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Les architectes de golf ne doivent plus seulement se cantonner à tracer un parcours de golf

Nous avons eu le plaisir de recevoir cette semaine, pour la première fois dans notre studio près de Lyon, M. Michel Niedbala, architecte de golf. Dans cette interview exclusive, nous lui avons posé des questions sur les évolutions de son métier, sur son point de vue concernant le changement climatique et l'impact sur les parcours, et enfin, sur son actualité autour de l'ouverture du golf de Roissy, récemment terminé. Dans cet article, je vous propose notre synthèse des moments clés de cette interview, que vous pourrez retrouver dans un format long sur JeudeGolf.tv

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Michel Niedbala, dans le métier du golf depuis plus de 40 ans, a travaillé avec les plus grands (Gary Player, Jack Nicklaus, Robert Von Hagge…). Il a commencé par la construction de parcours de golf, puis a ensuite basculé progressivement vers le dessin, et l’architecture de parcours à proprement parler.

Il a découvert le golf grâce à son expérience de directeur d’entreprise, où il a dirigé un département de construction de golfs de A à Z, en partenariat avec de grands architectes américains.

A leur actif, le golf de Riviera, Kemperhof, Grenoble Bresson, et bien d’autres encore…

Alors qu’il vient de terminer le golf de Roissy, Michel Niedbala nous livre les principales difficultés et contraintes qu’il a rencontré.

La commune de Roissy a tout d’abord été réticente à l’idée de la construction de ce golf.

Le projet est donc par la suite passé à la communauté d’agglomération. M. Niedbala nous dévoile qu’une déclaration d’utilité publique a également été créée. Ils ont dû faire face à de multiples recours juridiques, qui se sont finalement soldés par des rejets.

Très vite, il a anticipé les questions liées au changement du climat.

Devant les complications liées à la sécheresse, Michel Niebdala a pris l’initiative de stocker les eaux d’un ru (petit ruisseau par moment sec ou humide) près du parcours, il en a fait une réserve d’eau pluviale en la traitant par phythoépuration (c’est-à-dire par les plantes) et s’en servait pas la suite pour arroser le parcours.

Bien que cette réserve d’eau recyclée ne suffise pas à assumer 100% des besoins en eau durant les étés, elle représente tout de même 70% du système d’arrosage.

Ils ont pompé dans les réserves d’eau durant l’été où la pluviométrie était quasi nulle.

Ces cuves se rempliront de nouveau une fois la pluviométrie revenue, en automne ou en hiver.

Un forage de secours est aussi prévu en dernier recours, si l’arrosage devient impossible.

Ce système de secours pourrait permettre de compenser les problèmes de sécheresse interne s’ils venaient à perdurer plusieurs mois après l’été.

M. Niedbala nous confie : « Ce n’est jamais du 100%, mais il y a des équilibres à tenir ».

A la question « Pensez-vous que les joueurs au départ d’un parcours pensent à qui a créé le parcours et quelles sont les difficultés qu’ils vont y rencontrer ? » Michel Niedbala répond qu’il espère pour eux que c’est le cas, car le golf n’est pas un jeu de hasard, mais un jeu de réflexion.

« C’est ce qui fait sa beauté. »

Sans forcément faire une reconnaissance systématique du parcours, il conseille de regarder sur la carte des scores ou sur un plan comment est dessiné le parcours. Il faut selon lui placer la balle là où cela nous semble le plus judicieux et réalisable, et ne pas chercher à faire une distance, mais plutôt de prendre en compte les difficultés et les obstacles.

« Lorsqu’un joueur prend la carte du parcours, il doit l’analyser en fonction de ses propres capacités, jamais en fonction d’un par ou du départ. »

« L’intérêt du joueur, c’est d’imaginer ses coups pour gagner en confiance, c’est tout là le challenge. »

Abordant le sujet du changement climatique auquel nous devons faire face, j’ai jugé utile de demander à M. Niedbala comment, selon lui, les golfs de demain pourront faire face à ces bouleversements.

Pour l’architecte, c’est une question essentielle, car il est très important de transmettre l’héritage de la beauté du terrain.

En moyenne, sur 100 hectares, 70 hectares sont naturels, et c’est précisément dans cette partie que la beauté du golf réside. Il inclut dans cet environnement naturel, le rough !

Ces 70% représentent, pour l’architecte, la qualité du parcours et l’élément qui va faire parler de lui.

Il nous explique que dans un budget de golf, on consacre le plus souvent à la partie naturelle seulement 10% du budget.

Ce qui veut dire que 70% du parcours n’utilise que 10% du budget, phénomène considéré comme une erreur pour M. Niedbala.

Pour le golf de Roissy, M. Niedbala a planté plus de 1600 arbres et 4000 arbustes, ce qui fait de certaines zones seront beaucoup plus développées que d’autres dans quelques années, et vont contribuer à l’attrait naturel du parcours.

Le parcours de Roissy a d’ailleurs été pensé pour digérer au mieux ces différences climatiques.

C’est un critère que l’architecte a pris en compte lors de la création du parcours, et qui ne peut pas être traité indépendamment des questions liées au coût de l’entretien, selon l’architecte.

M. Niedbala tient d’ailleurs à souligner qu’un green qui est grand coûtera toujours moins cher à entretenir qu’un petit, à cause du passage plus fréquent des golfeurs sur une plus petite partie du « petit green », et entraînera une concentration des zones de passages bien plus importante.

La compaction du sol mène à l’asphyxie du terrain, car l’air ne pénètre plus dans le gazon, tout comme l’eau.

Tous ces éléments contribuent à détériorer la qualité du green selon le professionnel, et donc entraînent un coût d’entretien qui finira par être supérieur.

Par exemple, à Villenave-d’Ornon (près de Bordeaux), l’architecte a eu l’idée de creuser des bassins de rétention d’eau qui seront inondables, au sein même du golf.

Sur ce parcours, on peut donc jouer avec ou sans eau, selon les périodes de l’année, soit près de 20 hectares de zones humides potentielles.

Sachant que les zones humides disparaissent en France, il s’agit non seulement d’un beau parcours, mais aussi d’une vraie aubaine.

Le parcours fonctionnera également comme réservoir avec les marées de la Garonne, selon les périodes de marées hautes ou basses.

Cela pourra aussi permettre de développer une végétation luxuriante grâce à l’obtention de zone humides lors des marées hautes, semi-humides lors des marées basses, avec une faune et une flore très développées.

« Le golf a participé à renforcer le classement de la zone Natura 2000 ».

A-t-il du refaire des parcours en raison de ces conditions climatiques changeantes ?

Michel Niedbala répond que c’est un marché qui n’existe pas encore en France.

Cependant, il précise que certains golfs feraient bien de s’interroger à ce sujet.

Ce sera, selon lui, un sujet d’avenir.

A l’inverse, c’est déjà un sujet d’actualité à l’international, notamment aux Etats-Unis où M. Niedbala travaille régulièrement.

Les gazons ont d’ailleurs beaucoup évolué, et ne sont plus du tout les mêmes qu’il y a 10 ans, ainsi que la sécheresse persistante et le manque de zones humides.
Pour finir l’entretien, nous avons posé la question à notre invité quelle était sa vision des évolutions du métier d’architecte de golf.

Sa réponse fût claire : « Les architectes de golf ne doivent plus se cantonner à un tracé de parcours de golf ».

Il en parle dans son prochain livre sur l’architecture de golf, et veut défendre l’idée que l’architecte de golf doit aussi prendre en compte les aspects sociaux autour d’un golf.

« Dessiner un parcours pour des américains ou pour des asiatiques, ce n’est pas du tout la même chose. »

Il ajoute que l’architecte de golf a de plus en plus un rôle important à jouer concernant les questions environnementales.

Le golf peut être un élément structurant pour une commune. Cela peut toucher entre 60 et 100 hectares. C’est tout de suite considérable !

Si vous souhaitez retrouver une partie de cet entretien filmé, nous vous invitons à vous rendre sur la page suivante.

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