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Cadet de golf : Un métier sur le fil du rasoir, et un peu plus après le COVID

John McLaren aux côtés de Paul Casey, le rôle du cadet auprès du joueur de golf

Le golf véhicule souvent malgré lui bon nombre de clichés, et de fausses croyances… Le métier de cadet n’échappe à la règle, et pour beaucoup, il s’agit seulement d’hommes ou de femmes, payés à porter un sac de clubs, passant à côté de la dominante mentale et émotionnelle de celui qui aide le joueur à donner le meilleur de sa performance. Inversement, d’autres rêvent de faire ce métier sans tout à fait pouvoir en imaginer les nombreuses contraintes. En cette fin octobre, le cadet John McLaren, un top-cadet du monde du golf professionnel, 55 ans, vient d’annoncer sa mise en retrait du golf, pour raison de santé… mentale. Trop souvent sous les radars, le métier de cadet n’a peut-être jamais été aussi mis à l’épreuve que lors des derniers mois, marqués par le COVID et la bulle sanitaire. L’exemple de McLaren est un révélateur parmi d’autres d’un métier pratiqué bien souvent sur le fil du rasoir…

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Cadet depuis plus de 30 ans auprès de Luke Donald, Tony Johnstone et Paul Casey, John McLaren s’est largement fait un nom dans le monde du golf professionnel, et fait partie de la crème de la crème des caddies officiant sur le circuit.

Pendant près de six ans sur le sac de l’anglais Luke Donald, et notamment quand ce dernier a atteint le rang de numéro un mondial en 2011, McLaren fait partie des rares dans sa profession à pouvoir se targuer d’être millionnaire.

Sur le sac de Paul Casey depuis 2016, un autre anglais parmi les meilleurs joueurs du monde, il a encore participé en tandem à plusieurs victoires significatives (Valspar Championship, Porsche European Open ou plus récemment Omega Dubaï Desert Classic).

Chaque situation de cadet doit être regardée individuellement.

McLaren qui annonce se mettre en retrait de son métier pour une durée indéterminée a mérité peut-être entre 5 et 6 millions d’euros de gains en carrière.

Cependant, sur plusieurs centaines de cadets qui exercent ce métier à travers le monde, ils ne sont qu’une poignée à pouvoir revendiquer de tels chiffres.

La réalité de plus de 95% des cadets est bien différente.

Toutefois, la décision de McLaren est très révélatrice d’un contexte qui n’est pas imaginé par beaucoup de fans de golf, et notamment les derniers 18 mois considérés par beaucoup de joueurs et de cadets européens, comme une période extrêmement difficile.

C’est en tout cas ce que McLaren a mis en avant auprès de Ben Everill, reporter pour le PGA Tour, pour expliquer son intention d’arrêter sa mission auprès de Paul Casey, aux termes de la saison sur l’European Tour, et à l’exception du tournoi de Dubaï, où il aidera encore son joueur à défendre son titre en début d’année 2022.

Parmi les raisons pour justifier son besoin de s’arrêter, McLaren a bien entendu largement évoqué les contraintes posées par la pandémie de COVID.

« L’accumulation des voyages au cours des 18 derniers mois, avec à chaque fois des tests, l’incertitude liée aux tests, a joué sur mon moral, mais aussi sur comment je suis chez moi et avec ma famille. Cela commence à avoir un impact sur mon enfant et ma femme. La question des sacrifices a commencé à se poser. »

En évoquant un syndrome d’anxiété, McLaren a voulu parler, et alerter sur ce que d’autres comme lui peuvent actuellement ressentir.

Les voyages d’un continent à un autre, les tests systématiques à l’aller comme au retour, les quarantaines, et le spectre permanent d’un test positif qui vous retire du tournoi d’un instant à l’autre ont achevé de saper son moral.

« Chaque weekend, je croisais les doigts pour ne pas être testé positif, et pouvoir rentrer chez moi voir ma famille. A l’inverse, à la maison, je devais faire encore plus de tests, et m’isoler en me disant pourvu que je ne sois pas positif et ne pas impacter la vie de Paul. »

Le cadet a compris qu’il avait en fait besoin d’un break !

Le français Charles Dubois, longtemps sur le sac de Romain Wattel et Raphael Jacquelin, joint à ce sujet, explique n’avoir finalement vécu cette situation que pendant une semaine, avant de lui aussi quitter le métier, et se tourner vers l’enseignement au Golf de Meaux.

« Quand j’ai vu la bulle sanitaire et les contraintes imposées, j’ai compris que cela allait être plus compliqué de faire notre métier. J’étais aussi à un moment où j’ai eu une autre opportunité, celle de revenir à mon métier d’enseignant, alors qu’avec Raphael, les résultats n’étaient pas à ce moment-là, au rendez-vous de nos attentes. »

Avec le COVID, il témoigne que la vie de cadet et l’organisation sur le tour s’est complexifiée.

Il décrit alors les contours d’un effet ciseau, avec d’une part, plus de possibilités de partager ou réduire les coûts en mutualisant des dépenses avec d’autres cadets (voyages, chambres d’hôtels, alimentation…) et d’autre part, une forte baisse des dotations sur les tournois de l’European Tour.

« Ces derniers mois, je crois qu’il n’y a pas eu un tournoi à plus de 3 millions d’euros de dotations ».

Cette baisse des revenus potentiels est d’autant plus impactante quand un cadet travaille pour un golfeur qui se bat pour passer les cuts (top 50 à 70) ou ne les passe pas (pas de gains potentiels).

« Dans tous métiers, il y a des périodes fastes qui permettent de faire des réserves et de tenir dans les périodes de vaches maigres.  Avec Raphael, je n’ai pas eu cette chance. C’est sûr que la question d’arrêter de caddeyer s’est posée plus rapidement pour moi. »

Les cas de McLaren et de Charles Dubois sont très différents, mais révélateurs d’une même difficulté et d’un métier pratiqué bien souvent sur le fil du rasoir.

Par exemple, il n’existe pas vraiment de préavis. La plupart du temps, un joueur remercie son cadet dans l’instant. Et ces derniers mois, il y a eu un nombre spectaculaire de ruptures entre joueurs et cadets, et côté français, sur fond d’absences de résultats.

A nouveau, aucune situation n’est vraiment similaire, et chaque histoire de couple est différente, mais il n’existe pas de filet ou amortisseur social ou encore de PGE (prêt garanti par l’état) pour les cadets.

Cette année, Ben Hebert, Romain Langasque, Mathieu Pavon, Adrien Saddier ou encore Alexander Levy ont changé de cadets, dans un balai assez rare pour être notable.

Charles Dubois explique « Quand les résultats ne sont pas là, il faut reconnaître que le premier maillon à sauter dans l’équipe, c’est le cadet. C’est d’autant plus difficile quand il y a beaucoup d’émotionnel ou d’amitié entre le joueur et le cadet »

Autre acteur de ce métier, et contacté pour cet article, Arnaud Garrigues encore récemment sur le sac de Pavon ou de Dubuisson, rappelle que si le cadet peut sauter du jour au lendemain, il peut de la même façon quand il est bon « monter sur un meilleur sac ».

Quand Levy a remercié Tom Ayling, ce dernier est parti sur le sac de Rasmus Hojgaard avec lequel quinze jours plus tard, il gagnait une première victoire !

Cependant, pour des raisons différentes de McLaren, nombreux sont les cadets français de longue date comme Charles Dubois, Arnaud Garrigues ou même le champion majeur Axel Bettan, et encore Olivier Elissondo, plusieurs fois vainqueur avec Gregory Bourdy, à avoir momentanément ou définitivement tourné le dos au métier de cadet professionnel.

Pour Arnaud Garrigues, positif au sujet de son expérience de cadet, qui a justement vécu la période COVID et la transformation des tournois, autant il a pu apprécier la période où il voyageait dans des pays fantastiques comme l’Afrique du Sud ou Dubaï, des moments de partages, avec autour de lui les copains cadets des autres joueurs, le soir en fin de journée, autant il a souffert des semaines passées enfermés dans des hotels imposés par le tour européen, enfermés seul la plupart du temps, et même l’impression de vivre en cellule.

Dans la bulle sanitaire, il a vécu l’impossibilité d’échanger avec les autres joueurs ou cadets, même avec un masque sur le visage et à plus d’un mètre de ses interlocuteurs, immédiatement séparés par le personnel de l’European Tour.

Ce grand écart entre la vie d’avant et la vie d’après l’a frappé, et d’ailleurs il s’interroge sur le cas de McLaren dans le sens où si sur le tour européen, les conditions de la bulle sanitaire sont encore très strictes, de son point de vue, au contraire, sur le PGA Tour, les conditions ont déjà été largement allégées depuis plusieurs semaines.

2021 marque une année où le résultat des pros français sur le circuit professionnel a été nettement plus difficile par rapport à d’autres années, et encore il y a quelques jours, plusieurs noms étaient du mauvais côté de la barrière pour sauver leurs cartes.

Charles comme Arnaud se révèlent surpris par cette situation. Pour Charles, avant le COVID « Hebert et Lorenzo-Vera étaient pourtant dans des bonnes dynamiques. »

Pour Arnaud Garrigues qui n’a pas d’explications sur cette année particulièrement difficile pour les résultats « peut-être que les joueurs français qui sont plus souvent habitués à de la convivialité et qui partagent plus souvent sur le tour, cette vie sans contact a été peut-être plus pesante que pour des joueurs nordiques plus souvent habitués à fonctionner seul, mais ce n’est pas une certitude… »

Loin de chez soi plus de la moitié de l’année, dans un métier terriblement dépendant des résultats et donc forcément précaire, sans filet, soumis à des contraintes de vies plus sévères depuis quelques mois, peut-être fatigués par des voyages plus pesants et avec l’épée de Damoclès du test positif, les cadets ont donc connu comme John McLaren un exercice de leur profession sur le fil du rasoir, sauf que tous n’ont pas forcément pu engranger suffisamment de revenus précédemment, pour passer cette période plutôt inconfortable.

Si beaucoup de golfeurs rêvent de devenir professionnel de golf, combien rêveront demain d’être cadets ? La profession pourra-t-elle se renouveler ?

Au-delà de la forte baisse des dotations des tournois européens, la question de la répartition des revenus doit-elle à nouveau se poser pour garantir un niveau de vie plus pérenne pour les membres de cette profession un peu à part ?

Comme le souligne Charles Dubois, beaucoup de cadets français ont en fait une double casquette avec l’enseignement, et ont finalement assez bien pu rebondir sur d’autres projets, cependant, pour d’autres pays, et d’autres cadets, c’est vraiment leur seul métier… un métier sans garanties.

Pour un McLaren millionnaire, il y a beaucoup plus de cadets qui vivent dans des conditions radicalement différentes.

Crédit photo : Rich Graessle/Icon Sportswire et JeudeGolf

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