PGA et European Tour avancent vers une alliance stratégique

Au début du mois d’aout 2021, quelques semaines après avoir déjà amorcé un premier rapprochement significatif, les directions des deux grands circuits de golf professionnel ont annoncé avoir franchi un nouveau cap, avec notamment l’organisation conjointe de trois tournois à venir. L’unification du circuit mondial de golf semble en bonne voie, alors qu’est pris en compte le développement du golf dans de nouveaux pays émergents, et par exemple, le Mexique. La France et la Belgique devraient pouvoir à terme profiter de cette nouvelle donne…

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Depuis plusieurs décennies, le golf professionnel se divise en circuit continentaux, ce qui globalement nuit à la lisibilité des tournois, et des classements.

Alors que plus d’un golfeur sur deux est nord-américain, le poids du PGA Tour était difficilement contestable, et pourtant l’European Tour, avec un bassin d’amateurs dix fois moins nombreux aura tout tenté, pour faire exister une vision plus globale de ce sport au niveau planétaire.

La crise liée à la pandémie de coronavirus aura finalement fait exploser la « bulle spéculative » dans laquelle vivait le circuit européen, à savoir une déconnexion entre la réalité des retombées possibles pour les annonceurs, et les faibles audiences ou nombres de spectateurs sur les tournois.

Les organisateurs du PGA Tour auraient pu s’en laver les mains comme ils l’ont fait pendant des décennies, dans une logique purement nombriliste, et du type « Make America Great Again ».

Si ce crédo a été en vogue ces dernières années d’un point de vue politique, le récent changement de gouvernance outre-Atlantique a marqué un revirement total de cette pensée, au moins au niveau des sphères administratives et économiques du pays.

Plus spécifiquement, depuis l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche, la pensée est toujours de contrer la puissance chinoise, mais de faire le constat que ce n’est plus possible de le faire seul, et notamment sans les européens.

Pied de nez de l’histoire, le golf en est au même stade.

Le PGA tour ne peut plus imaginer son développement sans prendre en compte la nécessité d’une meilleure globalisation de son activité.

Bons nombres des meilleurs golfeurs du circuit sont finalement en provenance de la vieille Europe, à commencer par le numéro un mondial, l’espagnol Jon Rahm, ou encore la figure emblématique, Rory McIlroy.

Certes, sur les dix meilleurs mondiaux au classement OWGR (Official World Golf Ranking), sept sont américains, mais les défaites de plus en plus récurrentes des USA en Ryder Cup contre l’Europe illustrent que si le circuit européen ne peut rivaliser avec le circuit américain, les meilleurs européens le peuvent largement.

Il ne faut pas se leurrer. La situation actuelle, marquée par l’affaiblissement dramatique de l’European Tour est une aubaine pour le PGA Tour, qui va pouvoir au-delà de jouer le sauveur du golf mondial, de prendre la main pour peu à peu dicter ses priorités.

Si dans les années 2000, le PGA Tour était principalement intéressé au développement du jeu aux Etats-Unis sous la seule impulsion de Tiger Woods, en 2021, le contexte a largement changé, et le PGA Tour comprend qu’il devient dans son intérêt d’élargir son rayonnement sur des pays où le golf peut se développer, et notamment en Amérique du Sud.

Surtout, il admet que le « Tiger effect » sera difficilement reproductible à l’infini.

Au-delà du lancement du PGA Latin-America qui a permis de structurer un circuit pour des pays comme le Mexique ou le Brésil, la présence de plus en plus fréquente au Masters à Augusta de talents originaires d’Amérique du Sud force à considérer cette nouvelle donne, plus internationale, et moins autocentrée sur la seule Amérique.

En plus d’annoncer un rapprochement stratégique entre PGA et European Tour, le circuit américain nous donne des indices sur ses futures priorités, et par exemple, le retour au calendrier d’un tournoi organisé à Mexico, même sans la bannière WGC !

Pour mémoire, le WGC-Mexico, championnat du monde de golf avait relevé au pied-levé le WGC précédemment organisé au Doral, sur les terres de Donald Trump…

Sous l’effet de la pandémie, ce projet avait tourné court, mais il semblerait bien que le PGA Tour veuille reprendre l’initiative.

Cette ouverture vers le sud explique partiellement pourquoi aujourd’hui, le PGA Tour ne peut plus ignorer un autre de ses horizons, à l’est, et donc l’Europe.

Alors qu’avant les années 2000, le PGA Tour n’avait qu’à se soucier de son marché intérieur pour assurer son développement, vingt ans plus tard, ce développement passera par le reste du monde, et tous les circuits potentiels avant l’Asie…

Toujours dans cet esprit de forte concurrence avec la Chine, on peut aisément imaginer que le PGA Tour craigne bien plus sérieusement un circuit asiatique beaucoup plus fort dans les années à venir, avec l’impulsion des Japonais, rejoints par les Chinois, et les Sud-Coréens.

La victoire du japonais Mastuyama au Masters pourrait bien agir comme un facteur accélérateur.

Cela étant, la chance du PGA Tour pour étendre sa sphère d’influence, c’est que les pays asiatiques ne sont pas enclins à naturellement s’allier.

Demain, un circuit qui unifierait USA et Europe représenterait alors plus des deux tiers des golfeurs dans le monde, et serait donc tout bonnement incontournable pour ne pas dire indéboulonnable.

De son côté, l’European Tour a clairement capitulé dans ce match USA-Asie qui s’annonce.

Avec un bassin de golfeurs trop faibles, et surtout pas assez dynamique (en croissance de nouveaux joueurs et joueuses), il n’y a pas de perspectives de pouvoir demain jouer un autre rôle que celui de suiveur.

Au-delà de vivre cela comme une résignation, c’est surtout une opportunité d’apporter une meilleure lisibilité à l’offre du golf professionnel au niveau mondial, et selon un modèle qui a déjà fait ses preuves, dans le tennis.

A un niveau plus modeste, plus régional, les organisateurs du circuit avaient déjà commencé à raisonner les flux de joueurs par zones, et par périodes.

Ainsi, on parlait de « California swing » ou « Florida swing » à l’échelle du PGA Tour, à savoir des regroupements de tournois par états américains, et sur des périodes similaires, demain, il y aurait fort à parier que l’Europe devienne une sorte d’ « Europe swing » dans un calendrier plus mondialisé.

Déplacements plus cohérents, mais aussi prise en compte du facteur climatique pourraient ne pas tant bouleverser les calendriers actuels…. On joue difficilement au golf en Suède en janvier alors que l’Arizona s’y prête bien… Inversement, en juillet, il est préférable de faire jouer des tournois en France ou en Suisse versus l’Arizona…

En annonçant ce mois-ci que trois tournois de golf pourraient être co-sanctionnés par le PGA et l’European Tour, pour des points aux classements de la Fedex Cup et de la Race To Dubai, les deux organismes mettent clairement en marche la logique de la fusion (Open d’Ecosse, Barbasol et Barracuda Championship).

Si le Barbasol et le Barracuda sont des tournois mineurs, le « Scottish Open » présente l’avantage d’être un tournoi historique, et en même temps stratégique.

Préparatoire au dernier majeur de la saison, le British Open, de nombreux golfeurs américains avaient déjà pris l’habitude de faire le déplacement pour le jouer, à l’image de Phil Mickelson ou Rickie Fowler.

Au passage, une alliance de bon sens n’aurait pas d’intérêt si l’économique ne pouvait pas suivre…

Dans le panier de la mariée, le PGA Tour a amené un sponsor notable… le coréen Genesis qui va désormais appuyer la stature dans le monde du Scottish Open, renforcé dans sa position de tournoi prestigieux, et déjà membre des Rolex Series.

Au passage, c’est aussi une bonne nouvelle pour les sponsors historiques du circuit européen, à commencer par Rolex, car l’arrivée de renforts va notablement renforcer la valeur de l’engagement.

Rolex a même une carte à jouer dans cette redistribution des cartes pour bénéficier d’une exposition encore plus importante.

En réalité, la fusion ne pourrait présenter que des avantages pour le développement du golf professionnel, et même amateur. Jusqu’à présent, cette option était écartée pour de mauvaises raisons, et notamment de luttes d’influences et de pouvoirs.

La récente crise ayant jetée l’European Tour au bord de la faillite a changé considérablement le logiciel de ses décideurs, désormais soucieux de sauver ce qu’ils peuvent.

Autre élément qui pousse le PGA Tour à sortir de sa zone de confort, la menace agitée par les Saoudiens de création d’une Premier Golf League… sans eux.

Cette menace prise très au sérieux est peut-être l’élément le plus décisif pour pousser les Américains à enfin considérer l’Europe comme un allié stratégique.

Pour la première fois de son histoire, le PGA Tour est réellement menacé, et pas par un rival historique, mais un nouvel entrant imprévisible.

Même si l’Europe représente des possibilités lucratives plus faibles, une alliance savamment orchestrée pourrait bien déclencher des opportunités nouvelles, et des moyens supplémentaires de la part de sponsors déjà très ancrés dans la mondialisation économique.

C’est concrètement le cas avec la marque automobile coréenne Genesis qui déjà implantée dans le golf aux Etats-Unis avec le Genesis Open, pas un lieu choisi au hasard (Pacific Palissades, banlieue chic de Los Angeles), devient le sponsor d’un tournoi européen, le Scottish Open, pour développer son implantation commerciale en Europe.

Le nombre de golfeurs ramenés à la population européenne reste faible, mais il n’en demeure pas moins que pour vendre des berlines de luxes, cela reste une cible prioritaire, et plus facilement identifiable à travers un tournoi de golf.

Conjointement à l’annonce de Genesis comme nouveau sponsor du Scottish Open, les médias coréens annoncent d’ailleurs l’intention de la firme, filiale de Hyundai, de se développer sur le marché européen, et en priorité au Royaume-Uni, en Allemagne, et en Suisse.

La fusion des deux circuits est donc indiscutablement en marche.

Pour les Américains, c’est encore une opportunité de gagner du temps, et de l’argent en travaillant de concert avec les européens, car ces derniers ont déjà créé tout le maillage nécessaire au développement du golf professionnel.

A la différence du marché sud-américain où il a fallu tout créer de toute pièce, l’Europe qui n’avait pas les moyens de ses ambitions transcontinentales, avait tout de même des hommes, des structures, et des méthodes…

Dans le communiqué commun, il est clairement fait mention que ce n’est qu’un début…et donc on devrait pouvoir s’attendre à des rapprochements encore plus significatifs dans les prochains mois.

La Fedex Cup comme la Race To Dubaï devraient être amenés à fusionner avec un sponsor qui resterait par exemple Fedex (une marque mondiale) et une finale disputer à Dubaï…

Le Moyen-Orient sera toujours demain stratégique pour les USA et l’Europe dans un match contre la Chine.

Le travail réalisé depuis plusieurs années par les collègues de Keith Pelley pour ouvrir et même soutenir l’European Tour par les pays du Golfe est clairement un atout qui intéresse les Américains, surtout dans un objectif de contrer toute velléité de Premier Golf League made in Arabie Saoudite.

Pour le spectateur, tout ce jeu de chaises musicales lui sera bénéfique avec des tournois plus représentatifs, et avec des champs de joueurs plus denses, notamment en qualité.

Le niveau d’exigence pour être membre du tour va clairement monter, alors qu’une deuxième division et même une troisième division va émerger, même si elles, pour le coup, ont des chances de rester localisées au niveau continental.

Dans ce contexte, la France et la Belgique ont clairement une carte à jouer, et comparable à celle déjà réussie par la Suisse avec l’Omega European Masters, même si son modèle est difficilement reproductible.

Alors que la France peine à mettre sur pied un tournoi de golf professionnel, faute d’un bassin d’amateur suffisant, et surtout d’annonceurs motivés, un tournoi français inscrit dans une démarche plus mondialisée avec des joueurs de tous horizons y compris américains pourrait paradoxalement apporter une carte glamour au circuit.

Le futur circuit mondial perdrait en image s’il ne venait pas à passer par Paris…our par Bruxelles.

Pour une marque française, ce ne serait plus seulement un évènement à rentabiliser sur le marché français, mais une porte d’entrée vers un marché plus mondial, commentaire identique pour un grand Open de Belgique.

Si les fédérations Françaises et Belges n’étaient déjà pas assez motivées, elles ont là une motivation encore supplémentaire à se mettre en position d’exister dans le monde du golf de demain…

Crédit photo : Brian Rothmuller/Icon Sportswire

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