Posté par le dans European Golf Tour

Le classement OWGR 2020 se relance-t-il de manière injuste pour les Européens ?

C’est peut-être un nouvel exemple de cacophonie que pourrait être l’organisation du golf professionnel au niveau mondial, et de l’incapacité de notre sport a transcendé les clivages régionaux ou parfois locaux. L’OWGR, l’ordre du mérite mondial de golf pour classer les professionnels a été suspendu en mars, et en raison de la pandémie de COVID-19. Bien que tous les circuits professionnels ne soient pas encore sur le point de reprendre, l’OWGR va pourtant à nouveau distribuer des points, et donc modifier son classement dès ce week-end, pour le retour du PGA Tour, et du Korn Ferry Tour, son circuit satellite. Le français Mike Lorenzo-Vera n’a pas tardé à monter au créneau, alors que les européens ne peuvent tout simplement pas jouer…

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Plus d’un mois de décalage, c’est le laps de temps pendant lequel le PGA Tour va reprendre ses activités, et le moment où l’European Tour va organiser un premier tournoi de golf professionnel, dans des conditions qui ne sont pas à l’optimum.

Plus d’un mois de décalage, c’est la nouvelle difficulté que vont devoir surmonter l’immense majorité des golfeurs professionnels européens, et qui plus est non-britanniques, pénalisés par le fait que le classement mondial relance son compteur à l’occasion du premier tournoi disputé sur le PGA Tour, le Charles Schwab Challenge.

La problématique est complexe, et les partis pris nombreux.

Alors que les Etats-Unis ont été largement le pays le plus touché par la crise du COVID-19 (la barre des 112 000 morts est sur le point d’être dépassée), c’est aussi l’un des plus prompts à tenter de relancer son économie, alors qu’elle risque de perdre près de 22 millions d’emplois (source : Les Echos).

Le PGA Tour a très rapidement communiqué, notamment pendant la crise sanitaire, sur son intention de relancer les tournois, même à y sacrifier la présence du public, ou à organiser des bulles sanitaires pour protéger les joueurs.

A l’inverse, l’European Tour est confronté à une double crise : Celle du Coronavirus, et ses conséquences, mais aussi un crise de son modèle révélatrice des difficultés qu’elles rencontraient déjà, mais qui étaient masquées par une sorte de fuite en avant.

Alors que le marché de référence du PGA Tour est composé de plus de 25 millions de pratiquants aux Etats-Unis, l’European Tour s’appuie sur une demande intérieure de moins de 4 millions de golfeurs et golfeuses en Europe, et surtout malgré ses tentatives pour se globaliser, n’a pas réussi à peser au moins autant que le PGA Tour sur l’échiquier mondial.

L’immense majorité des golfeurs professionnels internationaux, et y compris européens choisissent toujours le PGA Tour en numéro un, et pour au moins trois raisons : La qualité de l’adversité, la médiatisation du circuit, et bien entendu, les dotations en dollars.

De son côté, il faut reconnaître au circuit européen, un véritable rôle pour tenter de développer le golf à l’échelle de la planète, avec notamment des incursions au Moyen-Orient, et en Asie.

Cette situation de déséquilibre entre le PGA et l’European Tour se matérialise donc une fois de plus, et à travers le cas très particulier du classement mondial des golfeurs, organisé par l’OWGR (Official World Golf Ranking).

Cette organisation est censée être indépendante par rapport à un circuit de golf professionnel, et surtout recensée les performances des golfeurs, à travers tout le globe.

Au-delà du circuit américain, et du circuit européen, l’OWGR comptabilise aussi les points marqués sur d’autres circuits comme l’Asian Tour ou le Sunshine Tour, respectivement disputé en Asie, et en Afrique du Sud.

Le 3 juin, cela n’a pourtant pas empêché l’organisation d’annoncer la reprise de sa comptabilité à compter du 14 juin, et du premier tournoi post-COVID-19, le Charles Schwab Challenge qui va se disputer sur le parcours du Colonial, à Fort Worth, au Texas.

Mis en pause depuis le 20 mars, Peter Dawson, le président de l’organisation imagine que même si tous les golfeurs ne vont pas redémarrer à cette date, le système de calcul ne les pénalisera pas…

Le calcul du classement mondial se réalisant sur une moyenne de points glissants marqués dans l’année.

Malgré la ferme opposition de Keith Pelley pour l’European Tour, sa voix n’aura donc pas suffi, ou même compté, dans ce choix.

Dawson s’appuie principalement sur la reprise du PGA Tour pour justifier cette décision loin de faire l’unanimité, et peut-être révélatrice de pressions exercés par le PGA Tour...

Depuis quelques jours, de nombreux golfeurs européens sont montés au créneau pour dénoncer une décision de leur point de vue totalement injuste, et il est vrai qu’une partie de la position de Peter Dawson ne tient pas la route.

Si le classement reprend à l’issue du Charles Schwab Challenge, les golfeurs présents, dont le français Victor Perez, pourront marquer des points (il faisait partie des 50 meilleurs mondiaux avant l’interruption du classement), et le classement va forcément bouger avec des montées, et donc des descentes.

D’une certaine manière, effectivement, cela fait du sens que les golfeurs qui pourront participer à un tournoi officiel puissent marquer des points au classement mondial, ou tout du moins que le système finisse par en tenir compte.

D’une autre manière, la majorité des européens, dont le français Mike Lorenzo-Vera ne pourront pas reprendre avant la fin du mois de Juillet, et le British Masters.

Difficulté supplémentaire, et contrairement aux annonces trop optimistes de l’European Tour, les premiers tournois qui pourront être organisés en Europe ne le seront qu’au Royaume-Uni, qui a maintenu sa décision de quatorzaine pour tous les ressortissants… européens, et traversant la Manche.

Dans ce contexte, une grande partie des joueurs ne sont donc pas assurés de pouvoir jouer dès le mois de juillet, et risquent donc d’être plus fortement pénalisés.

Le contingent des golfeurs français est notamment pleinement concerné.

Après l’annonce de l’OWGR, Mike Lorenzo-Vera a été parmi les premiers golfeurs à monter au créneau, et dénoncer de son point de vue, une décision très injuste, rapidement soutenu par l’autrichien Bernd Wiesberger.

Au-delà des joueurs, c’est même Keith Pelley, directeur général du circuit européen qui n’a pas caché son mécontentement.

Dans une note envoyé aux membres de l’European Tour, et que le magazine Golf Digest s’est procuré, Pelley a insisté sur sa forte désapprobation, à la suite de nombreuses réunions avec le comité technique de l’OWGR.

« A été décidé de geler le classement pour l’égibilité des prochains majeurs et championnats du monde, mais le classement va bien évoluer, et selon les prochains tournois disputés aux Etats-Unis. »

Cette sorte de demi-mesure ne devrait pourtant convenir à personne.

Pelley avait pourtant fait une proposition intéressante « Nous avions proposé de geler le classement de tous les européens qui ne seraient pas en mesure de disputer des tournois, ou alors d’augmenter le nombre de points à distribuer sur les tournois qui resteront à disputer »

Deuxième proposition qui avait du sens, car au-delà des dotations financières, elle aurait permis de donner un coup de pouce aux circuits moins côtés, et dont l’European Tour.

Sans se voiler la face, les conséquences du COVID-19 sur le golf professionnel pourrait bien dépasser les questions de classements pendant un ou deux mois… c’est tout le système qui menace de s’effondrer.

Au lieu de penser le classement mondial, et surtout l’organisation mondiale du golf demain, et enfin, tenter de lui apporter un minimum de clarté et d’équité, c’est encore le choix du chacun pour soi qui prime. Demain, c’est l’ensemble du golf mondial qui sera perdant avec une telle logique.

Les ajustements proposés par les Européens n’ont finalement pas été pris en compte, et pour Pelley, les conséquences seront forcément négatives pour la majorité des joueurs.

Ils vont perdre des points, et pas de leur fait, mais à cause de l’impossibilité de jouer.

Il semblerait que Pelley ait été le seul à s’opposer à cette décision. Quid des représentants de l’Asian Tour, du Japan Tour, ou du Sunshine Tour ?

Comment ont-ils pu accepter une telle décision ? Leurs voix sont-elles réellement prises en compte dans cette organisation dite mondiale ?

Dawson, dirigeant de l’OWGR a donc maintenu sa position, s’appuyant sur le fait que les meilleurs joueur du monde vont jouer aux Etats-Unis, y compris quelques européens.

Peter Dawson a pourtant été le patron du Royal & Ancient de 1999 à 2015, et pour se défendre, il argumente « Ne pas remettre en route le classement pourrait priver Jon Rahm de la place de numéro un alors qu’il pourrait atteindre ce pic »

A travers cet exemple, Dawson essaie de justifier cette décision au travers des intérêts de quelques joueurs européens.

Gêné dans son explication et sur la défensive, il ajoute « Qu’aurions-nous du faire ? Attendre la reprise du circuit européen ? Attendre la reprise du circuit asiatique ?

Pour Peter Dawson, au contraire, le classement devait être redémarré au plus tôt, et il n’imaginait pas réellement d’autres solutions, tout en assumant que de toute façon, il savait qu’il y aurait des mécontentements, quelle que soit sa décision…

C’est peut-être cela le plus inquiétant, un dirigeant qui accepte de prendre une mauvaise décision…

Autre événement impacté, la Ryder Cup, et pour laquelle, Padraig Harrington, capitaine européen, a rapidement expliqué que les points gagnés par les européens sur les tournois américains ne seraient pas pris en compte pour le classement « World points », et tant que l’European Tour n’aurait pas redémarré.

Cette situation illustre une fois de plus l’impossibilité d’organiser une Ryder Cup dans ces conditions, et suggère un report à 2021.

Finalement, toute cette crise aura servi de révélateur du peu de cohésion et d’entente des organisations en charge du golf au niveau planétaire.

Le chacun pour soi prédomine alors que dans beaucoup d’autres sports, ces débats ne se posent pas, tout en permettant une meilleure lisibilité, et notamment pour les personnes qui ne sont pas des fins connaisseurs de toutes les subtilités des tournois, des classements, et des circuits de golf.

La matrice actuelle du golf mondial professionnel est à bout de souffle. Bonne nouvelle, c’est le moment de changer pour le bien du golf !

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