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Lucie André : « On aimerait bien que la situation pour les golfeuses change, mais pour l’instant, ça n’évolue pas trop… »

Lucie André et le golf, c’est une histoire qui a débuté lorsqu’elle avait 11 ans, au golf municipal de Bourg-en-Bresse. Une histoire de famille, ses parents, tous deux golfeurs ont initié son grand frère, et elle au golf. Pour qu’elle ne reste pas seule chez elle, son frère l’emmenait avec lui sur les terrains de golf. L’histoire d’amour entre la joueuse professionnelle et le golf a donc commencé ainsi, tout simplement. Trois ans plus tard, à 14 ans, elle remporte le championnat de France, deux fois, en 2002 et en 2008. La joueuse fait partie de nos portrait de femmes de la semaine, où elle nous parle à coeur ouvert, de la problématique des femmes, dans le milieu du golf à haut niveau. 

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Pendant sa dernière année d’étude en 2007, Lucie André intégre le pôle France à Toulouse.

Ce qui lui a permis par la suite de jouer des compétitions amateurs à l’étranger.

Elle devient alors deux années consécutives Numéro 1 aux Mérite Amateurs Dames Français (2009 et 2010), et ensuite aux Mérite Amateur Dame Européen (2009).

La joueuse prometteuse dispute alors en 2010 ses premiers championnats du monde par équipes.

Elle passe joueuse professionnelle en 2011, où elle arrivera à la quatrième place de l’Open de France, et cinquième au Nivelle Ladies Open.

Elle a également remporté une victoire sur le LET Acces Series, en République Tchèque en 2017. 

Lucie André a aujourd’hui 32 ans, et n’a pas perdu une miette de sa passion pour le golf, ni de son envie de réussir.

Son plus beau souvenir de golf, c’est sans hésitation sa dernière année en amateur, quand elle a joué les championnats du monde par équipes, et où la France a remporté la médaille de bronze.

Elle raconte : « On se dépassait pour l’équipe, encore plus que si on jouait pour nous-mêmes. On ne lâchait pas le score aussi pour les autres. On se motivait les unes les autres, il y avait un très bon état d’esprit. » 

Ce qui lui plaît le plus dans le golf, c’est avant tout les perspectives d’évolutions que lui apporte ce sport. 

« C’est un sport où on peut toujours s’améliorer, il n’y a jamais rien de vraiment acquis. C’est ce petit quelque chose qui nous fait revenir le lendemain sur le parcours, en essayant de reproduire le coup parfait qu’on a tapé la veille. Mais on n’y arrive pas toujours… ! *Rires* » ajoute la golfeuse.

Être en phase avec la nature est aussi un élément qui plaît beaucoup à la joueuse.

« On est avec la nature, mais aussi avec nous-même. On ne joue pas contre une personne spécifique, mais d’abord contre soi-même. » Explique-t-elle.

Sa plus grande déception remonte à 2016, sur le tour européen, en première division. Elle n’a pas réussi à faire les performances qu’elle espérait, elle s’est mis beaucoup de pression sur cette compétition et a été très déçue.

« A Dubaï, les deux premiers jours ne s’étaient pas trop mal passée. Et les deux derniers jours ont été catastrophiques !».

2016 a été une année difficile dans la carrière de la joueuse, à cause d’un défaut qui s’est installé progressivement dans son swing, et que ses pros n’ont à l’époque pas pris au sérieux.

Cette problématique s’est installée dans son jeu, ce qui lui a fait perdre confiance en ces coups.

Ce défaut, c'était un changement de plan de swing au démarrage de la descente, lors de la frappe. 

Lucie André faisait alors, et fait encore un petit peu, une boucle en haut du back swing qui la fait revenir trop de l'intérieur. 

Cela provenait de l'utilisation de clubs trop lourds pour elle, et de shafts qui n'étaient pas appropriés à sa vitesse. 

La joueuse a d'ailleurs toujours ce défaut, mais a su le limiter et le rendre moins visible dans son jeu de fers, grâce à des clubs plus courts, et donc plus facilement maniables. 

Cette problématique l'handicape cependant toujours lorsqu'elle n'est pas en forme, notamment au driving et lors des mises en jeu. 

Ses axes d'améliorations pour diminuer ce changement de plan sont l'engagement plus fort des hanches lors de la frappe, et les trajectoires de fade (les opposées de son swing).

Elle su cependant rebondir en 2017/2018, et à venir à bout de cette phase difficile.

La golfeuse qui a inspiré sa carrière de jeune joueuse a été Suzann Pettersen, pour son calme sur le parcours, sa dimension athlétique, ainsi que la beauté de son jeu.

La jeune golfeuse n’hésitait pas à aller la suivre à Evian lorsqu’elle en avait l’occasion.

Concernant la place de la femme dans le golf, Lucie André affirme :

« Je ne veux pas me la jouer féministe, mais c’est vrai que les garçons prennent beaucoup de place. Cela nous impacte énormément, nous golfeuses, surtout pour le sponsoring. »

Elle nous explique alors le problème que cela soulève en tant que joueuse professionnelle : Les femmes ont beaucoup plus de mal à se trouver des sponsors que les hommes, même si elles jouent en première division.

« Il faut sans arrêt se battre, et montrer que l’on est meilleure » dit-elle.

Elle l’illustre alors avec un exemple très clair : La première division féminine est l’équivalent, au niveau des gains, de la seconde division masculine.

 Elle explique ce phénomène par « peut-être l’absence des médias sur les tours féminins » et que « cela n’intéresse pas trop ».

« Dans les médias de golf, il faut faire une performance incroyable pour que l’on parle de nous, golfeuses. Cela n’aide pas du tout à attirer les sponsors et les partenariats. »

Elle trouve également qu’au niveau de la Fédération française de golf, il y a un écart de traitement, entre les articles publiés sur les golfeurs, et sur les golfeuses.

« On trouve beaucoup d’articles sur les joueurs hommes tous les jours, dans tous les journaux golfiques. Et pour les femmes on va trouver une petite ligne pour dire qui a remporté quoi. » S’insurge-t-elle.

« Au niveau des médias, on n’est pas sur le même piédestal ».

Les moments où elle ressent le plus le « handicap » d’être une femme dans le golf, c’est bien au niveau des écarts de gains avec les golfeurs.

« On passe le même nombre d’heures d’entraînement, on assume les mêmes frais de déplacement, d’hôtels… Et pour nous, il y a beaucoup moins d’argent en jeu ! » Développe-t-elle.

Elle déclare cependant qu’au niveau des marques de textiles de golf, elle trouve le traitement golfeurs et golfeuses assez égalitaire en terme de choix.

Pour les clubs, les hommes sont davantage mis en avant selon elle dans les campagnes publicitaires, mais cela est dû à l’image de la puissance du golfeur avec son club, et à sa perpétuelle recherche de gain de puissance. 

Pour Lucie André, ce qui fait que les femmes sont si peu nombreuses sur les parcours, c’est surtout lié au manque de femmes… tout simplement !

« Ce n’est pas facile d’être une femme seule et d’aller s’inscrire dans une partie avec trois autres hommes, à cause de l’image encore un peu macho et masculine du sport. »

En tant que joueuse femme, elle pense que si les golfs organisaient plus de journées découvertes, d’initiations dédiées aux femmes, cela attirerait peut-être plus de joueuses.

« Rassembler des femmes chefs d’entreprises par exemple, et les faire se rencontrer autour d’une activité initiation au golf ! » propose-t-elle.

@Crédit photo : Lucie André

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