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Le contrat de Dustin Johnson illustre les failles de la presse dans son devoir d'information

Début janvier 2021, la prolongation de contrat du golfeur américain Dustin Johnson avec son équipementier TaylorMade fait l’objet de quelques brèves dans la presse, essentiellement spécialisée golf. Cette information d’une importance relative pour des millions de golfeurs, en même temps que la campagne de lancement des nouveaux clubs, illustre l’affaiblissement dramatique du métier de l’information face aux marques. Oui, tels de bêtes perroquets, les médias vous ont répété l’information, sans jamais vous livrer les deux seules informations réellement pertinentes : La durée du contrat, et le montant. Cette séquence illustre une fois de plus l’époque que nous vivons : Le 100% réseau social, et le 0% esprit critique ou de curiosité. C’est pathétique !

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La bouche en cœur, le doigt sur la braguette, les médias golf du monde entier, y compris en France, ont bêtement dégainé l’information au milieu de la semaine : Dustin Johnson a prolongé son contrat avec TaylorMade, ce qui constitue tout sauf une surprise, et encore moins une information vitale à la pratique de millions de golfeurs amateurs.

Bêtement, car en se contentant de copier-coller l’information issue d’un seul et même communiqué de presse, sans lui apporter la moindre plus-value, et pire, sans poser la moindre question.

Certes, cette information n’est pas d’une portée capitale, mais il y a pourtant plusieurs choses à noter, qui illustrent l’époque que nous vivons.

Premièrement, le communiqué de TaylorMade est relativement court, en citant une réaction du joueur, et du président de la marque, David Abeles, forcément tous deux euphoriques.

Aucune information sur la durée, et mieux sur la contrepartie financière dans un contexte de pandémie mondiale, et alors qu’à quelques jours de la reprise de la saison de Formule 1, le champion du monde Lewis Hamilton n’a toujours pas resigné avec Mercedes.

Le parallèle est intéressant car la marque automobile allemande rechigne à s’aligner sur les prétentions salariales de l’anglais, justement dans un contexte sanitaire et économique sans précédent.

La même situation ne semble pas avoir empêché le numéro un mondial de golf de signer un nouveau contrat avec une marque de matériel de golf, alors que globalement, on peut estimer que le marché mondial des équipements a globalement reculé de (seulement) 5 à 10% en 2020 (malgré des records de ventes à l’été).

Cependant, à la différence d’une écurie de formule 1, 2020 marquera sans doute une année historique pour la marge des fabricants de matériel, qui ont comme jamais, réduit les frais de déplacements, et les frais de promotions sur les produits.

Le confinement a participé à l'enrichissement des marques de matériel.

Toujours s’agissant de l’exemple de Lewis Hamilton, la célèbre revue Forbes nous apprenait qu’en 2020, le champion britannique, incontestablement le meilleur de sa génération touchait 54 millions de dollars, dont 12 millions de dollars de parrainages, et une rémunération complémentaire de 42 millions de dollars.

A titre de comparaison, ça vaut combien un numéro un mondial de golf en 2020, dans un contexte où les golfeurs ont joué des tournois « amicaux » ?

Désolé, sur ce point, je considère qu’un tournoi de golf sans public ne vaut pas plus qu’une partie d’entraînement !

Le classement FORBES 2020 des 100 sportifs les mieux payés de la planète illustre le fait qu’il y a bien eu un impact de la pandémie sur la rémunération, et par exemple, pour les footballeurs Ronaldo, et Messi, dépassés par Roger Federer à 106 millions de dollars, en tête du classement.

Pour la première fois depuis quatre ans, les revenus des sportifs ont bien connu une décroissance.

Alors qu’il a réalisé une saison fantomatique, et pas réellement digne de son talent, Tiger Woods resterait le golfeur le mieux payé de la planète, en huitième position, avec 62,3 millions de dollars, dont en réalité 60 millions en parrainage : Merci Nike, TaylorMade et consorts…

Ce montant nous donne une première indication sur la borne maximum pour un golfeur de très haut niveau. Woods a 60 millions en 2020 est celui qui donne le tempo pour la valeur d’un golfeur.

McIlroy, 14eme au classement 2020 émarge à 52 millions de dollars dont 30 millions de dollars pour le parrainage, soit moitié moins que Tiger.

Une somme qui reste extraordinaire, mais aussi admissible. McIlroy vaut économiquement une moitié de Woods, ce qui est déjà en soi une performance à son crédit.

En revanche, sportivement, il vaut bien plus pour la seule saison 2020, avec tout de même 4,4 millions de dollars de gains, selon les chiffres fournis par le PGA Tour, en repli par rapport aux 7,8 millions de la saison précédente.

En troisième position, le quinqua Mickelson pèse encore légèrement plus de 40 millions de dollars dont 99% de revenus par ses sponsors, et en particulier Callaway.

Le quatrième et dernier golfeur du top-100 est 52eme, et il ne s’agit pas de Dustin Johnson.

C’est encore étonnement Jordan Spieth avec 27,6 millions de dollars de revenus dont 26 millions par ses sponsors, et au premier rang, Under Armour.

Ce classement illustre que Forbes ne fait plus très bien son travail, et personne ne l’a remarqué.

En effet, le dernier du top-100 serait en 2020 le footballeur espagnol Sergio Ramos à 21,8 millions de dollars.

En septembre 2020, avant de disputer et même de remporter le Masters à Augusta, Dustin Johnson, sans parler de son contrat avec TaylorMade avait déjà accumulé 20,8 millions de dollars de gains sur le terrain.

Ne pas oublier qu’il a justement remporté la Fedex Cup en 2020, et donc le chèque qui va avec de 15 millions de dollars !

Pour le Masters, il a pris 2,07 millions de dollars supplémentaires.

Au total de sa carrière, selon les chiffres fournis par le PGA Tour, il dépasse déjà les 70 millions de dollars de gains. 

Avec donc plus de 22 millions de dollars de gains sur le terrain en 2020, Dustin Johnson ne peut pas ne pas intégrer le classement Forbes 2020 des athlètes les mieux payés au monde.

Quoi ? Il rince gratis pour TaylorMade, et son contrat vaut 0, cette information qu’aucun journaliste de golf n’a été cherché, n’a pensé à le faire, ou s’est pris un refus poli de la part de TaylorMade.

A ce sujet, durée et salaire, pour y voir plus clair, il faut déjà savoir que Dustin Johnson, depuis toujours avec TaylorMade (ses débuts pros), avait déjà resigné un contrat de 5 ans en 2016, et en même temps qu’un autre numéro un mondial, Jason Day.

Les marques se contentent de parler de contrats pluriannuels, mais c’est un terme qui ne veut rien dire. Un contrat avec une durée déterminée dure 1,2,3 ou X années.

On peut donc en déduire que DJ a resigné pour une durée équivalente de 5 ans, soit la période 2021-2016, ce qui l’amènera à l’âge de 41 ans.

S’agissant du montant, c’est la partie la plus délicate à évaluer.

Cependant, DJ est sans doute au firmament de sa valeur marchande, renforcée par tous ses récents succès, Fedex Cup, numéro un mondial, et victoire au Masters.

Vaut-il les 60 millions de Tiger ?

Personne ne vaut ce que Tiger symbolise pour le golf dans le monde.

On peut donc raisonnablement imaginer que DJ ne dépasse pas les 60 millions de dollars par an.

Toujours pas relevé par mes confrères, personne n’aura noté que ce nouveau contrat proposé à DJ aura coûté leur places à Jon Rahm et Jason Day dans la « famille » dite TaylorMade, sans doute sacrifiés par l’équipementier, pour financer ce nouveau contrat, sans faire exploser son budget promotion.

Un autre golfeur peut nous aider à estimer la valeur du contrat d’un numéro un mondial, Rory McIlroy avec ses 30 millions de dollars, ou encore Jordan Spieth, ancien leader du golf mondial estimé à 26 millions.

Raisonnablement, on peut donc imaginer que la valeur de Dustin Johnson se situe au moins autour de 30 millions de revenus par le parrainage, ce qui cumulés avec ses revenus sportifs devraient l’amener autour de 55 millions de dollars pour la seule année 2020.

De mon point de vue, Dustin Johnson est très certainement dans le top-15 virtuel du classement Forbes 2020, sans doute légèrement devant McIlroy, et encore derrière Woods.

Ce nouveau contrat étant certainement autour de 30 millions de dollars avec TaylorMade, à peu près sensiblement le même pour McIlroy ou encore Woods, je doute que TaylorMade pouvait encore aligner 5, 10 ou 15 millions de plus pour Rahm et Jason Day.

C’est l’une des informations à retenir de ce jeu de chaises musicales. Pour garder Dustin, TaylorMade a sacrifié Rahm, et avec un peu moins de scrupules, Jason Day.

Morikawa, Wolff et Fleetwood font d’ailleurs sans doute office de sparring-partner plutôt que de réels challengers d’un point de vue financier.

La presse dans son ensemble est donc pathétique de ne pas essayer de contourner le mur TaylorMade pour essayer d’apporter aux lecteurs les deux seules informations qui comptent : La durée, et le montant.

Elle l’est d’ailleurs deux fois à l’image de la campagne actuelle de promotion des nouveaux clubs 2021 de la même marque.

Début janvier, alors que TaylorMade nous contraint de signer un contrat d’embargo pour ne rien révéler des nouveaux clubs avant le 19 janvier, et pourtant, nous les avons depuis mi-décembre, la marque montre une forme de mépris de la presse, et en même temps sa priorité pour les réseaux sociaux, en dévoilant ostensiblement ses nouveaux produits dans différentes photos, et clips publicitaires.

Vous pouvez donc savoir de quoi nous parlons sans que je puisse vous citer le nom… que vous pouvez déjà connaître par ailleurs.

Le jeu de dupe n’a jamais atteint un tel paroxysme.

La presse de golf n’a jamais été autant humilié et foulé au pied par une marque, qui organise elle-même le non-respect de l’embargo qu’elle impose.

Il faut dire que nous vivons une époque de sans foi ni loi comme jamais, avec les bloggeurs, youtubeurs, vloggeurs, qui prétendent tout savoir du fond de leur salon, sans être responsable de rien, pas tenus par des accords de confidentialités, et qui profitent des réseaux sociaux pour dévoiler des photos ou images de produits pourtant sous embargo.

Dans quelle mesure, les marques n’organisent-elles pas elles-mêmes ces fuites ?

Par conséquent, la presse prétendument professionnelle est le dindon de la farce, reléguée bien après Instagram, Facebook et Youtube par la propre stratégie de communication des marques.

Marques qui se prennent pour des médias, sans l’indépendance et l’objectivité nécessaire.

Et pendant ce temps, la presse, en particulier de golf applaudit bêtement des deux mains, sans comprendre comment une marque de matériel organise son inutilité.

Crédit photo : David J. Griffin/Icon Sportswire / Michael Wade/Icon Sportswire / Robin Alam/Icon Sportswire et Antonin Vincent/DPPI/Icon Sportswire

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Commentaires   

billard.luc@gmail.com
0 #2 La presse tout courtbillard.luc@gmail.com 11-01-2021 12:39
Mon cher Laurent je lis le matin quelques journaux de langue française, Canada, Belgique, Suisse, France........! Tu pourrais n’en lire souvent qu’un car pour beaucoup d’articles c’est la copie exacte au mot prêt je pense d’une dépêche de je suppose l’AFP. Conclusion l’indépendance de la presse et sa pluralité n’existe pratiquement plus.......! Par contre j’ai essayé de lire un jour un article sur la covid dans le Times et malgré ma méconnaissance de l’Anglais, mais à l’aide de traducteur j’ai trouvé un article super bien fait, intéressant, différent et t’informant......! N’est-ce pas le but d’un média quel qu’il soit.....? Amitiés Luc
mhezkia@gmail.com
0 #1 Pas étonné ?mhezkia@gmail.com 11-01-2021 00:56
Il n'y a pas de raison que la presse golfique soit différente de la presse mainstream. La majorité des titres appartient à 4 ou 5 milliardaires qui dictent leur loi. De plus, en réalité, ce sont les annonceurs qui dictent leur loi. Comment imaginer qu'une revue de golf puisse se fâcher avec un fabricant ? L'inverse est pourtant vrai, il me semble. C'est toujours une partie de poker menteur. Les réseaux sociaux peuvent contre-balancer cette hégémonie commerciale, mais là aussi, des sites comme le vôtre ont besoin d'argent pour vivre, et tout le monde n'est pas prêt à payer pour avoir un accès différent à l'information. En France, les gens ne veulent que de l'info gratuite... Je le vois autour de moi. Je parle de vous à beaucoup d'amis, ils veulent bien que je leur parle de vos articles, voire que je fasse des copies d'écran pour eux, mais il ne leur vient pas à l'idée de prendre un abonnement payant... C'est triste. La presse, comme les éditeurs de musique, de films, de livres se sont tirés une balle dans le pied depuis des année. Pléthore de supports à des prix de plus en plus prohibitifs. L'euro n'a pas arrangé les choses. Les gens se méfient des journalistes. Ceux-ci reprennent de plus en plus les brèves de l'AFP in-extenso, et brossent leurs interlocuteurs dans le sens du poil. Et en parlant de poil, il y a bien longtemps que le journalisme n'est plus le poil à gratter qu'il pensait être...

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