Posté par le dans Golf en France

Le défi du golf en France est-il seulement lié à la création de nouveaux golfeurs ?

Depuis plusieurs années, la Fédération Française de Golf, et les principales chaines regroupant des parcours, se sont mis en quête de créer des nouveaux golfeurs, pour assurer la pérennité de la filière, des clubs, et des emplois. Pour un pays plutôt latin de 67 millions d’âmes, effectivement, le nombre de licenciés peine à dépasser les 400 000 depuis bientôt une décennie. Ce chiffre ramené à la population totale illustre que moins de 0,6% de la population se licencie dans ce sport qui a pourtant beaucoup à apporter. Parmi ceux qui travaillent tous les jours dans la poursuite de cet objectif louable, beaucoup considèrent que le golf souffre pourtant de deux maux : Un manque de visibilité à la télévision, et en complément l’absence d’un grand champion majeur. Les exemples de Yannick Noah pour le tennis ou Martin Fourcade pour le biathlon sont souvent mis en avant. Est-ce pourtant le seul constat à faire ?

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En dix ans d’interviews d’acteurs de la filière golf, quand je demande « qu’est-ce qu’il faudrait faire pour développer la pratique du golf en France ? », on m’a souvent pour ne pas dire exclusivement répété : Un grand champion.

Il me semble plus évident de considérer le golf comme une offre, et de considérer la population comme une demande.

Pour qu’un produit ou un service connaisse le succès, le plus souvent, il faut que l’offre rencontre justement la demande sur un point d’équilibre.

Pour que cela se produise, l’offre doit le plus souvent interroger la demande sur ses attentes, l’écouter, s’adapter et répondre.

Le schéma du champion ne correspond pas de manière directe à une logique d’offre et de demande.

Les néo-pratiquants dans un sport sont certes influencés par une image ou un personnage, mais leur décision est emportée par des critères bien plus pratiques, et personnels, comme la facilité d’accès, le budget, le temps à consacrer, etc.

Depuis dix ans, il est irréfutable que le nombre de licenciés en France peine à décoller.

En 2010, la FFG déclarait 407 000 licenciés, et dix ans plus tard, ce chiffre est assez stable (402 000 en 2020).

Certes, la pandémie de covid-19 peut être considérée comme un élément fortement perturbateur, mais ne nous masquons pas la vérité, depuis la mise en place des 35 heures et le début des années 2000, il y a eu un net ralentissement des créations de licences, et la Ryder Cup n’a rien modifié à la trajectoire.

Depuis, les faits m’ont donné partiellement raison puisque la création de licences liées à cet événement a été seulement sensible, et essentiellement constituée de reprises d’anciennes licences.

La Ryder Cup a parlé aux anciens golfeurs, mais pas comme escompté, au reste de la population, et comme le prédisait bien avant moi, un certain François Illouz.

Prenons les faits selon un autre angle…

Toujours selon la Fédération qui relève les chiffres chaque année, et nous pouvons l’en remercier, la création de nouvelles licences est à un niveau finalement plutôt élevé.

Chaque année depuis 2011, la FFG dénombre entre 31 000 et 48 000 nouvelles licences !

 

De mon point de vue, la politique visant à créer des nouveaux golfeurs, et des nouvelles golfeuses apportent des résultats.

Sur une population de 400 000 pratiquants, on dénombre un à deux golfeurs sur dix qui sont des nouveaux. C’est tout de même considérable.

Ce chiffre n’a rien de décevant, même si effectivement, la création de nouvelles licences subit une baisse continue depuis dix ans.

Ceux qui misent tout sur la création de nouvelles licences risquent de passer à côté d’une partie importante du sujet ou n’en traite que la moitié.

Si beaucoup d’acteurs de la filière félicitent actuellement Fabien Donoyan, directeur Ugolf Academy pour sa récente participation à une émission populaire sur une chaîne de télévision à grande écoute (Touche Pas à Mon Poste), parce que justement il véhicule à juste titre une image plus décontractée du golf, et c’est certainement utile de le faire, nous devons collectivement nous interroger sur un autre phénomène qui n’est pas évoqué : La destruction de licences chaque année, et le nombre d’abandonnistes.

Si 30 000 à 45 000 personnes, hommes ou femmes, jeunes ou vieux, découvrent le golf chaque année, la moitié d’entre eux selon des chiffres qui m’ont été rapportés ne renouvellent pas l’expérience au-delà de la première année, mais globalement, et selon des chiffres vérifiés, le nombre de licenciés baissent plus que le nombre de créations. C’est un fait incontestable.

Le véritable défi du golf en France pour son développement n’est donc pas seulement la création de licences, mais bien le maintien des pratiquants dans l’activité.

Considérer que 30 à 45 000 personnes ont déjà fait le plus grand pas en entrant dans un golf, le défi avant d’aller en chercher d’autres, c’est déjà de mieux identifier ceux qui finissent par partir, et tenter de leur apporter une réponse.

Toujours au sujet de la création de golfeurs, combien de golfs ou d’enseignants de golf ont participé ces 15 derniers jours à un forum des associations dans une ville à proximité ?

Le week-end dernier, et depuis quelques jours, la plupart des communes de France, organisent comme chaque année, le forum des associations.

Au cours de ce type d’événements ouvert à toute la population, les différentes activités défendent leurs chances pour attirer des nouveaux pratiquants, et nouvelles pratiquantes.

Combien de golfs ont participé à l’opération ? Combien d’enseignants ont-été « incentivés » pour aller chercher des nouveaux golfeurs ?

Je pose la question parce que je n’ai pas la réponse.

Dans ma ville, et les villes voisines, le golf n’était pas présent, mais cela ne veut pas dire qu’il faille en faire une généralité.

Justement au moment d'écrire ces lignes, je relève que le Golf de FIAC (Garden Golf) a justement participé à ce type d'initiative, à Lavaur dans le Tarn (11 500 habitants), et au passage, pu en faire l'écho dans un journal local.

Par ailleurs, j’ai des témoignages d’enseignants qui ont animé par le passé ce type de journées, et m’ont confirmé que cela marche, pour attirer à la fois des enfants, et aussi des parents.

Ils m’ont aussi dit qu’ils ne le faisaient plus aujourd’hui. Peut-être une piste à creuser et développer davantage ?

A l’inverse, je crains que beaucoup d’acteurs pensent encore qu’il faut attendre que les golfeurs passent la porte d’un club de leur propre chef…

Bien sûr, je sais relativiser le fait que nous n’avons que 700 structures golf dans toute la France, peut-être à peine plus de 1500 enseignants, or, en France, nous dénombrons 34 000 communes.

En admettant que tous les enseignants animent trois journées de forum d’associations en septembre, cela ne ferait pas plus de 4500 opportunités, loin de couvrir l’ensemble du territoire, ce qui me fait me poser la question suivante : Le Golf Français a-t-il vraiment intrinsèquement les moyens de se développer plus vite ?

Soit on considère que pour que le golf en France se développe, il ne faut plus seulement entre 30 et 45 000 nouveaux chaque année, mais par exemple, le double, soit entre 60 et 90 000 nouveaux pour justement alimenter une courbe globale en progression.

De là, puisque mon avis peut-être soumis à critique, je vais formuler à la place une question : Dans ce cas, la filière golf a-t-elle dans son ensemble, la capacité de doubler son investissement financier et humain, pour augmenter le nombre de nouveaux licenciés ?

Soit on considère que le défi, c’est au contraire d’augmenter le taux de « survivants » parmi les nouveaux de 50% à par exemple 75%, pour retrouver globalement une courbe de progression du nombre de licenciés ?

Et plus globalement, on s’inquiète de tous ceux qui sortent du golf, nouveaux ou anciens…

Autant, je salue l’action de Fabien Donoyan, personnage très sympathique, très motivé et bienveillant qui répète que l’on peut golfer n’importe où, ce qui est un crédo plutôt amusant, et qui vise justement à décontracter l’image du golf, autant je considère que cela ne fait pas tout, et que la filière dans son ensemble, les chaînes en particulier, ce qui n’est pas accusation ou le résultat d’une frustration personnelle sur mon jeu, comme évoqué par mes détracteurs (mon jeu va très bien merci), doit mieux prendre en compte les aspirations des golfeurs, et des golfeuses, et y compris des salariés de la filière qui ont sans doute des avis à partager, et à exprimer sur l'avenir de leurs métiers.

Dans un précédent sujet, j’ai déjà fait part de mon étonnement, sur le fait qu’il n’existe aucune étude sur le plaisir des golfeurs à pratiquer.

Globalement, on ne questionne pas les golfeurs sur leur expérience, et par conséquent, nous sommes aveugles sur leurs attentes. L’offre aura plus de mal à s’ajuster à la demande.

Le nombre d’abandonnistres suggère pourtant qu’il y a un besoin d’adaptation.

Dans un autre sujet, j’ai mis en avant le fait que plus de 75% des parcours 18 trous français proposent une expérience des départs jaunes avec un slope supérieur à 125, or l’USGA, organisme qui régit le golf, certes de l’autre côté de l’Atlantique, explique que la frontière entre facile et difficile pour un golf se situerait plutôt à 113, soit 12 points de moins.

Dans ce cas, je m’interroge sur l’adéquation de notre offre à la demande d’une population golfique plutôt vieillissante, et pas nécessairement athlétique, pour driver systématiquement à plus de 220 mètres, et ce dans le but de toucher en régulation des par-4 à 385 mètres.

Pourtant, une solution proposée par la FFG existe et n’est majoritairement pas appliquée : Les nouveaux repères.

Dans un sujet que je n’ai pas encore écrit, j’aurai aussi pu évoquer la question de l’entretien de certains parcours, et je précise : Pas tous les parcours, mais plus souvent des parcours de chaînes que des parcours indépendants, voir photo ci-après d'un parcours de chaîne.

Je précise pas tous les parcours de chaînes. Cependant, sur un échantillon de dix parcours testés au cours des trois derniers mois, les trois moins bien entretenus appartenaient à deux chaînes majeures en France.

Récemment sur Linkedin, un réseau social, j’ai posté des clichés de ce golf dont l’entretien est actuellement en crise. J’ai interrogé sur le fait que ce type de terrain pouvait être susceptible d’éloigner les golfeurs.

Un internaute m'a interpellé pour me dire que j’attaquais la filière golf et les 600 structures, ou mon commentaire était lié à la qualité de mon jeu de golf.

Contrairement à ce que veulent penser, mes détracteurs sur les réseaux sociaux, je ne veux pas le mal du golf français, mais plutôt comme mon métier de journaliste me demande de le faire : Interpeler.

Je souhaite à la filière golf d’ouvrir les yeux collectivement sur les enjeux qui l’attendent pour les années à venir.

Considérer que la médiatisation du golf est la solution ultime, attendre par un coup de baguette magique un champion majeur, ne pas se soucier de ceux qui jouent déjà au golf, et créer 30 000 ou 40 000 nouveaux golfeurs pour qu’au final, le nombre de licenciés baisse, c’est peut-être ne pas prendre tout le sujet dans toute sa complexité.

Maintenant, pour nous tous les golfeurs amateurs, ce n’est pas finalement une bonne nouvelle ou une opportunité d’avoir plus d’accès aux parcours, par le fait d’avoir moins de joueurs.

Si le nombre de licenciés continue à baisser, pour nous qui restons, cela veut dire moins d’offres, moins de services, des parcours qui ferment, des parcours moins bien entretenus, et des prix qui montent, à commencer par la licence, mais aussi les green-fees des parcours qui voudront justement maintenir un niveau de qualité malgré une demande qui baisse.

A la fin, personne ne sera gagnant.

Le golf a le droit d’être un business. Il a surtout intérêt à être un business qui marche, et qui se pérennise.

Aux actions spectaculaires, préférons peut-être des actions efficaces...

On peut aussi considérer qu’en 2021, la vente d’équipements pour le golf, clubs et balles est à un niveau haut historique (peut-être plus de 15%), et que donc tout va bien…

Le nombre de licenciés fin 2021 nous donnera sans doute une partie de la réponse, et de la tendance à venir, et si l'hémorragie des abandonnistes se stoppe, phénomène qui se traduit dans les chiffres, mais n'est jamais commenté.

Sur dix ans, les acteurs de la filière golf ont crée plus de 300 000 nouveaux golfeurs, et pourtant le nombre de licenciés stagne, à minima, cela doit interroger...

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Commentaires   

benoit.1.lagarde@gmail.com
+1 #1 Quelques idées...benoit.1.lagarde@gmail.com 12-09-2021 09:24
Je suis, à 57 ans, un neo golfeur, licencié depuis 2019 et basé à Cicé Blossac , en Bretagne sans pour autant avoir pris d'abonnement.
J'ai choisi ce golf pour des raisons objectives: Qualité des structures d'accueil, du club house et surtout aspect "cosy". Un parcours difficile mais assez ouvert en termes de largeur de fairways et donc possibilité de jouer pour un débutant sans aller sans cesse dans les bois.
Je me suis licencié car il me semblait que c'était la base essentielle à la pratique d'un sport. je me suis peut être trompé car finalement ma licence ne m'a jamais servi, je ne fais pas de compétition...
Je joue en "loisir" avec un ami, le week end et pendant les vacances.
Donner 5 heures minimum pour une compétition sur 18 trous est compliqué en termes de temps et d'aptitudes physiques ....Pourquoi pas de compétitions sur 9 trous pour le public que ca interresse ? Les enfants et les adultes actifs s'y intéresserait sans doute plus. Pour pas mal de monde ce serait une excellente façon d'aborder la compétition à son niveau. Pour promouvoir le golf il me semble qu'il faut le rendre accessible aussi en termes de temps disponible, et les parcours "compacts" censés concerner ce genre de joueur n'est sans doute pas la réponse. Nous voulons jouer de "vrais" parcours mais avec moins de temps....9 trous !!Autre exemple, le format stableford est utilisé en compétition assez souvent mais les cartes de score ne sont pas adaptées, c'est dommage car ce format de jeu est positif pour le débutant et devrait être le seul mis en avant pour les joueurs amateurs.

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