Jordan Spieth de retour dans le cercle des vainqueurs au Texas : La science de l’approche-putt ?

Cela ne pouvait plus être un hasard ! A force de bonnes performances depuis le début de la saison 2021, le texan Jordan Spieth a fini par retrouver le chemin de la victoire sur un tournoi du PGA Tour. Pour son huitième départ en 2021, Spieth a remporté le Valero Texas Open devant un public tout acquis à sa cause, à commencer par sa femme Annie Verret. A quelques jours du Masters à Augusta, l’ancien numéro un mondial met fin à la plus longue phase de doute de sa jeune carrière, à seulement 27 ans, un spécialiste du petit-jeu peut-il encore durablement rivaliser avec les « bombardiers » type Dustin Johnson ou Brooks Koepka ?

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En sortant du 18eme green de Chambers Bay le 21 juin 2015, Jordan Spieth pouvait être légitimement affublé de nombreux qualificatifs positifs, et par exemple, le nouvel Arnold Palmer.

Vainqueur de l’US Open, le plus grand test de golf avec le Masters, sur un parcours considéré par beaucoup comme très atypique par rapport aux parcours américains traditionnels, Spieth était alors le meilleur golfeur de la planète.

Chambers Bay, près de Seattle, un golf très récent (2007) avait effectivement la particularité de ressembler à un links tout droit inspiré des terres écossaises.

Son architecte Robert Trent Jones Junior avait préalablement déclaré à la tenue de l’US Open que le parcours s’offrirait surtout à un golfeur créatif.

Et ce fut justement Jordan Spieth qui en sorti vainqueur devant un Dustin Johnson alors considéré comme une sorte Poulidor du Golf US, souvent annoncé pour la victoire, et à chaque fois défait.

Spieth avait gagné, et Dustin Johnson avait d’ailleurs été considéré comme un perdant magnifique, à l’image de Jean Van de Velde à Carnoustie.

Six ans plus tôt, Spieth était numéro un mondial, et son golf semblait intouchable avec des statistiques impressionnantes du tee au green.

Avec un score moyen sur l’année de 68,93, la deuxième meilleure moyenne de birdies, le natif de Dallas était alors rayonnant autour, et sur les greens.

A moins de 25 mètres du green, il était un modèle d’approche-putt, tandis que sur les greens, il avait tout simplement la meilleure moyenne du tour avec 1.69 putts par parties.

Spieth convertissait tout bonnement 44% de ses premiers putts !

Son driving n’était déjà pas son principal point fort avec seulement 291 yards de moyenne et « seulement » 62,9% de fairways en régulation pour un golfeur du PGA Tour.

C’était pourtant suffisant pour dominer…l’actuel numéro un mondial depuis devenu un double vainqueur en majeur, et surtout le tenant du titre du Masters à Augusta, avec l’une des victoires les plus éclatantes, Dustin Johnson justement.

Après avoir manqué de peu de sortir du top-100 mondial l’an passé, Spieth qui a connu une incroyable période d’infortune sur le circuit professionnel, surtout pour un ancien numéro un mondial, dont plus de trois saisons sans victoire, il a clairement retrouvé un net regain de forme depuis ce mois de février.

Leader après 54 trous du Waste Management Open à Phoenix (Quatrième), Spieth a encore été dans le coup à Pebble Beach (troisième), puis au Arnold Palmer Invitational (Quatrième) et enfin aux Championnats du Monde de Match-Play où il ne s’est incliné que contre Matt Kuchar en huitième de final.

De retour dans le top-40 mondial, Spieth n’est pour l’instant pas encore complètement redevenu Jordan.

Au lieu de driver à 291 yards de moyenne, il a certes gagné 6 yards en plus en 2021 (297 yards) avec une précision bien moins bonne (seulement 50% de fairways en régulation).

Surtout en comparaison à sa saison 2015, sa moyenne de score est bien plus haute (70.51), et sa moyenne de birdies bien que bonne (19eme) n’est plus aussi élevée versus 2015.

En revanche, autour du green, il n’est vraiment plus très loin de son firmament technique alors que son putting redevient proche de son meilleur niveau avec 27,9 putts par parties en moyenne en 2021 contre 27,8 en 2015.

A l’occasion du Valero Texas Open, un tournoi traditionnellement disputé une semaine avant le Masters, ce qui signifie que les véritables favori à Augusta ne sont pas présents, tandis que d’autres cherchent un dernier précieux sésame à l’image de Rickie Fowler, finalement pas qualifié, Spieth est venu chercher la confiance dont a besoin un champion majeur.

Après 1351 jours sans gagner, Spieth a illustré une nouvelle fois qu’il pouvait hisser son jeu à un très haut niveau.

Durant cette période de disette, il a aussi montré une certaine fidélité envers son cadet, et son entraîneur, ne cédant finalement jamais à la panique...ce qui a sans doute contribué à ce qu'il améliore son niveau de jeu cette semaine, en comparaison de ce qu'il produit déjà depuis quelques semaines.

Par exemple, au lieu de driver à 297 yards de moyenne, il a poussé un peu plus loin sur le spectaculaire Oaks Course initialement dessiné par Pete Dye et Greg Norman, en drivant sur la semaine à 306 yards.

Oaks est un mélange de fairways très étroits enserrés dans des arbres de chaque côté, et des fairways beaucoup plus larges qui offrent de multiples solutions pour aller jusqu’au green.

Sur ce tracé, Spieth n’a finalement pris que 51% de fairways en régulation pendant la semaine, et surtout 71% à l’occasion du dernier tour joué avec un score de 66 suffisant pour battre Charley Hoffman de deux coups.

Cette dernière excellente carte était d’ailleurs nécessaire pour gagner, car sa place de leader après 54 trous n’aurait justement pas suffi à contenir un Hoffman déchainé sur le dernier tour, et lui aussi joué en 66.

Pas non plus dominant en nombre de greens en régulation (58% sur la semaine), son principal rival, Hoffman a notamment touché beaucoup plus de greens (69%), et pourtant Spieth a rentré un impressionnant total de 24 birdies !

Son putting a été tout bonnement impérial ! C’est d’ailleurs dans ce compartiment qu’il a nettement dominé Hoffman.

Pour gagner le Valero, Spieth avait donc ce qu’il fallait, et face à un champ de joueurs amputé des meilleurs déjà à Augusta.

Il est d’ailleurs difficile d’imaginer que Spieth aura la fraîcheur nécessaire pour réaliser un incroyable et improbable doublé Valero Texas Open – Masters en moins de dix jours.

Sans minimiser sa très belle performance à la « maison », Spieth peut-il incarner le meilleur rival de l’actuel numéro un mondial, et surtout nous proposer une magnifique opposition de style entre joueur de petit-jeu contre bombardier ?

En 2015, ce fut déjà clairement le cas, et à son avantage… Six ans plus tard, est-ce qu’il pourrait durablement renouveler l’expérience ?

Le tableau ci-dessus composé à partir de données extraites des statistiques collectées par le PGA Tour nous offre une comparaison directe entre Jordan Spieth et Dustin Johnson, l’actuel numéro un mondial, déjà considéré comme ce type de golfeur moderne, le « bombardier ».

En 2015, Spieth rendait déjà 26 yards à « DJ », mais il était légèrement plus précis drive en mains. Par conséquent, il touchait plus de greens en régulation (63% contre 55%).

A la faveur de son putting supérieur, il convertissait déjà plus de birdies, et descendait son score moyen à un niveau très bas (moins de 69 coups).

Son « Strokes gained » était tout bonnement parfait pour dominer le golf mondial, et sans avoir à être exceptionnel depuis le tee.

En 2015, Dustin Johnson était encore un peu « faible » autour du green, et pas dominant putter en mains.

Le terme de bombardier était légitime car finalement, c’est dans ce seul domaine qu’il construisait sa performance en strokes gained (0.96 sur 1.455 total).

En 2021, les choses ont bien changé.

D’une part, Dustin Johnson est encore sur son petit nuage depuis sa victoire à Augusta en novembre dernier. Il ne joue d’ailleurs pas à son meilleur niveau, et malgré une victoire en Arabie Saoudite.

Ses statistiques actuelles ne sont d’ailleurs pas complètement révélatrices de son plein potentiel.

D’autre part, Dustin Johnson a beaucoup évolué depuis 2015, et ne peut plus être considéré comme un seul profil de golfeur : Le bombardier.

Il est devenu nettement plus complet.

Son driving n’est plus sa seule arme pour néanmoins atteindre un très haut niveau de greens en régulation (70%).

Si un domaine pourrait inquiéter au sujet du tenant du titre à Augusta, c’est son putting un peu moins bon depuis le Masters, à moins qu’il ne cache son jeu en prévision de défendre sa veste verte…

On peut au moins supposer que DJ ne force pas actuellement.

Toutefois, en comparant le strokes gained dans tous les compartiments du jeu, un DJ en petite forme reste très supérieur à Spieth. C’est vraiment notable depuis le tee, pour les approches, et même autour du green.

Depuis six ans, Dustin Johnson a progressé sans cesse, tandis que Spieth a en réalité régressé.

Pour que le texan challenge plus sérieusement le numéro un mondial, il faudra non seulement qu’il continue à empiler les top-10, ce qu’il fait très bien depuis le début de l’année, et qu’il enquille des putts comme lui seul sait le faire.

Cependant, Dustin Johnson n’est plus le joueur de Chambers Bay. Il a énormément pris en confiance, et son driving n’est plus son seul point fort. Il donne même l’impression d’en avoir en réserve, et pouvoir rivaliser avec Spieth sur et autour des greens.

En fin de compte, la bonne nouvelle pour les fans de golf, c’est de retrouver un Spieth en forme, car son style de jeu ajoute au spectacle actuel, et permet de justement imaginer de nouvelles oppositions de styles.

C’est aussi rafraîchissant de constater que le succès au golf ne dépend pas seulement de la qualité au drive.

Crédit photo : David Buono/Icon Sportswire

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