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Cyrille Gindre : « Aujourd’hui, on prend plus en compte les caractéristiques de l'individu »

En matière d’enseignement du golf, il peut y avoir plusieurs approches, plusieurs méthodes, plusieurs langages, et de telle sorte que pour un amateur de golf, débutant ou expert, une question… à qui se fier ? à quoi se fier ? Certains se demandent « Qu’est-ce que la biomécanique ? Qu’est-ce que ma biomécanique ? » La science, la recherche et la médecine ont suivi une forte tendance de fond ces dernières années, et vers une solution de plus en plus personnalisée. Cette tendance, cette lame de fond est naturellement arrivée jusqu’au golf. Pour croire, il faut savoir…pour savoir, il faut chercher, et c’est justement que fait depuis plus de 25 ans, Cyrille Gindre, un des fondateurs de la société Volodalen, spécialisée dans les préférences naturelles de l’être humain, et inspirateur d’enseignements plus individualisés pour le golf. Découvrez notre entretien exclusif, et peut-être l'occasion de démystifier cette approche pédagogique, entre terrien et aérien…

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Cyrille Gindre n’est pas professeur de golf, et pourtant, même si son nom ne vous est peut-être pas encore connu, il inspire par ses travaux de recherches, de nombreux professionnels de la filière, dont Joel Bernard, Alexandre d’Incau et beaucoup d’autres.

Docteur en Sciences du sport, entraîneur d’Athlétisme (Brevet d’état 2ème degré), DESS de préparation physique, très vite après la fin de ses études, il s’est consacré à la recherche, et spécialisé autour de la question des préférences de l’être humain.

C’était à la fin des années 90.

Au même moment, avec Olivier Paget et Stéphane Chary, ensembles, ils créaient Volodalen, une société installée en Suisse et en France, sur le premier plateau du Jura Français, dans la région des lacs.

Sans doute pour y retrouver l’inspiration d’un petit village suédois, Valadelen, déjà situé entre lacs et forêts, et où l’athlète pouvait déjà créer un entraînement adapté à sa personnalité.

Adapté à sa personnalité…

Volodalen a justement été créé de cette inspiration, mais plus précisément pour répondre à trois axes : Le coaching des sportifs, la formation à destination des professionnels du sport et de la santé, et enfin, la recherche et développement.

Aujourd’hui, cette société emploie 10 à 12 personnes, et est reconnue en Europe, comme la ou l’une des meilleures spécialistes pour les préférences de mouvements.

Bonjour Cyrille Gindre, pouvez-vous nous expliquer ce que sont les préférences motrices ? Sur votre site est écrit « L’entraînement par préférence place l’équilibre terrien et aérien au cœur d’une approche qui révolutionne notre vision du corps en mouvement »

Je me suis très vite intéressé aux préférences naturelles, ce qui veut dire quel schéma moteur ? Quel schéma énergétique ? mais aussi quel schéma émotionnel ?  Quel schéma cognitif pour l’être humain ?

Je me suis interrogé sur les modèles appliqués au vivant, les variations, et les modalités, tout d’abord en m’intéressant au cœur, au métabolisme, et notamment pour comprendre les réponses à l’effort, les différences…

Pyramide des besoins du sportif.

Si l'on cherche à être efficace (taper fort, être précis) alors que notre équilibre n'est pas bon, on ne sera ni efficace, ni régulier.

Dans un premier temps, je me suis intéressé à la course à pied.

Les préférences motrices, c’est en fait la hiérarchisation des besoins du corps, comment avoir de l’énergie ? L'énergie pour vivre et se reproduire (priorité 1).

Dans cette hiérarchisation, très vite, vient la notion d’équilibre, surtout dans un monde soumis à la gravité.

Comme toute espèce, l’homme a besoin d’agir sur les choses, sur son environnement.

Mais pour lire le monde et agir sur lui, il a besoin d'être en équilibre.

Viennent alors les notions de plaisir et de douleur, qui ont pour fonction de nous orienter vers l'environnement qui nous convient.

Si un golfeur ne se sent pas bien au moment de se placer à l'adresse, il lui faut trouver une autre position. Son émotion lui dit que cela ne lui convient pas.

Une fois que tout cela est en position, on peut être efficace.

Ainsi, on hiérarchise les besoins selon quatre axes.

Quel est le point d’équilibre ?

On sait que si on vous coupe un bras, cela n’entravera pas votre identité. Idem pour un pied ou une jambe, en revanche, si on vous coupe la tête, votre identité partira avec.

Cette petite partie du corps, plutôt située en haut, cette petite boîte contient une grande partie du système nerveux.

Or, notre cerveau est fragile. Il doit être stable au niveau de l'apport de sucres, d'oxygène. Qui plus est, il ne supporte pas les chocs. Notre tête ne doit pas percuter le sol, ou autre chose.

L’équilibre a justement pour fonction de tout faire pour la protéger.

Or, il y a des manières différentes de tenir l’équilibre.

Certains vont se tenir vers l’avant, n’ayant pas peur de tomber en avant.

Les muscles les plus forts seront alors derrière le corps.

On parle de muscles proprioceptifs. (La proprioception (formé de proprio-, tiré du latin proprius, « propre », et de [ré]ception) ou sensibilité profonde désigne la perception de la position des différentes parties du corps.)

Certains vont se tenir vers l’arrière… le système pense qu’il n’y a pas de danger à tomber en arrière.

Les muscles situés à l’avant du corps sont alors très performants.

Pourtant, l’orthopédie qui est une science très ancienne avait défini que nous devions nous tenir droit.

(Art de prévenir ou de corriger les difformités du corps, à l'aide d'exercices méthodiques ou de moyens mécaniques.)

Nous avons plutôt découvert que le corps a besoin de différentiel par rapport à l’axe.

Sur votre site, vous revendiquez « science based », en quoi les préférences naturelles sont prouvées et fiables ?

Nous réalisons des mesures du mouvement en trois dimensions (3D).

Tous les jours, nous sommes dans une démarche expérimentale.

Nous mesurons tout à l’aide de caméras 3D, de plaques de forces, de capteurs de pressions, d'électromyogrammes capables de connaître l'activation des muscles ou encore d’accéléromètres.

Nous avons déjà publié une quinzaine de publications scientifiques.

Notamment, au début nous étions plutôt spécialisés dans la course à pied, et avons montré combien on pouvait être aussi performant en courant en talon-flexion, ou en avant pied-extension.

Preuve qu'on retrouve les mêmes motricités terrien-aérien dans le golf, comme en course, comme dans tous les mouvements humains.

Finalement, les deux sont bons.

Sur l’avant, le coureur balance les épaules, et fonctionne dans un système de rebond. La chaîne musculaire en découle.

Sur l’arrière, le coureur doit se « plier » et se déplier, un peu comme dans un système de poulie au niveau des articulations.

Vous continuez à faire de la recherche ? Y a-t-il d’autres exemples en Europe ou êtes-vous unique dans ce domaine ?

Jusqu’à présent nous sommes les seuls à publier sur ce domaine. Cependant, nous voyons que d’autres arrivent sur le thème que nous portons.

En Belgique, il commence à y avoir des études.

Au Canada, aux USA, en Allemagne, on voit arriver des recherches qui viennent sur un paradigme qui ressemble beaucoup au notre, et s'appelle le mouvement préféré.

Vous savez, dans le domaine de la science, il y a eu un changement de paradigme complet.

(Un paradigme est en épistémologie et dans les sciences humaines et sociales une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent du monde qui repose sur un fondement défini)

Les groupes de scientifiques ne travaillent plus en statistique moyenne.

Au contraire, cette logique a été remplacée par la notion de « cluster » ou regroupement de personnes.

On regarde plus comment les gens se regroupent par mesures.

Aujourd’hui, personne ne croit à une vérité.

Les statistiques ont beaucoup changé. On évite de dire qu’il y a un seul et bon modèle, pour au contraire, regarder comment les gens s’adaptent.

C’est la même chose dans le domaine du golf. Le golfeur n’a plus envie qu’on luI dise la même chose qu’à son voisin. C’est un véritable courant sociétal.

Alors justement, appliqué au golf, quels sont les bénéfices que vous avez déjà identifiés ?

Le golfeur, comme le système vivant a des besoins.

Quand on répond à ses besoins, le golfeur va mieux. Il peut obtenir plus de régularité. Il peut débloquer un plateau où il stagnait.

Les gens y trouvent beaucoup d’intérêt, parce qu’on leur explique ce qui se passe pour eux.

Les golfeurs ont le sentiment que cela dit quelque chose d’eux. Cela les intéresse.

Ils veulent de l’efficacité, de la reproductibilité, et enfin, éviter les douleurs.

Pour être sûr que ce que l'on propose est meilleur que ce qui existe, il faudrait prendre un groupe de 50 golfeurs coachés pendant un an par un pro, puis faire autrement l’année suivante.

C’est la partie la plus intéressante, mais c’est aussi la plus difficile à prouver. C’est en cours de réalisation.

Ce qui est facile, c’est de déterminer qu’un profil aérien sera plus performant en jouant dans son profil.

Le plus complexe, c’est quand les gens sortent de leur profil.

Notre système est justement fait pour aider les gens à trouver ou retrouver leur schéma.

Ce qui est plus compliqué, c’est aussi quand les gens « disjonctent » de leur système naturel.

Ils en sortent, et il faut être capable de les accompagner pour changer de schéma, et aller chercher l’étape d’après.

Dans un tiers des cas, les gens qui sont bloqués, sont en fait sortis de leur système.

La réponse est immédiate. La personne ne respecte tout simplement pas son besoin.

Dans un autre tiers des cas, plus complexe, la personne a perdu son équilibre en aérien ou en terrien, et se retrouve prisonnière de son schéma.

Cela demande un peu plus de temps, et d'investissement pour passer le cap.

Au golf, il y a parfois des incohérences à affronter.

C’est un sport qui demande de lancer une balle à une longue distance, pourtant, tous les individus ne sont pas naturellement destinés à faire de la distance.

Il faut mettre l’équilibre au cœur du processus. Dans certains cas, la personne cherche à performer, alors que son corps cherche juste à se sauver.

Il faut en fait avoir une vision des besoins du joueur. Les laisser s’exprimer.

Est-ce que cela peut être concret pour un golfeur amateur ou finalement trop conceptuel ?

C’est concret ! Que voulez-vous de plus concret ?

Se sentir léger et rebondir dans la balle ou au contraire, se sentir solide et pénétrer dans la balle… c’est concret pour tous les golfeurs, et toutes les golfeuses.

Comment je me tiens debout, c’est concret !

Quel est le modèle d’enseignement ? Vous formez des pros qui ensuite forment des élèves ?

On a d’abord commencé à former des joueurs avec Joel Bernard, et ensuite, formé des professionnels.

Donc, non, notre modèle, cela n’a pas été de former d’abord des enseignants. On a commencé d’emblée et directement avec les joueurs.

Que pensez-vous de la méthode Wright Balance ? Est-ce similaire ou très différent de votre approche ?

C’est difficile pour moi de me prononcer.

Si j’ai compris que cela prend en compte la morphologie, que cela comprend l’équilibre, cela peut se rapprocher.

Cependant, définissent-ils qu’il y a un bon équilibre ou plusieurs ?

J’ai vu que Mike Adams était aussi sur une recherche de l’individualisation de l’entraînement, et prenait en compte la manière de bouger.

Sans connaître cette méthode, je ne peux pas me positionner.

Prendre en compte l'équilibre ne suffit pas à dire que l'approche est identique.

Tenez, l’orthopédie a pendant longtemps défini que l’on devait rester droit, à la verticale.

Donc elle parle d'équilibre, mais pas du tout dans les mêmes termes que nous le faisons.

Avant, nous étions plus dans une démarche « mécaniste », la vérité devait être la même pour tout le monde.

Aujourd’hui, cela a changé, nous sommes dans une démarche qui essaie de prendre en compte les caractéristiques des personnes, pour leur proposer ce qui convient à chacun.

Crédit photo : Yoan Jeudy/Sosuite photographie

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