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Clothilde Weyrich : « Il faut arrêter de penser que les femmes sont moins performantes que les hommes au golf ! »

Clothilde Weyrich, à la fois enseignante de golf mais aussi de ski l’hiver, a appris à évoluer dans des milieux masculins très jeune, et à très haut niveau. Durant cet entretien, qui questionne la place de la femme dans le golf, elle nous explique les différences et similitudes sur ce point dans les deux sports. Elle a su se frayer une place dans ces deux mondes, à force de travail et de perfectionnisme. Comment a-t-elle vécu ces différentes expériences en tant que femme ? Est-ce plus facile pour une femme sportive d’être une skieuse, ou une golfeuse ? Clothilde Weyrich nous expliquera l’envers du décor, que l’on soit skieuse de haut niveau en équipe de France, ou bien enseignante de golf à Chamonix.

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Clothilde Weyrich est une enseignante à double casquette de 35 ans, basée à Chamonix, et ancienne sportive de haut niveau.

Cette ancienne skieuse de haut niveau a commencé le ski à 15 mois, et a passé environ huit ans en équipe de France de ski, au sein des groupes de vitesse.

Sa spécialité : La descente super-G pour laquelle elle a notamment fait des circuits pour la coupe d’Europe et la coupe du Monde.

C’est en 2010 que la skieuse décide d’arrêter sa carrière, et de tourner la page sur le ski de haut niveau. 

En stagnant à la quarantième place mondiale pendant plusieurs années, sans pouvoir intégrer régulièrement le top 30 mondial, son objectif initial étant le top-15, elle a compris qu’il était alors temps pour elle de voir autre chose.

Mais lorsque les entraînements intensifs se sont arrêtés, cela a vite laissé un vide dans la vie de la sportive.

Son histoire avec le golf a commencé dès l’âge de huit ans.

Etant une petite fille très active, sa maman l’avait inscrite au golf, afin de lui apprendre le calme et la concentration. C’est d’ailleurs la seule de sa famille à jouer au golf.

Clothilde Weyrich n’a pas développé sa passion pour le golf étant enfant, sport qu’elle trouvait justement un peu trop calme pour elle.

C’est vers 12 ans qu’elle commence à apprécier davantage ce sport, en découvrant que le golf, c’est aussi sur un parcours !

Il devient alors synonyme de challenge pour l’adolescente, qui se classe index 15 à 15 ans, en jouant simplement en Juillet et Août.

Elle intègre ensuite le pôle France de ski au lycée, et délaisse le golf, n’ayant plus le temps d’y jouer.

Aux alentours de 2006, le golf devient à la mode chez les skieurs de haut niveau pour décompresser, et Clothilde Weyrich s’y remet avec quelques amis.

Elle joue « pour le fun » comme elle l’explique, pour se changer les idées entre deux entraînements de ski très intensifs.

C’est donc tout naturellement que, lorsqu’elle tourne la page du ski en 2010, elle comble immédiatement ce vide avec le golf. Cela lui a paru comme une évidence.

Elle s’est alors entraînée beaucoup, très régulièrement, et a placé dans le golf tout l’investissement qu’elle plaçait dans le ski auparavant. 

Résultat ?

Elle a joué pendant deux ans des grands prix, tournois ainsi que le championnat d’Europe amateur, puis est passée professionnelle en 2013.

Elle est maintenant enseignante de golf à l’école de golf de Chamonix. Cependant ce n’est pas sa seule activité, cette passionnée de sport alterne entre enseignement de golf, et enseignement de ski l’hiver.

La golfeuse est donc également entraîneur au sein du club de sport de Chamonix l’hiver, pour les jeunes qui suivent un cursus en compétition, jusqu’à 14 ans.

L’enseignement, c’est la troisième passion de Clothilde Weyrich.

Elle ajoute à ce propos : « Je suis tombée amoureuse de ces deux sports, mais ce qui me plaît le plus c’est l’enseignement, la transmission. Ce qui m’intéresse avant tout c’est le rapport à l’autre, le partage, suivre l’évolution des élèves, se creuser la tête pour leur trouver des solutions… C’est ce qui me fait avancer. »

C’est d’ailleurs pour cela qu’elle a passé un degré supplémentaire d’enseignement en ski (DE2), elle voulait comprendre comment être meilleure à titre personnel, pour ensuite pouvoir aider les jeunes au mieux. 

« Je voulais aller chercher plus loin que de l’enseignement pur, plus loin dans l’accompagnement technique et mental. »dit-elle.

Pour elle, le golf et le ski sont « des sports complètement différents, mais pourtant très complémentaires. »  

Elle n’a jamais pratiqué le « ski plaisir », en vacances ou entre amis, au contraire, le ski a toujours été pour elle, synonyme de compétition et de pression. 

Le golf a au contraire toujours été accompagné d'une connotation de plaisir pour elle, partagé avec un public ou encore avec des amis. Son rapport aux deux sports n’est donc pas le même.

« Avec le golf, même pendant les Pro-am, je peux faire mon travail, partager des choses avec des gens et en même temps prendre du plaisir ! »

La différence fondamentale pour l’enseignante entre les deux sports, c’est qu’au golf, on ne jouera jamais deux fois le même coup, ou l’on ne vivra jamais la même situation. 

Elle explique : « Tu pourras jouer toujours les mêmes neufs trous au golf, c’est très rare que tu arrives à avoir le lendemain un coup similaire à la veille.  Au ski, tu descends une piste un jour, tu descendras toujours la même piste, de la même façon le lendemain. »

Ce qui lui plaît dans le golf, c’est avant tout le challenge !

« Moi j’ai toujours joué au golf pour taper le moins de coups possible, et je prends du plaisir uniquement si je joue bien ! Si j’ai mal joué, je n’ai pris aucun plaisir à balader mon chariot ! » avoue-t-elle en plaisantant. 

Taper plus fort, arriver plus près du trou, partir de plus loin, ont été les moteurs de cette enseignante toujours très compétitrice dans l’âme.

« Ce que j’adore dans le golf, c’est ce côté qui est si difficile, où un jour on pense qu’on a tout compris, et qu’on sait faire, et le lendemain, on se rend compte que l’on a en en fait rien compris ! »

Elle souligne l’irrégularité du golf par rapport au ski, où « tout peut arriver du jour au lendemain, dans les deux sens. Au ski, lorsque l’on a des acquis un jour, on sait les reproduire le lendemain. » 

Elle ajoute aussi que ce sport nécessite beaucoup d’humilité et de travail.

De plus, le côté convivial du golf lui permet de pouvoir partager la passion du sport avec des amis qui n’ont pas le même niveau qu’elle.

Elle souligne évidemment le « cadre toujours magique du golf», où les endroits sont très souvent magnifiques et bien entretenus.

Son plus beau souvenir de golf réside dans un voyage fait avec des amis en Ecosse à St-Andrews, où elle a joué le golf de kingsbarns. Ce qui lui a particulièrement plu là-bas, c’est l’aspect culturel et historique du golf, qui est encore très présent, selon elle, dans les mœurs.

« Là-bas, le soir à 20 heures, tout le monde se balade en chaussures de golf et avec un sac de golf… et c’est normal ! » raconte-elle. 

Clothilde Weyrich a donc côtoyé deux sports initialement très masculins, et a tout de même réussi à s’y faire une place confortable.

A-t-elle affrontée des situations « discriminantes » en tant que femme pour autant ?

A-t-elle ressenti qu’elle était parfois moins à sa place dans ces milieux pour cette raison-là ? 

La réponse est non !

Etre une femme, que ce soit dans le milieu du golf ou du ski de haut niveau, n’a jamais été un complexe pour elle.

Elle n’a jamais eu de problème particulier, ni de « sentiment de persécution » parce qu’elle est une femme, comme elle l’explique.

Elle admet un peu plus tard dans l’entretien, après réflexion, avoir été quelques fois mise à l’épreuve par certains clients, qui ne souhaitaient pas prendre de cours avec une enseignante femme.

Elle a également essuyé quelques affronts sur son niveau de jeu pendant les cours qu’elle dispensait, comme des phrases du genre « Montrez-moi ! », mais elle l’a toujours pris avec humour.

Elle insiste sur le fait que « C’est comme dans tout, dans le médical aussi certains ne veulent pas de médecins femmes ou de kiné femmes. Chacun va où il veut, l’important c’est de donner le choix aux adhérents. »

Pour l’enseignante, avoir une enseignante femme sur un golf est une valeur ajoutée. Elle a remarqué que certaines femmes appréciaient particulièrement pouvoir prendre des cours avec une femme.

« Chaque enseignant est différent, et que l’on soit un homme ou une femme, on a tous quelque chose à apporter de différent, les uns des autres. »

Pour Clothilde Weyrich, la présence moins importante de femmes sur les golfs, est simplement due au fait que, ce n’est peut-être pas un sport qui attire beaucoup de femmes.

« Lorsque j’ai passé le concours d’enseignante de golf, il y avait très peu de femmes. C’est peut-être alors que ça ne les intéresse pas plus que ça, tout simplement. »

Elle avoue cependant avoir l’habitude d’évoluer dans un milieu d’hommes, avec le ski de haut niveau.

Elle affirme ensuite que la proportion hommes/femmes dans le ski est la même qu’au golf. Elle évalue dans le ski environ une femme pour dix hommes.

Elle a par conséquent appris depuis son plus jeune âge, à évoluer dans un milieu particulièrement difficile physiquement pour une femme.

Elle développe que le froid, les blessures fréquentes, la difficulté de sa spécialité très masculine (la descente), la séparation avec sa famille, les entraînements intensifs uniquement par des coachs hommes, sont autant d’éléments qui l’ont forgé très tôt. 

Elle avoue ne jamais s’être vraiment posée la question de la place de la femme dans le golf, et déclare avec humour quelques secondes plus tard : « C’est presque encore plus grave d’être tellement habituée à ça que je ne pose même pas la question… ! »

« C’est vrai que pour faire sa place, il ne faut pas mollir » admet-elle toutefois.

Mais elle relativise néanmoins rapidement, en déclarant qu’il n’y a rien de flagrant ou d’alarmant pour elle.

Clothilde Weyrich a, dès le départ, voulu prouver son niveau de jeu et mériter sa place dans le golf. La golfeuse a mis un point d’honneur à passer la barre de l'index 0 avant de passer pro, pour « ne plus rien devoir à personne ». 

Elle ne se sent donc pas particulièrement mise à l’épreuve ou moins considérée en tant qu’enseignante féminine, que ce soit au golf qu’au ski.

Elle trouve tout de même que les femmes ne sont pas assez représentées dans les médias de sport en général, mais cela ne la choque pas plus que cela.

Elle explique pourtant : « C’est dommage car les filles sportives, c’est toujours des histoires un peu touchantes. Parce qu’une fille qui fait du sport à haut niveau, elle galère toute sa vie, pour le corps c’est difficile. »

« Je pense qu’il faut arrêter de penser que les femmes sont moins performantes que les hommes. » déclare-t-elle.

Cette amoureuse de la compétition joue d’ailleurs avec des clubs hommes, part des jaunes ou des blanches, et tape aussi fort qu’un golfeur pourrait le faire. Au driver, elle envoie la balle entre 220 et 240 mètres environ. 

La différence flagrante qu’elle souligne avec le ski, au niveau des écarts de traitements hommes et femmes, s’avère être dans les gains mis en jeu lors des compétitions.

Dans la plupart des compétitions de ski, c’est la Fédération Internationale (FIS) qui décide des prix d’une compétition. Les gains sont donc homogénéisés et « lissés », et ils seront les mêmes pour les skieurs comme pour les skieuses.

Ce qui n’est, de toute évidence, et malheureusement pour nos golfeuses, pas encore le cas dans le monde du golf.

La proportion hommes/femmes à l’école de golf de Chamonix est d’environ 70/30 selon elle, ce qui laisse penser à l’enseignante qu’il y a tout de même pas mal de femmes qui aiment le golf.

« Je trouve que le golf reste un sport relativement mixte, en comparaison aux sports de combat par exemple. Je ne me dis pas que c’est un sport plus masculin que féminin. »

Elle ajoute : « On n’a rien à envier aux hommes dans le golf, et les femmes ne doivent pas faire de complexes. C’est un sport de stratégie, de concentration et de réflexion avant tout, pas un sport de force. Tout ce que les hommes ont de plus que nous, c’est de la force. Ils ne sont ni plus stratégiques, ni plus cérébraux que nous. »

Crédit photos : Clothilde Weyrich  

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Commentaires   

ccs.ric@gmail.com
0 #1 Égalité des sexesccs.ric@gmail.com 14-12-2020 09:21
Le golf est un des très rares sports, si ce n’est le seul, qui permet à des joueurs de niveau très différents de s’affronter à armes égales. Mais alors, pourquoi continuer à séparer les hommes des femmes ? Départs femmes et départs hommes ? Une réponse pour moi est l'égo. Ce serait trop humiliant pour un homme de partir des rouges et se faire battre par une femme qui partirait des blancs. Ou plus simplement, en prenant le même départ.

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