Faut-il putter les yeux fermés pour mieux sentir le coup ? La méthode de Sergio Garcia

Sur le point de sortir du top-50 mondial pour la première fois depuis 2011, l’espagnol Sergio Garcia, 40 ans, véritable légende contemporaine de notre sport, vient tout juste de remporter un tournoi de golf du PGA Tour, le Sanderson Farms Championship, disputé dans le Mississipi, sur le parcours du Country Club de Jackson. Habitué à gagner dans le sud-est des Etats-Unis (Wyndham Championship et surtout le Masters), Sergio Garcia s’est illustré de manière notable et inspirante pour nous les amateurs d’au moins deux manières : Hors de forme sportive depuis plusieurs semaines, il s’est inscrit sur ce tournoi de second rang pour faire un top-3… il a gagné. Il s’est à nouveau illustré en puttant les yeux fermés ! Cette méthode est-elle la bonne ? Garcia peut-il à nouveau faire parti des favoris du prochain Masters ?

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Sans faire offense aux organisateurs du tournoi, le Sanderson Farms Championship est un tournoi de fin de saison, et pour ainsi dire de second rang, bien après que la Fedex Cup se soit achevée ou que le meilleur golfeur professionnel de la saison ait été désigné (Dustin Johnson).

Sur une pente descendante d’un point de vue du classement mondial depuis la fin de la saison 2017 (Sa victoire à Augusta semble vraiment avoir été dans son cas un pic émotionnel et sportif), et même en accélération depuis 2018, Sergio Garcia reste néanmoins un champion, et avec l’orgueil nécessaire pour réagir, parfois au pied du mur.

Sur le point de sortir du prestigieux top-50 mondial de golf, classement qui n’est pas seulement symbolique, mais permet de participer à tous les plus grands tournois du monde, Garcia s’est inscrit au Sanderson Farms Championship, en sachant pertinemment que 80% du champ des joueurs inscrits n’étaient en réalité pas de « son niveau ».

Alors que Tiger Woods (bientôt 45 ans) et Phil Mickelson (50 ans) continuent à alimenter les chroniques des médias de golf, Garcia n’acceptait pas que l’on puisse le mettre au second plan ou commencer à parler de lui au passé.

Depuis 2011, Garcia a toujours gagné au moins un tournoi dans l’année, et plus particulièrement en 2017 où il s’est même illustré à trois reprises, dont ce fameux Masters à Augusta qui lui a enfin permis d’abandonner cette casquette de meilleur golfeur du monde, à ne pas gagner en majeur…

Mais il faut probablement l’admettre, après avoir couru tant d’années après cet objectif, c’était presque difficilement évitable que l’espagnol se relâche un peu, et cela n’a pas pardonné, tant le niveau de compétition est élevé sur le tour.

Avec seulement 15 tournois disputés en 2020, en raison de l’épidémie de COVID_19, Garcia n’avait plus beaucoup de chances de parvenir à gagner, et donc, en quelque sorte de sauver son année sportive.

De l’aveu du coach et préparateur mental, Stéphane Mourgue, basé au Golf de Manville, un joueur du top-100 mondial n’a statistiquement que 13% de chances de faire un top-10 dans la saison, et 25% de chances de rater des cuts.

Cette statistique est à peine supérieure pour un golfeur du top-50 mondial, avec environ 16% de chances de faire une grosse performance dans l’année.

Toujours de l’aveu de l’expert, il n’y a guère que les membres du top-10 mondial qui approchent les 25% de chances de briller en tournoi.

A son pic de forme, Tiger Woods, un ovni dans le monde du golf professionnel, était capable de monter à une impressionnante statistique de 40%.

Sur seulement 15 tournois disputés, Garcia n’avait donc que 2 ou 3 chances de briller cette année.

Le golf n’est pas un sport linéaire, au contraire, la performance est très irrégulière.

Statistiquement, depuis le début 2020, Garcia a enchainé des résultats assez moyens, et notamment 3 cuts manqués sur les 4 derniers départs, avant de s’aligner sur le Sanderson.

Au mieux, il a terminé cinquième du RBC Heritage, et sixième en Arabie Saoudite.

Il lui restait une petite fenêtre de performance dans son année, compte tenu du fait qu’il ne fait plus partie du top-10 mondial depuis la saison 2017, et selon le raisonnement mathématique de Stéphane Mourgue.

Son dernier coup de fer magique en direction du green du 18 du golf de Jackson, à 157 mètres du mat restera non seulement comme le plus beau coup de la semaine, mais aussi le coup pour la gagne.

 

Derrière, il n’avait plus qu’un petit putt à rentrer pour enlever tout espoir de Play-off à son principal opposant, l’américain Peter Malnati, dans son jardin sur ce golf, et qui avait pratiquement tout bien fait pour gagner ce tournoi.

Ce devait être son jour, mais c’était sans compter sur le fait que le golf n’est pas une science exacte, et que la pièce peut tomber d’un côté ou de l’autre, en un instant, et à un brin d’herbe près.

Toujours selon le coach français, un golfeur professionnel connait toujours un très grand tour, deux moyens et un mauvais pendant un tournoi de quatre jours.

La question est de savoir quand aura lieu le bon ou le mauvais. Pour Malnati, le bon jour a été clairement le dernier avec un score de 63, qui aurait dû lui ouvrir les portes de la victoire.

Pour Garcia, c’est son 66 de la veille qui était le meilleur jour.

Comparativement à ses autres scores, sa dernière journée était pourtant une journée moyenne, mais suffisante quand un coup de magie sort du club au 18, pour tout faire basculer.

Comme souvent, l’histoire ne va garder en mémoire que ce coup de fer à 157 mètres du drapeau, et passer sous silence le putting de l’espagnol, et plus parlant, son choix de putter les yeux fermés.

Pour le compte de l’ensemble de l’année 2020, la note de putting de l’espagnol a été assez pauvre, soit un -0.754 coups de perdus au putting sur la moyenne du champ des joueurs du PGA Tour.

En réalité, Sergio Garcia s’est classé au fond du fond du classement des joueurs du circuit au putting.

Ce ne devrait pas être le premier golfeur à copier dans ce domaine quand on vise la performance…

Seulement 38% de greens joués avec un seul putt, 3,79% de trois-putts, Garcia ne s’était jusqu’à présent nullement illustré sur les greens.

119eme pour la conversion d’opportunités de birdies sur les greens, à l’aise sur aucune distance en particulier, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il était à la recherche de sensations.

Et justement, c’est sur cet aspect qu’il a porté son attention.

Retrouver des sensations sur les greens, en choisissant sciemment de fermer les yeux au-dessus de la balle, et pendant tout le mouvement, le stroke de putting.

Toujours d’un point de vue statistique, ce qui a fait la différence cette semaine pour Sergio Garcia, au-delà des sensations, c’est le fait qu’il n’a plus perdu des coups sur les greens vis-à-vis des autres joueurs, mais au contraire, il en a gagné, de plus en plus, au fur et à mesure de sa semaine dans le Mississipi.

Si son meilleur score du tournoi est tombé samedi avec un 66 plutôt lié à un excellent grand jeu, sa meilleure journée de putting est arrivée le dimanche avec +1.77 coups gagnés sur les greens.

Quel grand écart entre sa moyenne habituelle et cette semaine… qui ne peut pas tenir qu’à une meilleure technique ou de meilleures sensations, mais est aussi à relativiser par rapport au niveau de ses adversaires de la semaine.

Le Stroke gained est toujours une comparaison des forces du moment.

Déduire de la victoire de Garcia qu’il peut être inclus dans la liste des favoris pour le Masters ou que fermer les yeux au putting est une super solution, occulte deux réalités du golf de haut niveau : La première : Celle rapportée par Stéphane Mourgue. Pour son golf actuel, Garcia ne peut espérer plus de 2 à 3 grosses performances en 2020. La seconde, son putting est à la base de sa victoire sur les greens du golf de Jackson, compte tenu de ses adversaires.

Qu’en sera-t-il à Augusta sur d’autres greens, et avec d’autres adversaires ? Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas gagner, mais simplement qu’il faut rester prudent sur les pronostics.

S’agissant de putter les yeux fermés, Garcia a révélé qu’il l’avait déjà fait à plusieurs reprises, et notamment au Masters, quand il a gagné en 2017.

Considéré comme inhabituelle, cette stratégie « ouverts-fermés » apporte pourtant beaucoup de bonnes réponses.

Il déclare lui-même à ce sujet « J’ai la sensation que cela me donne un peu plus de liberté pour sentir le coup. Parfois, on se concentre trop à essayer de faire les choses à la perfection, tout en essayant de tout suivre avec les yeux. De cette façon, je suis juste concentré sur le feeling, et je laisse mon côté naturel prendre le dessus, plutôt que de me dire ce que je dois faire. »

C’est un débat important qui traverse actuellement le golf au sujet des pensées techniques, ou de laisser la partie jeu prendre le dessus.

Garcia ajoute donc sa voix à celles nombreuses qui militent pour moins de contrôle, de pensées techniques, et plus de feeling « A l’évidence, cela me permet de conserver un stroke très doux. Bien entendu, ces greens aident car ils sont très rapides. Alors oui, j’ai eu l’impression de taper quelques très bons putts. J’en ai rentré quelques-uns. J’en ai manqué d’autres, mais pas beaucoup, mais au global, le feeling est très positif. »

Toutefois, il émet une mise en garde sur ce choix.

« Quand les greens sont plus lents, alors vous avez besoin de faire un mouvement plus long, donc c’est un peu plus difficile de fermer les yeux. A la fin de la journée, vous devez juste continuer à travailler sur votre geste. Il faut s’y tenir, et surtout se faire confiance. »

Garcia, 40 ans, admet qu’il doit faire des choix techniques à ce stade de sa carrière, et ne pas trop passer du temps à aller d’une technique à une autre.

Il constate simplement qu’en puttant les yeux ouverts, il est tout simplement moins performant, et révèle ainsi ce dont on pouvait se douter : Il va continuer à putter les yeux fermés au-dessus de la balle.

Cette histoire nous révèle que le joueur de haut niveau cherche à se focaliser sur un mouvement plus instinctif, plus ancré en lui, et moins réfléchi. Il admet aussi que c’est plus approprié sur des greens très rapides, où justement le contrôle de la vitesse est capital.

Enfin, même un golfeur qui putte relativement mal sur une saison peut trouver de la performance sur un week-end, et se situer au-dessus des autres.

Si vous essayez vous-même, cette simple technique qui consiste à putter les yeux fermés, vous pourrez sans doute constater qu’en vous privant volontairement d’un sens, vous en activez un autre plus fort, le sensitif.

C’est notamment l’impact du club avec la balle qui vous paraîtra plus enrichissant.

Au premier abord, c’est déroutant, mais rapidement au bout de 4 à 5 balles, on coupe avec le besoin de développer des pensées techniques, pour guetter le seul feeling. La sensation est assez agréable.

C’est peut-être un bon conseil pour les golfeurs qui parfois se relèvent trop vite, dans le but de suivre la trajectoire de la balle…

En revanche, cela demande de parfaitement savoir maîtriser son dosage.

Pour ma part, je me sers beaucoup de mes « chaussures » comme repères d’amplitudes du backswing. Les yeux fermés, je n’ai plus cette aide. Il faut donc la mémoriser « musculairement » pour pouvoir continuer à doser, y compris les yeux fermés.

C’est sans doute pour cette raison que Garcia affirme que putter les yeux fermés est plus compliqué sur des greens lents.

Crédit photo : Speed Media/Icon Sportswire

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