Bubba Watson : même un double vainqueur du Masters peut être fragile psychologiquement…

La santé mentale est souvent passée au second plan pour les sportifs, mais ceux qui souffrent de troubles anxieux peuvent vous dire qu’elle est toujours au premier plan, et pour certains sportifs de haut niveau, c’est un des défis qu'ils doivent relever à l'heure actuelle. Bubba Watson souffre depuis plusieurs années d'anxiété sociale et généralisée, il a des problèmes avec les grandes foules et se sent gêné et jugé dans certains contextes sociaux. Ces dernières années, sa condition s'est avérée particulièrement difficile pour un athlète d'élite qui se produit devant du public.

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On peut faire beaucoup de reproches aux athlètes professionnels autour de leur manque d'authenticité dans les entretiens. D’utiliser trop la langue de bois, si vous préférez. Mais pourtant certains d’entre eux se dévoilent. Le fait est que tout le monde aspire à comprendre ses joueurs de golf préférés. Et pas seulement sur le parcours, mais au niveau humain, d’une manière compréhensive par tout le monde.

En France, des sportifs de haut niveau comme Adil Rami, Martin Fourcade, ou Lucas Pouille, on fait part un jour de leurs « burn-out », une expression plus délicate que le mot « dépression »…  Les surhommes, ça n’existe pas, et les sportifs de l’élite doivent faire preuve d’une énorme force mentale pour être les meilleurs. 

Lors d'une récente enquête menée par le CIO, en cette période préolympique et avec les interrogations concernant la Covid, 32 % des 4 000 athlètes et membres de leur entourage interrogés, ont déclaré que la santé mentale était le plus gros défi qu'ils devaient relever à l'heure actuelle.

Nous ne pourrons peut-être jamais nous identifier avec les athlètes, en matière de performances, d'argent ou de célébrité, mais nous pouvons tous comprendre l'expérience partagée d'être tout simplement humain. Et comme pour tous les humains, la dépression des sportifs peut les conduire jusqu’à l’incapacité de pratiquer leur sport.

Vous vous souvenez peut être quand Bubba Watson a remporté le Masters 2012 en réussissant un superbe coup de wedge dans les arbres au 10e trou ? Alors qu'il s'aventurait à l'extérieur des cordes contenant le public, son principal facteur de stress n'était pas la façon dont il gagnerait, mais sa proximité avec les spectateurs.

Le coup par lui même, préparant sa victoire éventuelle, ne l'avait pas dérangé. Autodidacte, très visuel, et exceptionnellement habile à travailler la balle dans les deux sens, Bubba Watson était habitué à faire une telle magie.

Bubba Watson s’ouvre sur la bataille pour sa santé mentale

Après avoir combattu avec difficulté lors du deuxième tour de l'US Open 2020, Bubba Watson a donné une analyse sur lui même à laquelle beaucoup peuvent s'identifier. Surtout ceux d'entre nous qui consacrent des heures et des heures à frapper une petite balle blanche.

Bubba Watson laissait également les opinions négatives des autres s'infiltrer dans son âme, et son jeu en souffrait. S'il a remporté trois victoires en 2018, il n'a pas gagné depuis.

Trois fois ces dernières années, il a été transporté à l'hôpital en pensant que sa vie allait se terminer par une crise cardiaque. Souvent il n'avait tout simplement pas envie de jouer, ou il voulait se retirer d'un tournoi. Il a alors brutalement perdu du poids, parce que la peur installée dans son corps, le rendait presque incapable de s’alimenter.

Alors qu'il a commencé à avoir du mal à dormir, à perdre du poids et à avoir peur pour son cœur. « Je pensais que j'allais mourir », dit-il. « Mes problèmes mentaux m'ont bien occupé pendant un certain temps. « Je suis descendu à 73 kilos (soit environ 14 kilos sous son poids normal).

« Quand j'ai commencé à perdre du poids et que je devenais maigre, cela m'a fait avoir des flashbacks sur mon père », a déclaré Bubba Watson. « Cela m'a donné plus de problèmes mentaux, plus d'anxiété. Alors j'ai arrêté de me peser ».

Mais les graves crises d'angoisse ont persisté et son esprit a continué à s'emballer, et il a continué à souffrir. Du classement de n° 2 mondial, le double champion des Masters avec 12 titres sur le PGA Tour est tombé au 65 rang en 2020. Sa dernière victoire remonte au Travelers Championship 2018.

Bubba Watson a terminé 31e à l'US Open 2020, et a depuis obtenu deux de ses meilleurs résultats depuis son retour au golf en juin 2020 : une égalité pour la septième place de la CJ Cup à Shadow Creek et une quatrième place au Zozo Championship à Sherwood, il est maintenant remonté au 46e rang mondial.

Lors de nombreuses nuits sans sommeil, Bubba Watson pensait qu'il allait mourir

Seul dans l'obscurité avec seulement ses pensées pour lui tenir compagnie alors qu'il faisait face à une anxiété paralysante qui l'empêchait de dormir la nuit, Bubba Watson a souvent repensé au décès de son père Gerry, un ancien béret vert qui s'est battu contre un trouble de stress post-traumatique, et est décédé en 2010 après une longue bataille contre le cancer.

Pas même les merveilleux souvenirs de sa femme, Angie, et de leurs deux enfants adoptifs, Caleb et Dakota, ne lui ont donné assez de réconfort pour trouver le sommeil.

Pendant cette période troublante, Bubba Watson, qui a fêté ses 42 ans le 5 novembre 2020, a demandé de l'aide à un professionnel, et a été en contact fréquent avec des médecins. Il admet volontiers qu'il est nerveux et qu'il s'est auto diagnostiqué avec un trouble déficitaire de l'attention.

« J'ai beaucoup de problèmes mentaux. J'ai tellement peur des choses, cela ne devrait pas être ainsi » dit Bubba Watson. « Peur des hauteurs. Peur des bâtiments qui tombent sur moi. Peur du noir. Peur des foules. Ce sont mes plus gros problèmes ».

« Entre les trous, c'est vraiment effrayant pour moi car il y a tellement de gens tout près de moi » a-t-il ajouté. « J'ai juste peur des gens en général ».

Au fil des ans, Bubba Watson a souvent dit qu'il avait besoin d'aide, qu'il craignait beaucoup de choses, y compris l’avion, les espaces bondés, les projecteurs, et maintenant la COVID-19.

Il s'inquiète d'être un bon père, un bon mari, un bon ami. Il continue d'insister sur sa vie de célébrité, sur le fait d'être deux fois vainqueur du Masters, sur ce qui est dit et écrit à son sujet dans les journaux et sur les réseaux sociaux, bien qu'il admette que ses actions ont parfois fait de lui une cible facile.

Au sujet des critiques qu’il a reçues, il a ajouté : « J’en suis à un point où je peux dire : Parlons-en. Je n’ai pas besoin de cacher que je suis un homme qui pleure parfois. Je suis un homme avec des problèmes comme tout le monde. Il y a des hauts et des bas dans la vie, que vous soyez un golfeur sur le Tour, ou une personne que personne ne voit jamais. Il est normal de ne pas aller bien parfois ». 

Des milliers de critiques, qu'il s'agisse de téléspectateurs, d’obsédés du clavier, et même de ses pairs, sont tombés dans le piège de porter un jugement sur Bubba Watson sans connaître l'histoire complète.

Célèbre gaucher, il plaisante sur son sens de l'humour loufoque et ses manières décalées, et pour couronner le tout, il joue avec un driver rose qui envoie des missiles au loin vers l'horizon.

Confronté à ses points de rupture, Bubba Watson s'est tourné vers la famille, la foi et les amis. Sa femme est la voix de sa raison. Et son cercle restreint fournit un groupe de soutien solide, y compris son cadet de longue date, Ted Scott.

« J'ai toujours su qu'il avait des craintes et des inquiétudes », a déclaré Ted Scott. « Mais quand il a commencé à perdre tout ce poids, je savais que ce n’était pas bon. Surtout parce qu'il allait chez le médecin, et que les médecins lui disaient qu'il allait bien. Ils ont continué à faire des tests. Quand vous arrivez à ce stade, quelque chose devait se passer avec son cerveau. Il ne pensait pas correctement, et cela lui causait du stress ».

« J'ai ensuite remarqué une différence dans la façon dont il gère le stress sur le parcours, en particulier à l'US Open », a déclaré Scott. « À Shadow Creek et à Sherwood, il semblait être dans un endroit idéal pour recommencer à concourir. Bubba n’a évidemment pas perdu la capacité physique à être compétitif. Tout est une question de confiance, la volonté de mettre votre ego en jeu. Il doit être à l'aise sous les projecteurs et ces dernières semaines, il l'était ».

Bubba Watson constate également que les exercices de respiration l'aident à trouver la lumière. Il a récemment commencé à travailler avec un entraîneur de respiration et a développé des exercices qui aident à calmer son esprit et son rythme cardiaque.

Alors que Bubba Watson et son jeu de golf sont dans un bien meilleur état ces jours-ci, il continue de prendre des mesures pour tempérer les crises d'angoisse potentielles.

Bubba Watson dit qu'il accepte aussi davantage le bien qu'il a fait dans sa vie. Il sait qu’il s’efforce d’être un bon père et un bon mari, et il se concentre sur les activités caritatives.

À Torrey Pines en janvier dernier, il communiquait sur Linksoul, la marque de vêtements lifestyle, dont il venait de devenir un investisseur majeur. Son accord avec Linksoul a autant à voir avec une croissance continue en tant que personne qu'avec ses résultats financiers.

Cela expliquerait pourquoi Bubba Watson est excellent dans son sport, et aussi pourquoi ses investissements, ainsi ses intérêts variés hors parcours, sont très différents de ceux de nombreux professionnels du Tour.

Bubba Watson a mis son argent dans un magasin de bonbons, un concessionnaire automobile, un practice, une équipe de baseball de ligue mineure, et maintenant Linksoul, ce sont tous les endroits où il trouve du plaisir.

Linksoul se présente comme un style de vie plutôt que comme une entreprise de vêtements, bien que ses racines soient dans le golf.

« J'adore leur esprit et ce qu'ils essaient de créer », dit Bubba Watson à propos du partenariat. « Je sens quelle est leur énergie, et le fait qu’il s’agisse d’un maillage entre le monde des affaires et le monde du golf me parle, surtout dans la phase de la vie vers laquelle je vais maintenant ».

« J'essaie de faire les choses d'une manière que je trouve amusante et engageante, cela peut être différent de ce que les gens considèrent comme normal, mais je découvre que cela parle à d'autres qui restent en dehors de la bulle traditionnelle du golf ».

Souhaitons à Bubba Watson de conserver sa passion pour le golf. La passion, lorsqu’elle n’est pas dévastatrice, peut aussi contribuer à avancer, dans et en dehors, du golf.

  

Crédit photo : Icon Sportswire, linksoul

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