Posté par le dans European Golf Tour

Ne serait-ce pas le moment pour créer un circuit professionnel pour les golfeurs européens ?

La crise du coronavirus a bouleversé le mode de fonctionnement du golf professionnel. Mis à l’arrêt pour plusieurs mois, les différents circuits professionnels ne savent pas vraiment sur quel pied danser pour se relancer. Le PGA Tour imagine une quatorzaine obligatoire pour les joueurs en provenance de l’extérieur des Etats-Unis. Le circuit américain imagine toujours reprendre sans la présence du public. De son côté, l’European Tour vient d’annoncer son projet très « les anglais parlent aux anglais » avec une série de tournois exclusivement au Royaume-Uni, et toujours avec un principe de quatorzaine. Pour les golfeurs du vieux-continent, est-ce que cette situation ne serait pas l’occasion de changer la donne, et enfin, tenir compte d’une réalité : Celle du Brexit !

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Boris Johnson l’a voulu. Il l’a eu. Le Royaume-Uni a bien quitté l’Union Européenne.

A Bruxelles actuellement, et moins médiatisé pour cause de déconfinement, les diplomates, dont Michel Barnier et David Frost, discutent toujours d’une sortie négocié.

Cependant, la pire crise économique de l’histoire pourrait reléguer au second plan les questions d’une sortie sans accord, spectre toujours agité par le Premier Ministre Anglais.

Selon les propos du chroniqueur du Times, Iain Martin, un pro-Brexit « le Brexit ne serait rien de plus qu’une anicroche en comparaison de l’ampleur du choc de la pandémie »

Si le Royaume-Uni est effectivement sorti de l’Union européenne le 31 janvier dernier, les futures relations entre les deux parties ne sont toujours pas décidées.

Une période de transition est d’ailleurs actuellement en place et valable jusqu’au 31 décembre 2020.

Il est étonnant, que dans ce contexte, le monde du golf, et en particulier, l’European Tour et ses membres fassent comme si de rien n’était.

Sans doute l’une des organisations les moins démocratiques du monde du sport, et où les « non-britanniques » n’ont pas réellement voix au chapitre, l’European Tour continue de présider à l’avenir de centaines de golfeurs professionnels… non ressortissants du pays de sa Majesté.

Fin mai, le circuit a d’ailleurs dévoilé ses plans pour un début de reprise du jeu, et une nouvelle fois démontré comment il gérait les questions « Européennes ».

Comme cela était à craindre, les anglais ont d’abord et uniquement pensé à eux.

Le circuit pourrait redémarrer fin juillet par une sorte de mini-tour uniquement disputé au Royaume-Uni (6 tournois en Angleterre et au Pays de Galles), et alors qu’une annonce imminente devrait intervenir concernant l’Open d’Irlande.

Sous couvert de vouloir gérer le circuit sous forme de cluster, pour limiter les déplacements, et limiter les risques de transmissions du COVID-19, l’European Tour a pensé un système qui n’arrange personne, sauf les résidents britanniques.

Dans un contexte de forte baisse des dotations, et d’annonceurs en moins, la somme des contraintes semble largement dépasser la somme des intérêts pour une bonne partie des golfeurs professionnels qui vivent hors du Royaume-Uni, les Allemands, les Français, les Espagnols, les Italiens, et en fait toutes les nationalités représentées sur le tour.

Si le British Masters faisait partie du calendrier européen, et sera donc disputé du 22 au 25 juillet prochain, les tournois suivants ont été rajoutés en lieu et place des tournois européens initialement prévus.

Le circuit a créé 5 nouveaux tournois dont les noms ne font pas mystère d’un mini-tour exclusivement britannique : English Open, English Championship, Celtic Classic, Wales Open, et UK Championship au Belfry pour clôturer cette séquence estivale.

Cette série de tournois impliquant une quatorzaine à l’entrée au Royaume-Uni, cela va induire une période obligatoire d’un mois et demi sur place obligatoire pour les joueurs du vieux-continent.

Concrètement, cela veut dire 45 nuits d’hôtels à booker pour les joueurs, et les cadets ou tout autre membre du staff.

Si le choix des parcours a été réalisé en prenant en compte la tailles des hôtels pour justement accueillir tous les membres participant à l’épreuve, cela ne résout qu’une partie du logement.

D’autant que ces hôtels seront transformés en blockhaus sanitaires avec des mesures très strictes.

Dans le cas d’un joueur qui ne passerait pas le cut, il devra se loger dans un autre hôtel, et à en juger par les prix pratiqués au Royaume-Uni pour l’hébergement, certains cadets s’interrogent sur la viabilité économique de cette nouvelle série d’épreuves.

Certains commencent à chercher des maisons à louer à plusieurs pour répartir et amortir les frais, sans être enchantés à l’idée d’être loin de leurs familles pendant une telle durée.

Si pour les 50 premiers golfeurs du circuit, dont les gains passés pourraient couvrir le coût additionnel doublé, d’une perspective de revenus en baisse sur les tournois à venir, cela pourrait s’envisager, c’est loin d’être évident pour l’immense majorité des autres joueurs, ce qui pourrait avoir pour conséquence de fausser l’équité sportive.

Si Keith Pelley se dit incroyablement fier de ce qui a été accompli pour remettre sur pied une parodie de circuit, on pourrait plutôt avoir honte de ce nouvel exemple du « moi d’abord, et tant pis pour les autres » si souvent exprimé par une organisation qui dans son nom dit s’appeler « European tour ».

Si vous consultez le board actuel de l’European Tour, vous pourrez constater à quel point il n’est pas représentatif de la communauté des nations européennes, et finalement n’a rien d’Européen, mais seulement anglo-saxon.

En avril dernier, il faut toutefois admettre que le danois Thomas Bjorn avait pourtant été nommé pour rejoindre le comité directeur en sa qualité d’ex-capitaine victorieux de la Ryder Cup, mais sa présence ne suffira pas à rééquilibrer, et mieux représenter les intérêts des autres nations.

Il conviendra aussi de se demander quel sera son poids réel sur les décisions concernant le golf européen ou sa gouvernance…

Pour se justifier, mais sans en avoir aucune certitude, Keith Pelley laisse penser que les mesures de quarantaine pourraient être assouplies au Royaume-Uni, ce qui pourrait rendre ce projet plus abordable pour les « continentaux ».

Pour l’heure, rien ne laisse penser que les pays vont assouplir les mesures de quarantaine.

Alors à quoi bon annoncer un calendrier qui repose sur ce paramètre, sans avoir tous les éléments pour aider les joueurs dans leur prises de décisions ?

D’autant qu’un minimum de ces six tournois pourrait être joué sans laisser entrer le public… Signe que malgré la volonté de reprendre rapidement, le circuit n’y est pas vraiment prêt.

En toile de fond se pose aussi la question de la Ryder Cup sur laquelle personne n’ose s’exprimer mis à part les joueurs, et leur avis a le mérité d’être tranché « pas de fan, pas de Ryder Cup »

Cette gestion de la crise est une nouvelle fois révélatrice du fonctionnement de l’European Tour, une entreprise plus qu’une organisation, qui défend peut-être plus ses intérêts économiques que les intérêts du golf européen, et surtout continental.

A l’heure du Brexit, ne faut-il pas envisager la suite du golf professionnel dans cette réalité ?

Les pays du Vieux-Continent ne devraient-ils pas saisir ensemble cette occasion d’organiser enfin un véritable circuit professionnel régional ?

Le mythe d’un circuit international trouvant son berceau en Europe a largement vécu. Personne ne peut raisonnablement y croire, et encore moins depuis cette crise.

Le PGA Tour n’est pas près d’accepter un principe de fusion, et encore moins en sa défaveur.

A défaut de mondialiser le circuit de golf professionnel, c’est peut-être le moment de revenir à une économie du golf professionnel plus pragmatique avec des tournois disputés en Europe pour séduire un public européen, et mobiliser des joueurs européens, sans oublier les sponsors.

Portugal, Espagne, France, Allemagne, Belgique, Suisse, Italie, Pays-Bas, Autriche, Suède et quelques pays de l’Est de l’Europe ont largement démontré une capacité à organiser des tournois de très bon niveau.

Unis et fédérés autour d’une même bannière et véritablement européenne, ils pourraient largement parvenir à organiser un circuit adapté aux joueurs, et aux spectateurs.

On oublie trop souvent de préciser que si le Royaume-Uni pèse effectivement à lui seul plus d’un million de golfeurs amateurs, le reste de l’Europe pèse au moins autant, si ce n’est plus…

L’European Tour, dans sa quête de grandeur, ne s’est-elle pas ridiculisée à organiser des tournois au Moyen-Orient, et par exemple en Arabie Saoudite, sans pratiquement le moindre spectateur ?

Si la mondialisation du golf professionnel ne peut avoir lieu sous la forme d’un circuit similaire au tennis, alors n’est-il pas temps de revenir à un principe « régional » ?

C’est peut-être une occasion unique de revaloriser et densifier les WGC (Championnats du monde) qui eux pourraient accueillir les meilleurs joueurs de chaque région du monde, sans l’exclusion du Moyen-Orient ou de l’Asie, bien au contraire.

Quid du Coronavirus ? Va-t-il disparaître de lui-même ? Comment garantir la tenue d’un calendrier 2021 sur les bases de ce que nous avons connu jusqu’à présent ?

Cette crise est peut-être une opportunité de changer complètement le mode de fonctionnement du golf professionnel, et le faire davantage coller à la réalité vécue par les joueurs, les spectateurs et les annonceurs ?

La récente fuite des annonceurs des tournois de l’European Tour est révélatrice d’un manque de confiance dans le modèle économique actuel du circuit européen.

Ce phénomène n’est pas aussi marqué outre-Atlantique, où pour l’heure, personne ne parle de baisse de dotations des tournois du PGA Tour.

Si le British Masters organisé par Lee Westwood devrait conserver sa dotation de 2 millions d’euros apportée par Betfred, les cinq tournois ajoutés pour l’occasion seront seulement dotés d’un million d’euros, seulement financés par l’European Tour, qui n’a donc pas trouvé dans un laps de temps aussi court de nouveaux annonceurs.

L’organisateur prévoit un classement à l’ordre du mérite à l’issue des six tournois. 

La race to Dubaï pourrait reprendre ensuite avec les quatre tournois des play-offs, mais sur ce point, les explications fournies par Keith Pelley ne sont pas encore très claires, d’autant que l’ordre du mérite mondial est toujours gelé pour l’heure (OWGR).

Ne fallait-il pas tout bonnement décréter une saison blanche et reconstruire un calendrier crédible pour 2021 ?

Devant le fait établi, les autres pays européens de golf, ainsi que les joueurs devraient peut-être envisagés de se parler, de créer un groupe de discussion, et commencer à penser à la défense de leurs intérêts, et pas seulement être spectateur des décisions d’un board géré dans un pays désormais hors de l’Union Européenne.

Sur ces sujets, il n’y a sans doute pas de solutions toutes faites, mais il convient au moins de se poser des questions sur la suite des événements.

Crédit photo : Rich Graessle/Icon Sportswire et Stephen Bartholomew/Actionplus/Icon Sportswire

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