Posté par le dans European Golf Tour

L’European Tour 2022 se dévoile en même temps que son nouveau nom…

L'European Tour change de nom en 2022 et scelle son avenir avec Dubai

L’ensemble des médias golfiques européens ont reçu le 9 novembre un nouveau communiqué de la part de l’European Tour, pour annoncer trois faits majeurs concernant cette organisation : Primo, sa survie, secundo son changement de nom en DP World Tour, et tertio l’augmentation significative des dotations. Keith Pelley, et l’ensemble du board britannique de l’European Tour, peut pousser un grand « ouf » de soulagement, après deux années de menaces de disparition. Si on peut saluer ce joli tour, on peut aussi reconnaître que la disparition de l’European Tour dans un nouveau DP World Tour a le mérite de la cohérence, pour une entreprise qui n’avait en fait rien d’Européenne, surtout post-Brexit, et dont le siège était déjà en partie basé à Dubaï. Pour les amoureux du golf soucieux qu’un jour le golf professionnel puisse enfin se coordonner, et faire œuvre de cohérence, dans un grand circuit mondial, à l’image de la Formule 1 ou du Tennis, il faudra encore prendre son mal en patience…. Pour les golfeurs professionnels européens, cette annonce sera certainement vécue comme un soulagement, et un motif d’espoir.

Découvrez nos formules d'abonnements

L’European Tour a été l’une des entreprises les plus en risque de faillite à la suite de l’épidémie de COVID-19.  Depuis deux ans, ce circuit professionnel de golf était bien mal en point, et ses perspectives bien sombres.

L’annonce faite ce 9 novembre 2021 sonne comme un coup de théâtre, tant le circuit retombe sur ses pattes, et repart de plus belle vers l’avant.

C’est finalement du côté des Emirats que le salut est venu pour une organisation hors sol, et qui n’avait plus grand-chose d’Européenne, si ce n’est un nom même plus légitime.

En quoi l’European Tour était-il européen alors que ses décideurs sont tous en majorité Britanniques, et non pas Allemands, Français, Espagnols, Italiens, Belges, Suisses ou Néerlandais sans citer tous les pays ?

En quoi était-il Européen quand une grande partie du calendrier emmenait les joueurs en Afrique du Sud, en Australie, en Inde, en Malaise, en Arabie Saoudite et un peu partout dans le monde ?

En changeant de nom, le deuxième circuit professionnel de golf largement derrière le PGA Tour américain en popularité, notoriété, champs de joueurs et dotations, l’European Tour fait au moins le choix de la cohérence par rapport à son organisation, ses soutiens financiers et ses objectifs.

C’est aussi un échange « gagnant-gagnant » avec son principal argentier, DP World, filiale de Dubaï World, une société de participation financière propriété du Gouvernement de Dubaï (Emirats Arabes Unis) et troisième puissance portuaire mondiale, avec déjà une cinquantaine de terminaux, chiffre qui continue de grandir.

Dubaï a largement entrepris sa transition de puissance pétrolière à puissance… touristique.

Moins médiatisé, Dubaï a aussi été fortement affecté par la crise du COVID, et saisit-là l’opportunité d’accroître son influence sur un marché clé, et très largement sous-estimé par le gouvernement Français : Le Tourisme golfique, et ses mannes d’Euros ou de dollars dépensés chaque année, certes par un petit nombre de pratiquants, mais beaucoup plus dépensiers et générateurs de profits que toute autre catégorie de touristes.

Dubaï l'a parfaitement compris en misant en 2021 sur la création d'une gigantesque structure Top Golf, la première au Moyen-Orient.

L’European Tour et Dubaï étaient fait pour s’entendre, et se générer des opportunités de croissance.

Ce rapprochement ne date d’ailleurs pas d’hier.

A titre de mémoire, l’Omega Dubaï Desert Classic, un tournoi d’importance, a été lancé en 1989, alors que la finale du circuit « européen » se déroulait déjà chaque année, le DP World Tour Championship, sur le parcours du Jumeirah Golf Estate à Dubaï depuis 2009.

L’European Tour avait d’ailleurs discrètement délocalisé une partie de son siège à Dubaï, et toujours sur le Jumeirah Golf Estate. On peut largement penser que cela a facilité le rapprochement avec la société DP World, qui aujourd’hui, vient à sa rescousse.

Sans se faire d’illusion, dans un contexte où l’Arabie Saoudite cherche toujours à monter la Premier League de Golf, pour elle-aussi peser sur l’économie, et le tourisme mondial, tout comme Dubaï l’a largement déjà réussi, les intérêts de DP World pour le golf ne sont qu’indirects, et ne peuvent que dissimuler un intérêt bien plus stratégique et politique de la part de Dubaï pour peser dans le monde.

Le métier de DP World, logisticien portuaire œuvrant dans 64 pays dans le monde avec 56 000 employés de plus de 130 nationalités différentes est surtout en lien avec des clients gouvernements, armateurs, ou traders, et pas nécessairement directement ou obligatoirement une clientèle de golfeurs ou de golfeuses.

Le retour sur investissement pour DP World par rapport à son engagement dans le golf paraît à minima très indirect, pour ne pas dire difficilement mesurable.

En revanche, pour le gouvernement de Dubaï, cette opération est sans doute cruciale par rapport au voisin Saoudien, en quête du même bénéfice de notoriété.

Dans l’allégresse de cette annonce, peu de golfeurs et de golfeuses se soucieront en réalité des enjeux géopolitiques posés par cette nouvelle alliance.

Au contraire, ils se réjouiront du retour au calendrier du DP World Tour de l’Open De France, au Golf National, annonce faite justement cinq jours plus tôt.

Dans ce contexte, effectivement, plus rien ne s’oppose au retour du plus vieux tournoi d’Europe Continentale, qui pour les décideurs ne représente pas un enjeu stratégique financier, mais seulement historique et dans le but d’assurer une forme de légitimité.

L’Open de France, comme d’autres tournois va bénéficier de cette nouvelle donne, puisqu’aucun tournoi du calendrier ne va distribuer moins de 2 millions de dollars de dotations, une véritable bouffée d’oxygène, qui permettra au passage de solder définitivement l’échec et le scandale HNA.

HNA, du nom de cette compagnie chinoise éphémère sponsor titre de l’Open de France, qui n’a pas honoré son contrat de temps, en même temps de laisser une gigantesque ardoise aux organisateurs.

Bien entendu, ce nouvel accord entre le board soutenant Keith Pelley, et le gouvernement de Dubaï aura pour but d’aider au développement global du golf, entre autres objectifs moins affichés au grand public, et peut-être plus politiques.

Cet accord célèbrera donc le cinquantième anniversaire du circuit, plus que sauvé par la même occasion, avec pour la première fois de son histoire le dépassement de la barre des 200 millions de dollars de dotations sur l’ensemble de la saison.

Ce chiffre inclut les majeurs, et les championnats du monde, ce qui signifie que le réel impact du DP World Tour sera en fait de 140 millions de dollars.

En 2020, ce chiffre, sous l’effet du covid était tombé à 70 millions de dollars seulement, pour un circuit qui ne pouvait plus attirer les meilleurs joueurs, et en même temps, assurer son avenir.

A ces chiffres vertigineux, il faut ajouter une finale de la saison, toujours à Dubaï qui offrira pour la première fois une dotation à huit chiffres, et la barre mythique des 10 millions de dollars, de quoi commencer à rivaliser avec la finale de la Fedex Cup et ses 15 millions de dollars.

D’ici la finale, les golfeurs professionnels vont pouvoir repartir sur le circuit revigoré par de plus belles perspectives de gains, avec 47 tournois dans 27 pays différents, ce qui va immanquablement relancer la question du circuit mondial.

En abandonnant enfin un nom qui n’était pas représentatif de son organisation (European Tour), ce nouveau circuit pourra rivaliser avec le PGA Tour principalement implanté en Amérique du Nord, à défaut de nous proposer enfin un calendrier mondial coordonné et plus facile à lire, notamment pour l’attribution du titre de numéro un mondial.

Rassénéré, ce circuit mondial va nous emmener des Emirats Arabes Unis, en Afrique du Sud, sans oublier le Japon, ou la Belgique qui présentera d’ailleurs un nouveau tournoi mérité pour cette puissance émergente du golf en Europe, alors que les fameux Rolex Series trouvent eux-aussi dans cette annonce une forme de survie, et de légitimation.

Les Rolex Series, tournois inventés pour créer des moments incontournables de la saison européenne seront au nombre de cinq épreuves avec le Abu Dhabi HSBC Championship, le Slync.io Dubaï Desert Classic, le Genesis Scottish Open co-sanctionné par le PGA et le DP World Tour, le BMW PGA Championship de Wentworth, et enfin la finale du DP World Tour Championship encore à Dubaï.

Finalement, d’état de crise, et proche de la mort cérébrale, le golf professionnel rebondit comme l’économie mondiale à la suite du COVID, de sorte qu’il y a un fort risque d’embouteillages de tournois de golf, entre d’une part le calendrier du PGA Tour, et ce nouveau calendrier, sans oublier que l’Asie semble réclamer sa part du gâteau.

Cette annonce arrive ainsi à un moment où Greg Norman, figure légendaire du golf mondial reprend du service, pour diriger une entreprise LIV Golf Investments, dont la mission serait de mettre sur pied pour dix saisons, une série de tournois avec un budget de 200 millions de dollars d’investissements.

Ce nouveau circuit s’appuierait sur l’actuel Asian Tour, pour progressivement étendre son influence, et viserait à bousculer l’influence du PGA Tour américain, avec un calendrier composé de tournois à plus d’un million de dollars.

Ce calendrier voudrait lui-aussi établir 25 tournois par saison sans se limiter à l’Asie ou l’Arabie Saoudite, ce qui va donc amener encore plus de confusion, dans cette concurrence à trois entre PGA, DP World Tour, et Asian Tour.

Greg Norman, déjà accusé de vouloir s’en prendre au PGA Tour par le passé a déclaré « Depuis plus de quarante ans, je suis un fervent défenseur et partisan de la pratique et du développement du golf en Asie. L'Asian Tour est un géant endormi et nous partageons l'ambition de développer ce circuit et de libérer ce que nous pensons être un potentiel inexploité important. »

Sans que cela soit explicitement dévoilé ainsi, toute porte à croire qu’il s’agit d’une renaissance du projet de Premier Golf League soutenu par les Saoudiens, et accrédité par la récente décision des Américains d’interdire aux joueurs du PGA Tour de participer au Saudi International de 2022, tout comme les européens devraient le faire, alors que ce tournoi a justement changé de calendrier… pour rejoindre l’Asian Tour 2022…

Du 17 au 20 février, pour l’heure, l’ancien « circuit européen » n’a pas encore annoncé de tournoi de remplacement à la place du tournoi Saoudien, régulièrement gagné par Dustin Johnson, mais tout porte à croire qu’elle va rapidement annoncer un tournoi toujours au Moyen-Orient, pour ne pas laisser le champ libre à l’organisation de Greg Norman.

Le ton monte donc entre toutes ces organisations, ce qui laisse plutôt penser qu’il n’y aura pas demain un grand circuit mondial unifié, mais plutôt et au moins trois pôles qui vont s’opposer fortement, pour tenter de conserver une domination régionale.

On comprend mieux pourquoi le PGA Tour a pris une participation dans l’ancien European Tour.

En réalité, plutôt que de chercher à développer un grand circuit mondial, les deux entités ont surtout pensé à protéger leurs positions respectives, comme l’arrivée imminente d’un nouveau concurrent.

Dubaï est donc le salut de l’ancien European Tour menacé réellement d’être écrasé par l’affrontement Etats-Unis/Asie.

Le DP World Tour 2022 est en bonne voie

On peut même considérer que ce circuit s’en sort fabuleusement bien…au moins du point de vue de son commissaire, Keith Pelley qui a déclaré « Cette annonce est sans doute capitale dans notre histoire. Cela va annoncer une nouvelle ère dans le golf mondial, et surtout il profitera à toutes les personnes impliquées, tous nos joueurs, caddies, fans et partenaires, tout en faisant une contribution importante à la société, et au sens large ».

Il ajoute « L’ensemble de l’écosystème de notre tour sera renforcé grâce à cet accord extrêmement important, et c’était l’essentiel pour nous. »

Il parle d’ailleurs bien d’ambition à portée mondiale.

De son côté, Jay Monahan, commissaire du PGA Tour se félicite aussi de cette nouvelle, et du renforcement de son allié historique.

Certainement plus un adversaire, ce qui confirme que le PGA Tour n’a jamais eu l’intention de racheter ou de se fusionner avec le circuit européen, préférant le statu quo actuel « A la faveur de son partenaire de longue date, DP World, cette annonce va significativement élever le circuit européen, en même temps que notre partenariat stratégique »

Monahan considère que les deux circuits (en omettant sciemment de parler du troisième) vont fortement et rapidement progresser au cours des dix prochaines années.

Cette nouvelle donne devrait ruisseler sur l’ensemble du golf anciennement européen, et notamment le Challenge Tour, avec là-aussi des prix plus élevés, la remise d’un prix spécial John Jacobs pour soutenir les cinq meilleurs joueurs du Challenge Tour.

Le golf féminin ne devrait pas être oublié… de même que plusieurs opérations de bienfaisance.

En conclusion, un nouveau match à trois se dessine avec la montée de l’Asie, d’ailleurs dopée par la victoire de Matsuyama au Masters d’Augusta, en avril dernier.

C’est surtout l’occasion d’un nouvel affrontement entre Dubaï et l’Arabie Saoudite, tandis que les Américains ont pour l’instant choisi le camp de leur vieil allié. De tout cela, les golfeurs européens sont surtout observateurs.

  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 160
  • 0 commentaires
  • Imprimer
Modifié le
Twitter
Facebook
G+
In
pinterest

Restez informé

Recevez notre newsletter

Les dix plus célèbres coups de Tiger Woods en carr...
Quelles sont les perspectives pour l'industrie du ...

Auteur

 

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.