Drives à près de 400 mètres : Une nouvelle réalité qui pourrait dénaturer le jeu de golf ?

Au cours d’une récente conférence de presse, l’américain Bryson DeChambeau, numéro 8 mondial, a déclaré « Je me réveille tous les matins en me disant – Je peux swinguer encore plus vite. Je ne sais pas où se situe réellement ma limite, et je continue à la chercher chaque jour, à chercher à quelle distance maximum je pourrais bien atteindre ». Au cours du premier tournoi majeur de la saison, le PGA Championship, il s’est rapproché de la victoire, sans toutefois pouvoir l’atteindre, et a même défrayé la chronique avec un driver cassé. Cet été 2020, on n’aura jamais autant parlé de puissance au drive dans le domaine du golf, et pourtant, c’est un sujet central du jeu. Certains pros, dont Justin Thomas, s’inquiètent d’une possible législation à venir qui freinerait cette quête de distance. Aujourd’hui, à propos des professionnels sur le tour, on ne parle plus de drives à plus de 300 mètres, mais de drives à près de 400 mètres. Le jeu est-il menacé ? Les distances sur le tour ont-elles autant augmenté en 10 ans ?  DeChambeau incarne-t-il vraiment l’avenir du golf ? Quelles conséquences pour les golfeurs amateurs ?

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Bryson DeChambeau pèse désormais 108 kilos, et ambitionne de monter à 122 kilos, pour enfin se définir comme un véritable athlète !

Pour lui, cela ne fait pas de doute, la masse équivaut à de la distance.

Surnommé le scientifique fou, son jeu de golf est à lui seul un véritable laboratoire à expérimentations.

Il est obsédé par la meilleure manière de mieux jouer au golf, de baisser son score, de contourner les obstacles, et de réduire toutes les difficultés d’un parcours.

Il veut battre l’architecte !

Depuis la fin du confinement, par sa transformation physique, et son charisme, DeChambeau a capturé l’attention autour de lui, et de son projet de jeu : La distance maximum.

Finalement quatrième du PGA Championship, premier majeur de la saison 2020, quelque part, il n’a pas complètement réussi son pari.

Certes, depuis la reprise du golf aux Etats-Unis, il a déjà réussi à remporter un tournoi en illustrant la puissance de ses drives, et la précision de ses chips en guise de second coup sur les par-4, et même certains par-5.

Cependant, en majeur, cette puissance spectaculaire ne lui a pas encore permis d’écraser le golf mondial, et surtout les autres golfeurs.

A titre de comparaison, le jeune Collin Morikawa a prouvé que l’on pouvait encore gagner un majeur, en ne pesant que 77 kilos, soit 31 de moins que son compatriote, aux nouvelles allures de footballeur américain.

Quoi qu’il en soit, si DeChambeau n’a pas encore prouvé sa nouvelle supériorité physique en majeur, la question n’est plus vraiment autrement que « quand » ?

Les observateurs ne semblent plus douter de cette issue quasiment inexorable.

Dans la même veine, un autre type d’acteur du golf s’en inquiète : Le gouvernement du golf incarné par l’USGA ou le Royal et Ancient.

En Février dernier, les deux organisations publiaient conjointement un rapport d’étude de deux ans sur les gains de distances des golfeurs professionnels, et à propos du driving. 

« Sur une durée de 100 ans, on constate indéniablement une augmentation de la distance de frappe dans le golf, ainsi qu'une augmentation à peu près équivalente de la longueur des parcours de golf, et dans le monde entier. L'USGA et le R&A estiment que ce cycle continu arrive à un stade où il peut devenir préjudiciable pour l'avenir à long terme du jeu. . . L'augmentation de la distance de frappe peut saper le principe fondamental selon lequel le défi du golf consiste à démontrer un large éventail de compétences pour réussir. »

La question qui vient naturellement à la suite de cette affirmation est « Est-ce que DeChambeau est en train de dénaturer le jeu de golf ? »

Nous avons déjà eu ce débat sur JeudeGolf, dans de précédents articles, et une majorité d’entre nous semble le croire, et bien qu’à contrario, Fabien Donoyan, directeur de l’académie UGOLF soutient que DeChambeau peut apporter une nouvelle image plus jeune, et plus sportive, et donc un bénéfice à toute la filière golf.

Pour la vieille école, et dont je fais partie, le golf ne peut pas se résumer à taper un drive, et puis faire un chip en bord de green…

Cela étant, malgré les progrès de distance de DeChambeau, son récent résultat à Harding Park (PGA Championship) pourrait au contraire nous rassurer (cela étant Morikawa a pris un par-4 en un coup de drive pour gagner le titre majeur) et le débat sur la distance agir en trompe l’œil sur la réalité des gains de distances observés depuis 10 ans.

Oui, DeChambeau a réussi à prendre une place de numéro un, celle du plus long frappeur de drive en moyenne sur le PGA Tour, avec une statistique de 295 mètres de moyenne !

Il s’agit à ce jour de la moyenne la plus élevée constatée sur le PGA Tour !

Sur trois ans, dans son cas personnel, il a bien augmenté sa « moyenne » de près de 23 mètres !

En juin, son drive le plus long, aidé par le contact au sol avec un chemin pavé, a notamment atteint 391 mètres.

Nous en sommes là, un golfeur tel que DeChambeau peut bien, et de plus en plus régulièrement driver les par-4 en un !

Gagner en distance est assurément une manière de faire baisser les scores sur un parcours de golf.

Selon des études menées aux USA, un gain de 9 mètres de distance peut apporter une baisse de 0,6 à 0,7 coups en moyenne par partie.

Un gain de 18 mètres peut apporter entre 1,2 et 1,4 coups de gains par partie.

Sur le PGA Tour, quand DeChambeau a gagné en juin dernier, le tournoi de Detroit (Rocket Mortgage), il a drivé à 320 mètres de moyenne, alors que deux ans plus tôt, quand il avait gagné le tournoi de Boston, il avait drivé à 284 mètres de moyenne.

En deux ans, DeChambeau n’a pas gagné 18 mètres de moyenne, mais le double, soit 36 mètres, de sorte que selon le calcul réalisé par l’analyste Mike Carroll, son gain en score pourrait se traduire entre 2,4 et 2,8 coups.

A Detroit, il a justement gagné le tournoi avec 3 coups d’avances sur un autre long frappeur, Matthew Wolff, qui avait lui-même drivé à 298 mètres de moyenne pendant la semaine.

Si on prend les choses avec un peu de perspective, dans les années 80, les pros sur le tour tapaient en moyenne à 235 mètres au drive, un poil en-dessous de 250 mètres au début des années 2000, et en 2018, la moyenne s’établissait à 270 mètres.

Les bientôt 300 mètres de moyenne de DeChambeau, qui comprend plusieurs drives à près de 400 mètres, ne peuvent pas être pris à la légère par l’USGA, et selon un illustre vainqueur en majeur, Jack Nicklaus.

Cependant, quand on regarde les moyennes enregistrées chaque année par l’USGA, et toujours concernant la moyenne de distance au drive, entre 2011 et 2020, dans les faits, les choses n’ont pas réellement tant évolué, et ne sont pas aussi spectaculaire que le seul cas de Bryson DeChambeau.

Au contraire, vous seriez peut-être surpris de constater une certaine stabilité, à la fois pour la moyenne de distance, mais aussi pour les drives les plus longs !

Selon les statistiques du PGA Tour, depuis 2011, la moyenne de distance au drive oscille entre 265 et 270 mètres !

2020 n’est pas de ce point de vue, l’année la plus longue, en comparaison de 2018.

Le drive le plus long mesuré par le PGA Tour depuis 10 ans a été enregistré en… 2011 avec une distance totale de 423 mètres.

DeChambeau agite le microcosme golfique avec sa distance au drive, cependant, lui a gagné beaucoup en distance par rapport à son jeu. De manière globale, la situation est plus stable qu’elle n’y paraît.

Son coach de longue date, Mike Schy, explique à propos de son poulain, qu’il a pris la décision de prendre de la masse musculaire, au sortir d’une saison 2019 sans victoire sur le PGA Tour.

« Il a toujours eu la capacité de taper loin, mais il n’avait pas le corps, et notamment la masse musculaire pour tenir la stabilité nécessaire, et taper plus loin, plus souvent… »

DeChambeau s’est alors tourné vers Greg Roskopf, connu pour avoir aidé des stars américaines comme Peyton Manning, un footballeur américain, avec son principe « Technique d’activation musculaire ».

Sa théorie est justement basée sur la communication entre les muscles et le système nerveux.

DeChambeau avait déjà étudié ces questions quand il était au collège, et y croyait encore plus fort, après avoir ressenti des douleurs dans les hanches, et au dos en 2017.

Le préparateur l’a donc aidé à renforcer son « noyau interne », puis les autres aires musculaires, muscle par muscle.

Ce dernier a déclaré au sujet de DeChambeau « Chaque maillon faible a été renforcé pour être amené au PAR ! »

Pendant le confinement, effectivement, DeChambeau a accentué ce travail, et pris 11 kilos supplémentaires (il en avait déjà pris 11 de plus avant la fin de l’année 2019) en partant du principe que s’agissant de la physique du swing « le poids supplémentaire génère de la force en réaction par rapport au sol, ce qui se traduit par une plus grande vitesse de swing ».

Cette vitesse supplémentaire nécessite de la stabilité.

Pour Mike Schy « C’est important d’être stable, quand vous voulez vous assurer que vous êtes en équilibre pendant tout le swing » et ajoute « Si je swingue à haute intensité, mais je ne suis pas stable, je n’aurai pas d’équilibre, et je ne toucherai pas la balle correctement. »

DeChambeau est donc passé de 118 mph de vitesse de swing à 130 mph, tandis que sa vitesse de balle moyenne est passée de 170 à 190 mph.

Si on prend en compte les 150 meilleurs joueurs du circuit PGA, la vitesse de swing moyenne est de 115 mph, avec une vitesse de balle légèrement inférieure à 170 mph.

Il s’est donc clairement créé un avantage concurrentiel par rapport aux autres joueurs, d’autant que sa dispersion ne s’est pas pour l’instant détériorée.

Il est passé de 55% de fairways touchés en régulation à 59% entre 2016 et 2020.

Il affirme que les grips JUMBO Max lui donnent d’ailleurs plus de contrôle de la face à haute vitesse.

Le revers de la médaille de tous ces gains a été illustrés par les législateurs du golf (USGA et Royal et Ancient) qui affirment, à juste titre, que les parcours qui ne peuvent plus augmenter la distance des trous risquent de devenir moins intéressants, et même obsolètes.

Les parcours qui pourront s’agrandir vont utiliser plus d’eaux, et plus de produits chimiques, ce qui n’est pas vraiment dans la « ligne du parti » actuellement, et bien vu d’un point de vue environnemental.

Les longs parcours vont punir les golfeurs amateurs, et prendront plus de temps à jouer.

Pour Mike Davis, CEO de l’USGA « Tout ceci est à propos du futur à long terme du jeu. Nous sommes convaincus que ce problème va continuer à se poser, jusqu’à ce qu’on brise ce cycle. Avec la participation de toute la communauté des golfeurs, nous voulons nous donner l’opportunité d’assurer l’avenir de notre filière, et faire en sorte que le golf reste amusant pour les prochaines générations. »

Dans son rapport, les gains de distances sont clairement attribués aux clubs de golf moderne, et la balle, des golfeurs plus forts, et plus athlétiques, des techniques de swings plus innovantes, et des fairways coupés plus ras, qui ajoutent à la roule.

Cependant, le rapport ne cible pour l’instant que le matériel.

Une des options déjà évoquée serait de faire une séparation des règles entre les amateurs, et les pros.

Les pros seraient contraints d’utiliser des clubs et des balles dont les performances seraient bridées.

Il s’agirait d’intervenir sur 0.1% de la population des golfeurs, tandis que ce serait sans effet sur 99.9% des autres golfeurs, les amateurs.

L’idée serait de protéger les parcours de golf.

L’inconvénient serait de compliquer le processus de fabrication industriel (bien que ce ne soit pas réellement et véritablement un problème), mais surtout cela mettrait fin à un principe cher à notre sport, celui de donner la possibilité à un amateur, de jouer dans les mêmes conditions qu’un pro.

Une autre approche, et probablement la plus réaliste, pourrait conduire à ajuster l’architecture des parcours de golf, de monter les roughs, de plus punir les longs drives en perdition, et comme cela a été fait à Harding Park, dans le cadre du dernier PGA Championship.

Morikawa n’a d’ailleurs pas gagné parce qu’il tapait plus loin. Il a drivé à moins de 270 mètres de moyenne, optant beaucoup plus pour la précision.

Autre phénomène qui tend à contredire le rapport sur la distance, mis à part DeChambeau et McIlroy, les autres membres du top-10 des plus longs frappeurs ne sont pas classés dans les 35 premiers du classement mondial !

Taper à près de 400 mètres n’est donc pas la condition suffisante pour être le meilleur golfeur.

Cela n’empêche pas DeChambeau d’exprimer son souhait d’ajouter encore 13 kilos supplémentaires à sa silhouette, et dans les prochaines semaines.

Au-delà des suspicions de prises de médicaments pour réussir une telle prise de masse musculaire en si peu de temps, le vrai sujet concerne en fait sa santé à moyen-terme.

Son régime à base de protéines peut poser des problèmes, sachant que son père est diabétique, et a déjà eu recours à une transplantation rénale.

Comme pour beaucoup d’autres sujets (club à longueur unique, routine, tenue vestimentaire…), la décision de prendre des dizaines de kilos ne devrait pas être réellement suivie par les autres golfeurs professionnels. DeChambeau ne devrait pas être à l’origine du golfeur 3.0

Les conséquences sur la santé semblent bien trop risquées pour encourager les autres golfeurs à le suivre sur cette voie.

Certains de ses confrères comme Justin Thomas n’hésitent pas à émettre des doutes sur son caractère de scientifique fou « Quelquefois, je ne sais pas si lui-même comprend ce qu’il dit ».

A en juger par l’état physique de golfeurs, comme Jason Day ou Brooks Koepka, qui sans aller dans une telle extrémité ont régulièrement des douleurs, et des blessures au dos ou aux hanches, le coût d’une telle prise de masse pour l’organisme n’est pas systématiquement à mettre en face d’une garantie de succès.

Pour les golfeurs amateurs, des drives à près de 400 mètres, c’est quelque chose que la plupart n’imaginent même pas, et comme évoqué plus haut, ce n’est pas en réalité une nouveauté.

On mesure de tels drives sur le PGA Tour depuis déjà plus de 10 ans, et jusqu’à présent, cela n’a pas eu d’effet sur la vie quotidienne des golfeurs amateurs.

A nouveau, le débat pourrait très bien se régler au niveau, et seulement au niveau du golf professionnel par le choix de parcours du type Golf National à Paris, où le moindre drive égaré à gauche ou à droite tombe dans un rough haut de plus d’un mètre !

Sans allonger les parcours, quid de raccourcir la largeur des fairways, d’ajouter éventuellement plus d’obstacles, ou à l’extrême de compliquer les tours de greens…

Sur 30 000 parcours dans le monde, ce débat sur la distance au drive touche finalement, et seulement une cinquantaine de parcours en Amérique du Nord, et encore une cinquantaine dans le reste du monde, s’agissant cette fois de l’European Tour.

Le débat porte donc sur moins de 100 parcours dans le monde, dont certains comme le parcours de Crans-Sur-Sierre, pour l’Omega European Masters, ne nécessite pas d’ajouter plus de sapins pour qu’il soit suffisamment compétitif !

Crédit photo : Austin McAfee/Brian Rothmuller/Matthew Bolt/Patrick Gorski/Icon Sportswire

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Commentaires   

g.mpouna@gmail.com
0 #2 Distance, mais précisiong.mpouna@gmail.com 25-08-2020 13:07
Les gains en distance moyenne sont importants certes, mais toucher un fairway de 15m de large en draw, fade, à plus de 300m, cela relève de la virtuosité.
georges.grouiller@orange.fr
0 #1 Choix marginal.georges.grouiller@orange.fr 23-08-2020 10:28
Faire 120 kg, manger 6000 calories par jour dont une majorité de protéines, avaler une poignée de gélules au petit déjeuner, et pour certains se mettre un peu de farine dans le nez...c'est bien joli.
Mais si c'est pour finir avec des prothèses aux genoux suite au surpoids, ou en dialyse rénale à 60 ans, ou comme Pantani, merci. Souvenons-nous de tous ces grands sportifs qui ont mal fini pour avoir joué avec le feu.
Donc il faudrait commencer par faire des contrôles sérieux puis créer des parcours et des compétitions pour ceux qui font du bodybuilding, des préparations disons, d'un genre particulier et utilisent des "substances récréatives".
Stop à l'hypocrisie !

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