Posté par le dans Golf en France

Comment la distribution de matériel de golf en France va faire face à la crise ?

Après avoir évoqué la situation des marques de matériel de golf, dans notre premier sujet, de ce dossier en deux parties, cette fois, nous avons donné la parole aux distributeurs, et notamment Franck Siboulet pour le groupement Eurogolf, et Jean-François Boucher pour Carré Golf. Comment font-ils face à la crise du COVID_19 ? Quelles mesures ont-ils pu prendre ? Quels impacts sur les stocks ? Quelles sont les relations avec les fabricants ? Les aides du gouvernement sont-elles suffisantes ? Comment préparent-ils la reprise, et surtout quel est leur état d’esprit et leur confiance dans la survie du secteur à court terme ?

Découvrez nos formules d'abonnements

La situation est surréaliste. Pour Franck Siboulet, responsable du magasin Esprit Golf de Mulhouse, une des premières villes touchées par l’épidémie de Coronavirus en France, un des principaux « cluster », un mot que nous avons découvert à cette occasion, la survie des entreprises, et en particulier, des distributeurs de matériel de golf se joue.

Alors que les responsables de marques sont dans la sidérations, « encaissent » le coup, et s’appuient sur des multinationales très puissantes, le son de cloche diffère quelque peu, pour des entreprises, souvent seulement françaises, et de plus petites tailles.

Avant cette crise, il y avait déjà un profond déséquilibre que j’avais noté entre le secteur de la distribution, et le secteur industriel.

Dans une autre vie, j’avais vécu l’inverse, en travaillant dans des groupes de distributions de fournitures industrielles ultradominants, avec une majorité de fabricants plutôt petits, sauf bien entendu quelques très grands fabricants mondiaux, et par exemple, Air Liquide ou Karcher.

Dans le domaine du golf, la distribution est un maillage finalement, et de fait, bien plus fragile, loin de pouvoir imposer des conditions commerciales drastiques à des sociétés qui opèrent dans le monde entier, et réalisent des chiffres d’affaires qui se comptent en milliards de dollars annuel.

Franck Siboulet sait déjà tout cela. C’est un « ancien » du métier. Il a 60 ans, et 16 ans dans la gestion d’un magasin de golf. Il a toujours opté pour un dialogue soutenu et constructif avec les marques.

J’avais déjà interrogé Jean-François Boucher en 2017 à l’occasion du rachat de GolfShop. Le marché était à l’époque en léger repli, et rêvait à un effet économique majeur en provenance de la Ryder Cup.

Carré Golf consolidait alors sa position sur le marché français, et initiait un début de concentration par rapport à Golf Plus, Eurogolf et US Golf, les principaux acteurs « magasins de détails » du marché français.

Originaire des métiers de la distribution spécialisée et de bricolage, il entendait amener le même type de rationalité dans le golf, et quelque part, « importer » et appliquer des recettes de succès.

Au début de notre entretien, il me rappelle qu’à son arrivée dans le golf, il avait été très surpris par le fait que les revendeurs n’étaient pas rentables ou très peu rentables.

« Le golf est un marché de niche. Il est arrivé que par passion, des magasins de golfs se soient ouverts en face d’autres magasins, et alors qu’il n’y avait pas de place pour deux ! »

Dans les premières heures de la crise, la priorité des deux hommes a semble-t-il été la même : Fermer les magasins, et mettre les entreprises en sécurité.

Avec dans les deux cas, une même priorité : Protéger le personnel.

Pour Franck Siboulet « toutes mes échéances étaient réglées jusqu’à fin mars. »

Plus que les précédents épisodes compliqués en France et pour le commerce, Gilets Jaunes, grèves des retraites, l’activité est surtout météo-dépendante. Le début d’année, avant le coronavirus, lui semblait plutôt « square » par rapport à la même période l’an passé.

Pour le responsable Eurogolf « Il y avait un appétit pour les nouveautés. »

Ajoutant « Pour ma part, je n’ai pas de problèmes avec les chiffres. Au 15 mars, j’étais en progression de +7%, sachant que depuis le 1er juillet 2019, nous avions aussi repris le magasin de Strasbourg qui était aussi en forte progression, et à la suite d’investissements, notamment avec la mise en service d’une station de fitting Trackman indoor. »

Avec cet enchaînement de situations, la première problématique d’un entrepreneur, c’est logiquement la trésorerie, et dans ce cas, les situations sont inégales selon les magasins, et selon les tailles de magasins.

Pour Jean-François Boucher, pour donner suite à l’arrêté de fermeture émis le samedi soir, il fallait intervenir dès le dimanche matin pour fermer le pro-shop du golf de Saint-Cloud.

Le dirigeant a ensuite défini des priorités : « En un, penser aux salariés, en deux assurer les factures incompressibles de type eau, électricité, téléphone, internet, et en trois, prendre les décisions les plus difficiles et drastiques, pour informer les fournisseurs. »

Il précise « Quand une entreprise fait 0 de chiffres d’affaires, il lui est impossible de régler des paiements. »

Dans la foulée de ces priorités, il faut se mettre en quête de négocier des reports de crédits avec les banques, et obtenir des reports de charges, notamment pour les loyers.

« Si les recettes sont à zéro, il faut qu’il en soit de même pour les dépenses. »

Dans ce cadre, les mesures de chômage partiel ont été appliquées, et les deux entités ont jugé les mesures mises en place par le gouvernent comme utiles, et pertinentes.

Même si Jean-François Boucher a noté certaines ambiguïtés entre les annonces gouvernementales et la réalité sur le « terrain ».

Il précise sa pensée concernant la mesure des loyers reportés, et l’arrêté du 23 mars. « Ce n’est pas une annulation des loyers, mais un report. Ensuite concernant les dispositifs d’états et de prêt garanti, toutes les entreprises ne sont pas éligibles, en fonction du chiffre d’affaires, de la taille, et de l’état des capitaux propres. »

Plus important « Je crains que ce ne soit pas un simple report des charges qui suffise, mais bien purement et simplement une annulation. A ce propos, j’ai salué la décision de l’un de mes bailleurs qui l’a fait pour certains de nos magasins. En revanche, je ne suis pas certains que les banques jouent toutes le jeu, et je constate déjà des refus de prêt de trésorerie pour les SCI ou les holdings. »

In fine, Jean-François Boucher serait curieux de connaître le nombre d’entreprises qui vont réellement bénéficier de prêts BPI, par rapport au nombre des demandes.

« Les entreprises qui n’ont pas un premier bilan de 12 mois, qui n’ont pas de résultat ou les entreprises qui ont été créées en 2019 ne sont pas éligibles au dispositif. Enfin, pour l’instant, autour de moi, des dirigeants que je côtoie, je n’ai pas encore entendu qu’ils avaient obtenu ces PGE »

Pour les dirigeants, au-delà des mesures annoncées par l’Etat, c’est la réalité des actions qui vont être prises par les banques qui feront la différence sur l’économie, et le maintien de l’activité.

Sans les PGE, il semble que les magasins de golf ne pourraient pas tenir sur une interruption totale d’activité du 15 mars au 11 mai.

C’est donc la question qui « tue », le risque de faillite est-il avéré dans ce secteur ? Pour Franck Siboulet, un paramètre va être clé : La réouverture des golfs.

« Entre le mois de mai et le mois de juillet, ce n’est pas du tout la même chose pour nous.  Si les golfs rouvrent en Juillet, j’ai bien peur que nous ne nous en remettions pas. »

La date effective de reprise du golf est donc bien le point clé pour l’avenir de la distribution, car selon le dirigeant Eurogolf « Les prêts BPI sont importants, mais ils ne suffiront pas pour tout le monde. »

Il ajoute « Je constate que le golf reprend dans certains pays comme le Danemark, qu’il ne s’est pas arrêté en Suède, il faut que la FFGOLF agisse pour une reprise d’activité rapide en France. »

Franck Siboulet rappelle que 50% des golfs en France ne sont pas à l’équilibre en temps « normal », et risquent fort logiquement de ne pas s’en remettre.

« Comme les magasins de bricolage, le golf n’est pas vital pour la vie. » Dans les deux cas, les deux dirigeants appellent la FFG à être proactive.

Dans ce cas, le prochain sujet pour les magasins de golf, ce sera comment faire revenir les golfeurs dans les magasins, et comment les faire consommer ?

Pour Franck Siboulet « Ce sera avec nos qualités habituelles, la qualité de nos fittings, et certainement pas par le fracassage des prix. »

Sur ce sujet, il imagine en complément que les marques vont ou devraient faire perdurer les produits 2020 sur 2021.

« Je vois mal les marques annoncer des nouveaux produits au mois de novembre ou de décembre. »

De son côté, Jean-François Boucher exprime encore ses doutes sur la stratégie de déconfinement concernant les golfs. « Ce n’est pas encore très clair, mais au-delà de ça, un autre problème se profile : Les soldes. »

En cas de déconfinement mi-mai, il ne restera plus qu’un mois et demi avant la date officielle des soldes.

« De mon point de vue, ce n’est pas possible de maintenir les soldes à cette date, et pour écouler suffisamment de produits. Or, la question du prix est fondamentale. »

Il ajoute « Vous avez sans doute déjà commencé à constater la hausse des prix dans les magasins alimentaires. L’inflation a commencé. Dans le cas des magasins de bricolages, cela va être le moyen de reconstituer de la trésorerie. A contrario, casser les prix, ce serait entamer une course sans fin vers la faillite. Il faut garder ses nerfs, et faire des choix entre rentabilité et trésorerie. »

Dans le cas particulier du golf, cela pourrait signifier annuler des drops « réassortiments », réduire les stocks en magasins, et peser pour reporter les soldes.

Pour Franck Siboulet « Il faut reporter les soldes en Août. Je distingue le textile des clubs, car ces derniers peuvent être vendus toute l’année. »

Le problème, c’est clairement le textile immobilisé actuellement en magasin « On ne peut pas vendre sans marges »

Il faudra donc à la fois faire revenir les clients, et reporter les soldes, sans cela, la situation après le déconfinement pourrait rester critique.

Jean-François Boucher identifie peut-être une opportunité avec le fait que l’espace Schengen reste fermé encore quelques mois « Les Français vont peut-être passer leurs vacances en France, et consommer en France. »

Ce commentaire fait justement écho à celui de Lionel Caron, dans le précédent sujet, qui voyait lui aussi une reprise plus rapide des marchés golfs où l’offre domestique est déjà la plus forte.

Franck Siboulet explique aussi une possible lueur d’espoir dans la relation client développée avant la crise.

« Je gère mon magasin à Mulhouse depuis plus de 16 ans, dans 90% des cas, les relations avec nos clients sont amicales. Par chance, dieu merci, je n’ai pas eu de décès de mes clients, et j’imagine que nos relations demain seront toutes empreintes d’humanités. »

Il ajoute « J’espère que les gens auront plaisir à revenir chez nous »

Pour Jean-François Boucher « Il faut remettre en lumière l’intérêt des magasins de proximités, les commerçants locaux… »

« Dans notre domaine, il y aura toujours la notion de plaisir à toucher les produits, de faire un fitting… » Avant de préciser que pour retrouver les clients en magasin « il faudra des changements, de l’adaptation, et de la bienveillance. »

Au sujet des ventes sur Internet « Internet existe, cela ne va pas disparaître. Il nous faut vivre avec, sachant que les gens qui vont sur les sites Internet sont très orientés sur la recherche du prix le plus bas. Pendant le confinement, les ventes se sont sans-doute un peu développés, à la question près des livraisons. »

Avant d’ajouter « C’est facile d’ouvrir un site Internet, c’est difficile d’en faire un business rentable. La plupart du temps, la rentabilité n’est pas au rendez-vous. Il faut faire de gros volume or le marché français est un marché de niche. »

A la différence des marques de golf, les distributeurs imaginent ou souhaitent que l’industrie soit relocalisée.

Franck Siboulet imagine qu’ « Il faudra repenser l’économie. Faudra-t-il encore importé le textile et les chaussures ? » tandis que Jean-François Boucher se questionne sur « La recherche du moins cher permanent et qui pousse à la délocalisation »

Y aura-t-il des faillites de magasins ?

Pour Franck Siboulet « Très honnêtement, concernant les marques, je ne pense pas. Pour les magasins, cela va dépendre. C’est plus possible, et cela va dépendre de la maturité des magasins, de la trésorerie… »

Pour Jean-François Boucher, le constat est encore plus préoccupant, surtout sur l’intervention des banques dont pour le moment, il doute…

« Si les banques ne soutiennent pas plus activement les entreprises, il y aura un effet de domino avec des faillites en cascade, ce qui pourrait finir par se répercuter sur les banques, et alors entraîner une crise financière. Ce serait catastrophique. Cependant, il semble que la FED et le BCE veuillent soutenir les banques. C’est donc trop tôt pour faire des pronostics. »

Il précise « Je vois trois vagues, maintenant pour les plus fragiles, dans six mois pour les entreprises qui auront seulement obtenu des reports de charges, et dans un an pour les entreprises qui ne pourront pas commencer à rembourser les PGE. »

Il renchérit « Le gouvernement devrait plus contraindre les banques ».

  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 562
  • 4 commentaires
  • Imprimer
Modifié le
Twitter
Facebook
G+
In
pinterest

Restez informé

Recevez notre newsletter
Comment les fabricants de matériel de golf vont fa...
Confinement: Comment les fédérations nationales de...

Auteur

 

Commentaires   

admin
0 #4 réponseadmin 19-04-2020 16:11
Bonjour Monsieur Girard, vous avez certainement raison. Toutefois, notez je vous prie que JeudeGolf n'exprime pas son point de vue sur la question des loyers, mais relate l'expression des personnes interrogées. En qualité de journalistes, nous posons les questions, et ne faisons pas les réponses. Merci pour vos encouragements qui nous touchent, moi et l'équipe. Laurent
girard.xav@free.fr
0 #3 Loyersgirard.xav@free.fr 19-04-2020 13:46
Je vous en prie , ne parlez pas comme les incapables économiques qui nous dirigent depuis... très longtemps . Pour sauver le magasin et qu'il ait 0 charges en regard de 0 recettes , vous voulez décaler les loyers . Mettez vous a la place du type qui n'a que cela en plus d'une petite retraite pour vivre .... le magasin risque d’entraîner le proprio des murs aussi ? Demander aux banques , oui , aux bailleurs erreur ....
Félicitations pour vos articles et votre site
Xavier
admin
0 #2 réponseadmin 17-04-2020 12:14
Bonjour Monsieur, vous avez raison, et merci de me le signaler. Le clubmaker que j'avais prévu d'interviewer m'a répondu hors délai, je vais donc replanifier un sujet uniquement sur ce secteur, et élargir à plusieurs intervenants, semaine prochaine.
Cordialement,
molchesqui@gmail.com
0 #1 Que vont devenir les clubs makers ?molchesqui@gmail.com 17-04-2020 11:43
Le titre contient la question...

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.