Masters 2020 : Tiger Woods, d’une victoire mémorable à la recherche de son jeu perdu

C’était il y a 19 mois, Tiger Woods réussissait en même temps un des come-back, et un des exploits les plus mémorables du sport, en remportant le Masters d’Augusta 2019. En 1997, quand il remporta sa première veste pour sa troisième participation, et le chèque de 486 000 dollars qui allait avec, en sortant du dix-huitième green, il serra son père, Earl, fort dans ses bras, pour une image qui resta dans les annales du golf. En avril 2019, en quittant cette fois le 18eme green, remontant vers le club-house, cette fois, ce fut une autre émotion, quand Tiger put étreindre son fils Charlie avec la même dose d’amour. Cette image risque fort de marquer, elle-aussi, l’histoire de la légende du golf. Interrogé cette semaine en conférence de presse, le tenant du titre ne cachait pas son émotion à l’évocation de ses souvenirs. Dès ce jeudi, il lui faudra puiser dans cette énergie, pour au contraire, oublier que depuis ce fameux dimanche 14 avril 2019, Tiger a eu bien du mal à retrouver son jeu…

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Logiquement, je devrais écrire « c’était il y a un an… » mais la pandémie de COVID-19 est passée par là, et le Masters, le rendez-vous annuel du golf, la fête de notre sport, a été décalé en ce mois de novembre.

Plus de 19 mois ont passé depuis l’un des moments les plus marquants de ces dernières années, la victoire de Tiger Woods à Augusta, la cinquième.

Comparativement à 1997, où le jeune Tiger avait terrassé Augusta de 18 coups sous le PAR, pour sa 22eme participation sur « les terres » de Bobby Jones, et bien qu’anecdotique, Woods est reparti avec un chèque de 2 millions de dollars, soit cinq fois le gain de sa première victoire !

Ce simple chiffre est évocateur de l’impact du Tigre sur le golf en plus de 20 ans.

Si DeChambeau venait à gagner ce Masters 2020 à l’aide de sa nouvelle puissance, dans 20 ans, pourrait-on imaginer que le vainqueur du Masters 2040 puisse repartir avec un chèque de 10 millions de dollars ?

Mais bien entendu, le Masters n’est pas qu’une question d’argent, ou tout du moins par pour Tiger Woods. Le Masters, et c’est ce que l’on aime, est pour lui, comme pour nous, une question d’émotions.

Pour la première fois, Tiger gagnait un Majeur en partant de derrière lors du dernier tour. Il avait notamment deux coups à remonter sur l’Italien Francesco Molinari.

Alors que le tournoi s’élance ce jour, que Fred Ridley a ouvert par la traditionnelle cérémonie des « starters », avec Gary Player (85 ans), et Jack Nicklaus (80 ans) de bon matin, dans une ambiance plus feutrée qu’à son habitude, plus froide et presque crépusculaire, dans un silence inhabituel, mis à part quelques chants d’oiseaux, quelques coups de golf par-ci et par-là, et le bruit de la machinerie autour des greens, Tiger Woods assure qu’il est bien là pour prétendre à la victoire.

Dans sa bouche, tout autre affirmation aurait été difficile à entendre, pourtant, c’est peu dire que son jeu est en chute libre depuis ce fameux pic d’avril 2019.

Par conséquent, on peut avoir envie de le croire, mais du mal à y parvenir.

Brandel Chamblee peut s’amuser à comparer le parcours de justement Jack Nicklaus, le recordman des victoires à Augusta, et celui actuel de Woods, toujours officiellement candidat au titre du plus grand nombre de victoires en Majeurs.

A cet effet, Chamblee rappelle qu’en 1986, 23 ans après sa première victoire à Augusta, classé 33eme mondial, Jack Nicklaus avait justement remporté sa sixième veste verte !

En 2020, les chiffres se plaisent à nous titiller.  23 ans après sa première victoire, Tiger qui en compte justement cinq est bien actuellement 33eme au classement mondial (OWGR).

Cependant, d’autres chiffres font craindre que cette éventuelle prophétie ne puisse se réaliser.

La première statistique qui pose question est la vitesse de swing au drive du champion, qui au passage, ne donne pas de signes ou de troubles au niveau de sa santé, et de son état de forme, ce qui a pourtant été si souvent sujet à discussion par le passé.

Avec seulement 113 mph de vitesse de swing constatée sur le PGA Tour sur les deux derniers tournois disputés (US Open, et ZOZO Championship), Tiger est plus de 20 mph derrière le nouveau favori, Bryson DeChambeau.

Pire, aucun compartiment de son jeu ne semble lui permettre de dégager un quelconque avantage par rapport au champ des joueurs engagés sur ce Masters : Driving, jeu de fers, petit-jeu ou même putting ne donnent pas à Woods de quoi être optimiste.

Il l’admet lui-même, il ne drive pas bien la balle, et n’utilise pas assez bien ses fers pour poser la balle assez près des drapeaux. C’était tout du moins son analyse après le ZOZO Championship, disputé fin octobre, et terminé à la 72eme place.

A ce compte-là, il ne fait pas partie de la liste des 21 favoris pour ce Masters 2020, une fameuse liste édictée chaque année pour GolfWRX, par le statisticien Rich Hunt.

Ce dernier explique qu’il a sorti Woods de ses possibles vainqueurs, justement à cause de la trop forte baisse de sa vitesse de balle au drive, ce qui par conséquent lui donne des coups de fers trop difficiles à jouer ensuite, et pour gagner un tel tournoi.

Clairement, on peut retourner les statistiques récentes du jeu de Tiger dans tous les sens, il n’est pas en bonne condition pour défendre sa veste verte, d’autant qu’il ne pourra même pas compter sur le soutien des fans, absents de cette édition.

Son cadet, Joe LaCava, explique que le Tigre doit travailler, et que bonne nouvelle, le travail ne l’a jamais effrayé.

« Rien n’est vraiment mauvais dans son jeu, mais rien n’est non plus vraiment affuté. Le point le plus important, c’est qu’il est dans une bonne forme physique, surtout en prévision de parties qui vont durer au moins cinq heures. »

Mis à part sa forme physique, la seule chose qui pourrait en l’état lui donner de bonnes pensées, c’est le parcours qu’il connaît comme sa poche.

Woods a souvent expliqué que son expérience du parcours et la familiarité qu’il a développé avec chaque trou comptait dans sa stratégie.

« Je n’ai pas besoin d’aller chercher chaque drapeau. J’ai juste besoin de mettre la balle sur le bon spot pour avoir de bons putts. »

A Augusta, peut-être plus qu’ailleurs, Woods a démontré qu’il était un véritable modèle de constance. Faut-il rappeler 5 victoires, 14 top-10, et aucun cut manqué en qualité de professionnel ?

Quand on analyse ses cartes de scores à Augusta, depuis sa première participation en 1995, on constate que lors du premier tour, et sur les sept premiers trous, généralement, Woods commet plus de bogeys que de birdies. Woods a un démarrage le plus souvent « diésel » à Augusta.

Le score a surveillé le concernant au soir du premier tour, c’est 70 ! Il a rendu une carte de 70 lors de quatre de ses cinq victoires, y compris la dernière en 2019.

D’une part, les chances de le voir sortir une carte sous le PAR ou proche du PAR lors du premier tour semblent mince, à en juger par son golf actuel, et d’autre part, si DeChambeau confirme que pour lui, Augusta National est plus un PAR 67 qu’un PAR 72, cela va relativiser dans le mauvais sens, cet éventuel score autour du PAR 72 pour Woods.

Définitivement, le sujet, c’est la vitesse de swing déclinante au drive de Tiger par rapport à ces nouveaux rivaux.

Une chose est sûre, personne ne pourra lui enlever les images et l’émotion quasiment mondiale générée par sa victoire en 2019.

Cette édition 2020 qui risque fort d’être perturbée par la pluie (le tout début du premier tour a déjà été interrompu) nous permet au moins de nous remémorer ce si bel exploit.

Crédit photo : Zumapress/Icon Sportswire

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