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Enquête sur l’application du pass sanitaire dans les golfs en France

Depuis le 9 aout 2021, le pass sanitaire s’est imposé dans les golfs de France. Ce pass sanitaire qui fait l’actualité avec des manifestations régulières contre sa mise en œuvre, a été accueilli de manière différente selon les golfs. Alors qu’est-ce que le pass sanitaire a réellement changé pour les clubs, et les golfeurs ? Qu’en pensent les premiers concernés, les directeurs de golf ? Interpellé par un lecteur de JeudeGolf sur ce sujet, nous les avons donc interrogés, afin de mieux comprendre les impacts sur la pratique golfique dans l’hexagone à l’été 2021. En parallèle, nous avons testé son application dans une dizaine de golfs différemment répartis sur le territoire.

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Depuis le début de la pandémie, après la mise en place d’un premier puis d’un second confinement, de mesures de couvre-feu très restrictives, en parallèle d’une campagne de vaccination massive, la France, comme d’autres pays a fait le choix d’une nouvelle formule dite du pass sanitaire, au motif de ne pas bloquer l’économie, et les mouvements de personnes, au moment d’affronter une troisième et possiblement une quatrième vague de contamination. 

Pour rappel des chiffres, à ce jour, la France compte déjà plus de 45 millions de ses concitoyens ayant réalisé un chemin vaccinal complet, soit 79.5% des personnes concernées (plus de 12 ans). 

Après déjà 115 000 décès en France, après un pic journalier de décès de plus de 2000 individus en novembre 2020, à ce jour, 2151 personnes sont en réanimation. 

Dans ce contexte, le pass sanitaire et particulièrement sa mise en œuvre a suscité de vifs débats politiques, et sociétaux. 

Pour les uns, c’est un moyen de permettre la pratique d’activités professionnelles, et de loisirs, dont le golf. 

Pour les autres, c’est une atteinte à la liberté de se déplacer ou de pratiquer des activités. 

Depuis le 9 août dernier, il est impossible de se rendre dans un golf sans un test PCR négatif, ou bien sans ses deux doses de vaccin. 

Après une période courte de flottement, par suite d’une annonce d’application très brève, la majorité des golfs que nous avons visité cet été d’est en ouest, et du nord au sud, appliquent la mesure, et contrôlent les golfeurs au club-house. 

Toutefois, sans citer de noms, ce n’est pas 100%. 

Cette mesure, mise en place par le gouvernement a fait beaucoup de bruit, surtout dans le monde du golf où les membres et pratiquants considèrent ne pas être « agglutinés » dans une salle, mais bien espacés sur de larges parcours. 

C’est justement l’argument d’un lecteur qui nous a contacté cet été pour nous demander de nous intéresser au sujet. 

En qualité de média, nous devons avoir un devoir de réserve, de présenter les faits, et rien que les faits, et d’informer sans chercher à polémiquer. 

C’est pourquoi, nous nous sommes alors demandé, un mois après sa mise en application, ce que l’arrivée de ce pass sanitaire avait vraiment changé pour les acteurs du golf. 

Nous avons donné la parole à quatre directeurs et directrices de golfs répartis dans différentes zones géographiques, et constaté de nous-même l’application du Pass sanitaire dans une dizaine de golfs. 

La directrice du golf du Clou, Maria Monnet, près de Lyon, nous explique que dans son golf, l’arrivée du pass sanitaire a beaucoup compliqué l’organisation : « C’est beaucoup plus de travail que la normale, il a fallu embaucher du personnel en plus pour pouvoir contrôler tout le monde. » 

A part cela, Maria Monnet n’a pas constaté de perte de clients, affirmant que l’arrivée du pass sanitaire a été relativement bien accueillie par les membres. 

Pour avoir justement testé ce golf, la demande du pass sanitaire est bien faite systématiquement au moment du passage au club-house, pour régler son green-fee. 

Le directeur du golf d’Orléans Limère, Maxime Adolphe-Louis, nous a tenu un discours plutôt similaire. 

« Dans 99% des cas, l’arrivée du pass sanitaire a été plutôt très bien accueilli. Nos clients jugent également la qualité de notre organisation pour appliquer ces mesures, et pour les protéger au mieux. » nous explique-t-il. 

Le directeur du golf d’Orléans Limère explique aussi ne pas avoir ressenti de perte de client significative due au pass sanitaire. 

Il ajoute : « Nous avons peut-être même gagné des clients qui sont venus chez nous pour notre bonne organisation et gestion du dispositif. » 

Il admet même être relativement satisfait de cette mesure, puisque cela permet « le confort et la sécurité des clients, mais aussi la survie de l’entreprise. » 

Malgré les clients plutôt réceptifs dans l’ensemble à la mise en place de ce pass sanitaire, Maxime Adolphe Louis avoue avoir quand même eu 1% de récalcitrants. 

Il a fait face à des demandes de remboursement de cotisation de clients « anti-pass sanitaire », requêtes que le directeur a refusées. 

Pourquoi ? 

« Nous ne faisons qu’appliquer les lois, et ça n’est pas un motif recevable de remboursement de cotisation. Le pass sanitaire nous permet justement de ne pas avoir l’obligation de se faire vacciner, avec les tests PCR. » Répond-il.

Le directeur adjoint du golf de Saint-Cast, en Bretagne rejoint quant à lui Maria Monnet, la directrice du Clou, en affirmant qu’il s’agit effectivement d’une sacrée organisation supplémentaire, et que cela demande plus de temps à l’accueil. 

Cependant, de manière générale, il avoue que le pass sanitaire n’a « pas fait trop de dégâts chez eux. La population d’un certain âge étant déjà vacciné depuis longtemps. » 

Le directeur adjoint, Karig Coppel, nous parle ensuite de dix ou vingt membres manquants, mais « rien de palpable », étant donné que le golf de Sant-Cast est très touristique en été. 

A nouveau, pour avoir testé ce golf cet été, on nous a demandé le pass sanitaire, et du point de vue utilisateur, cela n’alourdit pas franchement le processus visant à récupérer son green-fee et/ou la voiturette. 

Pascal Parou, directeur du golf de Marcilly, et donc voisin du golf d’Orléans Limère, n’a pourtant pas la même vision de l’impact du pass sanitaire sur son golf. 

Il se confie : «  Nous avons perdu environ 20% de nos joueurs, l’effet a été assez dramatique. On ne peut pas se passer de 20% de clients, et à la fois continuer à investir, garder le personnel… » 

Il explique voir ses clients dans l’incompréhension de se dire que l’année dernière sans vaccin, ils avaient le droit de jouer, et que cette année, avec 80% de vaccinés dans son golf, ils n’ont pas le droit de jouer. 

Pascal Parou raconte qu’il a eu, lui aussi, des demandes de remboursement de cotisation des clients « anti-pass sanitaire ». 

Sa réponse à ses clients réfractaires : « J’essaie de ne pas rembourser. Tout est prétexte pour ne pas payer. Quand il fait beau, et que les golfeurs jouent beaucoup, ils ne viennent pas nous payer un supplément. »

Au cours d'un entretien informel, un autre directeur de golf que nous ne pouvons pas citer ici, nous témoignait de sa difficulté à convaincre certains de ses collaborateurs sur le fait de se faire vacciner ou d'adopter le pass sanitaire.

« Pendant le premier confinement, certains collaborateurs ont eu leur salaire compensé, aujourd'hui, je considère qu'on leur demande un juste retour des choses en aidant à la fin de cette épidémie, alors qu'en amont, ils ont été aidé par l'état, et même par le golf qui a pu maintenir 100% de la rémunération. Le pass sanitaire est un effort collectif pour sortir tous ensemble de cette crise. »

Comme évoqué plus haut, au mois d’août, nous avons donc été interpellés par un lecteur, Vincent Richet, pour traiter ce sujet, et donc exprimé tous les points de vue sur ce fait majeur de notre société, et qui touche la pratique golfique de vous tous, sachant qu’il faut bien admettre que le pass sanitaire va sans doute s’imposer pour longtemps dans notre quotidien. 

Toujours selon son opinion, imposer le pass sanitaire dans les golfs sans tenir compte de la densité d’occupation de ceux-ci engendrerait des « contraintes disproportionnées ». 

D’après ses calculs, sur un dix-huit trous et à raison de quatre joueurs par partie, un golf accueillerait 72 joueurs répartis sur 60 hectares de terrain. 

Précisons qu’il faudrait aussi ajouter le personnel du golf, les personnes présentes au club-house, au restaurant etc. 

Selon son raisonnement, cela semblerait, à première vue, ne pas comporter de risques sanitaires étant donné la distanciation, la densité d’occupation et enfin le plein air, élément non négligeable. 

Nous publions ci-après son témoignage complet : 

« Adhérent de la Fédération française de golf, je me permets d'appeler votre attention sur les atteintes aux libertés individuelles que représente l'application du pass sanitaire aux activités de loisirs en extérieur, et notamment à la pratique du golf.  

J'espère que votre excellente revue pourrait s'emparer de ce problème. 

En effet, la loi promulguée le 6 août dernier confirme la possibilité pour le Premier Ministre d'exiger la présentation d'un pass sanitaire notamment pour les activités de loisirs, dont la pratique du golf. A l'heure actuelle, le pass sanitaire doit être présenté pour la pratique du golf (ERP rassemblant plus de 50 personnes). 

Le Conseil constitutionnel, dans sa décision 2021- 824 D.C du 5 août 2021 a clairement encadré la possibilité ouverte au pouvoir réglementaire d'imposer un pass sanitaire. 

Je cite : Paragraphe 43 

"Enfin, ainsi qu'il a été dit précédemment, les mesures réglementaires prises sur le fondement des dispositions contestées ne peuvent, sous le contrôle du juge, l'être que dans l'intérêt de la santé publique et aux seules fins de lutter contre l'épidémie de covid 19. Elles doivent être strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu. Il y est mis fin sans délai lorsqu'elles ne sont plus nécessaires ". 

La pratique du golf, sport de plein air, au regard des objectifs de santé publique, est particulièrement bénéfique pour la santé. En effet, une partie de golf sur un 18 trous conduit à marcher au moins 9 kilomètres. 

Il faut ici observer que sur un golf 18 trous, à raison de 4 joueurs par partie, il y a simultanément 72 joueurs répartis sur un terrain de plus de 60 hectares. Au maximum sont présentes au même moment 200 personnes.

Il en résulte qu'imposer le pass sanitaire pour la pratique du golf, sans tenir compte de la densité d'occupation, impose des contraintes disproportionnées, notamment en matière de gestion, au regard de l'objectif de protection sanitaire, et contrevient donc à la décision du Conseil constitutionnel citée ci-dessus. 

Il paraît donc essentiel de veiller, à ce que le décret relatif à la mise en place du pass sanitaire cesse d'imposer aux golfs des contraintes excessives. »

Ce point de vue exprimé, même si certains directeurs ont évoqué des difficultés, et d'autres, au contraire, des opportunités, nous pouvons noter qu'aucun ne conteste réellement cette contrainte.

Pour aller plus loin, et suite à ces témoignages, en veillant à respecter le point de vue de tous, nous avons aussi voulu nous intéresser au profil des anti-pass sanitaire.

Pour cela, nous nous sommes appuyés sur une étude de l’institut de sondage Ifop qui a justement dressé au cœur de l’été un profil des manifestants anti-pass sanitaire. 

Cette étude a démontré que parmi les 35% des Français qui soutiennent ce mouvement qui a regroupé jusqu'à 200 000 manifestants à son pic et plus récemment autour de 140 000 sur toute la France (0.22% de la population française), plus de la moitié sont des jeunes de moins de 35 ans.

Egalement, ce sont plus souvent des artisans et commerçants, employés, et des membres des catégories modestes. 

Elément à souligner également, les partis politiques les plus représentés dans ce mouvement sont le Rassemblement National et la France Insoumise. 

Ce profil type, représentant les manifestants contre le pass sanitaire, ne semble pas au premier abord correspondre au client « type » golfeur majoritaire, avec un âge moyen de 54 ans, selon les chiffres de la Fédération française de golf en 2020, et issu des catégories sociaux-professionnelles supérieures, traditionnellement appelées CSP+. 

En conclusion de ce sujet qui touche finalement plus à un sujet de société qu’à un sujet spécifique sur le golf, on peut considérer qu’une large majorité des parcours de golf appliquent scrupuleusement le cahier des charges demandés, et que la mesure est plutôt bien acceptée par la majorité des golfeurs. 

Certaines voix expriment néanmoins des réserves sur l’application d’une telle mesure, la jugeant disproportionnée par rapport à l’étendue représentée par les parcours de golf, mais ce point de vue n’est pas nécessairement exprimé par les premiers concernés, les directeurs de golf, ou pas à notre connaissance. 

Risquons-nous à nous poser une question : Si le golf avait dû avoir une mesure d’exception au motif que peu de personnes partagent un grand espace, ce qui est effectivement vrai, quel impact est-ce que cela aurait eu sur l’ensemble de la population, en terme d’élitisme ou de perception d’élitisme, quand on peut imaginer qu’à contrario, sont plus en danger de contamination, et donc de décès, des grands groupes de personnes vivant dans des petits espaces, et donc plus souvent les populations pauvres ?

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Commentaires   

sartphilge@yahoo.fr
0 #2 Analyse réductricesartphilge@yahoo.fr 11-09-2021 10:15
Votre analyse de la population anti pass sanitaire est extrêmement réductrice et sans fondement autre que l’analyse faite par les médias mainstream. Que faites vous des nombreux professeurs en médecine, politiciens de tout bord, avocats,…qui réfutent ce pass? L’application de ce pass dans un sport comme le golf, est bien la preuve qu’il n’est pas sanitaire mais qu’il s’agit essentiellement d’une mesure liberticide. L’accepter est une porte ouverte…
soufron@hotmail.com
+1 #1 Non au passe!soufron@hotmail.com 10-09-2021 18:44
Selon une méta-analyse du Professeur Mike Weed, de Canterbury Christ Church University, non contestée à ce jour, le taux des cas de Covid dus à une contamination en extérieur serait de 1/10.000. Cela concerne aussi bien des sports populaires comme la pétanque ou le vélo que le golf (mais pas les sports de contact). Le passe nous est imposé, mais il est absurde à l'extérieur et je n'entends aucune protestation fédérale ou au niveau des dirigeants de clubs. Bien que vacciné, j'ai décidé de boycotter mon club et je vais abandonner le golf si rien ne change.

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