Faut-il disputer les tournois du PGA Tour 2020 sans public ?

Le 12 mars dernier, les fans américains du Player’s Championship 2020 n’imaginaient pas encore que le tournoi serait annulé, et le PGA Tour mis en quarantaine. Des milliers de personnes se pressaient alors sur les chemins, pour aller d’un trou à un autre, se restaurer, visiter le village des exposants, et surtout, suivre les meilleurs golfeurs de la planète aux bords des fairways. Dans quelques semaines, le PGA Tour envisage de reprendre son activité, et s’interroge sur la présence du public. Tout va se jouer dans les prochaines 72 heures…

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Jeudi 9 avril, l’ensemble des golfeurs professionnels engagés sur le PGA Tour, principal circuit de golf professionnel, ont reçu un mémo de la part de organisateurs.

Il leur a été indiqué qu’une réflexion était en cours s’agissant de la reprise des activités, et notamment des tournois.

A ce jour, depuis l’interruption du Player’s Championship disputé sur le parcours du TPC de Sawgrass, ce sont en réalité 9 tournois qui ont été reportés ou annulés, au plein cœur de la saison, avec notamment le premier majeur de l’année, le Masters d’Augusta.

Dans ce mémo, plusieurs informations revêtent une grande importance.

La première, le circuit a conscience des difficultés actuellement rencontrés par les joueurs de tous horizons (Il y a des américains, mais aussi des européens, des asiatiques, des sud-américains, des sud-africains, etc.) pour s’entraîner et se déplacer.

A titre d’exemple, depuis l’annulation du Player’s, l’espagnol Rafa Cabrera-Bello est resté à Ponte Vedra Beach, et n’est pas rentré chez lui à « Dubaï » avec sa femme, sa fille de 8 mois, et son agent.

Les vols pour Les Emirats étaient déjà annulés au moment de se poser la question du retour, et le choix a été rapidement fait de rester sur place, dans une maison louée tout près du parcours, pour continuer à s’entraîner, tout en respectant la distanciation sociale.

La grande majorité des joueurs, y compris les non-américains, sont donc restés aux USA.

Cependant, le Tour a bien conscience qu’il faudra prendre en compte les difficultés de déplacements, dans le cadre d’une éventuelle reprise.

Reprise qui est toujours imaginée le 21 mai pour le Charl Schwab Challenge, à Fort Worth au Texas.

Les Etats-Unis sont pourtant le pays le plus touché au monde par la crise du Coronavirus, avec plus de 520 000 personnes affectées, et déjà 20 000 décès.

En 24 heures, le pays a connu plus de 2000 décès.

Au pays de l’Oncle Sam, difficile de se résoudre à un confinement total, et ne pas faire de plan sur la reprise.

Défense de l’écosystème, des libertés individuelles, et parfois posture idéologique, des états Américains (Dakota du Sud, Iowa) continuent de refuser le confinement total.

A la différence des pays européens, le modèle Américain a du mal à s’accommoder à l’idée de devoir s’arrêter… complètement.

L’Université de Washington a revu sa prévision à la baisse, et s’attend désormais à 60 000 morts au lieu d’une précédente prévision qui tablait entre 100 000 et même 240 000 morts.

Les autorités semblent croire que l’épidémie est déjà à son pic, et très vite, la question de la reprise de l’activité se pose, y compris pour le golf professionnel.

Dans ce mémo, un deuxième élément a été mis en avant, le fait de laisser au moins quatre semaines aux golfeurs professionnels, afin de se préparer à la reprise.

Le Tour est très soucieux de garantir l’équité pour tous les joueurs, alors que règne un certain flou sur le reste de la saison, et notamment le nombre de tournois qui pourront réellement se disputer.

Ces quatre semaines doivent servir aux joueurs pour se préparer, à être compétitif, et à organiser leurs déplacements futurs.

Personne n’évoque la question des 14 jours de quarantaine pour aller d’un pays à un autre…

Quatre semaines, cela voudrait dire que la décision de reprendre pourrait être annoncée autour du 2 avril, pendant la semaine où aurait normalement dû se tenir le Valero Texas Open, à San Antonio.

Il pourrait alors rester 20 tournois à disputer, les 3 majeurs américains, dont le Masters en Novembre à Augusta.

A cette heure, seulement 9 tournois ont été officiellement annulés, dont The Open à Royal Saint-Georges. Ce majeur Britannique se disputera en 2021, et toujours sur le même parcours.

Toujours au sujet de ce mémo, le circuit réfléchit bien à se relancer, mais sans public autour des fairways, et sans public tout court dans les gradins, et dans l’enceinte des parcours.

Une décision pourrait être prise dès mardi 14 avril, et faire date dans l’histoire du sport américain.

A la différence des sports de contacts, le golf peut effectivement se pratiquer en respectant certaines règles de distanciations sociales.

Effectivement, les parties de 2 ou 3 golfeurs pourraient limiter le nombre de personnes présentes en mêmes temps sur un trou.

Dans les faits, admettons qu’il soit bien possible de faire jouer les meilleurs golfeurs de la planète en tournois.

Cependant, cela pose d’autres questions, et notamment morales.

Que va-t-il se passer, si seulement aux USA, des milliers de personnes meurent du COVID-19 pendant que des golfeurs professionnels jouent des tournois ?

En imaginant une reprise fin mai, les autorités du golf américain sont bien optimistes.

La crise semble loin d’être terminée outre-Atlantique, et on ne mesure pas encore ce que sera le monde d’après…

Disputer des tournois de golf sans public n’est pas en soi le même problème qu’un match de football à Wembley devant 80 000 personnes.

Dans le domaine des sports qui se disputent habituellement dans des arènes, des salles indoor ou des stades, le public fait partie intégrante du spectacle.

Les matchs à huit clos, pour causes de suspensions ou autres motifs nous ont déjà montré ce que pouvait être l’absence d’ambiance, d’émotion dans une telle enceinte.

Sur un tournoi de golf, mis à part quelques tournois, et notamment les Majeurs, en particulier le Masters et le British Open, le public n’est pas forcément en nombre autour des fairways.

Le contre-exemple du tournoi de Scottsdale, le Waste Management Open a déjà été disputé plus tôt cette année, et d’ailleurs remporté par Webb Simpson.

Pour avoir assisté au Genesis Open en 2017, un gros tournoi du PGA Tour disputé en Californie, et organisé par la société TGR (Tiger Woods), le public n’est pas toujours et systématiquement aussi nombreux que l’on pourrait le croire à la télévision, et en comparaison des tournois disputés en Europe.

Bien entendu, le facteur Tiger Woods joue un rôle majeur sur l’audience.

En 2018, à l’occasion de son retour au Valspar Championship, l’affluence totale de la semaine avait grimpé de 112 000 à 150 000 personnes.

Tous les tournois américains ne sont pas égaux sur la question de l’affluence, alors il est vrai que même 100 000 personnes divisé sur une semaine, une dizaine d'heures, et sur 18 trous, ce n’est pas le même impact qu’un stade de 50 000 personnes, pendant deux heures d’un match de football ou de rugby.

La densité paraît moindre.

Cependant, jouer sans public, même si cela ne serait pas sans déplaire à certains joueurs, en quête de silence pendant qu’ils jouent, ce serait peut-être un peu déroutant… quoi que, les tournois de l’European Tour, et notamment les escales Sud-Africaines se jouent devant une poignée de personnes !

C’est une autre réalité du golf professionnel qui est souvent passé sous silence.

Combien y avaient-ils de fans autour des fairways en Arabie Saoudite pour le dernier Saudi Open ?

En réalité, oui, le golf peut se jouer sans public !

C’est plus inhabituel pour le PGA Tour, mais possible ou plus facile à envisager que le championnat de France de Football ou celui de Rugby.

Il faut imaginer que le circuit envisage cette solution pour « protéger » les droits TV, une grande part des revenus.

Par exemple, Discovery a acquis les droits du PGA Tour pour la diffusion dans le reste du monde hors Etats-Unis pour 12 ans, à compter de 2019, et pour 50 millions de dollars les deux premières années (2019 et 2020), et ensuite 100 millions de dollars par an !

En s’avançant sur une reprise rapide, quitte à se passer du public, le PGA Tour entend protéger ce revenu.

Le prix moyen d’un billet pour accéder à un tournoi du PGA Tour, hors les majeurs, peut être estimé entre 30 et 40 dollars.

En admettant qu’un tournoi du PGA Tour regroupe 100 000 personnes différentes sur une semaine, les revenus générés par le public pourraient être de l’ordre de 3 à 4 millions de dollars, auxquels il faudrait ajouter d’autres sources de revenus, comme la restauration ou les hébergements, et d’autres services.

Admettons que ces revenus puissent atteindre 10 millions de dollars et plus dans certains cas, notamment les majeurs…

Le circuit compte environ 35 tournois par an.

A noter, les tournois du PGA Tour sont organisés sous la forme d’organisations caritatives, et ne peuvent pas faire de bénéfices.

Le résultat des recettes est souvent reversé sous formes de donations.

L’an passé, le Valspar Championship a reversé 2,2 millions de dollars à des œuvres de bienfaisances.

En comptant les droits internationaux payés par Discovery (50 millions de dollars cette saison) et les droits pour la diffusion payée aux USA par CBS et NBC, estimés à 700 millions de dollars (jusqu’en 2030) (source CNBC), en moyenne, un tournoi pourrait représenter au moins 21 millions de dollars de droits TV, soit plus du double par rapport aux revenus très estimatifs générés par le public sur-place.

C’est donc le big-business qui suscite une envie de redémarrer très vite, d’autant que récemment, le PGA Tour avait vendu son offre de contenus numériques (PGA TOUR Live) à Disney pour 75 millions de dollars supplémentaires.

D’un point de vue financier, le PGA Tour peut, et doit redémarrer son activité le plus rapidement possible, pour protéger cette manne de revenus, qui peut justement être obtenue, sans le public sur les parcours.

D’un point de vue éthique, de l’ambiance et du spectacle, c’est un autre sujet.

Mais avant de parler de tournois, et même de tournois sans public, le PGA Tour devrait se soucier de la faisabilité d’organiser un circuit à partir du 21 mai…

A cette heure, envisager une reprise à cette date paraît bien ambitieux, compte tenu de l’évolution de l’épidémie.

Crédit photo : David Rosenblum/Icon Sportswire

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