Rory McIlroy repart de l’avant : La foule a-t-elle une influence sur les performances des golfeurs ?

18 mois que l’on attendait de retrouver Rory McIlroy à son meilleur niveau ! A l’occasion du Wells Fargo Championship 2021 disputé sur le magnifique parcours de Quail Hollow, près de Charlotte (Caroline du Nord), McIlroy a retrouvé l’énergie de la victoire. Paradoxe, on aurait pu penser que le fait de jouer des tournois de golf sans public aurait pu être une aide pour l’ancien numéro un mondial, et en fait, cela aura été tout le contraire ! McIlroy de nouveau vainqueur d’un tournoi, le 19eme sur le PGA Tour, ne fait que confirmer que pour certains sportifs de haut niveau, le public sert à se dépasser, se galvaniser, et dans le cas du nord-irlandais, à rugir de plaisir au moment de rentrer un dernier putt pour la victoire…

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Avant le début de la pandémie de COVID_19 et la mise sous cloche du PGA Tour, avec aucun fan autour des fairways, Rory McIlroy était très certainement le meilleur golfeur du monde.

Vainqueur du Tour Championship à Atlanta, puis du WGC-HSBC Champions en Chine fin 2019, McIlroy délivrait alors un véritable récital de golf.

Après la coupure du golf, et à la reprise des tournois, le rythme de performances du meilleur européen depuis une décennie n’a pourtant pas été le même.

A tel point qu’en mai 2021, il tombait au 15eme rang mondial, et pouvait vraiment faire figure de victime collatérale de cette période bizarre, et des tournois sans spectateurs.

Plus tard, on allait apprendre que McIlroy avait en fait voulu répondre à un autre fait en actualité avec le COVID, la vitesse de swing décuplée de Bryson DeChambeau, une voie sur laquelle le champion majeur s’est égaré de son propre aveu.

En mars 2021, on apprenait aussi que pour la première fois depuis son enfance, McIlroy avait décidé de prendre les conseils d’un nouveau « swing coach » en la personne de Pete Cowen.

Objectif ? Retrouver de la confiance.

Comment ? Le joueur a répondu en mars dernier « Être capable de faire démarrer la balle sur la ligne que je souhaite et contrôler son vol, et son spin. Pour l’heure, je lutte pour parvenir à cela. »

Il n’aura pas fallu si longtemps entre mars et mai 2021, pour que McIlroy, pourtant pas dans les meilleures dispositions cette semaine (il s’était bloqué le cou mercredi à la fin de sa séance de practice) pour finalement retrouver le chemin de la victoire, et faire rugir la foule de plaisir.

Et si justement, le secret de la victoire du Nord-Irlandais se trouvait dans la relation entre le sportif et la foule ?

Dès le début de la pandémie, et de la mise sous cloche du golf professionnel, nombreux ont été les experts à s’intéresser à l’impact du public ou de son absence sur la performance de ces joueurs un peu à part.

Ils ont compilé des milliers de cartes de scores, avant et après la pandémie, pour essayer de dégager une tendance.

La première réponse de cette étude menée sur le PGA TOUR a été des scores plus bas… sans le public.

A partir du Charles Schwab Challenge, le score global des joueurs sur le PGA Tour est tombé à 70.44, alors que les deux saisons précédentes, le score global était de 70.80.

Le nombre de parties jouées sous la barre des 70 (sur 18 trous) a aussi augmenté, passant de 36% à 42%.

Les experts se sont alors demandés si c’était l’impact du public ou simplement et naturellement la continuité d’une tendance laissant penser à une amélioration constante du jeu.

S’agissant des plus jeunes joueurs, il semblerait bien qu’une pression moindre du public aurait favorisé une amélioration du jeu.

Symbole de cette théorie, Collin Morikawa a remporté le PGA Championship 2020, un majeur de golf, disputé sur le parcours vide d’Harding Park, et pour son seulement 17eme départ en carrière sur le PGA Tour !

Le scénario aurait-il été le même avec des dizaines de milliers de spectateurs autour de lui ?

J’ai toujours considéré que les tournois de golf sans public ne présentaient pas un intérêt sportif complet.

A l’inverse, depuis que le public a progressivement repris sa place autour des greens, on voit moins de jeunes joueurs brillés, et au contraire, des vétérans comme Stewart Cink retrouvent des couleurs (vainqueur récemment du RBC Heritage à 47 ans).

Plus parlant, la moyenne d’âge des vainqueurs sur le PGA Tour est désormais revenue à ce qu’elle était avant la pandémie, à savoir 32 ans.

Autre élément pour illustrer la performance des jeunes golfeurs sur le tour, le nombre de cuts passés a baissé de 54% à 50%, depuis que le public est revenu sur les parcours.

Pour comprendre le phénomène plus en profondeur, certains ont émis la théorie que le putting serait la clé de compréhension.  Les chiffres ont depuis démenti cette hypothèse.

Le pourcentage de putts rentrés à moins de trois mètres au cours d’un dernier tour de tournoi n’a pas significativement changé, avec ou sans public.

En fin de compte, on peut seulement imaginer que les golfeurs les plus talentueux, et donc de la trempe de Rory McIlroy, ont en réalité, en plus des autres, réussi à performer ou créer un comportement propice à la performance avec le public.

C’est pourquoi, très rapidement après sa victoire de dimanche sur le Wells Fargo Championship, sans jouer le meilleur golf de sa vie, McIlroy a très vite émis l’hypothèse que la présence du public l’avait porté jusqu’à la victoire.

Le préparateur mental français, Stéphane Mourgue parle de conditionnement à l’espace quand il explique qu’une équipe de football joue souvent mieux à domicile dans son stade, qu’à l’extérieur dans un environnement moins connu.

Les sportifs ont en fait une meilleure visualisation de leur environnement, ce qui les aide à performer.

McIlroy a pratiquement joué toute sa vie devant du public, et il a su faire de la foule un allié, au regard de sa très grande popularité. Ce n’est pas insensé d’imaginer qu’une partie de la foule le supporte, et le pousse plus que d’autres, qui au contraire, peuvent plus facilement se retrouver sous pression.

Ce n’est pas improbable d’imaginer une relation entre un joueur et le public.

S’agissant de l’absence de public dans d’autres stades, et d’autres sports, on a globalement observé le même phénomène avec une amélioration palpable de la qualité du jeu, et par exemple, sur les parquets de la NBA, toujours aux Etats-Unis.

Il est encore trop tôt pour obtenir des résultats d’enquêtes sérieuses menées par des scientifiques, cependant, par le passé, on a déjà observé ces phénomènes d’améliorations des performances sans présence du public.

L’idée est simple « Quand nous travaillons en présence d’autres personnes, nous finissons par nous inquiéter de ce que ces personnes vont penser de nous, et cela peut nuire aux performances, et le phénomène ne fait que s’accentuer plus l’enjeu augmente. »

On peut aussi penser que l’absence de public peut favoriser la concentration des joueurs, moins perturbés par le bruit ambiant, surtout pour les plus jeunes, et les moins expérimentés.

A l’inverse, un sportif qui a toujours connu le public autour de lui peut se retrouver plus inhibé, et même finalement désarçonné ou moins motivé inconsciemment.

A la reprise des tournois sans public au début de l’été passé, les joueurs et les cadets ne savaient pas à quoi s’attendre, et personne n’aurait fait de pronostic sur l’impact ou plutôt l’absence des fans.

Les joueurs pouvaient seulement noter le silence ambiant, que ce soit pour rentrer un putt de loin, ou manquer un putt au bord du trou pour trois-putt.

Tous les joueurs étaient en fait sur un pied d’égalité dans cette nouvelle donne. C’est peut-être cela que les golfeurs expérimentés n’ont pas perçu immédiatement.

Interrogés à ce sujet, les cadets sur le tour n’ont pas le sentiment que la routine du métier ait beaucoup changé avec ou sans public, en revanche, ils ont constaté que le temps de jeu a pu légèrement baisser.

Ils prennent en exemple le fait de ne pas avoir à déplacer la foule sur un coup joué en-dehors des cordes.

Cependant, tous les joueurs s’accordent pour dire que sans public, les tournois paraissaient tout de même « bizarres ».

De retour dans une situation plus conventionnelle pour lui, Rory McIlroy a peut-être tout simplement retrouvé ses repères habituels, et par conséquent, la confiance dont il avait besoin pour faire bouger la balle comme il le désirait.

Crédit photo : Lee Coleman/Icon Sportswire

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