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L’incroyable histoire de deux sœurs golfeuses devenues les meilleures du monde

Ce sujet risque de ne pas interpeller une majorité de golfeurs, et pourtant, le film diffusé par Netflix consacré aux golfeuses thaïlandaises, les Jutanugarn, Ariya et Moriya nous donne une leçon sur la pratique du golf, et un premier commentaire : Il faut jouer au golf pour de bonnes raisons ! Ce biopic ne gagnera sans doute pas un prix à un Festival cinématographique, mais il en dit long sur la culture du golf en Asie, une vision du jeu très disciplinée et une soif de réussir quoi qu’il en coûte, que, nous européens avons du mal à saisir. Ce film explique pourtant l’influence d’un père, clairement dénommé dans ce long-métrage « le cinglé » sur deux petites filles qui subissent ses lois implacables, avant de finir par épouser son rêve : Devenir numéro un mondial de golf !

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Si vous cherchez un film sur le golf sur la plate-forme Netflix, vous risquez de ne pas avoir beaucoup de choix.

Pourtant, un film a retenu mon attention : Ariya Jutanugarn, une femme sur le green, une fiction inspirée de faits réels, et réalisée par un auteur thaïlandais.

Ce film raconte le parcours de deux sœurs qui ont justement défrayé la chronique, et que j’ai pu suivre sur l’Evian Championship en 2019.

Le film aborde l’enfance de deux jeunes sœurs et avant le premier événement marquant de l’une d’elle, la victoire d’Ariya en 2016 sur le Yokohama LPGA Classic.

Il s’agissait ni plus ni moins que de la première victoire d’une golfeuse thaïlandaise sur le circuit professionnel de golf féminin, un événement incroyable.

A travers des flash-backs, le film explore ce que cette victoire a coûté à cette famille hors norme, dirigé par un père tyrannique, et une mère soumise à son obsession : Transformer ses jeunes filles en championnes de golf.

Ce film-documentaire explore ainsi le parcours de vie qu’il faut suivre pour parvenir aussi rapidement au niveau des meilleurs.

Aujourd’hui, fin 2020, Ariya est 20eme mondiale au Rolex Ranking (classement des meilleures golfeuses professionnelles). Elle compte un palmarès déjà impressionnant à seulement 25 ans, puisqu’elle a remporté 10 tournois dont deux majeurs, l’US Open 2018 et le British Open 2016.

Deux événements qui ne sont pas relatés dans le film, qui en réalité met en exergue la toute première victoire d’une thaïlandaise dans un sport, loin d’être numéro un dans ce royaume.

Ce pays aussi grand que la France par sa superficie, et sa population (68 millions d’habitants recensés en 2017) se passionne bien plus pour le Muay Thai, un sport de combat, le football ou encore le volley et le badminton que pour le golf.

Le film illustre d’ailleurs très bien l’avènement du journalisme golfique au fur et à mesure de l’éclosion des sœurs Jutanugarn, signe que ce pays d’Asie du Sud-Est comme la Corée du Sud est prêt à se passionner pour un sport, à partir du moment où un ou une de ses enfants est en mesure de devenir le ou la meilleure.

Dans le film transpire d’ailleurs ce débat journalistique entre informer, supporter et enquêter sur les conditions d’entraînements extrêmes, et jusqu’à l’implosion d’une famille…

La première scène ouvre sur un fait crucial dans la vie d’Ariya, un putt manqué sur le 18eme trou du LPGA Thailand Classic 2013, où justement, elle aurait pu devenir la première thaïlandaise à gagner sur ses terres, devant son public, à Pattaya.

Des tas de golfeurs et de golfeuses manquent des putts à moins d’un mètre, et pour autant, ce n’est pas aussi dramatique que cela l’a été pour la jeune fille.

Ce long-métrage raconte justement comment un père « cinglé » s’y est pris pour transformer une vie de famille ordinaire, et créer deux championnes de golf. Le script ne précise pas qu’il était en fait propriétaire d’un magasin de matériel de golf à Bangkok.

10 ans avant ce tournoi de Pattaya, en 2003, les sœurs Ariya, 8 ans, et Moriya (l’ainée de quelques mois) ne suivent déjà pas une scolarité normale.

Par la volonté du père, et contre l’avis de l’instituteur, les sœurs ne suivent que la moitié des cours, et n’acceptent pas d’avoir des devoirs le soir.

Le père « cinglé » explique ne pas voir l’intérêt pour ses filles qu’elles suivent une éducation qui mènera à un diplôme, pour ensuite seulement pouvoir quémander un boulot !

Cette échange entre le père et l’instituteur en dit long déjà sur les choix hors normes qu’il est prêt à imposer à ses filles, sans qu’elles aient le moindre mot à dire, pas plus que leur mère.

Pas d’amies, pas d’autres activités que le golf ou la préparation physique, voilà ce qui a rythmé la vie de ses enfants sous un joug tyrannique d’un père obsédé, un self-made men qui ne croit qu’en lui, et pas dans le système.

L’argent, la perspective de gains est clairement la motivation de ce projet.

« J’entraîne mes filles pour en faire des golfeuses de classe mondiale. Je décide de ce qui est bon ou pas pour elles. »

4h30 du matin chaque jour, le réveil sonne, et la journée démarre par un long entraînement, et 50 tours de pâté de maisons.

Quand elles ne courent pas assez vite ou font mine de s’arrêter, il est derrière pour les pousser plus que de raison.

Sans se rebeller, complètement soumises, on commence à percevoir les effets négatifs induits par ce régime de forçat. A l’école, Moriya, de peur de représailles de son père, harcèle et rançonne de l’argent à un petit garçon pour se payer des glaces, à elle, et sa sœur.

Les jours, les semaines passent, et les entraînements succèdent aux entraînements sans que jamais, on ne voit les filles être heureuses, sourire, ou prendre du plaisir.

Elles ne jouent pas au golf pour les bonnes raisons.

L’argent dans le sport rend sans doute con. Il n’est pas ici question d’amour du jeu, mais seulement de fabriquer deux produits qui vont gagner de l’argent, et se sortir d’une condition de vie.

L’argent dans le sport de haut niveau inspire alors des hommes, des pères qui transforment leurs enfants en robot.

Le golf est alors un moyen, pas un sport, pas une école de la vie, ou encore moins un art de vivre.

Le film exprime le fait que pour un Messi dans le football, il y a une vingtaine de golfeurs professionnels qui gagnent autant.

Chaque semaine, un tournoi, et une opportunité de rafler la mise. Le golf de haut niveau est alors décrit comme une sorte de loto.

Au practice, quand une des filles explique qu’elle a faim, son père lui répond qu’elle doit taper 100 balles de plus, avant de se reposer.

Dans cette famille atypique, il en ressort au moins une chose positive, les deux sœurs sont très soudées. Elles n’ont pas d’autres amies, et ne peuvent compter que sur elles.

Malgré de timides tentatives d’oppositions de la mère, le père les inscrit à un premier tournoi professionnel alors qu’elles n’ont pas dix ans. Ce dernier explique à sa propre femme qui s’inquiète du décalage de ses enfants avec ce monde d’adulte « tu es une perdante ».

Pour affirmer son autorité, il jongle entre privations et punitions, car il croit que les professionnels de golfs sont disciplinés.

Alors qu’il impose toujours plus à ses filles, un moment de rupture et crucial dans la vie de cette famille va intervenir au détour d’une nouvelle dispute entre les parents opposés sur ce régime de vie si spécial.

Le père va choisir la meilleure (Ariya, la cadette) et renier en quelque sorte l’ainée, Moriya.

Cette dernière va entendre la conservation, et être brisée moralement. Le père n’en tirera aucun remord « On verra qui les mènera jusqu’à la gloire » s’adressant à sa femme « Prends Mo, je garde May ».

May est en fait le surnom d’Ariya qu’il juge avoir le plus de potentiel.

Ce film illustre les sacrifices insensés pour produire des enfants golfeurs de haut niveau, et quand un tel déséquilibre entraîne un bénéfice… on ne peut omettre le terrible vide qui l’accompagne, le prix à payer.

Il pose aussi une question : Est-ce la seule manière d’aider un jeune ou une jeune à devenir un champion ?

N’est-ce pas une forme de « dopage » ou de distorsion concurrentielle, entre des parents cinglés prêts à tout, même le pire, pour faire réussir leurs enfants par rapport à d’autres dans des conditions heureusement plus normales ?

N’y a-t-il pas d’autres voies plus équilibrées, plus saines pour susciter du plaisir et de la performance ?

A regarder cette histoire se dérouler, on ne peut s’empêcher de se demander si le père « cinglé » n’a pas mal interprété la relation entre Earl et Tiger Woods, pour reproduire à sa façon, le même prodige.

A force de dominer le golf amateur thaïlandais, le père vend son activité, sa voiture, et sa maison pour traverser le Pacifique, et s’installer aux Etats-Unis.

En 2011, le changement est payant d’un point de vue sportif. Ariya remporte le prestigieux US Open Junior Féminin.

C’est l’heure de gloire du père qui répond aux interviews, et reçoit les sollicitations des sponsors. Les filles ont un agent qui amène un nouveau cadet attitré à Ariya.

Le père y voit finalement une menace sur son autorité, et ses choix de stratégie pour le jeu de sa fille, elle qui tape déjà le bois 3 plus fort que le driver chez certaines professionnelles.

A l’aube de la majorité, on commence à voir l’ambition poindre chez les sœurs, alors que jusque-là, à part le père, on ne voyait pas réellement d’intérêt pour le golf. Elles exécutaient seulement le plan du père.

Elles commencent alors à se projeter sur le fait de gagner.

Le putt manqué sur le dernier trou à Pattaya lors du tournoi Thaïlandais de 2013 revient alors comme un tournant majeur pour cette famille. Le père veut renvoyer le cadet d’Ariya, accusé de tous les maux.

Une semaine plus tard, pour la première fois de sa vie, la thaïlandaise va s’opposer à la volonté de son père de virer son cadet. C’est le moment clé de l’histoire d’Ariya. Elle n’est pas encore numéro un mondiale, ni à gagner de majeurs.

« C’est mon jeu. Je choisirai mon propre caddie. »

Ce à quoi le père rétorque « C’est moi qui assure tes arrières depuis toujours » renversant au passage la réalité. « J’ai fait de toi ce que tu es »

On y est ! Le parent « cinglé » revendique son « produit » ou son « prodige », et son besoin de reconnaissance à travers son enfant… « Arrête de diriger ma vie, et si j’ai perdu, c’est à cause de toi » lui rétorque Ariya.

Elle ajoute « Quand tu sauras jouer mieux que moi, tu pourras me dire comment jouer. »

C’est l’histoire classique de l’arroseur arrosé. L’élève a dépassé le maître, et pris suffisamment d’assurance, contre toute attente pour enfin s’exprimer, et réclamer sa liberté.

Le père va alors abandonner sur ce fait, du jour au lendemain, ses filles aux Etats-Unis, sans argent, et sans ressources.

Parmi les traumatismes créés par cette vie déséquilibrée, Ariya surnommée « Bouboule » par sa sœur se passionne pour la nourriture, et sans doute pour compenser ce manque affectif.

Le film la montre à plusieurs reprises se mettre à dévorer des plats de nouilles.

Contre toute attente, c’est le moment où la mère va prendre le relais pour soutenir ses filles, et leur permettre de continuer à jouer.

Dans un premier temps, après le départ du père, le niveau de golf d’Ariya va baisser.

En revanche, pour la première fois, au niveau personnel, les filles commencent à être heureuses. Elles se surprennent à ne pas regretter le départ du père.

Un nouvel événement anodin pour la plupart, mais tragique pour une jeune sur le point de devenir une sportive professionnel va intervenir.

En 2013, Ariya chute et se blesse gravement à l’épaule.

Depuis son lit d’hôpital à Bangkok, elle fulmine devant sa télévision, et la chaîne de golf. Inbee Park est alors la meilleure joueuse du monde, et marche sur l’eau. Elle remporte le tournoi Thaïlandais, et trois majeurs la même année.

Enfin tirée d’affaire, la véritable quête pour le titre de numéro un mondial peut commencer. Ce n’est plus le rêve du père absent, mais bien celui de Moriya, qui dit à sa sœur sur le ton de l’amusement « Tu peux avoir la deuxième place. »

Le projet des sœurs est alors limpide.

Le film peut reprendre sur le premier jour du Yokohama LPGA Classic 2016, sa première victoire sur le circuit professionnel, et le début de sa notoriété internationale.

Une scène nous plonge alors encore dans l’intimité familiale, et la confrontation entre le père malade et la fille abandonnée venue chercher une dernière preuve d’amour, et sa bénédiction.

« Merci de m’avoir emmenée si loin, mais je ne m’arrêterai pas là. Je serai la meilleure du monde. » lui dit-elle en larmes.

Le putt de la victoire coïncide finalement avec la réconciliation du père et de la fille. Ce dernier lui lâche enfin qu’il a toujours cru en elle. Ariya est en même temps devenue la fierté du peuple thaïlandais.

Fiction ou réalité, cette histoire nous dit qu’il faut jouer au golf pour les bonnes raisons. Il nous questionne sur les sacrifices pour devenir le meilleur du monde, la relation entre le rêve d’un père, et une fille soumise à ce projet, et puis comment les rôles se renversent.

Comment une fille prend son envol, et force son émancipation. Quand le père s’efface, et la championne prend le dessus.

Cette histoire nous redit que d’un point bas, une défaite au tournoi de Thaïlande 2013, nait les conditions de la victoire sur le même tournoi trois ans plus tard, et le véritable coup d’envoi d’une carrière.

Dans la foulée, Ariya va effectivement devenir numéro un mondiale en 2018.

De 2016 à 2018, pendant 3 saisons, elle va remporter 10 victoires, dont deux majeurs, le British et l’US Open féminin.

Moriya, la sœur ainée, plus petite et plus fine, actuellement 43eme mondiale a déjà disputé comme sa cadette 55 tournois chez les professionnels. Elle a remporté un tournoi en 2018 pour se classer 20eme au Rolex Ranking cette même année.

Les deux sœurs sont certes moins bien classées en 2020, mais indiscutablement, à elles-seules, elles ont mis la Thaïlande sur la carte du golf mondial.

Crédit photo : Ken Murray/Icon Sportswire

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Commentaires   

mhezkia@gmail.com
-1 #2 Bof, bof, bof...mhezkia@gmail.com 19-12-2020 14:04
Si cette histoire est une belle histoire, ce film est une vraie daube ! Je suis allé très vite au dernier quart d'heure, tellement je me suis fait c... Faux suspense, ralentis débiles, cadrages indignes d'un cinéaste, musique hors-sujet, dialogues indigents, ton pompeux... Ça faisait longtemps que je n'avais pas vu un navet pareil ! Soyons positif, au moins, j'aurais découvert quelque chose aujourd'hui ! ;o)))))
ccs.ric@gmail.com
0 #1 Pro Mayccs.ric@gmail.com 18-12-2020 12:25
Une petite précision : elle n'est pas devenue n° 1 en 2018, mais le jour elle a trouvé le courage de dire non à son père ...

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