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Comment les golfs vont pouvoir se préparer concrètement au réchauffement climatique?

Selon Météo-France, le premier semestre 2020 est le plus chaud jamais enregistré en France. Selon les termes employés par l’organisme, l’anomalie de température moyenne pour cette première moitié d’année a été de +1.8 degrés Celsius. Cette réalité s’impose déjà de manière très marquée sur de nombreux parcours de golfs de l’hexagone, avec des fairways grillés ou même détruits, conséquences d’interdictions d’arroser dans certains départements. En octobre 2020, inversement complet de scénario, les Alpes Maritimes et le Var ont enregistré des records de précipitations (jusqu’300 litres au mètre carré). Comment les golfs vont pouvoir mieux se préparer à l’avenir, et surtout s’adapter à ces conditions de plus en plus contrastées, dans une économie déjà fortement météo-dépendante ? Quelles sont les solutions déjà employées ailleurs ? Quel avenir pour la pratique du jeu de golf, en France, si nous alternons entre sécheresse l’été, et pluie torrentielle l’hiver ? Nous vous proposons un dossier complet en cinq articles, qui a mobilisé l’ensemble des membres de la rédaction, le recueil de nombreuses sources, et les interviews d’experts.

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Le constat : Surchauffe sur les golfs en été, la qualité des fairways mise à l’épreuve

Peut-être plus que d’autres pratiques sportives, le golfeur est au plus près de la nature, et très vite confronté aux questions climatiques.

Si certains parcours aux Etats-Unis ou au Moyen-Orient sont artificiels, c’est très peu le cas en France. Les golfs sont pleinement intégrés à un écosystème bien naturel.

Depuis le premier parcours de golf sorti de terre en France, en 1856 (Pau), et le dernier en date (Roissy en 2020), on peut aisément imaginer que les techniques de constructions ont pu évoluer.

L’architecte du Golf de Roissy, Michel Niedbala a d’ailleurs récemment pu nous témoigner de son expérience, et justement de la gestion de cette question climatique sur ce golf.

Nous développerons plus loin son expérience.

A ce stade, incontestablement, le changement climatique est une véritable réalité pour une majorité des 700 structures de golf dans l’hexagone, et pas seulement.

Les équipes terrains, les greenkeepers sont en première ligne pour faire face à cette nouvelle réalité.

Auront-ils tous les moyens d’agir ? de transformer les terrains ?

Fairways grillés en été, boueux en hiver, est-ce la fatalité qui nous attend ?

Les golfs et leurs propriétaires auront-ils les moyens financiers pour s’adapter, sachant que refaire un green, représente à minima 50 000 euros d’investissements ?

Et quid des fairways ? Ou des zones de roughs ?

Toutes ces questions, les golfeurs, et les golfeuses peuvent légitimement se les poser, et nous animerons ce dossier par un débat opposant deux visions, celle incarnée par Yannick Baduel, rédacteur pour JeudeGolf, basé à Paris, défenseur d’une idée majoritairement répandue dans la filière : Les golfeurs vont devoir s’en accommoder, et Laurent Agostini, directeur de la rédaction de JeudeGolf, basé à Lyon, qui au contraire, rejette cette idée, et espère que les parcours vont innover, et chercher des solutions, sans occulter cette nouvelle réalité imposée par le changement climatique, au risque de perdre des joueurs.

L’origine de notre dossier : La prise de position forte de Jean-Louis Mignon, greenkeeper au golf de Lys-Chantilly

Au milieu d'un été caniculaire, et alors que peu d'eau était tombée en France, les fairways des golfs se sont mis à griller les uns après les autres, et en particulier en Ile-de-France ou autour de Lyon, où les restrictions d'eau ont accéléré la dégradation des parcours, à peine sortis du confinement, une situation à la fois imprévisible, et hautement stressante pour les directeurs d’exploitations.

Face à cette situation de parcours pour le moins abîmés, la grogne des golfeurs a pris de l'ampleur, notamment sur les réseaux sociaux, et le sujet chaque jour commenté, pour se plaindre des conditions de jeux. 

Autour de Lyon, l’interdiction d’arroser est tombée très vite au début de l’été, et les conséquences ont été très rapides, surtout sur les fairways, jaunis, et rendus très durs, allant jusqu’à laisser apparaître des pierres sur les parcours. 

Au-delà des réseaux sociaux, nous avons recueilli des avis de golfeurs très surpris par l’état de certains parcours, que par courtoisie, nous ne citerons pas.

Ce sujet n’est pas sur tel ou tel golf, mais en fait, bien sur une situation qui a touché beaucoup de parcours, et à différents endroits du nord au sud. 

Si certains joueurs pouvaient y trouver une opportunité pour battre leur record de drive le plus long, la plupart critiquaient, et donc souvent sur les réseaux sociaux, le prix de leur abonnement, pour jouer sur de tels terrains. 

Seulement deux mois après le premier déconfinement, l’allégresse des premiers parcours étaient déjà bien loin. 

Une situation qui a fait réagir Jean Louis Mignon, greenkeeper au golf de Lys-Chantilly. 

Une prise de position forte

A l'occasion d'un message publié sur Facebook le 17 Août, il regrettait des attentes déconnectées de pratiques raisonnables de la part des golfeurs, et selon ses termes. 

Sans vouloir passer pour un ayatollah de l'écologie, il voulait souligner l'importance de trouver une voie raisonnable, face aux évolutions climatiques, mais surtout face à l'évolution des attentes entretenues par une mise en concurrence toujours plus dure, entre les golfs pour attirer les golfeurs. 

Ainsi, il entendait dénoncer une forme de clientélisme des golfs voulant vanter leurs fairways les plus verts, et leurs greens les plus rapides, pour provoquer une forme de surenchère paradoxale avec les réalités des terrains concernés, et faisant passer ceux qui ne peuvent (ndlr: tout cela coûte très cher, cet été pour un petit 9 trous de 1500 m, il fallait dépenser 250 m cubes d'eau par jour pour simplement préserver les départs et les greens) ou ne veulent pas arroser ou utiliser des produits phytosanitaires, pour des incompétents. 

Il voulait prôner un retour aux réalités du golf qui existent finalement depuis bien longtemps, dans de nombreuses régions : Les terrains sont gras l'hiver, et secs l'été, et c'est pour cela que l'on pourrait jouer 14 clubs différents.

Il nous dit : "Une fois encore, c'est bien aux golfeurs de s'adapter aux parcours, et non l'inverse, comme semble le penser à tort, de trop nombreux joueurs… Manger des fraises en hiver n'a aucun sens, mais demeure malheureusement possible, car on a voulu justement s'adapter aux désirs des consommateurs, et c'est une erreur… le même que trop de golfs font en sur-arrosant leurs fairways et en «américanisant » l'entretien des greens. "

Il reste néanmoins convaincu que les golfs peuvent apprendre à mieux s'adapter aux aléas climatiques toujours plus forts que nous vivons, mais admet aussi que cela prendra du temps aux golfs pour devenir éco durable. 

Sachant que l'utilisation des produits phytosanitaires est bien plus encadrée en France que chez ses voisins, et notamment l'Espagne, sujet que nous développerons aussi dans ce dossier.

Un point de vue s’entend : Le fait d’être plus responsable, et notamment vis-à-vis de l’environnement, mais alors est-ce que cela se dit ? 

« Bonjour Monsieur ou Madame, merci pour votre abonnement de 1400, 1600, 1800 euros ou plus par an, sachez que pendant votre abonnement de 12 mois, vous aurez 3 mois de conditions hivernales avec un terrain très gras, et 3 mois de conditions estivales avec un terrain grillé, et sans solutions pour améliorer cet état de fait ! » 

Quand on fait les comptes, cela fait potentiellement 6 mois de conditions difficiles, et donc si on suit le raisonnement du greenkeeper, où les golfeurs vont devoir « s’adapter. » 

Cela étant, cette vision qui voudrait dire au client qu’il a tort d’être trop exigeant, et que ce serait à lui d’accepter de supporter les conséquences nous paraît un pari risqué. 

Sur ce point, l’avis de deux de nos rédacteurs divergent fortement.

Un sujet qui nous divise

Laurent, plus optimiste, peut-être trop, espère une prise en compte du phénomène climatique durable, et donc une recherche de solutions pour préserver, et même améliorer les conditions du jeu. 

Yannick, plus fataliste, admet que ces conditions ne sont pas idéales, mais correspondent aussi à une réalité économique. 

« Personnellement, je joue sur un golf en éco-gestion. Les greens sont très moyens, les fairways sont gras l'hiver, sec l'été... pourtant notre club compte 1500 licenciés, un des plus gros clubs de France, et pourtant c’est un 9 trous compact, et l'abonnement n’y est pas très cher. Les zones de practice sont impeccables et les balles changées tous les 6 mois. » 

A l’inverse, Laurent a justement arrêté son abonnement (autour de 1600 euros par an) en raison de l’état du terrain.

« Toujours actif, je dois avouer que mon nombre de parties jouées dans l’année a aussi influencé ma décision, mais j’ai surtout été déçu de jouer sur un parcours trop gras de Novembre à Février, et quasiment détruit par la sécheresse de Juillet à Septembre. Comme d’autres golfeurs sans doute, j’ai fait le calcul entre jouer moins, mais jouer mieux, et en acceptant l’idée de devoir plus me déplacer pour aller chercher des terrains où je prendrai plus de plaisir. » 

Les points de vue s’opposent, et la fréquence de jeu est un des critères importants. 

Laurent ajoute « Je pense que les golfs doivent rester vigilant sur le fait que les golfeurs ont un pouvoir d’achat, et seront susceptibles sauf la question du covid et la fermeture des frontières, de plus voyager pour rechercher des parcours de très bonnes qualités, dans des régions plus propices à la pratique du golf. Je ne minimise pas le terrible problème des golfs français en concurrence avec des charges sociales et des normes moins favorables. Cela étant dit, doit-on accepter cette situation sans rien tenter ? Les golfeurs vont-ils supporter cette réalité. Certains ne vont-ils pas arrêter de jouer ? Ou se déplacer ailleurs l’été et l’hiver ?

La prise en compte du phénomène par la Fédération

Mi-Novembre, la Fédération Française de Golf, par l'intermédiaire de son Président, Jean-Lou Charon, a pris les devants, et annoncé la création d'un nouveau fond de dotation, appelé FFGreen.

Ce projet a pour but d'illustrer l'engagement plus fort du golf français dans un engagement plus écologique.

On peut imaginer que cette démarche a été dictée par trois choses : La première, la poursuite des actions déjà entreprises au début des années 2000 pour lutter contre les idées reçues en défaveur des golfs, et notamment la gestion de l'eau.

La seconde, dans la suite des élections municipales, et la poussée des verts qui ont a gagné plusieurs métropoles, comme Lyon ou Bordeaux, il y a une véritable inquiétude de la filière par rapport à cette nouvelle donne, et en particulier l'attitude des nouveaux élus, qui ne se sont pas clairement exprimés pour le développement du golf.

La troisième pourrait être aussi la prise en compte de la grogne des golfeurs sur l'état constaté des terrains, et la mise en place d'une réponse.

Dans son courrier d'intention, la FFG nous dit que le golf de demain sera plus écologique, mais n'en précise pas les modalités ou n'illustre pas encore cette vision avec des exemples concrets.

En revanche, elle annonce pour 2021 la création d'un fonds de dotation. Qu'est-ce qu'un fond de dotation ?

A priori, ce serait un fond qui pourrait être abondé par des organismes, des acteurs de la filière, et peut-être même les golfeurs.

Le communiqué de la FFG précise " Ce fonds de dotation a vocation à réunir des moyens sous forme de dons, participations et nouveaux financements éligibles au régime fiscal du mécénat. Des moyens pour financer des projets et des investissements permettant de relever les nombreux défis écologiques du golf.  L’objectif étant de créer une communauté de donateurs qui croient en notre vision pour notre sport et l’environnement, ce fonds de dotation « FFGreen » est une initiative collective. Il fédère tous les acteurs de la filière."

L'intention est louable, mais sera-t-elle à la hauteur de l'enjeu ?

Qui va réellement "donner" et "combien" faut-il ? A ce stade, la FFG ne parle pas d'un fond d'investissement ou d'une politique qu'elle financerait. Peut-être n'en a-t-elle pas les moyens ?

Faudra-t-il arbitrer demain entre le développement du sportif par la FFG ou justement le défi climatique pour tous les golfs ?

Ce sujet nous paraissait trop vaste pour être traité en un seul article, nous vous proposons de poursuivre la lecture avec quatre autres articles.

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