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Pascal Parou : « Le travail vers les non-golfeurs n’est pas fait en France »

Notre portrait de directeur de golf de la semaine met aujourd’hui en lumière Pascal Parou, directeur du golf de Marcilly, et fondamentalement volontaire du changement dans le golf ! Ce passionné, déterminé à faire bouger les choses dans le monde du golf, nous raconte le combat qu’il livre depuis plus de trente ans pour ce qu’il appelle « L’avenir du golf ». Son cheval de bataille : S’adresser aux débutants, et leur donner des chemins d’accès au golf ! De Sydney à Marcilly, zoom sur un directeur de golf que rien ne semble arrêter, pour faire parler de golf en France.

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Pas du tout golfeur à l’origine, Pascal Parou, agriculteur dans l’âme depuis ses dix ans, a d’abord repris la ferme familiale, qu’il a ensuite dirigée pendant huit ans.

Cette ferme de cent hectares n’étant pas assez rentable, il a décidé, par suite d’une proposition d’achat d’un complexe immobilier en 1985, de la transformer en golf.

Pascal Parou n’avait, à ce moment-là, que très peu joué au golf dans sa vie.

Il a bien essayé, une fois, de prendre un cours de golf dans un petit golf près de chez lui. Cependant, il raconte que le golf en question ne l’a jamais rappelé pour lui donner l’heure de sa leçon…

Depuis ce jour, il était persuadé que le golf ne misait pas assez sur les débutants.

La légende urbaine qui a d’abord accompagné son projet, notamment pour les habitants du petit village de Marcilly, était attribuée aux séquelles d’une ancienne chute en ULM.

« Le golf m’a fait tout oublier ! » s’exclame-t-il.

N’étant ni golfeur, ni proche d’amis golfeurs, c’est en fait une toute autre anecdote qui a été à l’origine de sa rencontre avec le jeu…

Il raconte qu’à ses dix-huit ans, il avait un ami qui n’était jamais disponible les dimanches après-midi, et sous prétexte de corvées de repassage.

Un jour, en allant chez cet ami, il a trouvé une épuisette à balles de golf.

Son ami lui a alors avoué que tous les dimanches après-midi, il était au golf, et non devant sa planche à repasser.

Il n’avait jamais osé l’avouer, craignant l’image que cela refléterait de lui, « une image snob, et vieillotte ».

Son ami l’a donc emmené au golf un après-midi, et le soir venu, ils ont continué à jouer au golf, dans la ferme de Pascal Parou.

Cela a été son premier contact avec le monde du golf.

Ce qui lui a tout de suite plu dans ce sport, c’était l’idée de se balader dans la nature, et la marche douce qui était induite...

L’échange intergénérationnel l’a aussi particulièrement marqué dans ce sport, qui se joue avec tous les âges, milieux sociaux, et professions.

S’agissant de construire son propre golf, sa volonté première était d’abord de construire un parcours neufs trous, avec chambres d’hôte sur son terrain.

L’architecte avec qui il a pensé le projet, lui a plutôt conseillé de faire un parcours dix-huit trous, afin que l’affaire soit viable économiquement.

Le but de Pascal Parou, était avant tout de concevoir un parcours qui s’adresse aux débutants, n’ayant que des golfs pour bons joueurs dans les environs à cette époque.

Il explique : « Si le golf veut parler à tout le monde, il faut d'abord parler aux débutants, en leur donnant un chemin plus accessible au golf. »

Dans une autre vie, il a été chasseur alpin, et moniteur de ski pour les familles.

Ainsi, il compare les deux activités « Le ski français a réussi à faire adhérer 10% des Français à son sport, tandis que le golf ne dépasse pas 1% des Français. Vous n’imaginez pas à quel point cela me touche, que le golf ne représente que seulement 0,7% de la population, et encore aujourd’hui. »

Investit pour le développement du golf, il ne se contente pas de son expérience à Marcilly, et au contraire, voyage pour découvrir les meilleures pratiques.

Sur 700 structures de golfs en France, le directeur dit en avoir déjà visité environ 450. 

Son meilleur souvenir de golf réside au golf de Lezza (Corse), où il explique avoir été bluffé par l’accueil.

Le golf lui avait alors gardé son bébé de seulement 12 mois, pour qu’il puisse aller jouer au golf. Il se souvient y avoir découvert des paysages extraordinaires.

Membre de la jeune chambre économique d'Orléans, Pascal Parou en a aussi profité pour assister tous les ans à des réunions dans une capitale mondiale.

Durant ces congrès internationaux, il a toujours mis un point d’honneur à visiter dix golfs par villes, et par exemple au Japon, à Hong Kong, Miami, Amsterdam… Cela lui a permis d’avoir une vision globale de l’activité, utile pour son propre golf.

Son parcours neuf trous, à Marcilly, rencontre dès sa création un décollage très rapide.

Il ajoute : « Il y a 35 ans, tout le monde voulait jouer au golf, on parlait de boom du golf. Les joueurs prenaient dix cours, et allaient sur le parcours, c’était facile de les faire venir. »

Devant le succès de sa nouvelle structure, six mois après son ouverture, Pascal Parou construisit donc 9 trous supplémentaires, et comme lui avait conseillé l’architecte.

Cela ne suffisait toujours pas à répondre à la demande croissante des golfeurs de Marcilly. Le directeur construisit alors, un an après, encore neuf autres trous sur son terrain.

En l’espace d’un an et demi seulement, l’agriculteur aura donc construit vingt-sept trous sur son propre terrain, et au lieu d’un programme initialement prévu sur cinq ans.

De son aveu émerveillé : Un véritable succès !

Après le développement plus rapide que prévu de son parcours, le directeur a continué de visiter les golfs du monde entier.

Il raconte d’ailleurs : « Le voyage à Sydney en 1988 a changé ma vie ».

Le passionné explique qu’après avoir visité les golfs de Sydney, il y a découvert une autre manière très différente de concevoir et penser la gestion d’un golf.

« Je me suis alors rendu compte qu’en France, nous nous sommes trompés de stratégie. L’Australie compte 10% de sa population qui est golfeuse, c’est donc possible ! Les parcours étaient beaucoup plus simples, beaucoup moins chers (huit euros pour neufs trous). »

Il ajoute : « Il ne faut plus se tromper de cible, et arrêter de parler de complexes golfiques cinq étoiles, à ceux qui ne jouent pas au golf. »

Pascal Parou affirme alors que toutes les publicités sont orientées vers le matériel de golf haut de gamme, vers les voyages hauts de gamme, mais que si on est débutant, « il n’y a rien pour vous ».

Il étaye son propos en affirmant qu’en France, il existe bien plus de petits parcours pitch and putt que l’on ne l’imagine.

Ces parcours sont, selon le directeur, à 20 euros en moyenne.

« Si l’on veut que le golf se développe et attire de nouveaux clients, il faut mettre cela bien plus en avant, et non pas seulement les complexes cinq étoiles ! »

Il poursuit : « En France, on nous dit que tous les golfs doivent monter en gamme, car au bout d’un certain temps de pratique, les golfeurs veulent monter en gamme, mais ce n’est pas l’avenir du golf ! Ces joueurs doivent bien commencer quelque part, dans des golfs accessibles et orientés débutants. » S’indigne-t-il.

Il ajoute également que l’image du golf ne change toujours pas, et que le grand public pense encore « qu’une journée de golf, c’est un millier d’euros. »

« Jouer au golf normalement, dans un parcours de proximité ne coûte pas très cher, et environ 20 euros la journée. C’est d’ailleurs moins cher que d’autres sports. Le travail vers les non-golfeurs n’est pas fait en France, et c’est mon cheval de bataille depuis 35 ans » renchérit-il

Dès son retour d’Australie, il explique avoir pris son tracteur, et ressemer des graines de gazon, pour recréer neuf trous supplémentaires, en plus des vingt-sept trous déjà existants.

Le golf de Marcilly est alors passé à trente-six trous.

Aussi, il explique qu’il est important de garder un équilibre entre le haut niveau, qui fait briller un golf, et ceux qui le font vivre : l’ensemble de ses débutants.

« Les golfs gagnent leur vie avec les débutants, pas avec les très bons joueurs ! » affirme-t-il.

Pascal Parou précise alors que dans tous les golfs de sa région et aux alentours, il appellerait au moins 50% des pratiquants par leur prénom.

La moitié des joueurs du Loiret a été, selon le directeur, « fabriqué » au golf de Marcilly.

Le directeur de Marcilly a d’ailleurs organisé de nombreuses compétitions sur son golf : Par exemple, deux championnats de France professionnels en 2000, une compétition sur l’ensemble des golfs du Loiret (400 joueurs environs), ainsi que deux étapes de l’Alps Tour.

Les deux « Alps Tour » ont une histoire un peu particulière pour le directeur, et il le raconte : « J’ai organisé des Alps Tour, car mes petits jeunes n’avaient pas le droit de jouer dans les championnats professionnels. J’ai alors fait des Alps Tour chez moi, afin de les lancer. »

Par la suite, avec la Ryder Cup annoncée il y a dix ans, et le doublement du nombre de golfeurs promis, Pascal Parou dit avoir cru au plan de développement du golf prévu par la Fédération Française de golf, et a, pour accueillir de nouveaux débutants, encore construit 9 trous supplémentaires !

Ce parcours s’appelle d’ailleurs Alexandre Kaléka, du nom de son premier joueur passé professionnel.

Le Golf de Marcilly compte donc aujourd’hui, au total, vingt-sept trous pour initier les débutants orléanais, et dix-huit trous compétitions.

Sur l’ensemble de ses « trous », il accueille un total de 750 licenciés.

Le golf de Marcilly possède aussi sa propre école de golf, qui a son petit parcours, afin que les enfants trouvent leur propre terrain de jeu, sans avoir rien à envier aux adultes.

« Le golf, ce n’est pas que du cinq étoiles partout ! » revendique le directeur.

Après la crise sanitaire du Covid-19, et surtout le constat d’un lent déclin du golf auprès des Français malgré la tenue de la Ryder Cup en 2018 et ses promesses de nouveaux licenciés, et depuis plusieurs années, pas défaitiste pour un sou, Pascal Parou a tenté une opération à grande échelle pour relancer la pratique du golf.

Cette opération ambitieuse a débuté en février dernier, lorsque les enfants de son village pleuraient la fermeture des stations de ski pour la saison.

Le directeur leur a offert l’accès au parcours découverte pendant quinze jours, ainsi qu’aux deux milles autres habitants de Marcilly.

Il précise : « Même gratuit, dans un village situé à deux kilomètres du golf, cela ne marchait pas. Nous avions vingt personnes par jour maximum, et pas plus. »

Il affirme alors s’être posé à ce moment-là, de vraies questions sur le développement du golf. Si même gratuitement, les gens ne prenaient pas la peine de s’y intéresser, cela semblait mal parti.

Il a donc étendu l’offre à la commune d’à côté, et a réussi à ramener quinze personnes de plus sur son golf, et toujours pour une initiation gratuite.

Un petit succès, mais pas assez significatif encore selon le directeur…

Il a donc étendu l’offre à son canton, constitué de dix mille personnes qui pouvaient jouer gratuitement au golf pendant quinze jours. Mais cela n’a pas plus donné des résultats concluants.

Il affirme que cette opération était un véritable test grandeur nature de ce qu’est l’image du golf, encore aujourd’hui.

Obstiné, le directeur de golf ne s’est pas avoué vaincu, et a mis en place un partenariat avec l’enseigne Decathlon : Tous les clients qui achètent des balles de tennis, de Ping-Pong ou autres, avaient droit à un parcours gratuit à Marcilly.

A l’inverse, cette opération a été un gros succès, et dure toujours d’ailleurs.

Le directeur a ensuite voulu agrandir l’opération à tous les salariés du Crédit Agricole, de l’enseigne Christian Dior, ainsi qu’inviter à jouer les médias locaux, pour prouver au monde que l’image du golf change réellement.

Parce que « 90% des gens ne connaissent pas les vrais prix du golf !» affirme-t-il.

Il a donc voulu prouver aux habitants et médias locaux ce qu’était réellement le golf.

L’opération est d’ailleurs encore valable, vous pouvez la retrouver sur le site internet du golf de Marcilly.

Pascal Parou précise : « Il n’y a plus aucune condition de localisation, le parcours initiation est gratuit pour tout le monde, autant de fois que l’on veut, et quand on veut ! »

Concernant les tarifs, le golf de Marcilly est en fait proposé à dix-neuf euros la journée pour ses vingt-sept trous compacts, et avec le prêt de deux clubs. Le parcours dix-huit trous compétition est au prix de quarante-cinq euros.

En plus du directeur passionné, vous pourrez également croiser son fils, qui a établi un verger sur le golf de Marcilly, et pour y vendre des fruits.

Le golf de Marcilly, c’est au-delà d’être une affaire de famille, une histoire toujours en lien avec la nature.

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