 meilleurs.

De ce point de vue, le golf européen n’est clairement pas à la traîne, ce qui se valide plutôt bien en Ryder Cup, avec pas moins de 7 victoires européennes sur les 10 dernières confrontations.

Cependant, Azinger ne remet pas en doute la qualité des européens, mais plutôt en avant la qualité d’une victoire sur le sol américain, là où les meilleurs joueurs s’affrontent régulièrement.

Le véritable sujet, c’est le classement mondial moyen des champs de joueurs par tournois.

Pendant que Fleetwood tentait de remporter le Honda Classic en Floride, le jeune rookie finlandais Sami Valimaki s’imposait pour la première fois à Oman, et pour son seulement 6eme départ sur le circuit européen.

Entre les deux tournois, sans mésestimer la difficulté de bien jouer au golf, Fleetwood avait effectivement une opposition bien plus dense, à commencer par les meilleurs européens comme Westwood ou Donald, qui eux-mêmes accréditent la meilleure réputation, et dotation du circuit américain.

23 européens parmi les meilleurs jouent pratiquement à plein temps aux USA, avec notamment McIlroy, Rahm, Fleetwood, mais aussi Casey, Rose, Garcia, Noren, Stenson, Molinari, Poulter, Lowry, Fitzpatrick, Cabrera-Bello ou encore McDowell qui disputent la Fedex Cup, competition qui sanctionne les meilleurs joueurs du PGA Tour.

Si ces 23 joueurs jouaient plus régulièrement sur l’European Tour, et moins souvent sur le PGA Tour, les propos d’Azinger auraient peut-être moins de portée.

Le fait est que Poulter lui-même accrédite la théorie de l’ancien capitaine américain.

Il faut pour l’instant se résigner à admettre la vérité telle qu’elle est : Gagner sur le PGA Tour est toujours aujourd’hui la meilleure référence sur un CV de golfeur professionnel.

Sans rien n’enlever au mérite de Sami Valimaki, vainqueur à Oman, la même semaine que le Honda Classic en Floride, il a disputé un tournoi de seconde division quand Fleetwood a manqué de gagner en première division.

Le monde du golf professionnel gagnerait à reconnaître ce qui saute aux yeux comme une évidence à tous les fans de golf.

Surtout, et les joueurs européens y seraient favorables (cf. interview de Raphael Jacquelin à Crans-Montana), le véritable sujet serait plutôt la création d’un circuit de golf mondial, sur la base d’un modèle similaire à celui de l’ATP Tour en Tennis.

Car un dernier sujet a son importance pour déterminer les meilleurs joueurs : Les parcours.

Qui devrait être sacré meilleur golfeur de la planète ?

Celui qui domine les parcours américains sur un seul continent (Brooks Koepka, Dustin Johnson, et même Tiger Woods) ou celui qui fait preuve de la plus grande faculté d’adaptation, pour jouer et gagner sur les parcours du monde entier (McIlroy, Rose, Rahm…)

Azinger a pointé du doigt une réalité, en omettant toutefois d’aller jusqu’au fond du sujet.

En contrepartie, que valent les victoires des américains chez eux, quand ils sont incapables de transcrire leurs performances sur des parcours européens, et l’exemple de la dernière Ryder Cup à Paris suffit à lever le doute.

Par exemple, Patrick Reed a disputé 20 tournois sur le circuit européen pour aucune victoire, et une position moyenne de 25eme, sans compter les majeurs et les WGC. Il a bien 8 victoires sur le continent américain...

Ces débats n’existeraient plus avec un circuit de golf mondialisé.

Oui, mais c’est au reste du monde de se mettre au niveau des américains, et pas l’inverse.

Les américains réunissent sans peine des dotations pour plus de 400 millions de dollars par an, quand le reste du monde a du mal à faire la moitié du chemin.

Pour créer un circuit mondial, il faudrait créer une alternative crédible, avec peut-être moins de tournois en Europe, et en Asie, mais mieux dotés.

Le calendrier du PGA Tour, qui se concentre désormais sur une période plus courte est aussi une nouvelle opportunité de réfléchir le golf professionnel au niveau planétaire, par zone et par période.

En attendant, oui, une victoire sur le PGA Tour aura plus de poids que n’importe quelle autre, n’en déplaisent aux golfeurs européens qui jouent eux-mêmes sur ce circuit.

Crédit photo : Rich Graessle/Icon Sportswire ET Getty Images

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