Morikawa vainqueur de The Open 2021: Plus un hasard…

Quelques semaines après la reprise du PGA Tour sur fond de pandémie, le jeune américain Collin Morikawa, considéré à juste titre comme un des grands espoirs du golf remportait son premier majeur. C’était à l’occasion de sa première apparition dans le champ des joueurs sur le PGA Championship 2020 disputé à Harding Park, près de San Francisco, et surtout sans aucun public. Que penser d’une victoire, même de deux coups devant Paul Casey et Dustin Johnson, sans l’ingrédient majeur de tout tournoi de golf, le public ? Un an plus tard, devant cette fois le public britannique du 149eme The Open, dans un tout autre environnement, celui du Royal St. Georges (Sandwich), Morikawa a remis ça, illustrant comment le meilleur frappeur de fers du moment peut devenir l’égal des tous meilleurs, en remportant à seulement 24 ans, déjà deux majeurs. Est-ce la naissance d’un nouveau phénomène comparable à Woods ou McIlroy ?

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Sa première victoire en majeur, à Harding Park avait à la fois été un marqueur, et un non-événement.

Un marqueur, car passer le temps d’un week-end du statut d’espoir du golf à joueur majeur ne pouvait pas passer complètement sous silence.

Cela étant, au cœur de l’été 2020, le monde avait autre chose à penser que le destin d’un jeune californien sans histoire, qui remportait un gros tournoi de golf, dans le silence d’un événement joué à huis-clos.

A peine sorti de la première vague de COVID, le golf professionnel n’était pas la priorité, y compris chez les fans de golf, déjà contents de pouvoir rejouer, et avant d’être finalement confrontés à une deuxième vague.

Bref, Morikawa avait changé de statut, mais on pouvait s’interroger sur la valeur de cette victoire, question qui valait pour tous les autres tournois, et tous les autres vainqueurs, à commencer par le Masters à Augusta joué en novembre, toujours sans public, où Dustin Johnson avait battu le record sous le PAR.

Ce dimanche, le contexte était tout autre.

Le jeune américain a maîtrisé de main de maître une dernière journée à haut risque sur le parcours du Royal St. Georges, magnifiquement baigné par le soleil enfin de retour.

Devant 32 000 spectateurs autorisés chaque jour à encercler les fairways du 149 British Open, deux ans après la dernière édition remportée par Shane Lowry, Morikawa a démontré une journée de golf très solide, évitant tous les pièges pour une nouvelle journée sans bogey.

Il n’a pas triomphé sans adversité… Jordan Spieth auteur d’une très belle saison termine second à deux coups, et a essayé jusqu’au bout de rattraper son jeune compatriote, de même que l’espagnol Jon Rahm a enflammé sa fin de parcours avec quatre birdies consécutifs du 13 au 16, pour terminer quatre coups derrière, à la troisième place.

Morikawa a surtout nettement gagné son match contre le sud-africain Louis Oosthuizen. Ce dernier a finalement craqué dans le dernier tour, et alors qu’il avait dominé les trois premiers.

Non, cette deuxième victoire en majeur en seulement un an ne doit rien au hasard, et pourrait bien préfigurer d’une nouvelle ère pour le golf professionnel.

Le parcours d’un golfeur est souvent semé d’embuches, de hauts et de bas, de moments de défaites cruelles avant des victoires héroïques.

Dans le cas de Morikawa, il est si précoce ou son histoire est si linéaire jusqu’à devenir aujourd’hui numéro trois mondial, qu’on ne trouve pas dans son passé traces de moments vraiment négatifs.

Ancien numéro un mondial amateur, Morikawa présente en fait le parfait pédigré du premier de cordée.

Issue de la classe moyenne américaine, originaire de Los Angeles, de parents américains, et grands-parents américains, même si nom résonne japonais, il dit n’avoir jamais manqué de rien.

Sa famille était membre d’un parcours privé de 9 trous à Glendale en Californie où Morikawa a fait ses premières armes avant de découvrir son coach, Rick Sessinghaus à Scholl Canyon, un par-60 de moins de 2800 mètres.

Déjà fan de golf à 5 ans, son swing laissait entrevoir de belles qualités.

Morikawa voulait justement se faire entraîner par Sessinghaus, réputé pour coacher les meilleurs du club. C’était son premier objectif. Il l’a atteint à ses 8 ans…et toujours depuis !

Ce coach n’est pourtant pas une star du PGA Tour avec une écurie de jeunes loups !

Morikawa est son seul joueur à ce niveau.

Il a notamment façonné le swing du jeune homme depuis 15 ans, et n’est pas pour autant « seulement » un coach de golf d’un club local.

Il a par exemple écrit un livre « Golf, l’ultime jeu de l’esprit » alors qu’il est lui-même diplômé en psychologie du sport.

Ce qui a été fondamental dans l’apprentissage du golf pour Morikawa, c’est que son coach ne s’est jamais défini comme un coach qui se cantonne à regarder un swing au practice, derrière son joueur.

Au lieu de cela, le coach a très rapidement emmené le joueur sur le parcours, et dispersé quelques balles ici ou là, pour qu’il tape dans chaque situation au moins trois coups différents.

Le coach a toujours essayé de simuler des situations sur le parcours.

« Je lui demandais toujours de taper trois différentes balles depuis n’importe quelle position. Sur la première, je le laissais se débrouiller, et ensuite nous discutions du choix qu’il avait fait, ce qu’il voulait faire, pour qu’il puisse faire ses propres ajustements sur le second. Ensuite, je lui donnais un conseil technique sur comment jouer le bon coup dans la situation, pour qu’il tape le troisième. » comme le rapporte Golf Digest USA dans un interview croisé des deux, le coach, et le joueur.

Toujours selon cette source, le coach a toujours eu pour objectif de faire de Morikawa un joueur de golf, et non pas un frappeur de balle pour qu’il pense aux variables d’un coup de golf, et qu’il comprenne l’origine de ses erreurs.

Mauvais swing ou mauvaise décision ?

Cette stratégie d’apprentissage serait à l’origine du caractère mesuré du joueur sur le parcours, en particulier quand les choses peuvent se compliquer, et par exemple sur le 15 où un bogey lui tendait les bras après un premier coup de fer raté de la journée.

Morikawa a donc développé des aptitudes, et en particulier appris à varier les trajectoires de balles en ajustant la hauteur de ses mains sur le grip…

A 12 ans, son coach estimait déjà que Morikawa pourrait devenir un professionnel de golf, ce qui n’a pas entravé la progression scolaire du jeune garçon.

Si Morikawa a dû faire une croix sur la pratique d’autres sports, il resté concentré sur les études au point de devenir aujourd’hui un des rares sportifs de haut niveau à être en parallèle diplômé d’une école de commerce réputée.

Avant cela, il s’était même payé le luxe de pouvoir choisir parmi quatre des meilleures universités américaines, dont Stanford, UCLA ou finalement Berkeley qu’il a retenu.

Très rapidement performant au niveau universitaire avec un beau palmarès à la clé, il s’est testé sur le Korn Ferry Tour à la faveur de ses victoires amateur, et à 19 ans, il a eu le choix entre faire le grand saut vers le professionnalisme ou continuer à cumuler golf et études.

Il a opté pour le second choix, ne se considérant pas encore prêt pour une vie de solitaire sur le tour.

Morikawa s’est donné du temps pour privilégier son entourage, mais bien dans le but de réussir… dans les bonnes conditions, et avec le bon environnement.

Les témoins de son ascension ont tous remarqué l’étonnante facilité avec laquelle Morikawa pouvait manœuvrer la trajectoire de balle ou encore sa capacité à connaître son étalonnage avec chaque club. Il était déjà très impressionnant.

Pourtant, Morikawa a souhaité pousser ses études, et faire en plus une école de commerce réputée, déjà conscient qu’il pourrait avoir un travail lucratif (golfeur professionnel) mais qu’il pourrait ou devrait gérer sa marque, signe qu’il ne manquait pas de confiance en lui.

Bien entendu, à son stade de carrière, il ne fera pas tout, joueur, manager… mais il veut au moins tout comprendre.

Il ne veut pas dépendre de quelqu’un qui gère ses intérêts.

Au cours de ses études, il a rencontré une jeune golfeuse qui est devenue sa compagne. Il affirme qu’elle a aussi contribué à son succès, en acceptant de venir partout avec lui, et lui permettre de ne pas vivre une vie de solitaire sur le tour.

Au contraire, à deux, ils ont pu apprécier le voyage…alors que techniquement Morikawa continuait à affiner son jeu de fers, sa plus grande force aujourd’hui.

Il a aussi pris le temps de recruter le cadet avec lequel il allait pouvoir apprendre à jouer sur le PGA Tour. Ce dernier, confiait, encore à GolfDigest qu’au cours de son entretien de recrutement, Morikawa lui avait demandé s’il était organisé ? Morikawa admet ne pas bien cohabiter avec les gens désorganisés.

Cette affirmation suffit à expliquer qui il est, et comment il fonctionne. C’est un méthodique.

C’est d’ailleurs avec méthode qu’il a travaillé au cours des derniers mois, et notamment pendant l’interruption du PGA Tour, sur les points faibles de son jeu : Le putting, et le petit-jeu autour du green.

Au cours de sa première saison complète sur le PGA Tour, Morikawa avait déjà réussi la prouesse de se classer parmi les 20 meilleurs sur la qualité de son jeu depuis le tee de départ, et deuxième pour les approches (jeu avec les fers).

En revanche, il n’était que 128eme pour les coups gagnés sur les greens. Avant The Open, il était d’ailleurs encore très mal classé s’agissant du putting, et pourtant, c’est ce compartiment du jeu qui lui a permis de soulever la Claret Jug.

Il l’admet : Pour lui, le putting n’a jamais été quelque chose de naturel.

« Je peux arrêter de taper des balles pendant 15 jours, puis revenir au practice, et très rapidement taper de très bonnes balles. Ce n’est pas aussi vrai pour les putts. »

Comment a-t-il pu alors gagner un majeur en passant de putter médiocre à excellent ?

Il y a à priori deux hypothèses plausibles : La première, son cadet lui aurait prodigué un conseil qui aurait tout changé, et la vitesse des greens du Royal St. Georges aurait forcé un ajustement du matériel, finalement bénéfique.

Selon le cadet de Morikawa, ce dernier à l’adresse sur un putt plaçait trop de poids sur son pied arrière, et pendant le stroke tentait de compenser par un déplacement du corps.

Le cadet l’aurait donc invité à mettre un peu plus de poids vers l’avant pour que le putter navigue plus librement dans la zone d’impact.

Par ailleurs, sur les greens du Royal St. Georges jugé plus lent par rapport aux greens du PGA Tour américain, Morikawa a ajouté du poids en tête.

Une semaine auparavant, en Ecosse où il avait eu du mal à lire la vitesse des greens, Morikawa avait justement fait le constat d’une forme d’inadéquation entre son club, et les greens.

En ajoutant dix grammes à son TP Juno, information confirmée par TaylorMade, le golfeur américain aurait trouvé la solution à son ajustement par rapport à des greens plus lents.

A ce sujet, il a ainsi déclaré « C’est un processus d’apprentissage. Les greens étaient lents. Je devais simplement me demander comment putter au mieux. Je considérais que mon stroke était bon, et que ce n’était pas ce que je devais changer. Je devais au contraire trouver la vitesse, et le fait d’alourdir la tête semblait la meilleure solution. »

En travaillant avec le fitter TaylorMade, le joueur a retiré les poids de 2.5 grammes situés en talon et en pointe, pour les remplacer par des poids de 7.5 grammes, et pour finir, obtenir un poids total de 10 grammes supplémentaires (15 au lieu de 5).

Pour gagner The Open, ce n’est d’ailleurs pas le seul changement opéré par Morikawa au sujet de son matériel. Il a aussi changé sa série de fers, et toujours parce qu’il est méthodique.

TaylorMade rapporte par l’intermédiaire de son responsable sur le PGA Tour, Adrian Rietveld, que Morikawa est passé d’une série composée d’un fer 4 P770, un fer 5 et 6 P7MC, et enfin du fer 7 au pitch, des P730, à une série composée d’une majorité de lames à cavité, les P7MC.

Au cours d’un échauffement au practice, l’expert matériel aurait indiqué au joueur qu’il pourrait expérimenter une légère perte de qualité de contact au moment de passer d’un fer 6 P7MC à un fer 7 P730, essentiellement en raison de la différence de géométrie de la semelle entre les deux clubs.

Le joueur a alors changé pour n’utiliser que des P7MC (la cavity back) du fer 5 au pitch.

« J’ai changé parce que je ne trouvais pas la centre de la face aussi bien que d’usage, sur mes coups de fers. En Ecosse, j’ai tapé des coups plutôt inhabituels et alors que mon swing me paraissait bien. Cela a été une grosse occasion d’apprendre »

Dans les faits, Rietveld explique que Morikawa a réussi à donner plus de spin avec les P7MC versus la P730 (ce qui n’est pas tout à fait logique), et on parle d’environ 300 tours en plus, pour justement améliorer sa capacité à contrôler la régularité de ses distances.

Désormais détenteur de deux majeurs en carrière à seulement 24 ans, numéro 3 mondial, premier golfeur de l’histoire à remporter deux majeurs pour à chaque fois une première apparition, Collin Morikawa doit être sérieusement pris en considération comme potentiellement l’un des meilleurs golfeurs des prochaines années, et peut-être un phénomène comparable à Tiger Woods ou Rory McIlroy.

Difficile de jouer les devins et prédire l’avenir, toutefois si Morikawa arrive durablement à améliorer son putting, et non pas en fonction de circonstances, la qualité de son jeu de fers et son sang-froid pourrait nous proposer un nouveau standard de hautes performances golfiques.

Alors que quelques mois plus tôt, le golf mondial s’inquiétait d’une possible domination de Bryson DeChambeau, et du fait de sa nouvelle toute puissance, Morikawa nous démontre qu’une autre voie peut tout aussi bien fonctionner, et même mieux !

Sans se mettre autant de pression que DeChambeau, ce qui parfois le pousse à la sortie de route, Morikawa, plus discret, peut-être plus redoutable. Après sa victoire britannique, on peut légitimement se demander si ce ne serait pas qu’un début, mais en tout, ce n’est certainement plus un hasard…

Crédit photo : David Rosenblum et Ken Murray/Icon Sportswire et Getty Images

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