La précision au drive redeviendrait-elle plus importante que la distance depuis le tee?

En remportant ce week-end le Waste Management Open de Phoenix, l’américain Webb Simpson a remis au centre du débat golfique, la question de la précision au drive versus la puissance absolue, pourtant incarnée par les trois meilleurs golfeurs du monde actuellement, Brooks Koepka, Rory McIlroy et Jon Rahm. Seulement 133eme pour la distance moyenne au drive sur le PGA Tour, Webb Simpson revient pourtant dans le top-10 des meilleurs joueurs du monde. Epiphénomène ou inversement de tendance ?

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Le WMPO 2020 est certainement le tournoi de golf le plus spectaculaire de l’année, et au moins pour l’ambiance incroyable qu’il y règne, et notamment avec la présence de tribunes autour du trou 16.

Chaque année, le tournoi bat des records de fréquentations quand sur certains tournois bien dotés financièrement, comme par exemple le Saoudi International Open, on compte les spectateurs autour des fairways.

Le samedi, jour de moving day, on dénombre environ 200 000 spectateurs.

Le spectacle est dans les tribunes, mais aussi et bien entendu sur le parcours.

D’autant que cette année, il y avait de belles têtes d’affiches, et de longs-frappeurs comme Jon Rahm, Xander Schauffele, Bryson DeChambeau ou encore Justin Thomas.

C’est finalement Webb Simpson, membre de l’équipe américaine de President’s Cup, qui s’est imposé contre son collègue Tony Finau, remettant au goût du jour la question de la précision au drive, versus la puissance absolue, parfois accompagnée d’une plus forte dispersion.

Sur les trois derniers trous de sa partie, et notamment le premier trou de play-off, Webb Simpson a terminé par un birdie, ce qui reste le graal absolu de tout golfeur.

Webb Simpson qui compte déjà six victoires sur le circuit professionnel dont un US Open, et un Player’s Championship est certainement l’un des golfeurs les plus réguliers sur le circuit, à défaut d’être le plus spectaculaire ou le plus charismatique.

Il n’avait plus gagné depuis le Player’s Championship 2018, mais affichait un niveau de forme intéressant avant d’arriver au départ du tournoi, disputé sur le TPC de Scottsdale, en Arizona.

Sur ses trois derniers tournois avant le WMPO 2020, il avait terminé septième, second, et troisième.

Sur ses 12 derniers départs, il a cumulé six top-3, ce qui le place premier en régularité, et devant Justin Thomas.

De retour dans le top-10 mondial, il met en lumière la qualité de son jeu, bien plus que sa puissance au drive.

Avec seulement 295 yards de moyenne, il ne se classe que 133eme pour la moyenne de distance au drive sur le PGA Tour, et alors que depuis plusieurs saisons, nous pouvons constater que ce sport est dominé par les plus longs-frappeurs, comme par exemple Rory McIlroy, Dustin Johnson, ou plus récemment Brooks Koepka.

L’an passé, deux des quatre majeurs ont été remportés par des très longs-frappeurs, Gary Woodland et Brooks Koepka, alors que le Masters ou le British n’ont pas vraiment échappé à des joueurs eux-mêmes plutôt longs avec le club numéro 1, Tiger Woods et Shane Lowry.

Au plus haut niveau, et comme l’affirmait déjà en 2018 Brooks Koepka, il est plus important de taper loin sur le premier coup que de nécessairement prendre des fairways en régulation.

Koepka défend ce raisonnement en expliquant que sur le second coup pour attaquer le green en régulation, il vaut mieux un sandwedge plutôt qu’un fer 8, et tant pis, si ce coup doit être tapé depuis le rough.

Cette affirmation pose d’ailleurs la question de la difficulté des roughs sur le PGA Tour !

Inversement à ce raisonnement, on a pu voir au Golf National et à l’occasion de la dernière Ryder Cup, que cette logique de la distance à tout prix pouvait être largement prise à défaut.

Pour Webb Simpson, si la distance n’est pas sa seule option, allant jusqu’à perdre 10, 20 ou 30 yards par rapport aux plus longs frappeurs sur le premier coup, il est au contraire très précis avec la neuvième meilleure moyenne de fairways en régulation (73%).

Cette stratégie lui convient très bien, car pour la suite de son plan de jeu, il démontre qu’il est un joueur de fers de classe mondiale, avec le deuxième meilleur total de coups gagnés pour les approches !

Entre 40 et 115 mètres du green, cette saison, il arrive à poser la balle en moyenne à 4,5 mètres du drapeau !

Cette statistique suffit à expliquer pourquoi il est le deuxième golfeur du circuit à rentrer le plus de birdies par parties, soit plus de 5 !

Excellent jeu de fers, et bon putting, Webb Simpson reprend à son compte la formule qui avait fait de Jordan Spieth, le meilleur golfeur du monde en 2015, avec notamment deux victoires en majeur.

Webb Simpson a donc gagné le WMPO 2020, et fait figure de golfeur à suivre pour la suite de cette saison, et notamment les prochains majeurs.

Cependant, est-ce que la précision au drive qui permettait le plus grand nombre de victoires sur le tour dans les années 70 et 80 pourrait redevenir la valeur étalon ?

Quand on regarde le top-20 des golfeurs les plus précis sur le PGA Tour, on retrouve quelques grands noms du golf mondial, avec par exemple Matt Kuchar, Jim Furyk, Paul Casey, Ryan Palmer ou encore Kevin Kisner et Patrick Cantlay.

A l’occasion du Farmers Insurance Open, Ryan Palmer un temps en tête du tournoi a finalement laissé échapper la victoire après une dernière carte de 77.

Lors du dernier tour, il n’a pris que 10 greens sur 18 en régulation.

Deux jours plus tôt, il avait pourtant excellé avec un 62 qui en faisait l’un des potentiels vainqueurs.

La précision au drive n’est pas en fait un gage de succès, si justement derrière, le jeu de fers, et le putting ne sont pas excellents.

Des 20 meilleurs golfeurs sur le PGA Tour pour la précision drive, il ne fait pas de doute que l’on peut trouver de futurs vainqueurs d’un tournoi cette saison.

Des 20 meilleurs golfeurs sur le PGA Tour pour la longueur au drive, il ne fait pas plus de doute que l’on peut trouver de futurs vainqueurs d’un tournoi cette saison.

Cameron Champ, Bubba Watson, Bryson DeChambeau, Rory McIlroy, Viktor Hovland, ou Matthew Wolff seront de sérieux candidats alors qu’ils émargent tous à plus de 310 yards de moyenne.

Cependant, les meilleurs joueurs du monde ne sont pas nécessairement ceux qui tapent le plus loin ou qui affichent la plus grande précision, mais ceux qui arrivent à créer la meilleure équation, et obtenir le meilleur équilibre de résultats.

Un golfeur comme Cameron Champ, le plus long frappeur sur le PGA Tour actuellement obtient un tel avantage par la distance qu’il gagne en moyenne 1,3 coups par rapport au reste des joueurs sur un tournoi, et seulement sur la question de l’engagement.

Pour autant, il ne gagne pas tous les tournois car derrière, il perd -0,25 coups sur les approches, et ne gagne que 0,15 coups sur les greens.

Grâce à son driving, et seulement grâce à son driving, il arrive à exister parmi les 20 meilleurs golfeurs du circuit.

Dans le cas d’un Webb Simpson qui ne gagne que 0.20 coups depuis le tee de départ, mais gagne 1,4 coups avec la qualité de son jeu de fers, et 0,98 coups sur les greens, sa moyenne totale est de 2,84 coups, soit la meilleure actuellement sur le PGA Tour !

Autrement dit, les meilleurs golfeurs sont ceux qui arrivent à cumuler au moins deux points forts les quatre compartiments possibles : Driving, jeu de fers, approches autour du green, et putting.

Ce n’est donc ni un épiphénomène, ni une inversion de tendance. Si la qualité du jeu de fers de Webb Simpson semble assez régulière, il suffit que son putting flanche, et son niveau de performance baissera, de même que si un Brooks Koepka retrouve un meilleur putting, son driving suffira à le faire gagner.

Finalement, le golfeur complet n’existe pas vraiment. C’est toujours une combinaison de points forts très forts avec des points faibles moins faibles qui gagne.

Il est vrai que les longs frappeurs ont démontré depuis ces dernières années que c’était un avantage, mais à condition que les roughs ne soient pas injouables, ce qui en définitive est la clé.

On ne peut pas distinguer la performance des golfeurs de la préparation des parcours.

Crédit photo : Patrick Gorski/Icon Sportswire

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