A trop chercher à améliorer son jeu de golf, on peut finir par se perdre…

McIlroy prend le départ d'un trou au Summit Club, lors du dernier tour de la CJ CUP 2021

Rory McIlroy, de nouveau vainqueur sur le PGA Tour (pour la vingtième fois de sa carrière), a déclaré « Pendant quelques mois, j’ai cherché à être un autre. Je me suis remis à jouer en étant simplement moi-même. J’avais juste besoin de jouer au golf, et de jouer à ma façon, ce qui était en fait suffisant » Mais justement, c’est quoi un Rory McIlroy qui joue au golf pour scorer 25 coups sous le par pendant quatre jours ? A force de chercher à être le meilleur, McIlroy, 32 ans, a finalement admis s’être trompé de chemin. N’est-ce pas une leçon pour tous les golfeurs, et toutes les golfeuses qui cherchent à s’améliorer, en oubliant parfois de s’appuyer sur ce qu’ils ou elles font déjà de très bien ?

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La CJ Cup disputée à Las Vegas dans le Nevada est un tournoi de golf du PGA Tour qui prépare déjà la saison 2022.

Sur le parcours du Summit Club, nous avons finalement retrouvé un Rory McIlroy victorieux, et au sommet de sa forme, en particulier dominateur au putting (leader pour les coups gagnés sur la semaine dans ce compartiment du jeu), et sur les par-5 où il a pu faire parler la puissance de son driving.

Héros du golf depuis 2010, et par deux fois numéro un mondial en fin de saison 2012, et 2014, celui que l’on prédestinait à succéder à la légende Tiger Woods n’a pas connu un parcours si linéaire depuis fin 2019, où il semblait pouvoir, de nouveau trôner au sommet du golf mondial, et se positionner alors comme le principal rival de Brooks Koepka.

La pandémie de COVID_19 est passée par là, et le visage du golf mondial a changé. Bryson DeChambeau est sorti du confinement avec un nouveau physique digne d’un héros de comics.

Dustin Johnson aura beau gagner un Masters en novembre, et sans spectateur, le classement mondial a subi de nombreux bouleversements, à commencer par la sortie du top-10 de Rory McIlroy tombé au 15eme rang après un Open Championship 2021 manqué (seulement 46eme).

Cela étant, à Sandwich, sur le parcours du Royal St. Georges, McIlroy a peut-être amorcé une forme de reprise en main, alors qu’un certain Colin Morikawa se posait de plus en plus comme le futur très grand du golf professionnel, déjouant la pensée que pour gagner il faut nécessairement taper plus fort.

DeChambeau pouvait participer et briller au championnat du monde de long-drive, Morikawa démontrait que le golf restait avant tout une science du détail.

Remarqué pour son émotion sincère à l’occasion de la sévère défaite en Ryder Cup de l’équipe européenne, quelques semaines plus tard, de nouveau sur le sol américain, McIlroy était peut-être déjà en passe de redevenir Rory…

Ce garçon bouillonnant de talent, tellement sûr de lui, et limite insouciant, qu’on pourra dire qu’il a marqué les années 2010 avec une devise simple : Driver loin et droit, mettre un coup de wedge au drapeau, et rentrer le putt court pour birdie…là où DeChambeau, Koepka ou encore Mickelson opposaient une légère variante, driver loin, et tant pis si ce n’était pas sur le fairway…

Pendant longtemps, le driving de McIlroy a été sa principale force, au point même de ne pas être un excellent joueur autour du green, et surtout sur les greens. Trop vite peut-être annoncé comme l’arme fatale du golf, la nouvelle concurrence à laquelle il a dû faire face, à commencer par Jason Day, Dustin Johnson ou encore Jordan Spieth l’a forcé à évoluer.

Il s’est de plus en plus soucié du putting au point de voir régulièrement Brad Faxon, une ancienne star du PGA Tour reconverti en spécialiste du putting.

Faxon aime justement beaucoup une citation de Mark Twain : « L’incapacité d’oublier est autrement plus dévastatrice que l’incapacité de se souvenir »

Faxon a donc demandé à McIlroy de noter sur un carnet les sensations qu’il a eu ou le souvenir d’un super putt. Ce dernier n’a pas forcément besoin d’aller au fond du trou. C’est juste la sensation d’un très bon putt.

L’objectif de Faxon était de mettre McIlroy en bon endroit et dans la bonne attitude. C’était il y a déjà quelques années, et quand McIlroy appliquait bien les préceptes de Faxon, il était capable de dominer l’ensemble du plateau dans le domaine du putting, et par conséquent de gagner les tournois.

McIlroy, ce n’était plus simplement taper long et droit, un coup de wedge, et on verra pour le putt. Il était capable de hisser son niveau de putting au-dessus des meilleurs.

Du point de vue de Faxon, McIlroy a cessé de se réfugier dans la technique, considérant que son putting n’était pas au niveau du reste de son jeu, pour devenir un joueur de feeling…

Pour arriver à cela, Faxon a demandé à McIlroy de prendre trois clubs, un putter, un wedge, et un bois 5. Il lui a fait viser un trou à 2,5 mètres. Avec le putter, McIlroy a rentré un putt sur trois. Avec le wedge, il en a rentré deux. Avec le bois 5, il en a rentré trois !

Faxon voulait prouver quelque chose à McIlroy !

« Aujourd’hui, le putting est parfois trop technique, et trop mécanique. Il te faut trouver la bonne longueur de putter, avec le bon lie, et le bon loft. Ce bois 5 avec ses 19 degrés de loft, et son manche 10 inches trop long t’a pourtant permis de rentrer trois balles sur trois ! Tu dois revenir à cela…Ton putting doit redevenir plus instinctif. »

Et quand McIlroy redevient plus instinctif, il se reconnecte avec lui-même.

C’est peut-être tout simplement cela Rory McIlroy… Avant l’interruption du jeu en raison de la pandémie, c’était difficilement possible de contester à Rory une forme ascendante, et un statut de meilleur joueur du monde en puissance.

Pourtant, il est peut-être avec quelques autres, l’un des plus grands perdants de la séquence COVID. Au lieu de poursuivre sur sa forme, et sa confiance, McIlroy a commencé à douter, et notamment cherché à rivaliser avec DeChambeau.

Habitué à dominer pour la distance au drive avec des vitesses de swings déjà supersoniques, McIlroy était en fait dominé dans son propre jardin.

En 2019, avec une moyenne de 120 mph, Rory se classait parmi les 20 plus longs frappeurs du circuit.

Devant lui, il y avait certes Cameron Champ à 127 mph de moyenne, Gary Woodland à 122 mph, Koepka ou encore Bubba Watson légèrement au-dessus de lui…

La vitesse de swing ne faisait pas tout, et McIlroy était tout de même largement leader des coups gagnés depuis le tee, très nettement devant Jonathan Vegas, Bubba Watson et Dustin Johnson.

Parmi les plus longs frappeurs, il dispersait moins…

Cette description pouvait déjà partiellement expliquer pourquoi McIlroy était en passe de redevenir le meilleur golfeur du monde.

Quelques mois plus tard, patatras, DeChambeau devenait soudainement le meilleur golfeur pour les coups gagnés depuis le tee, et McIlroy dégringolait au sixième rang, dépassé par l’américain, mais aussi Cameron Champ, Sergio Garcia, ou encore Jon Rahm futur numéro un mondial.

Rory a moins joué, mais surtout swingué un peu moins fort et moins vite (perdu 2 mph sur la saison et en moyenne) quant à l’inverse DeChambeau passait de plus en plus régulièrement au-dessus de 125 mph de vitesse de swing.

Il n’allait pas s’arrêter là, et McIlroy conscient du vent qui tournait, a sans doute dans un premier temps voulu répondre à la force par la force.

En 2021, McIlroy a commencé à aller chercher des vitesses de swings très supérieures à ce qu’il produisait avant la pandémie, et notamment des pointes à 130 mph, tout en restant implacablement dominé par DeChambeau capable de monter à 138 mph…

Bien que Rory ait réussi à rester dans le top-4 des coups gagnés depuis le tee, il a perdu de sa superbe, et surtout commencé à décliner au classement mondial, par la faute de résultats trop moyens pour lui.

En début de saison, à Abu Dhabi, il pensait avoir passé le plus difficile, et de nouveau briller, il finira finalement troisième, ce qui allait cacher la suite de son histoire sur le tour, et la lente érosion de son jeu.

Dans les jours qui suivirent, de retour aux USA, il allait manquer le cut au Genesis Invitational, et surtout au Masters remporté par le japonais Matsuyama.

Une victoire sur son parcours préféré, à Quail Hollow dans le cadre du Wells Fargo Championship allait le remettre en selle, du moins on pouvait le croire, et déjà lui faire dire qu’il s’était jusque-là égaré.

Le cut manqué à Augusta a certainement agi comme un révélateur, un électrochoc. A force de vouloir rattraper DeChambeau, Rory en avait oublié de jouer son jeu, et comme si DeChambeau imposait un nouveau standard.

Il se sera seulement passé 20 semaines entre la victoire au Wells Fargo Championship, et ce second succès en 2021 pour la CJ Cup.

Pourtant, entre ces deux moments, McIlroy a rechuté.

Son été n’a pas été très prolifique, et notamment au Royaume-Uni avec une 59eme place bien discrète sur son Open Irlandais, et encore un cut manqué en Ecosse, quelques jours avant de ne pas imprimer de son empreinte The Open (46eme).

Seul éclair de son talent sur courant alternatif, une quatrième place au Japon pour les Jeux Olympiques mais pas de médaille dans la fournaise de Tokyo…

Son jeu va pourtant continuer à se reconstruire avec des play-offs de la Fedex Cup marqués par la progression de son jeu, et de ses résultats, comme s’il était devenu plus à l’aise de ce côté de l’Atlantique, et loin de ses bases.

En l’espace de seulement quelques mois, finalement, Rory McIlroy est passé par à peu près tous les états que peut connaître un golfeur, entre la détresse à peine voilée en Ryder Cup, et la joie d’une nouvelle victoire à la faveur d’un jeu en complète maîtrise, et un brin de réussite sur des putts longs.

D’ailleurs, sur la fin de sa partie à Vegas, McIlroy n’a pas sorti systématiquement le driver, comme s’il voulait conjurer le fait de toujours chercher à taper plus fort, et dans le but de faire mieux que le PAR.

Sur la dernière partie jouée en 66 dimanche, McIlroy a tout de même envoyé ses coups de départs à une moyenne de 325 yards, mais sans trop manquer de fairways (plus de 71% de fairways en régulation).

Il a surtout joué la précision absolue dans le domaine des approches avec plus de 83% de greens en régulation.

Sur le dernier tour, alors qu’il a gagné le tournoi pour seulement un coup d’avance devant… Morikawa, il n’a pas aussi bien putté que lors des trois premiers tours, où justement dans ce domaine, il a été assez magistral, arrivant régulièrement à prendre deux coups de strokes gained ou plus au reste du champ des joueurs.

Cette histoire est très classique pour du golf, et comme le rappelle un autre revenant cette même semaine, Rickie Fowler, le golf doit juste appeler à l’humilité.

On croit toujours être arrivé quand on chute de nouveau… Il y a tellement d’éléments variables à prendre en compte qu’il est difficile de pouvoir toujours être régulier et à son meilleur niveau de performance.

Ce week-end, McIlroy s’est rappelé ce qu’il savait faire de bien pour gagner, et bien jouer au golf. Ce n’était pas de mieux driver ou de driver plus loin. C’était tout simplement de jouer comme il a toujours su le faire, et en plus, de bien putter.

Il nous rappelle à tous qu’il faut savoir se connaître. Connaître ses points forts, et en user pour affronter le parcours.

McIlroy nous enverrait-il des signaux de plus en plus clairs d’un retour dans la course au titre de numéro un mondial, et alors qu’il revient top-8 mondial ?

Pour nous les amateurs, son histoire nous rappelle de faire confiance à nos points forts, et de ne pas oublier d’être instinctif.

Crédit photo : Matthew Bolt/Icon Sportswire 

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