Posté par le dans Golf en France

A quelle distance les amateurs ont réellement drivé la balle en 2019 ?

Comme chaque année, et depuis 1996, date à partir de laquelle, les deux gouvernements du golf, l’USGA et le Royal et Ancient, ont commencé à collecter des données sur la distance au drive des amateurs, le rapport annuel sur la distance au drive publié sert aux instances, à affirmer qu’il pourrait y avoir un problème de distance trop longue de la part des joueurs, et posant un problème peut-être insurmontable aux parcours de golf. Visés, les golfeurs professionnels commencent à réagir, et notamment Phil Mickelson qui monte au créneau, et rappelle que le golf est le seul sport au monde à être géré par une « bande d’amateurs ».

Découvrez nos formules d'abonnements

Haro sur la distance au drive !

Attention danger, les golfeurs amateurs tapent trop fort, et leurs balles parcourent de trop longues distances, et à tel point que les parcours de golf sont trop courts.

Qui pourrait croire une telle baliverne ?

L’immense majorité des golfeurs amateurs, dont une grande partie de seniors, est à la lutte pour atteindre les 200 mètres au drive, ce qui sur une majorité de par-4 peut leur laisser entre 90 et 180 mètres à parcourir pour atteindre le green.

Le problème du golf n’est décidément toujours pas les gains fantasmatiques proposés par les marques de matériel de golf chaque année, mais au contraire, le fait que le golf reste un sport très difficile, qui peine à recruter de nouveaux joueurs, et en grande partie, à cause de cette difficulté !

Combien de personnes n’avez-vous pas entendu autour de vous déclarer avoir essayé le golf, et trouvé cela trop difficile, puis laissé tomber ?

Le premier frein à la pratique du golf, ce n’est pas le temps de jeu, mais bien la difficulté à lancer une balle suffisamment loin !

La position de l’USGA partagée avec celle du Royal et Ancient consiste à laisser penser que le jeu de golf pourrait être en péril, et ne devrait pas aller dans une recherche permanente de plus de distance.

C’est pourtant l’essence même de ce jeu, et depuis toujours !

Si des personnes renoncent à jouer au golf, d’autres ne rêvent plus que d’une chose, c’est de retaper un excellent coup.

C’est ce qui alimente justement leur passion, et pour y consacrer des heures, des jours, des semaines, des mois, et des années.

Taper loin et droit, c’est l’un des grands moteurs de la passion du golf.

La distance au drive, un sujet qui ne date pas d'hier

En 1974, Mike Austin battait le record de distance au drive au cours d’un tournoi avec une distance de 471 mètres. Personne n’a fait mieux depuis !

Si quelques athlètes de très haut niveau drivent régulièrement à 270-290 mètres, l’étude rapporte qu’en moyenne, les golfeurs amateurs ont drivé en réalité à 197 mètres de moyenne pour l’année 2019.

Si le rapport apporte des informations quantitatives, à aucun moment, il ne met en lumière des solutions, comme par exemple réduire la largeur des fairways, augmenter le nombre de bunkers ou laisser monter les roughs.

C’est encore un chiffon rouge agité dont on se demande s’il ne sert pas à renforcer l’illusion ou écran de fumée produit par les marques, concernant des balles et des clubs toujours plus performants chaque année.

Premier constat, depuis 1996 et la première collecte des données au Royaume-Uni et sur six parcours différents, le plus souvent entre mai et septembre, le nombre d’éléments analysés est finalement très parcellaire.

Bien qu’il s’agisse de l’étude la plus poussée à ce sujet, justement, l’est-elle assez pour un sport pratiqué douze mois sur douze par 65 millions d’individus ?

Précision : L’étude pour les femmes n’a commencé qu’en 2013 et sur 8 parcours différents.

Aux termes de l’expérience, le bilan ne s’établit que sur une base de seulement 1141 coups, ce qui est un échantillon ridiculement petit, en comparaison du nombre de golfeurs, et même si les instances indiquent que les golfeurs utilisés présentent des handicaps assez variés.

Sans surprise, les golfeurs avec un index inférieur présenteraient les distances les plus longues en moyenne.

Les joueurs d’index inférieur à 6 driveraient en moyenne à 218 mètres contre 161 mètres pour les golfeurs d’index supérieur à 21.

Du côté des dames, la moyenne s’établirait à 135 mètres, avec un écart encore plus important entre joueuses classées moins de 6 d’index (180 mètres de moyenne) et plus de 21 d’index (109 mètres).

Le rapport fait un point à date, mais permet aussi d’illustrer les évolutions dans le temps, sur la période 1996-2019.

Sur cette période, la moyenne de distance au drive serait passée chez les hommes de 182 mètres à 197 mètres, un gain de 15 mètres en 23 ans, soit 0,65 mètres par an !

Plus important, si la distance a augmenté régulièrement de 1996 à 2005, cette croissance a fortement ralentit en rythme depuis, pour être même quasiment nulle depuis 15 ans.

Le rapport souligne qu’il y a eu deux bonds significatifs en 99/2000 et 2004/2005, ce qui aurait tendance à nettement refréner l’enthousiasme des marques concernant les gains permanents de distances.

Pour autant, dans les deux cas, 99/2000 et 2004/2005, les gains de distances sont bien imputables au matériel.

Pour la première période, c’est bien le changement de la balle qui est évoqué.

Pour la seconde, c’est l’épaisseur des faces des clubs, en même temps que les ajustements des poids sous les semelles qui peuvent être avancés comme principales explications.

Le tableau ci-dessus mondialement partagé par les médias permet de constater l’énorme différence entre les amateurs, et les professionnels.

Par exemple, sur le PGA Tour, cette saison, la distance moyenne de driving est de 271 mètres alors que le golfeur le plus long, Cameron Champ, affiche une moyenne de 294 mètres.

La question de la distance ne se pose donc pas vraiment comme un problème s’agissant des amateurs, d’une part, parce que les distances atteintes ne « violent » pas encore les parcours de golf, et surtout, on ne distingue pas d’évolution inquiétante, et depuis au moins 10 ans.

La nécessaire distinction entre les amateurs et les professionnels

Concernant les professionnels, la prise de position récente exprimée par Phil Mickelson illustre aussi l’incompréhension de plus en plus affichée des golfeurs les plus puissants, et même la défiance vis-à-vis des instances.

Si des références comme Jack Nicklaus, et Tiger Woods se sont exprimées contre l’idée d’un développement du golf à travers toujours plus de distances, ils sont largement minoritaires par rapport aux autres professionnels en activités.

Nicklaus a notamment commencé à exprimer un point de vue désapprobateur au moment du Masters 2016, en indiquant son souhait de voir la balle de golf être rendue moins performante.

« La balle de golf actuelle va trop loin. »

Il a pris justement l’exemple d’Augusta pour expliquer que c’était probablement le seul endroit au monde qui pouvait encore supporter les conséquences de la balle actuelle.

Pour Nicklaus, si la balle a atteint les limites de performances possibles, ce n’était pas le cas des golfeurs professionnels, qui pourraient encore exploiter son potentiel pour gagner de la distance.

Les faits lui donnent en partie raison.

Sur les 5 dernières années (depuis 2016), la moyenne de distance au drive des 100 plus longs frappeurs est passée de 271 mètres à 277 mètres.

Si on prend des cas individuels, et par exemple Rory McIlroy, ce dernier est passé de 280 à 285 mètres de moyenne sur cette période.

En matière de statistiques sur le golf, il faut savoir rester prudent. Un terrain de golf n’est pas un élément figé qui ne subit pas des variations extérieures, et notamment climatiques.

Avec le réchauffement climatique justement, il n’est pas dit que le golfeur ou la matériel soit isolément la seule explication.

Par rapport à cette hausse des distances sur 5 ans, j’ai aussi isolé la question particulière du phénomène Cameron Champ, pro qui drive en moyenne à 294 mètres de moyenne.

Il affiche cette valeur depuis son arrivée récente sur le tour, et semble avoir développé un potentiel à un niveau encore supérieur par rapport aux autres plus longs frappeurs de la planète.

Il est clairement encore un ton au-dessus de tout le monde, et y compris McIlroy.

Cependant, même quand on enlève ses statistiques de l’échantillon, pour tenter de neutraliser un phénomène particulier, il y a bien une hausse globale des distances sur 5 ans.

Toujours, si on prend des cas individuels, et par exemple, un autre célèbre long-frappeur, Dustin Johnson, celui-ci affiche des performances stables sur 5 ans.

Il n’a pas gagné en distance et tourne toujours autour de 285 mètres de moyenne.

Idem pour Bubba Watson avec 284 mètres de moyenne…

En revanche, un autre cas est peut-être plus symptomatique pour ne pas dire préoccupant. C’est celui de Bryson DeChambeau.

Entre la fin de la saison 2019 et le début de la saison 2020, le jeune américain a visiblement changé de « volume physique ».

Sur une période de temps aussi courte, sans être affirmatif ou accusateur sans preuve, on peut se demander si en plus de son Weetabix au petit-déjeuner, il n’a pas mangé tous les jours de la créatine.

En l’espace de seulement quelques semaines, sa moyenne de distance au drive a aussi bondi de 276 mètres à 287 !

Peut-être que la question à se poser par rapport à l’évolution du golf, n’est pas la performance du matériel, mais le contrôle des progrès athlétiques des joueurs, pour ne pas nommer le dopage !

A ce stade, les instances reconnaissent un problème avec les distances au drive, mais n’ayant pas le courage d’affronter les vrais problèmes, comme les vraies solutions, bottent en touche, en déclarant qu’elles n’ont pas encore assez collecté de données, pour prendre des décisions, et notamment concernant un changement des règles.

Elles continuent pourtant à laisser planer la « menace », et notamment pour l’an prochain.

Peut-être devraient elles tout simplement appliquer les règles de contrôle antidopage de l’AMA (agence mondiale antidopage), et contrôler les golfeurs professionnels sérieusement ?

Et quand elles en attrapent un, ne pas dire qu’il est suspendu pour des raisons détournées, et comme cela avait le cas pour Dustin Johnson en 2014, et pour un contrôle positif à la cocaïne. 

L’USGA et le Royal et Ancient émettent pour l’instant des hypothèses ou des pistes de réflexions qui permettraient à des parcours plus petits de contraindre à l’utilisation de balles moins performantes, et notamment en tournois.

Mickelson décrédibilise les instances dirigeantes du golf

A l’occasion du tournoi de Pebble Beach, une autre voix célèbre s’est donc élevée… celle de Phil Mickelson, qui à 49 ans, prend toujours autant de plaisir à taper des bombes.

Il est lui-même concerné par le phénomène puisqu’en 5 ans, il a augmenté sa moyenne de distance de 270 à 280 mètres de moyenne !

Sur un rythme plus lent, il a lui aussi changé physiquement, et principalement pour maigrir. Il intègre beaucoup plus de travail physique dans sa préparation, et par rapport à quelques années en arrière.

Rappelons qu’il aura 50 ans cette année, et se trouve toujours parmi les 75 meilleurs joueurs du monde, et n’est d’ailleurs sorti du top-40 que très récemment !

Mickelson a donc pris la défense des jeunes golfeurs, considérant qu’il n’était pas sain de punir les athlètes dans leur quête de s’améliorer.

Point intéressant, il explique que le matériel n’est pas la raison principale des gains de distances « Je ne pense pas que nous ayons observé récemment des changements sur le matériel qui expliquent des gains. En revanche, nous observons des athlètes, qui plus que par le passé ont su en tirer un plus grand avantage ! »

Notez qu’il partage finalement le point de vue de Nicklaus !

Le problème, ce n’est pas fondamentalement le matériel, mais l’exploitation faite par une centaine des meilleurs golfeurs dans le monde sur 65 millions de joueurs !

Il a poursuivi « Je déteste l’idée que l’on puisse décourager les joueurs de progresser. »

Il prend justement en exemple Bryson DeChambeau « Quand vous regardez ce que Bryson a pu faire à la gym, s’impliquant, soulevant de la fonte, et résultat, tape des bombes… vous essayez de le faire revenir en arrière alors qu’il essaie juste de devenir un meilleur athlète ! »

Il ajoute « Non seulement, je ne pense pas être en accord avec cette idée, mais en plus, je ne vois pas ou ne comprends pas vraiment en quoi cela affecte l’agronomie d’un parcours de golf. »

Il ne souhaite donc pas que les meilleurs athlètes puissent être « punis » dans le cadre d’une éventuelle législation qui limiterait la balle autorisée pour les pros.

D’autre part, il a mis une bonne couche sur les instances gouvernantes.

« Oui, je ne suis pas satisfait des instances dirigeantes. Je pense que nous sommes le seul sport où le milieu professionnel est géré par un groupe d’amateurs, et qui produisent des décisions qui nous amènent dans des directions potentiellement mauvaises. Je souhaiterai que notre sport, tout du moins au niveau professionnel soit mieux géré par des personnes compétentes ou plus en rapport avec un environnement de sport professionnel. »

Un débat qui occulte une fois de plus la véritable question du développement du golf amateur

En conclusion, pour beaucoup de golfeurs et de golfeuses en France, il ne serait pas choquant que les personnes se sentent loin de ces questions, et même en décalage entre ce qu’ils vivent au quotidien sur leurs parcours, et ce débat sur un éventuel problème de distance trop longue, qui potentiellement concernerait 100 golfeurs dans le monde !

Ce débat illustre aussi une fois de plus le don des instances dirigeantes du golf à être complètement en dehors de la vraie vie de ce jeu, alors qu’il faudrait au contraire, préserver l’esprit du jeu en cherchant néanmoins à le rendre plus accessible, et plus amusant pour un plus grand nombre.

Ce débat ne risque pas de créer plus de golfeurs demain, et au contraire, envoyer un mauvais message.

Elle illustre aussi le fait qu’aux Etats-Unis, trop d’architectes (Nicklaus et Woods inclut) et de propriétaires de golf ont trop misé sur la distance des trous, et pas assez sur les obstacles ou les roughs pour protéger les greens.

Conséquence : Quand les meilleurs américains viennent jouer sur un parcours comme le Golf National à Paris, on a l’impression que c’est un autre jeu pour eux, et toujours pour citer Mickelson, en plus, ils n’y prennent aucun plaisir, et tellement, ils sont orientés sur le fait de taper des bombes, mais un peu n’importe où.

Si demain, on voulait admettre un problème de distance trop longue au golf, et un risque sur le score sur le PGA Tour, la solution ne serait pas d’allonger les parcours ou de réduire la performance de la balle, mais de planter des arbres, creuser des bunkers ou des obstacles d’eaux, et surtout rétrécir la largeur des fairways, et monter la hauteur des roughs.

Dans ce cas, je suis à peu près certain que la moyenne de distance au drive sur le PGA Tour va baisser mécaniquement, et les scores de 59 se raréfier.

Si les instances ne sont pas capables d’améliorer l’attractivité du golf, qu’elles foutent la paix aux amateurs !

Crédit photo : Brian Rothmuller/Icon Sportswire

  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 1249
  • 1 commentaire
  • Imprimer
Modifié le
Twitter
Facebook
G+
In
pinterest

Restez informé

Recevez notre newsletter
La place des femmes dans le golf : l’Irlande du No...
Découvrez le golf à Vilnius en Lituanie, et partic...

Auteur

 

Commentaires   

maley54@gmail.com
+1 #1 Belle analyse et prise de position.maley54@gmail.com 17-02-2020 17:49
L’article est très instructif. Il met en opposition deux styles de jeu, celui de la distance et celui de la technique. La réalité pour les amateurs, C’est que les distances sont toujours trop longues quand il faut sortir le driver mais on aime ce challenge.

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.