Dustin Johnson remporte un Masters 2020 sans public et sans suspense

A 36 ans, l’américain Dustin Johnson, numéro un mondial de golf en 2020 remporte son premier Masters, sur le parcours d’Augusta. Auteur notamment de deux cartes exceptionnelles de 65, jeudi et samedi, « DJ » avait déjà une bonne main sur la veste verte promise au vainqueur. Lors d’un dernier tour sans suspense, et un brin ennuyeux, sans les vrombissements du public absent, il n’a pas été réellement poussé dans ses retranchements par ses plus proches poursuivants, le sud-coréen Sungjae Im, et l’australien Cameron Smith. Rory McIlroy et Tiger Woods ont animé la journée, pour des raisons différentes, et sans pouvoir changer le scénario préétabli.

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Affublé du bien peu flatteur titre de Lucky loser pour avoir perdu quatre majeurs en position de leader avant le dernier tour, cette fois, Dustin Johnson a non seulement tenu son rang, et confirmé qu’il était bien le meilleur golfeur de la planète en 2020.

Auteur d’une saison solide qui malgré le coronavirus, et l’interruption du jeu sur le PGA Tour pendant plusieurs semaines, l’a vu remporté deux tournois, le Travelers Championship puis le Northern Trust pour reprendre le fauteuil de numéro un mondial, abandonné après le WGC-HSBC Champions 2018.

Alors que Bryson DeChambeau apparaissait comme le favori légitime de ce 84eme Masters, en raison de sa victoire à l’US Open, quelques semaines plus tôt, et surtout sa nouvelle puissance affichée depuis la reprise du jeu sur le PGA Tour, Dustin Johnson, fidèle à sa personnalité, est resté impassible, concentré sur l’objectif, et n’a jamais semblé en danger sur ce tournoi.

Au total, il ne va commettre que quatre bogeys, et surtout réussir deux eagles pendant quatre tours, confirmant une nouvelle fois que le vainqueur du Masters est celui qui fait le moins d'erreurs.

Avec plus de 75% de fairways en régulation pendant quatre tours, dont un magnifique 100% lors de son troisième tour décisif pour sa victoire, l’américain a dominé avec la meilleure stratégie sur un parcours plus souple qu’à l’accoutumée.

Comme supposé avant le tournoi, la longueur depuis le tee a bien entendu joué son rôle dans l’écriture du scénario, mais il n’était pas nécessaire qu’elle soit aussi spectaculaire que celle annoncée par DeChambeau.

Alors que la moyenne du champ des joueurs a drivé autour de 290 yards en moyenne, Johnson a drivé autour de 310 yards.

Le favori, DeChambeau a drivé 10 à 15 yards de plus, mais cela ne l’a pas aidé à rentrer plus d’eagles ou de birdies que le futur vainqueur.

Entre les deux américains, ce n’est d’ailleurs pas le putting qui a fait la différence (1.61 putts par trou en moyenne), mais bien la stratégie du tee au green qui a consacré le plus expérimenté.

En matière de putting, c’est surtout l’australien Cameron Smith qui s’est le plus distingué sur les terribles et vallonnés greens d’Augusta, avec une moyenne impressionnante de 1.50 putts par trous, le propulsant dans le top-3 du tournoi, son meilleur résultat en majeur, depuis l’US Open 2015 (quatrième), et déjà le Masters 2018 (cinquième).

Vainqueur de l’US Open 2016, Dustin Johnson profite donc de ce Masters 2020 pour remporter son deuxième majeur, et ainsi mettre fin à une éventuelle question sur sa capacité à gagner des majeurs, et notamment le Masters. Fin du débat, Dustin Johnson démontre surtout que pour gagner les plus grands tournois, il faut être le plus souvent bien placé.

On se rappelle qu’il a souvent perdu, en oubliant de dire qu’il est souvent dans le coup, et même plus souvent que ses principaux rivaux, comme Jordan Spieth, Jason Day ou Justin Thomas.

Ce soir, Dustin Johnson (ultime carte de 68) n’appartient donc plus à la catégorie des meilleurs joueurs à ne pas avoir encore gagné un Masters, d'autant qu'il sera désormais titulaire d'un nouveau record, celui du nombre de parties jouées consécutivement sous le par à Augusta, soit onze !

Autre record qui pourrait rester dans les mémoires, peut-être le seul s'agissant de cette édition 2020, le record du score le plus bas, soit -20, 268 coups pour gagner, et devancer le fameux record établi par Tiger en 1997, égalé par Spieth en 2015... un score qui avait largement contribué à la légende du Tigre.

Ce nouveau record marquera-t-il autant les vingt prochaines années ?

En plus de vanter la qualité de son jeu, on pourra aussi souligner sa constance pour jouer plus d’une vingtaine de tournois par an. Depuis 2015, il est certainement le golfeur le plus régulier au plus haut niveau.

Malheureusement, de ce Masters 2020, on ne pourra pas garder beaucoup de souvenirs, et sans incriminer Dustin Johnson, un ton très au-dessus de tous les principaux prétendants.

Comparativement à l’édition 2019, très disputée, la victoire de Dustin Johnson est autant marquée par son parcours sans faute, que l’incapacité des McIlroy, Koepka, Justin Thomas, Jon Rahm ou encore Patrick Reed de venir le chercher aussi bas.

En 2019, pour mémoire, Woods avait gagné en -13, et d'un seul coup devant Schauffele, Dustin Johnson déjà lui ou encore Brooks Koepka à -12.

Paradoxe en 2020, Sungjae Im et Cameron Smith terminent à -15, mais très loin du vainqueur, et sans jamais avoir pu le faire douter !

Incroyable, pour la première fois dans l'histoire du Masters, Cameron Smith a même rendu quatre cartes sous la barre des 70, et pourtant sans gagner le tournoi !

De cette journée, on retiendra la bonne performance de McIlroy (69) qui pourra regretter son premier tour calamiteux (75) pour finalement peser sur l’issue du tournoi.

Surtout, le seul événement marquant de ce dernier tour sera beaucoup moins positif mais mémorable avec le premier score à deux chiffres de Tiger Woods dans un majeur.

Au départ du trou numéro 12, Golden Bell, le tigre observe les trajectoires de ses deux partenaires pour attaquer ce PAR 3 si particulier, et qui l’an passé, avait été décisif pour sa victoire finale.

Contrairement à 2019, où il avait été tout simplement génial, en laissant Molinari, Finau ou encore Koepka tenter le drapeau, pour finalement redescendre dans Rae Creek, Woods a vu cette fois sa balle terminer sa course dans l’obstacle d’eau.

Plus tard, en interview avec Amanda Balionis, immanquablement interrogé sur cette grossière erreur, Woods a expliqué un fait que l’on ne pouvait pas voir à l’écran, Le vent a changé de direction soudainement après les coups de Lowry, et Scheffler, ses partenaires du jour.

Surpris, il a ensuite enchaîné les difficultés avec un coup vers le green trop long qui prend le bunker situé derrière le green, et de là, dans une position inconfortable, il tope sa balle à nouveau vers Rae Creek.

10 sur un trou, une première pour Woods en majeur, et une sanction qui lui fait perdre toute illusion de terminer dans le top-15 du tournoi, pourtant si bien commencé jeudi avec un score de 68 prometteur.

Woods n’aura donc pas sauvé son année 2020 sur ce seul Masters.

Son niveau de jeu, sa longueur au drive, ne lui permettent-ils plus de concurrencer les meilleurs ? Il a lui-même apporté une réponse à cette question en terminant par cinq birdies sur les six derniers trous.

Jamais auparavant, il n’avait terminé le Masters par quatre birdies sur les quatre derniers trous ! Sans doute piqué au vif, il aura voulu montrer un autre visage que celui de son fiasco au 12.

Woods est de mon point de vue tout à fait capable de gagner des tournois, et encore au moins un majeur… à condition qu’il joue plus souvent !

Le 33eme mondial avant ce Masters n’a tout simplement joué que 9 tournois en 2020, bien trop peu pour espérer être plus compétitif sur quatre tours à Augusta. Il aura finalement fait illusion sur le premier tour, avant de craquer sur le dernier.

Dommage car à la manière dont il a joué certains trous de ce Masters, il a montré qu’il était loin d’être hors-jeu. Son manque de rythme est sans doute à mettre en perspective pour expliquer sa relative contre-performance en 2020.

Sa motivation redevient un sujet après une année 2018 éclatante, justement parce qu’il avait des choses à prouver.

A l’inverse, pour le vainqueur du jour, la moisson de succès ne devrait pas s’arrêter à ce Masters. Dustin Johnson voudra sans doute nous prouver encore beaucoup de choses, lui qui a souvent été raillé pour ses échecs, parfois sous-estimé, mais bien le meilleur depuis au moins cinq ans.

 

Espérons que ce premier Masters joué en Novembre soit aussi le dernier sans public, le « très » grand absent de cette édition bien trop silencieuse, sans âme, et sans émotion.

Nous aurons peut-être l’occasion d’en reparler en avril prochain (le 8 avril 2021), ce qui va arriver finalement très vite, après avoir attendu plus de 19 mois pour cette édition 2020.

Le Masters est définitivement le plus beau, et le plus mythique des tournois de golf dans le monde. A défaut d’une belle édition, il nous aura proposé un beau vainqueur.

Crédit photo : Brian Spurlock/Icon Sportswire

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Commentaires   

mhezkia@gmail.com
+1 #1 Le désert...mhezkia@gmail.com 16-11-2020 01:39
C'est une très belle victoire de Dustin Johnson. Pour nous, elle n'a peut-être pas le même goût que d'habitude. Comme vous le dites, le grand absent, cette année, c'est le public... Je ne pensais pas, qu'il aurait tellement manqué. En effet, on voit régulièrement, à la télé, des tournois où il n'y a pas ou très peu de public. Mais là, les Masters !!! L'ambiance est tellement mythique ! Le Masters sans le public... ce n'est plus le Masters. Finir sa partie avec le public qui hurle au moment du dernier coup, cela doit être inoubliable ! Remonter la horde de fans pour aller signer sa carte... Le calme de Dustin Johnson était olympien, peu de bruit, pas de mouvements de foule entre les trous, bref, j'ai zappé régulièrement car je m'endormais. Même ses adversaires semblaient anesthésiés. J'aurais quand cru que Justin Johnson saute de joie, éclate de rire ou manifeste son bonheur... Rien... Toujours d'un calme impavide... Seul son caddie et frère pleurait... Même sa femme a traversé tout le green pour prendre son frère dans ses bras pendant qu'il récupérait le drapeau. Comme on dit chez nous, c'est vraiment un taiseux. C'est surtout un grand champion.

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