Le casse-tête du calendrier de golf 2020

3,4 milliards de personnes sont confinées dans le monde, soit près de 43% de la population mondiale, et pour ainsi dire la plupart des pays concernés par des tournois de golf professionnels, des Etats-Unis jusqu’à l’Europe. Dans le monde d’après, au-delà du fait de sortir du confinement, et d’essayer une retrouver une vie sociale, tous les pays ne sortiront peut-être pas en même temps, et tous les individus ne retrouveront peut-être pas leur liberté de mouvement en même temps. Comment imaginer un calendrier international et sportif en 2020 ? Ne faudrait-il pas d’emblée travailler pour 2021 ?

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Le vendredi 27 mars, la direction de l’Evian Championship, majeur de golf féminin, communiquait sur un report de son tournoi annuel du 6 au 9 août prochain, au lieu du 23 au 26 juillet, dates où devait initialement se disputer le tournoi.

Partout dans le monde, l’heure est plus au report qu’à l’annulation, et les directeurs de circuits comme les directeurs de tournois tentent de mettre sur pied des plans de redémarrages, pour sauver ce qui peut l’être, dans une crise qui semble déjà bien plus grave au niveau économique que la précédente crise financière de 2008.

Dans le cas du golf professionnel féminin, les autorités tablent encore sur un redémarrage cet été, et imaginent un min circuit européen pour optimiser les déplacements.

L’Evian Championship, Majeur de golf féminin, pourrait donc se tenir à l’Evian Resort Golf Club, du 6 au 9 août 2020, pour ouvrir une séquence européenne de golf, incluant le Ladies Scottish Open et le Women’s British Open.

« Notre priorité est évidemment de toujours permettre aux joueuses du monde entier et à tout notre écosystème de pouvoir continuer à vivre leur sport dans les meilleures conditions possibles. Lorsque Mike Whan, le commissaire de la LPGA, nous a fait part de ses enjeux de calendrier, nous avons bien sûr répondu présent. C’est cela l’esprit de notre partenariat depuis maintenant 20 ans », a déclaré Franck Riboud, Président de l’Evian Championship, Président d’Honneur du Groupe Danone. « Nous sommes assurés du soutien total de nos sponsors qui sont, comme nous, attachés aux valeurs de solidarité et d’entraide qu’impose d’évidence cette situation inédite. Il y aura sans doute un temps pour penser autrement notre vision des grands événements sportifs, mais pour l’heure, nos pensées vont en particulier aux équipes et à tous ceux qui constituent la grande famille de l’Evian Championship dans le monde, que nous espérons en bonne santé et en sécurité. »

Dans ce cadre, les organisateurs imaginent un « European swing », un peu à l’image de l’organisation du calendrier masculin en début de saison, avec les tournois concentrés en Californie, puis en Floride, pour des raisons météorologiques et calendaires.

Ils imaginent encore que les 120 meilleures joueuses du monde pourront enchaîner quatre tournois : à Evian-les-Bains en France avec l’Evian Championship (6-9 août), en Ecosse avec l’Aberdeen Standard Investments Ladies Scottish Open (13-16 août) et l’autre majeur européen, le AIG Women’s British Open (17-23 août), pour terminer en Angleterre avec le UL International Crown (24-30 août).

Cette mesure vise à permettre le décalage de tournois américains sur le mois de juillet.

9 tournois du LPGA Tour ont déjà été reportés, dont le premier majeur de la saison, le ANA Inspiration déplacé du 2 au 5 avril, à la nouvelle date du 10 au 13 septembre.

Cependant, dans le début de son communiqué de presse, la direction du tournoi français précise « Dans le contexte exceptionnel d’incertitude que nous vivons et qui touche aussi le monde du sport ».

Le seul mot clé, c’est incertitude.

Si on se fie aux différentes déclarations concordantes sur le nombre de semaines pour un minimum de confinement, à savoir 6, soit la recommandation du conseil scientifique, la fin du confinement « pourrait » se dessiner autour de fin avril/début mai.

Est-ce une projection réaliste, optimiste, pessimiste ? Cette nouvelle crise doit surtout nous inviter à l’humilité, car nous ne « savons » pas.

Le confinement pourrait aussi durer jusqu’en juin.

Quelles sont les réelles conditions pour retrouver notre liberté de mouvement ? Le fait de tester massivement la population ? Le fait de fournir un vaccin ? Plus de masques ?

Les recommandations de l'OMS du 20 mars vont dans le sens de plus de tests : « il est impératif de tester la population à grande échelle pour connaître le nombre de personnes infectées. »

Le taux réel de létalité du virus pourrait d’ailleurs être revu à la baisse.

Nous sortirons, et les joueurs professionnels avec nous, car le confinement, méthode extrême, le remède pourrait finir par être pire que le mal.

Cela passera alors par de l’innovation et des moyens à grande échelle.

En revanche, nous savons que tous les pays n’ont pas commencé à se confiner au même moment, et que le délai de six semaines qui vaut en France, n’est pas exactement celui que connaît l’Espagne, l’Italie, le Royaume-Uni ou même les Etats-Unis.

Autrement dit, nous risquons de ne pas sortir du confinement en même temps, ce qui est un autre risque dans le risque.

Planifier des tournois de golf, même sur cet été paraît ambitieux, et compte tenu de toutes les incertitudes qui pèsent.

Côté masculin, ces dernières heures, le moment n’est pas encore à annoncer des nouvelles dates, mais au contraire, d’annoncer des reports indéterminés.

L’Open d’Irlande, initialement prévu du 28 au 31 mai, vient de s’ajouter à la liste des tournois reportés. Il s’agit déjà du onzième tournoi reporté pour le circuit européen.

Keith Pelley et son board de direction n’imaginent pas reprendre avant le 4 juin, au Maroc pour le Trophée Hassan II, ce qui paraît tout de même improbable.

Cependant, comme les filles, comment imaginer un tournoi alors que tous les compétiteurs ne pourront vraisemblablement pas participer ou être libéré du confinement ?

Alors qu’un délai de 14 jours s’imposent à tous pour migrer d’un pays à un autre, comment organiser des tournois sur 4 jours, et alors qu’une semaine plus tard se déroule un autre tournoi, et dans un autre pays ?

Aux USA, le PGA Tour n’imagine pas reprendre avant fin mai, mais là, encore cela parait très optimiste, et même si ce circuit « aurait » le mérite de se disputer majoritairement dans un seul pays…

Bien entendu, comme pour la plupart des sports professionnels, il y a un fort enjeu financier pour ne pas tout de suite imaginer un report à 2021.

En France, dans le domaine du football, Canal + a argué de la non-tenue des matchs pour surseoir à son engagement de régler sa dernière traite de 110 millions d’euros.

Selon les informations du journal Le Monde, ces droits représentent pourtant au global 36% des revenus des clubs professionnels.

La ligue de football professionnel a déjà contesté la décision de la chaîne cryptée, en arguant avoir déjà livré trois quart des matchs, et non pas les deux tiers comme estimé par Canal, soit un écart d’estimation de 43 millions d’euros.

Dans cet exemple, on voit bien qu’il y a aussi de l’incertitude dans le domaine du financement du sport de haut de niveau.

Pour le golf, le problème pourra être similaire, mais pour l’heure, le tour cherche à protéger ses joueurs.

Dans le cas du circuit américain, les décideurs ont bien conscience que l’arrêt des tournois causent des difficultés financières aux joueurs. 

Vendredi 27 mars, un document a été adressé à tous les membres du circuit pour présenter un certain nombre de programmes ou de solutions, pour venir financièrement en aide aux joueurs, et basé sur leurs performances.

Pour Tyler Dennis, responsable des Opérations sur le Tour « Les occasions de jouer sont équivalentes à des opportunités financières pour les joueurs. Nous sommes préoccupés par le manque à gagner pour nos joueurs. »

Dans ce document, le Tour rapporte que la législation lui interdit de distribuer de l’argent « non-gagné », alors en contrepartie, la direction réfléchit à la création d’un programme qui permettrait des avances sur des gains calculés par rapport à la projection du classement de la Fedex Cup.

Concrètement, selon la projection du classement final de la Fedex Cup, les joueurs pourraient recevoir jusqu’à 100 000 dollars de bonus, qui seraient ensuite enlevés de leurs gains, quand le jeu aura repris.

D’autres possibilités seront envisagées, comme le fait de payer des avances par rapport aux pro-ams (jusqu’à 30 000 dollars), ou de retirer de l’argent des plans de retraites, et selon les besoins.

Ces dispositions incluent aussi les cadets qui pourront soumettre des demandes.

A cette heure, à la différence du football en France, la question des droits de diffusions n’est pas clairement posée.

Le PGA Tour reste suspendu, et surtout dans l’incertitude par rapport à une date de reprise à mesure que la pandémie se répand aux Etats-Unis, le pays le plus touché au monde.

Selon les informations de l’université John Hopkins, on dénombre 160 000 cas aux Etats-Unis dont 3000 décès.

Les Etats ne sont pas tous touchés au même rythme. New York est pour l’instant la ville la plus touchée avec 36 000 cas, et 790 décès.

L’épidémie accélère en Louisiane, à Chicago et à Détroit…

Alors si le PGA Tour se déroule majoritairement aux Etats-Unis, que peut-il se passer quand un état est plus touché qu’un autre ?

Etablir des scénarios de reprises, à l’heure actuelle, est sans doute un vœu pieu, mais très prématuré, compte tenu de notre fragilité par rapport au COVID_19.

Fragilité, et surtout manque de préparation quant à l’inverse, Hong-Kong, Taiwan, Singapour ou la Corée du Sud ont montré comment ralentir fortement l’épidémie (dépistages massifs, surveillance à l’aide de la big-data, masques de protections pour la population), en se concentrant sur les personnes positives, tout en « libérant » les personnes négatives.

Même si le confinement devait prendre fin en mai, comment imaginer notre capacité à mettre en place très rapidement le monde d’après, et plus que les mesures barrières ?

Comment imaginer être prêt à organiser des tournois de golf dès cet été ?

Quelles seront les nouvelles règles sanitaires en matière d’organisations de tournois recevant du public ?

Peut-on imaginer de réunir à nouveau des milliers de personnes dans des stades ?

Quelle sera notre réaction en tant que population ? Quand vous sortirez du confinement, aurez-vous envie de participer à de tels événements ?

Pour les tournois, quel serait le risque de s’organiser, et de finalement se disputer avec un public réduit à sa portion congrue ?

Les tournois de golf ont-ils besoin de redémarrer le plus vite possible, dans la perspective des seuls droits TV ?

Les Jeux Olympiques ont peut-être montré la voie de la prudence avec un report d’un an.

Reportés au 23 juillet 2021, peut-être y aura-t-il plus de temps pour préparer le monde de demain, et surtout permettre une plus grande équité par rapport à tous les sportifs, de toutes les nationalités.

La fédération Internationale de Golf a d’ailleurs salué la décision du CIO.

« L’IGF est persuadée que les nouvelles dates représentent la meilleure opportunité pour que nos sportifs puissent concourir dans un environnement sûr, en même temps que d’assurer une parfaite intégration au calendrier golfique de 2021, et ce, pour assurer le meilleur champ de joueurs possibles. »

Le report posera tout de même un petit problème aux meilleurs joueurs.

Ils disputeront le British Open à Saint-Andrews du 15 au 19 juillet 2021, avant de vite partir pour le Japon, et démarrer les Jeux, le 30 juillet.

Pour les autres tournois de golf, à commencer par le Masters, si pour l’instant, on table sur un report à l’automne, c’est sans certitude.

Pour l’US Open, le report semble lui aussi pointer le bout de son nez, alors que Winged Foot était prévu pour le 18 juin. Pour l’instant, aucun officiel ne veut confirmer l’information d’un report plus que probable.

Par décision du gouverneur de New York, Andrew Cuomo, aucun chantier non-essentiel ne peut être poursuivi, y compris les préparatifs du majeur (installation de tribunes et d’échoppes).

A cette heure, seul le British Open en juillet ne semble pas encore concerné.

C’est bien là le casse-tête.

Admettons que les tournois puissent reprendre en juin, comment faire coexister les tournois reportés avec les tournois aux dates déjà définies ?

Evian a donné une première réponse en acceptant de se déporter de quelques jours, et par solidarité.

Pourra-t-on vraiment condenser 8 ou 12 dates supplémentaires dans le temps restant d’ici à la fin de l’année ? Cela ne pourra pas être sans conséquence sur la Ryder Cup.

Au risque de la répétition, quid de la compétitivité de tous les golfeurs, et toutes les golfeuses, pas forcément confinés au même moment, ou même libérés pour les premières échéances ?

Le monde a de plus gros défis à régler que le calendrier de golf professionnel, mais c’est tout de même un secteur d’activité comme un autre, avec des emplois (pas seulement les joueurs) et des investissements, à cette heure suspendus à l’incertitude d’une crise sans précédent, et à laquelle, il va falloir trouver de nouvelles réponses.

Pour mémoire, le Masters à Augusta avait été annulé en 1943, 1944, et 1945 en raison de la seconde guerre mondiale.

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