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Des golfs en France peuvent-ils fermer après la crise et le confinement ?

Pour beaucoup de golfeurs et de golfeuses, la période actuelle de confinement est sans doute très frustrante, les privant inhabituellement du jeu sur le parcours, plaisir qui ne peut pas être remplacé par des jongles ou des putts dans le salon, et indéfiniment. Sans présager de la fin du confinement, il y aura bien un moment où nous pourrons refouler les fairways et les greens des parcours de l’hexagone. Cependant, auront-ils tous survécu ? Dans quel état pourrions-nous retrouver nos parcours ? Notre enquête exclusive et l'interview de trois directeurs.

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Dès les premiers jours du confinement, les golfs ont dans leur immense majorité pris des dispositions immédiates pour leur sauvegarde, tout en faisant face à une difficulté bien spécifique : Le maintien des équipes terrains.

Si on peut fermer un parcours de golf, une chose ne peut absolument pas s’arrêter : L’entretien du parcours.

Tous les greenkeepers vous diront que vous ne pouvez tout simplement pas « Partir un soir, éteindre la lumière, et revenir dans six mois, allumer la lumière et repartir comme si de rien n’était. »

Un parcours de golf est complètement et totalement gouverné par un état naturel où des choses poussent ou changent de conditions.

Du mois d’avril jusqu’à fin octobre, un combat est mené pour se prémunir d’un gazon qui pousse trop vite et hors de contrôle, pour lutter contre des pathogènes naturel ou des maladies qui peuvent apparaître sur les greens, que ce soit le printemps, l’été ou l’automne.

Sans traitements appropriés, les maladies peuvent littéralement tuer la surface d’un green, et ce, dans un temps incroyablement court.

Plus terrible encore, réparer un green d’un tel événement peut prendre jusqu’à deux ans, tout en étant extrêmement coûteux… peut-être environ 25 000 euros par green.

Imaginez quand il faut réparer les 18 greens en même temps.

Clairement, confinement ou pas, chiffres d’affaire ou pas, les golfs sont contraints de maintenir un minimum d’entretien, donc du personnel sur le terrain, et effectivement opter pour du chômage partiel, pour toutes les autres fonctions, administratifs ou enseignants, quand ils sont salariés.

Pour plus de 700 structures de golf en France, un secteur sous tension en temps normal avec parfois de faibles rentabilités (un golf sur deux peine à être à l’équilibre), les situations vont fortement différer, et si, le parcours fait majoritairement du green-fee ou des abonnements à l’année ou encore si c’est un golf associatif.

Dans le cas d’un parcours au green-fee, sans surprise, la période qui s’ouvrait de mars à juin était l’une des plus prolifiques.

En cas de réouverture complète des golfs après l’été, quelque soit la structure, va se poser la question du budget 2021, et comment passer l’hiver à venir, générateur de moindres revenus, si amputé d’une bonne partie des revenus du printemps-été 2020 ?

Impossible de nier l’impact du coronavirus sur l’économie réelle, et donc aussi sur l’économie des parcours de golf.

Un mois de confinement pourrait faire perdre 2.6 points de PIB à la France, selon une note de l’Observatoire des conjonctures économiques (OFCE), ce qui représente 60 milliards d’euros en un mois.

Alors que 20% des salariés français sont déjà en chômage partiel, les secteurs du tourisme et de la restauration sont parmi les plus impactés, deux domaines qui concernent aussi le golf, certains proposant en complément, des prestations d’hôtelleries, et de restaurations.

Si le Président de la République a très vite lancé la bataille contre les faillites, les golfs seront-ils éligibles aux mesures annoncées, comme le chômage partiel, le prêt de trésorerie garanti par l’Etat ou le report des charges ?

A priori oui, cependant, entre le discours très protecteur, et la réalité de l’administration, des petits alinéas non-anodins ont fait peu à peu leurs apparitions.

Dans les autres pays européens, et notamment au Royaume-Uni, alors qu’en France démarrait le confinement, les golfs semblaient vouloir maintenir coûte que coûte un minimum d’activité.

Le journaliste écossais Martin Dempster expliquait même que le golf était peut-être l’endroit le plus sûr au monde.

Depuis, le ton a bien changé, et l’économie de la filière en grande difficulté, un fait qui n’est pas sous-estimé par les directeurs, même si le secteur est habitué à une grande pudeur, pour ne pas dire discrétion.

Le 31 mars, le média britannique National Club Golfer publiait la lettre d’un directeur de golf gallois, et adressé conjointement au Gouvernement et à sa fédération, expliquant que ce serait un miracle, si son golf venait à survivre, mettant au passage en lumière l’impact de son golf sur le tourisme local.

Aux termes de son courrier, le directeur a émis des propositions à appliquer pour son golf, et pour l’ensemble de la filière.

Notamment, classer les « golf club workers » comme travailleurs agricoles, afin de leur permettre de se déplacer sur les golfs, et voir leur salaire couvert par une source externe au golf.

Qui pour prendre en charge les coûts sans les revenus directement applicables en face, et pendant toute cette période ?

Toujours en Angleterre, l’ancien international de football, Glen Johnson, a réuni quelques amis pour justement assurer le salaire des collaborateurs de son golf préféré, et ainsi amener cette prise en charge « externe ».

En France, à cette heure, aucune célébrité et golfeuse n’a fait cette démarche. Elle serait peut-être déjà révélatrice d’une situation catastrophique. 

En revanche, les golfs associatifs, et notamment les membres veulent déjà assurer les directeurs de leur soutien sans faille.

Dans ce cadre, trois directeurs de golf ont bien voulu accepter de répondre à mes questions sur la dizaine contactée, Stéphane de Durfort (Golf et Country Club de Bossey), Denis Fabre (Golf de Saint-Cloud, et Président de l’ADGF – Association des directeurs de Golf en France) et Jean-Louis Boulet (Golf de Cély – Ugolf).

Tous soulignent la très grande difficulté à laquelle est confrontée la filière golf, dont il faut rappeler qu’elle emploie 15 000 personnes, près de 9000 en lien direct avec les golfs, dont 3600 jardiniers et greenkeepers.

Tous veulent souligner leur solidarité avec les personnels soignants. La solidarité dans cette guerre contre un ennemi invisible est le premier sujet.

Pour Denis Fabre, il n’était pas concevable, que dans cette période, le golf imagine une dérogation pour pouvoir jouer.

Lui-même a son épouse qui travaille comme infirmière médicale, et mesure directement la gravité de la situation.

Jean-Louis Boulet a été touché par le COVID_19, et peut témoigner du fait que ce n’était pas une petite grippe, sans en avoir eu les symptômes les plus dramatiques.

Tous ne nient pas la perte de chiffre d’affaires pour leurs golfs, et sans doute l’ensemble.

Ils constatent cependant qu’il est encore trop tôt pour donner un chiffre précis, à la fois sur le manque à gagner, et les baisses de dépenses engagées.

Pour Stéphane De Durfort, les factures d’Avril donneront le ton des baisses d’achats de produits pour la restauration ou d’électricité.

De manière globale, les mesures du gouvernement leur paraissent adaptées, et même considérables, notamment le chômage partiel pour les administratifs, et toutes les personnes hors terrain.

En revanche, ils rappellent que les contrats de maintenances avec de sociétés externes courent toujours, quid des taxes foncières…

Si le vœu du gouvernement leur paraît pieu de protéger toutes les entreprises de la faillite, ils sont dubitatifs. « C’est un engagement qui paraît difficile à tenir » pour Denis Fabre, alors que Jean-Louis Boulet ajoute « Il ne faut pas tout attendre de l’état. Nous allons devoir nous bouger. »

Ils sont aussi conscients que le tissu « industriel » des golfs en France n’est pas constitué de manière uniforme.

Les impacts du confinement ne seront pas mesurés de la même manière, selon le statut et la stratégie commerciale de chaque structure.

Denis Fabre précise les chiffres : Environ 150 golfs sont sous statut associatif, 150 font partie d’une chaîne type Ugolf ou Blue Green, et 70 font partie du réseau Golfy.

Si par exemple, Ugolf propriété du Groupe Duval ne sera peut-être pas éligible à des prêts BPI, et utilise dans tous ses golf le chômage partiel, le groupe devrait soutenir son activité golf à long-terme.

En janvier dernier, dans un article de La Tribune, le journaliste César Armand rapportait que le Groupe Duval viserait le milliard d’euros d’ici à 2025, s’appuyant sur des activités toutes en croissance.

Il reste donc environ 300 structures indépendantes, ce qui regroupent des practices et des pitchs and putts, qui pour certains auront les plus grandes difficultés à affronter.

Lucide, le président de l’ADGF imagine que parmi ces golfs, certains, notamment du fait de mauvaises conditions météo en ce début d’année 2020 ou impactés par les grèves de fin d’année 2019 seront encore plus en difficultés, en refusant toutefois de se prêter au jeu des pronostics, sur qui, et combien.

Pour les golfs associatifs, Stéphane De Durfort sait déjà qu’il peut compter sur un soutien indéfectible des membres.

Ils se sont déjà exprimés en ce sens.

Denis Fabre, concerné aussi à Saint-Cloud ajoute que les « membres s’engagent pour le meilleur comme pour le pire » soulignant que c’est rarement le pire.

Là-encore, dans ce cas, les statuts, le règlement intérieur, et in fine, le comité directeur dispose seul du processus décisionnel en matière de gestion.

En résumé, dans les golfs associatifs, il pourrait y avoir un consensus assez rapide des membres pour supporter la perte financière liée à cette crise sanitaire  et donc pas d’impact sur l’avenir des parcours.

Tous les directeurs rappellent que le confinement oblige les français à rester chez eux, autant que les golfs à être fermés, mais qu’en parallèle, les équipes terrains continuent à travailler pour les golfeurs, et pour qu’ils retrouvent très rapidement des terrains magnifiques.

Jean-Louis Boulet confirme que nous trouverons peut-être des parcours dans un état jamais vu auparavant.

Pour Cély, parcours UGOLF, de mars à juin, c’est 200 départs/jour, soit 12 000 départs qui pourraient ne pas se faire, avec des conséquences évidentes sur les aires de départs, et les pitchs à relever sur les greens.

De ce point de vue, les premières parties, si possible cet été, pourraient être fantastiques.

Justement dans le cas des golfs avec des abonnés (non-associatif), la grande question tabou qui se pose est « qui va payer ? ».

Jean-Louis Boulet constate déjà à la marge des prélèvements mensuels rejetés, ce qui pour rappel n’est pas légal. Malgré ce constat, il insiste sur le fait que la majorité des membres soutiennent le golf.

Nous sommes tenus d’honorer un contrat d’abonnement, et le cas du confinement n’a jamais eu de précédent prévu.

Ce sera bien une négociation entre chaque abonné et son golf.

Sur ce point, et c’est sans doute pourquoi peu de directeurs ont finalement accepté de répondre à mes questions, le débat n’est pas tranché entre offrir une prolongation d’abonnement ou un remboursement, sachant que dans tous les cas, les golfs n’aimeraient pas traîner l’ardoise sur l’exercice 2021, ou affaiblir leur trésorerie déjà mal en point.

L’ADGF réfléchit à des pistes, tout en invitant à attendre d’y voir plus clair sur la fin du confinement et ses conditions.

L’association imagine des solutions autour de services complémentaires à proposer aux golfeurs, tout en espérant compter en fait sur l’acceptation et le soutien des golfeurs « Votre club, vous l’aimez ! »

Denis Fabre a conscience que la durée du confinement sera un élément clé de la future réponse à faire aux abonnés.

Pour un abonnement moyen à 1800 euros, deux mois sans jouer, c’est environ 300 euros à compenser éventuellement aux abonnés. Il faudra être créatif. C’est un peu le crédo des directeurs.

Pour Jean-Louis Boulet, perdre deux mois de chiffre d’affaire va impliquer une énorme maitrise des charges.

« Les golfs qui pourront s’en sortir seront les plus actifs, les plus dynamiques, avec le meilleur terrain, la meilleure offre d’accueil… Il faudra réfléchir au cas par cas, et avec beaucoup de diplomatie. »

Positif, il imagine qu’après une période de confinement forcée, les gens auront au contraire hâte d’être à l’extérieur, et de jouer au golf.

Si jouer au golf pendant le confinement n’aurait rien arrangé à l’image du golf, jouer au golf après, pourrait au contraire être une bouffée d’oxygène pour les golfeurs, et de futurs nouveaux pratiquants.

Ce sera une piste à explorer, et à communiquer.

Pour les directeurs, la FFGOLF aura justement un rôle majeur à jouer, celui de leader en période, et en sortie de crise.

Jean-Louis Boulet ajoute « La FFGolf est un soutien de poids, en particulier pour son aide sur la partie ressources humaines, et le décalage du paiement des factures licences. »

De mon point de vue journalistique, la fédération sera mise à l’épreuve par cette crise, et devra probablement se recentrer sur l'essentiel de ses missions d'accompagnements des clubs.

Autre élément du quotidien des golfeurs, notamment quand ils seront de retour, les compétitions, et parfois les privatisations de parcours seront peut-être au cœur de crispations.

Comment expliquer aux golfeurs et golfeuses libérés qu’ils ne peuvent pas jouer parce qu’il y a un événement ?

Pour Stéphane de Durfort, le calendrier des compétitions va être nécessairement allégé. « Nous garderons néanmoins quelques compétitions de nos fidèles partenaires, et qui souhaitent exprimer leur soutien au Golf de Bossey, sous la forme d’une contribution financière. »

Tous les directeurs insistent sur le fait qu’ils veulent donner la priorité aux membres.

Pour Jean-Louis Boulet, il faudra être vigilant sur les tensions qui pourront apparaître avec un risque soudain de « trop plein », car l’envie de revenir sera forte.

Optimiste, Denis Fabre explique que selon lui le maillage français avant la crise était plutôt bien constitué.

L’offre correspondait plutôt à la demande en termes de nombre de golfs et de localisation.

Pour étayer son propos, il argumente sur le fait que des principaux pays européens, la France avait le mieux résisté sur le front des licences, même si l’équilibre était cependant précaire.

« Tous les golfs avaient une vraie raison d’être. »

C’est donc un coup dur, mais il ne voit pas pour autant une majorité de golfs fermer.

Il est encore trop tôt pour donner une estimation vérifiée concernant le nombre de fermetures ou de reprises d'un golf, et s'il doit y en avoir. Personne ne le sait, et ne veut se livrer à un pronostic.

A en juger par les propos des directeurs, le maillage actuel devrait plutôt bien résister, même si pour ma part, je considère que le risque 0 n'est probablement pas possible, et qu'il faut s'attendre à quelques cas très épineux.

Denis Fabre exhorte les amoureux de ce sport à considérer que 3 mois sans jouer, c’est un « incident de parcours », et les invite à aider leurs clubs.

Bénéfice de cette crise ? Ils imaginent tous que demain, le golf devra continuer à se réformer, et inventer de nouvelles solutions.

Pour Stéphane De Durfort « Il faut revoir notre modèle économique. » Toutefois, il relativise le besoin de démocratiser le golf à tout crin.

« Ce n’est pas forcément la meilleure solution pour un pays comme la France. Je reviens des Etats-Unis où j’ai justement visité des golfs publics et des golfs privés. Sur les golfs publics, vous jouez à 5 par parties, avec des départs toutes les 8 minutes. Vous achetez un ticket. C’est votre seule relation avec le golf. »

Il poursuit « Je ne suis pas convaincu par le modèle moins cher, donc moins bien, donc moins cher » une tentation souvent exprimée, selon lui.

Au contraire, il faudrait aller vers plus de services, alors que trop souvent, le golfeur se transforme en chasseur de prix, et sans trop imaginer les coûts de gestion d’un parcours.

Il valide l’idée déjà en cours d’un golf français à plusieurs vitesses, et de ne pas mettre tous les golfeurs dans le même moule, sinon « On va perdre des joueurs ».

Ce qui ne l’empêche pas d’inviter tous les acteurs à être solidaire, et à développer l’entraide, et l’échange de bonnes pratiques, quel que soit le statut et le rôle d’un golf.

Il se demande quel rôle la FFGOLF tiendra demain par rapport à cette stratégie, et quelle voie elle empruntera.

Pour Denis Fabre, ce sera l’occasion de s’interroger sur la réponse à apporter aux changements générationnels.

« Les générations X ou Y consomment le sport de manière plus immédiate, et zappent beaucoup plus. Ils ou elles font du cross-fit, du sport en salle, et associent le sport à une dépense énergétique intense, tout en partageant leurs expériences sur les réseaux sociaux. Il faudra penser notre attractivité selon ce nouveau mode de consommation, tenant compte de cette surenchère dans le rapport plaisir sur temps. »

Le modèle devra évoluer, et toutes les structures devront le prendre en compte, du golf associatif au golf aux greens-fees.

« 20 ans auparavant, les parents lâchaient les enfants à 50 mètres du club-junior. Aujourd’hui, tous les parents s’inquiètent des activités que vont faire les enfants pendant la journée. Le projet est devenu plus familial et moins individuel. »

C’est encore une invitation à développer des services complémentaires dans les golfs…

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