Posté par le dans Golf en France

Le golf éducatif: «Jouer pour arrêter de se battre»

Le golf éducatif a été initié en 1997 pour la première fois par Bill Owens, un professionnel de golf gallois vivant en France, et depuis plus de 25 ans. Il pousse le trait et affirme que « le golf pourrait devenir un outil socialisant, remboursé par la sécurité social ». Depuis plus de 20 ans, l’ADGE (Association pour le Développement du Golf Educatif) arpente les quartiers difficiles de France pour aider les jeunes par le biais du golf. Nous avons décidé de nous y intéresser, et de comprendre les ressorts et enjeux de ce projet, en interrogeant Stéphane Bachoz.

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Stéphane Bachoz est un expert reconnu pour le développement du golf auprès de la PGA européenne, et aussi le cofondateur de Flowmotion Golf Center.

C’est notamment avec la méthode d’apprentissage du golf éducatif nommée en 1997 « Triangulaid » que M. Bachoz a entraîné Philippe Golding durant six ans, et avec lequel il a remporté quatre victoires sur l’European Tour.

Une méthode qui permettrait de « jouer au golf en quelques heures seulement, et qui pourrait changer l’avenir de la planète » selon le convaincu Bill Owens.

C’est en 2013 que les deux collaborateurs renomment cette méthode, avec comme slogan « Swinguer comme vous marchez ».

Alors qu’est-ce que le golf éducatif ?

Le principe du golf éducatif est de jouer sur le même process que la façon de marcher.

C’est une méthode d’apprentissage qui se base sur les réflexes du cerveau, afin de ne pas réfléchir à ce que l’on fait (tout comme lorsqu’on marche) mais de performer.

C’est un outil qui, selon le coach, aide à être en phase avec soi-même, et avec son swing,  il permet d’enlever les contraintes et les blocages. Le joueur retrouverait une forme de fluidité automatique.

Stéphane Bachoz nous affirme même que cette méthode est conseillée par les médecins, pour les personnes ayant des problèmes de dos par exemple, car elle induit peu de torsions. 

Le golf éducatif, c’est avant tout réunir le social et l’environnemental

Pratiqué dans les quartiers difficiles, dans les hôpitaux psychiatriques, le golf éducatif n’est pas destiné à faire découvrir le golf à une catégorie de personnes, qui ne pourra pas forcément poursuivre l’activité par la suite.

« Le but n’est pas de donner un « jeu d’élite » à ceux qui n’en ont pas les moyens, mais de montrer que le golf éducatif a des vertus socialisante, éducative, environnemental et citoyenne, en phases avec les contraintes actuelles de distanciation social. »

Quelques exemples de réussites, à commencer par un ancien jeune en difficulté, au comportement difficile et violent dans un quartier des bosquets à Montfermeil.

Le golf éducatif lui a appris à prendre confiance en lui, à se sentir valoriser et à trouver une voie professionnelle. Ce jeune est depuis passé professionnel de golf.

« Le Parisien » recueille d’ailleurs en 2012 dans un article sur la construction d’un golf éducatif dans le lycée horticole de Marcoussy, les confessions de Joris Le Merrer, 16 ans en CAP paysagiste : « Je ne pensais pas que ça me plairait, mais aujourd’hui j’aime le golf au moins autant que le foot. »

Ce golf éducatif, implanté dans ce lycée accueillant aussi les apprentis d’Auteuil, est d’ailleurs toujours en action.

De plus, il nous raconte leur passage dans un hôpital psychiatrique, fortement redouté au départ par les médecins puisque les enfants avaient des clubs dans les mains toute la journée.

Résultat ?

Les médecins auraient été subjugués par le comportement exemplaire des enfants avec leurs clubs de golf, ils auraient été concentrés et à l’écoute.

Cette méthode a été en premier lieu imaginée pour aider les jeunes en difficultés à exulter la violence et à s’exprimer différemment. 

« Jouer pour arrêter de se battre » comme l’explique Stéphane Bachoz.

Cela autoriserait les jeunes à jouer plus rapidement grâce à une méthodologie dite plus efficace, ce qui valoriserait le joueur et ces jeunes souvent en manque de reconnaissance.

En construisant quelque chose, Stéphane Bachoz a la conviction que les enfants arrêteront de détruire.

Chaque école est d’ailleurs responsable d’un trou, et se déroule le concours du « plus beau trou » dans les écoles à la fin du projet. Chaque enfant va également planter un arbre qui portera son nom.

Il s’agit là d’une véritable responsabilisation des enfants, grâce au golf, en tant qu’outil pédagogique.

Comment ça se passe réellement ? 

Stéphane Bachoz et Bill Owens parcourent la France, privilégiant les banlieues, puis demandent un terrain abandonné à la commune.

Ils récupèrent parfois des décharges, des anciens terrains de foot délabrés etc.

Ensuite, et c’est là où s’opère la différence fondamentale avec le golf classique, les jeunes construisent eux-mêmes le parcours sur lequel ils vont jouer. Ils sont aidés le plus souvent par le tissu social de la ville (écoles, retraités, bénévoles…).

On retrouve donc un véritable enjeu environnemental dans ce projet, qui éveille la conscience des jeunes.

En plus de cette notion environnementale très présente, l’aspect social est bien évidemment en première ligne. Les valeurs clés du golf éducatif sont le respect, l’étiquette et l’humilité.

Ce sont les valeurs que les porteurs de ce projet souhaiteraient voir exister dans notre jeunesse actuelle.

Le golf devient un véritable outil d’éducation à travers le plaisir du jeu, la confiance en soi, et en les autres, mais aussi les différentes règles existantes (bienséance, règle du jeu…).

« Le golf n’est pas un sport, mais un jeu ».

Cette phrase en fera sûrement bondir plus d’un, j’ai d’ailleurs été moi-même quelques peu décontenancée de l’entendre lors de notre entretien.

En faisant des recherches sur le golf éducatif, je me suis aperçue que cette pratique n’était surtout pas considérée comme un sport, mais comme un jeu.

Ce à quoi Stéphane Bachoz répond :

« Il ne faut surtout pas considérer le golf comme un sport. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on y joue mal, car on le considère comme tel ».

Il étaille ses propos par le fait que la devise d’un sport est « aller toujours plus haut, toujours plus fort, toujours plus loin ».

Cependant, pour le coach, au golf on fait face à de multiples contraintes.

On joue avec soi, avec un matériel et avec la Nature. Et on ne peut pas être plus fort que soi, que son matériel ou encore que la nature.

Le joueur doit donc, dans cette version du « jeu », composer avec les éléments plutôt que vouloir performer à tout prix en essayant (en vain) de les surpasser.

« Personne n’est plus fort que la nature » ajoute-il.

« On trouve l’équilibre car on rencontre l’harmonie entre soi et soi, entre soi et le club, entre soi et l’environnement, entre soi et les autres… Et on arrête de se battre ».

Sans aide de l’état, ni de la Fédération Française de Golf, la méthode des deux passionnés était de « Donner des cours aux personnes aisées dans les golfs le week-end, dans l’objectif de redistribuer cet argent la semaine en banlieue sur les golfs éducatifs »

Le problème majeur soulevé par notre interlocuteur dans notre entretien, c’est que seulement trois des vingt-cinq golfs éducatifs construits sont encore actifs.

Les autres ont été abandonnés une fois Bill Owens et Stéphane Bachoz partis pour une autre ville, par manque d’entretien de la part des communes.

Stéphane Bachoz, porte-parole du concept, affirme pourtant avoir rencontré M. Charon (Président de la FFGOLF) et avoir reçu le soutien moral de ce dernier sur ces actions visant à aider les jeunes par le biais du golf.

A ce jour, il constate que le golf éducatif, son projet, n’a toujours pas été agréé officiellement par la Fédération, et se refuse à tout autre commentaire à ce sujet.

Après un réel écho médiatique, il y a quelques années, où le projet a été présenté dans les grands médias ( JT de 13h, RTL ou encore même reçu à l’Elysée), l’engouement n’aura pas duré assez longtemps pour générer un quelconque changement et un développement plus large.

Pourtant, le but ultime pour eux, était et est toujours de s’insérer dans les programmes scolaires à grande échelle.

Cela permettrait à la fois d’augmenter le nombre de golfeurs (les jeunes ne représentant à ce jour que 10% des licenciés), mais aussi de présenter un projet éducatif viable.

Pour Stéphane Bachoz « Ce n’est pas une question financière qui bloque. Les golfs éducatifs ne coûtent que très peu d’argent, ils coûtent seulement du travail de la part des jeunes, des écoles, et le matériel est de seconde main. »

Le golf éducatif est-il réservé uniquement aux jeunes ?

Non, les seniors sont aussi les bienvenues sur les parcours de golf éducatif. Mais ils ne représentent pas le public visé en priorité par cette initiative.

Bill Owens, continue de croire en son projet en sillonnant les villes de France dans son camping-car, afin de prôner les bienfaits du golf éducatif.

Le golf éducatif, qui existe pour le moment uniquement en France, a commencé à s’exporter aux Etats-Unis récemment.

Bill Owens et Stéphane Bachoz sont partis aux Etats-Unis pour former les professionnels américains sur un golf, et leur méthode aurait, semblerait-il, remporté un franc succès.

Le golf éducatif semble donc avoir beaucoup de vertus à apporter aux jeunes, que ce soit au niveau environnemental, social ou encore éducatif.

Intégrer le golf éducatif aux programmes scolaires serait donc potentiellement une opportunité pour les enfants d’acquérir les valeurs prônées par ce jeu de manière ludique.

Cependant, le monde du golf traditionnel est-il prêt à voir naître des « golfs de proximité » destinés aux jeunes en difficulté ?

Les méthodes utilisées par le golf éducatif seront-elles acceptées dans le golf « classique » ?

Comment faire pour que les golfs éducatifs puissent perdurer, même après le passage des initiateurs ?

La Fédération peut-elle s’emparer de ce sujet, alors que son futur Président veut accentuer son mandat sur les jeunes ?

Si le golf éducatif est une bonne solution, pourquoi ne pas la développer ? Est-ce l’image du golf, sport élitiste qui fait obstacle ?

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