Hideki Matsuyama remporte le Masters 2021 : Une victoire historique pour le golf japonais !

Le dimanche 11 avril 2021 restera à jamais une date historique pour le golf japonais, autour de 10 millions de pratiquants en 2019 selon l’institut Statista, le deuxième plus grand pays de pratique du golf dans le monde, et bien entendu, Hideki Matsuyama, 29 ans, premier joueur asiatique à remporter le Masters à Augusta, en plein cœur de la cathédrale du golf américain. 10 ans après sa première participation, Matsuyama a méthodiquement suivi les conseils de Jack Nicklaus pour enfin devenir un champion majeur, la fierté de tout un pays, et peut-être à l’origine d’une nouvelle Matsu-mania…

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Plus que la presse américaine ce lundi 12 avril, il était intéressant de consulter la presse japonaise au sujet d’un événement sportif majeur pour ce pays de 126 millions d’âmes et dont les passions sportives sont habituellement le sumo, le kendo, le judo, le karaté, l’aïkido ou encore le base-ball.

Le golf arrive néanmoins en très bonne position avec un peu moins de 10% de la population qui pratique un sport forcément plus coûteux, car le pays manque de place pour accueillir de grands parcours, et au détriment d’habitations.

Le Japon, c’est une superficie d’environ 378 000 kilomètres carrés pour un pays insulaire.

A titre de comparaison, la France présente une superficie supérieure à 643 000 km2 avec une densité de population plus de deux fois inférieure. Ce ratio espace sur population n’est pas anecdotique dans le rapport des Japonais au golf.

Pour autant, alors que nous sommes moins de 1% de la population totale à jouer au golf dans l’hexagone, le golf a réussi à conquérir une large part de la population Japonaise, sans pour autant arriver à sortir énormément de grands champions au niveau international, ou tout du moins, c’était avant Hideki Matsuyama.

Deuxième plus grand pays pour la pratique golfique après les Etats-Unis, le Japon organise le Japan Golf Tour depuis 1973, certes peu connu de nous les occidentaux, mais très suivi en Asie.

Ce tour a d’ailleurs ses stars comme Masashi Ozaki, plus beau palmarès du golf japonais avec 94 victoires entre 1973 et 2002… en quelque sorte l’équivalent de notre Jean Garaialde national.

Ozaki avait en son temps tenté quelques incartades sur les circuits occidentaux, et pour principal fait d’arme la huitième place du Masters 1973 et la sixième place de l’US Open 1989, remplissant une carrière internationale ponctuée par une cinquième place au classement mondial du golf en 1996, et une introduction au World Hall Of Fame en 2011.

Autre célébrité japonaise moins connue en France, Isao Aoki, passé pro en 1964, aujourd’hui âgé de 78 ans a remporté plus de 80 victoires en carrière, et a lui-aussi intégré en 2004 le très prisé Hall of Fame du golf mondial.

Avant Matsuyama, il avait lui aussi tenté le pari du golf international et d’ailleurs remporté une victoire sur le PGA Tour (Open d’Hawaii) et une autre sur l’European Tour.

Ayant participé à des majeurs, il avait jusqu’à ce week-end marqué les esprits en obtenant la seconde place de l’US Open 1980, derrière la légende Jack Nicklaus, avant de terminer 16eme du Masters 1985.

Ses performances lui avaient valu de se classer parmi les 10 meilleurs golfeurs mondiaux en juin 1987.

Ozaki et Aoki ont donc ouvert la voie aux golfeurs professionnels japonais, un peu comme Lee Elder a été le premier golfeur afro-américain à participer au Masters, et notamment à inspirer le plus grand d’entre tous, Tiger Woods.

Interrogé au sujet de la victoire de son successeur, Aoki, désormais président du Japan Golf Tour a déclaré « Absolument chaque fan de golf dans tout le pays a attendu très longtemps pour ce moment. Cela lui a sans doute coûté beaucoup de moments difficiles, de sueur, de larmes et de doutes avant de devenir un champion majeur. J’espère qu’il va continuer avec autant de cœur, de patience, et de talent. »

Matsuyama est aujourd’hui bien plus jeune, et a encore devant lui une brillante carrière à mener, mais il est déjà et pour toujours le premier japonais à avoir remporté un majeur, et qui plus est le Masters à Augusta sur un score de dix coups sous le par.

Pour The Asahi Shimbun, un quotidien japonais très respecté pour sa qualité journalistique, Matsuyama a tout simplement marché « dans les traces de l’empereur » faisant cette fois référence à l’empereur du golf pour les japonais… Jack Nicklaus.

L’auteur de l’article, Kenichiro Hatanaka écrit « Il a réalisé son souhait de longue date. Le moment était venu » et citant à nouveau Nicklaus comme modèle pour Matsuyama « Pour gagner un tournoi majeur, vous devez passer par de nombreuses batailles majeures pour la victoire. »

Le journaliste explique que pour un jeune golfeur comme Matsuyama, pour gagner un tel tournoi, l’objectif était déjà de participer régulièrement pour justement se créer une chance.

En déjà 10 participations à Augusta, Matsuyama avait justement déjà obtenu quatre top-15, et passé 8 fois le cut, tout en réalisant 16 parties sous le par, de quoi commencer à en faire un spécialiste…

Remonté au 14eme rang mondial à la suite de sa victoire au Masters, Matsuyama a en effet jusqu’à présent réussi une belle carrière internationale, au point d’intégrer le top-5 mondial en 2017, et donc être régulièrement éligible au Masters.

Le Japonais est même dans le top-30 mondial depuis 2013, en ayant déjà remporté 15 victoires chez les professionnels, dont 5 sur le seul PGA Tour.

Avant le Masters, Matsuyama avait donc tracé son sillon avec déjà plusieurs victoires importantes à son crédit, dont deux championnats du monde, le Bridgestone Invitational en 2017 et le WGC-HSBC Champions en 2016.

Sans pouvoir prédire quand un golfeur peut se transformer en champion majeur, clairement Matsuyama s’était jusqu’à présent fabriqué un costume de potentiel vainqueur, et comme l’indiquait Nicklaus, il suivait le bon chemin.

Déjà second de l’US Open 2017, pour le journaliste japonais, les chances de succès à Augusta pouvaient être considérées comme plus importante, considérant que le tournoi se déroule tous les ans sur le même parcours (ce qui est vrai pour les autres compétiteurs).

Hatanaka voulait certainement mettre en avant la dixième participation de l’expérimenté Matsuyama du côté de Magnolia Lane, et donc une certaine connaissance des particularités du parcours de Bobby Jones.

Il ponctue son article par « Matsuyama a réalisé les souhaits de longue date du golf japonais », signe que cette victoire a bien un retentissement qui dépasse le cadre de sa seule carrière, mais est perçue comme une fierté nationale au Pays de Soleil Levant.

JapanNews relate d’ailleurs la portée historique de cette victoire du tandem Hideki Matsuyama/ Shota Hayafuji (le cadet) et parle même de « nouvelle ère pour le golf japonais » soulignant le « triomphe du premier japonais ».

Le journaliste cite alors une autre légende, Tiger Woods, qui a déclaré sur Twitter que cette victoire allait résonner dans le monde entier.

Et comme pour l’effet Tiger qui a créé des millions de golfeurs aux Etats-Unis à la fin des années 90, les Japonais espèrent le même type d’impact de la part d’Hideki.

Ce dernier a d’ailleurs abondé dans ce sens « J’espère que cela va impacter le golf dans la bonne direction, pas seulement pour les joueurs qui pratiquent déjà le golf, mais aussi les plus jeunes qui seront incités à jouer au golf. »

Matsuyama vantant le fait que le golf puisse être cool « J’espère qu’ils verront cette victoire comme quelque chose de sympa, et qu’ils voudront suivre mes traces. Jusque-là, ils pouvaient penser que c’était impossible, et maintenant, ils vont peut-être changer d’avis. »

Non sans humour, Adam Scott, le premier australien à avoir remporté le Masters (et non pas Greg Norman) en 2013 a déclaré que le nouveau détenteur de la veste verte pourrait espérer sa propre « Matsu-mania » dans son pays natal.

L’Australien expliquant que le japonais était déjà une sorte de Tiger Woods pour l’Asie, beaucoup suivi par les fans à chacune de ses apparitions.

« Je pense qu’il va devenir une superstar au Japon s’il ne l’est pas déjà. Je ne pense pas qu’il sente encore tout le poids des attentes qu’il va très bientôt susciter dans son pays, et dans le monde entier. »

Commentaire que relaie encore JapanNews de la part d’un autre grand champion concerné, Sir Nick Faldo, joueur historique de la marque Mizuno, alors que Matsuyama fait le bonheur de Srixon, « C’est une nation de fanatique pour le golf. Le Golf est relayé dans les journaux nationaux. Le poids qu’il va désormais porter est dix fois supérieur à celui d’une victoire dans un tournoi classique. »

Propos que renforce Louis Oosthuizen, le champion sud-africain estime même qu’il était temps que cette partie du globe est un champion majeur, en particulier au Masters.

« Les Japonais adorent le golf. Cela va être un grand événement pour ce pays. »

Dans les faits, Matsuyama est en réalité le second golfeur asiatique à remporter un majeur, après le succès du sud-coréen Y.E. Yang, vainqueur du PGA Championship en 2009.

L’agence Reuters a cependant rapporté que cette victoire historique arrivait à point nommée dans la perspective de l’organisation prochaine des Jeux Olympiques de Tokyo.

Le nom de Matsuyama est d’ailleurs évoqué pour être le dernier à porter le flambeau olympique, et enflammer la vasque, véritable coup d’envoi des JO.

Tournoi qui est d’ailleurs un véritable objectif majeur au calendrier du japonais, qui considère désormais que fort de son expérience de vainqueur à Augusta, il pourra légitimement se sentir dans la peau d’un favori du tableau olympique.

« Si les jeux ont bien lieu, je viserai l’or. » Le nouveau statut du golfeur est en fait un sujet devenu politique dans son pays.

Le porte-parole du gouvernement Japonais, Katsunobu Kato soulignant le caractère historique de cette victoire, et surtout le rayon de soleil que cela pouvait représenter pour tous les japonais, en cette période de pandémie.

Au cours de son habituelle conférence de presse, Kato a notamment vanté l’entraînement du joueur dans des conditions difficiles, tout en rappelant que le Japon pouvait s’enorgueillir d’autres victoires significatives, comme celle la tenniswoman Naomi Osaka à l’Open d’Australie.

Ses propos ont été soutenus par son propre Premier Ministre, Yoshihde Suga qui a qualifié la victoire du golfeur comme magnifique, et source de fierté, en même temps que révélatrice du courage du peuple japonais, dans les difficultés.

Parti avec quatre coups d’avances, Matsuyama a bien cru la victoire lui échapper au moment de mettre une balle dans l’eau sur le par-5 numéro 15.

Xander Schauffele a manqué sa chance en concédant un triple bogey un trou plus tard, ce qui le priva d’un play-off imprévisible.

Matsuyama a certainement tremblé jusqu’au bout, ressentant avant la fin de la partie tout le poids de l’événement. Jusque-là imperturbable, il a tout de même concédé deux coups supplémentaires au cours des trois derniers trous.

« Je me suis senti nerveux du début jusqu’à la fin de la journée. Je pensais à ma famille, et je suis vraiment heureux d’avoir bien joué pour eux. »

Dire qu’il a eu une réussite à peine croyable sur le premier trou de son troisième tour quand son drive égaré a été renvoyé dans le jeu par un arbre. Quel aurait été l’issue du tournoi si ce fait de jeu n’avait pas tourné en sa faveur, et alors qu’il allait finalement rendre une carte de 65, sa meilleure à Augusta ?

Encore une illustration qu’une partie de golf ne tient qu’à un fil, ou au bon vouloir d’une petite balle de golf.

Sur ce premier trou, il sauva le par, ce qui ne fut pas le cas lors du dernier tour où pratiquement le même drive perdu à droite lui a coûté un bogey…pour une difficile entrée en matière, et pour sa journée finalement la plus délicate de toute la semaine.

Avec 69% de greens touchés en régulation, Matsuyama a pourtant dominé le tournoi du tee au green, et même si de jeudi à dimanche, cette statistique n’a cessé de décliner alors que la pression montait inversement.

A cette statistique, il faut ajouter l’excellent putting du japonais avec la quatrième meilleure moyenne de putts par greens en régulation (1.58).

C’était donc clairement sa semaine, et le joueur a d’ailleurs commencé à le sentir dès le mercredi, veille de tournoi. « Jusqu’à la semaine dernière, je n’avais pas encore complété de top-10 sur le PGA TOUR ou même prétendu à la victoire. Je n’avais donc pas d’attentes particulières, mais une fois au practice, mercredi, mes coups ont commencé à être vraiment bon, et j’ai fini par penser que peut-être j’aurai ma chance… »

Le secret de la réussite au golf, c’est peut-être cela : Sentir quand les coups peuvent tourner du bon côté.

Crédit photo : Jarred C Tillon / Getty Images

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Commentaires   

mhezkia@gmail.com
0 #1 Une belle histoire...mhezkia@gmail.com 14-04-2021 12:22
Une belle histoire, non ? Son caddie, qui après avoir pris le drapeau du 18, replante le mat, et le salue, comme on salue un adversaire qui a perdu le combat, car c'était bien le parcours, qui était un adversaire. J'ai trouvé ça vraiment génial ! Autre culture, autre moeurs...

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