Avec Bryson DeChambeau, vainqueur de l'US Open 2020: Nouvelle ère pour le golf, vraiment?

Dans ce sujet, je ne vais pas vous parler de ce que vous savez déjà ! Dimanche, Bryson DeChambeau a ajouté son nom à une longue et prestigieuse liste de vainqueurs de l’US Open, le test ultime du golf le plus difficile. Pour beaucoup d’amateurs, un test difficile, c’est déjà ce par-5 de leur club local qui est plus long que tous les autres trous. Pour les golfeurs professionnels, le théâtre de l’US Open, qui change d’ailleurs tous les ans, est la référence de la difficulté absolue, du premier coup au départ du un, jusqu’au dernier putt sur le green du 18. Depuis plusieurs semaines, nous commencions à peine à distinguer ce que l’histoire nous réservait avec un Bryson DeChambeau devenu soudainement le golfeur le plus puissant de la planète, mais ça, vous le saviez sans doute déjà. Ce que vous ne savez peut-être pas, c’est combien de temps cela va durer ? Tiger Woods a marqué de son empreinte les 20 dernières années. Avant DeChambeau, on aurait pu prédire un tel destin à des golfeurs comme Jason Day ou Brooks Koepka, sauf que non… et pourtant la presse américaine continue de parler de révolution et de nouvelle ère à propos de Bryson DeChambeau.  Qu’est-ce qu’elle en sait ?

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Le dernier tour de l’US Open 2020 disputé à Winged Foot a livré son scénario final.

Quelques jours après la victoire de Collin Morikawa, de l’autre côté des Etats-Unis, sur la côte Ouest, pour l’US PGA Championship, à une saison inhabituelle pour un majeur de golf, Bryson DeChambeau a enfin atteint son but, et validé sa science ou plutôt sa stratégie : Surpasser le parcours pendant 4 tours !

Beaucoup de golfeurs ont pourtant déclaré qu’ils n’avaient jamais joué sur un parcours aussi difficile, mêlant pour résumer : Distances très longues, rough très épais, et greens minuscules.

Finalement seul golfeur sous le PAR, et à -6 tandis que le second, Matthew Wolff, denier en lice qui semblait capable de rivaliser, rendait une carte finale de 75, le mettant hors course, DeChambeau restera comme « l’homme » de cet US Open 2020, captant seul sur lui, toute l’attention médiatique.

Pour la presse golfique, les superlatifs pleuvent d’ailleurs déjà !

Pour Ryan Lavner (Golf Channel) « Il ne va jamais s’arrêter ! Ce n’est que le début de la révolution DeChambeau »

Pour le New York Times « Bryson DeChambeau gagne l’US Open à sa manière : Dans un style autoritaire… »

Pour Marca en Espagne, Bryson DeChambeau ouvre tout simplement une nouvelle ère…

Vous l’aurez compris… la presse, comme à chaque événement de ce type rivalise de bons mots pour nous expliquer l’avenir… qu’elle ne connait pourtant pas.

Qui peut prédire l’avenir ? Moi ? Certainement pas !

Bryson DeChambeau domine le classement des joueurs les plus longs sur le PGA Tour avec une moyenne de 322 yards sur l’ensemble de la saison 2020. C’est un fait déjà établi.

Toutefois, il convient de noter que le second, Cameron Champ, se classe à seulement 0,1 yards derrière.

Alors que l’on s’émeut de la nouvelle puissance du vainqueur de l’US Open, personne n’a vraiment tiqué sur la capacité à lancer loin concernant Cameron Champ, arrivé sur le PGA Tour fin 2018, et pourtant chronométré à une vitesse de swing stratosphérique… et bien avant DeChambeau.

La différence entre Champ et DeChambeau, c’est que le second nommé a changé son corps pour y parvenir, et cela ne pouvait pas passer inaperçu.

Pour le premier nommé, raisonnablement, on ne sait pas. Il est arrivé sur le tour, comme s’il était tombé petit dans la marmite de potion magique.

Bref, la presse, nous, nous empressons de vouloir prédire l’avenir, et imaginer que DeChambeau va gagner tous les tournois, et dominer le golf, comme un certain Tiger Woods avant lui.

DeChambeau va-t-il incarner le visage du golf pour les 10 ou 20 prochaines années ?

A chacune de ses victoires en majeurs, est-ce que la bourse va grimper ?

Je ne sais pas prédire l’avenir.

En revanche, je sais me replonger dans le passé récent, et dans cette même presse, quand Jason Day a gagné l’US PGA Championship ou quand Brooks Koepka a gagné son premier US Open.

Que disait-on de ces deux champions ?

« Jason Day a fait l’histoire en remportant l’US PGA Championship » titrait voanews.com tandis que déjà le New York Times titrait « Jason Day remporte le tournoi après un record sans précédent ».

Deux ans plus tard, le monde finissait par découvrir Brooks Koepka.

Sur le supposé difficile parcours d’Erin Hills, il avait lui-aussi explosé la concurrence pour s’imposer avec quatre coups d’avances.

La presse avait titré et notamment GolfDigest « Brooks Koepka force son chemin dans l’histoire »

Cinq ans et trois ans plus tard, deux des plus talentueux golfeurs du monde, deux des plus puissants, et aussi arrivés jusqu’au rang de numéro un mondial tour à tour, n’étaient déjà tout simplement plus en mesure de rivaliser avec DeChambeau, à Winged Foot.

L’australien, aujourd’hui âgé de 32 ans, a terminé cet US Open à une place relativement anonyme pour un tel palmarès, soit 38eme à 20 coups du vainqueur.

Quant à Brooks Koepka, le meilleur golfeur du monde en majeur entre 2017 et 2019, il n’était tout simplement pas au départ du tee numéro 1 jeudi, encore blessé.

Interrogé par Eamon Lynch de GolfWeek, le taciturne américain de 30 ans répondait « Je suis en vie, c’est le principal ! »

Quel est le point commun entre Jason Day, Brooks Koepka et Bryson DeChambeau ?

Ils ont désormais gagné au moins un majeur, tout en étant connu pour faire partie des plus longs frappeurs sur le circuit professionnel.

Bryson DeChambeau n’a encore que 27 ans, soit 5 ans de moins que Jason Day, et 3 ans de moins que Brooks Koepka.

Tous les trois sont de jeunes hommes, pourtant deux d’entre eux ont plus vue de chirurgiens dans leurs vies que moi je n’ai rentré des birdies !

L’australien est en proie à des problèmes de dos chroniques, un peu comme son modèle de toujours, Tiger Woods, tandis que le second tente de soigner des douleurs aux genoux et aux hanches.

Dix ans en arrière, qui aurait parié que les meilleurs golfeurs du monde seraient autant abonnés à la rubrique « chirurgie » ?

Oui, le golf de haut niveau a changé, et n’a d’ailleurs plus rien à voir avec le golf que nous connaissons, nous les amateurs, et au quotidien.

Sachant que Day et Koepka sont grosso modo sur le flanc, peut-on alors réellement parier sur le fait que Bryson DeChambeau va durer et marquer une génération, tout en sachant qu’il a été encore plus loin que ses aînés dans le « je sacrifie tout pour taper plus fort » ?

Même Jason Day, passé par là, doute que l’américain puisse durer.

Le site Foxsports.com relate ainsi les propos de l’ancien numéro un mondial « A court terme, je pense que les choses vont bien se passer » avant de poursuive « En revanche, concernant, le moyen ou long terme, je ne pense pas que cela sera le cas. Je ne pense pas que son corps va être capable de gérer le niveau de stress qu’il lui impose, et pas seulement à cause du poids supplémentaire, mais aussi la vitesse à laquelle il a réalisé cette progression. »

Dans ce même interview, Jason Day s’est en réalité confessé de ses propres difficultés en lien avec son entraînement physique intense, et l’impact que cela a eu sur son jeu.

Sa musculature en plus a réellement affecté son swing, mais pas seulement, elle a aussi affaibli son dos.

Il a admis avoir été trop loin dans son entraînement et s’être exposé de lui-même aux blessures. Day a essayé d’en parler avec DeChambeau, et l’a alerté sur les conséquences que lui avait déjà vécu.

A ce sujet, son témoignage est éloquent « Je sais que Bryson aime avoir le sentiment de savoir de quoi il parle, et donner l’impression qu’il est en contrôle. A chaque fois que je parle avec lui, il est 100% sûr de ce qu’il fait, et du fait qu’il est en bonne santé, ce qui est génial pour lui »

Le plus intéressant n’est pas dans les mots que prononcent l’australien, mais dans ce qu’il ne dit pas, mais transpire : DeChambeau va au-devant de sérieux problèmes pour sa santé, et pas seulement pour son dos.

Son régimes de protéines n’est pas des plus indiqués par rapport à ses antécédents familiaux (diabète).

Alors la question qui peut suivre naturellement : Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ?

J’imagine que Bryson DeChambeau répondra aisément « 2,2 millions de dollars de gains sur un seul tournoi de 4 jours, sans parler de la photo avec la coupe qui fait le tour du monde ! »

Le golf de haut niveau a donc changé !

Doit-on en déduire que les meilleurs joueurs ne feront plus de carrière longue ? Rectificatif, les plus longs frappeurs ?

Devons-nous nous préparer à suivre des carrières éphémères ?

Dans seulement 5 ans, les protagonistes du prochain US Open seront-ils d’illustres inconnus en date d’aujourd’hui ?

Cette question me paraît légitime puisque la presse est prompte à dégainer des titres du style « Le début d’une nouvelle ère » ou « La Révolution DeChambeau »

Elle avait déjà fait de même au sujet de son swing à un plan, et de ses clubs de longueur unique. A ce jour, je ne constate pas qu’il ait fait tant d’émules.

C’est la quoi la durée d’une ère pour un journaliste de golf américain ? Est-ce la durée entre son titre du jour et son prochain titre du lendemain ?

Est-ce la même chose que pour le driver qui cette année va plus loin que celui de l’année dernière, et qui était déjà révolutionnaire ?

C’est sidérant de constater à quel point nous sommes gouvernés par l’instant présent !

A quel point le présent supplante le passé et le futur, et en plus, il faudrait que ce présent soit une ère ou une révolution.

Aujourd’hui, ou plutôt déjà hier, Bryson DeChambeau a remporté l’US Open avec seulement 274 coups, quand tous les autres joueurs ont eu au moins besoin de 280 coups pour terminer 4 tours d’un PAR 70 de 7469 yards (6829 mètres).

Comme reporté ci-dessus, il a bien entendu construit sa victoire depuis le tee, mais il ne faut pas minimiser deux autres paramètres qui ont été déterminants : Le jeu d'approches avec les wedges, et son putting. 

Ce week-end a tout simplement été son week-end. 

C’est une très belle performance de sa part, mais en rien la preuve qu’il a raison, que les critiques ont été trop méchantes avec lui ou encore la preuve qu’au golf, comme dans la vie, c’est la victoire de ceux qui font autrement !

Le passé nous a appris au moins une chose : Rien n’est si prévisible, et certainement pas une ère de domination de la part d’un seul golfeur.

Il y a quelques jours, le français Gregory Havret livrait un témoignage intéressant de sa propre expérience s’agissant justement de la distance au drive.

« Sur 15 ans (de 2005 à 2020), un golfeur moyen sur l’European Tour est aujourd’hui seulement légèrement moins précis (2%) pour un gain de distance de 22 yards. Avec une moyenne de 289 yards (264 mètres) depuis le tee, seulement 41 golfeurs étaient devant moi, alors qu’aujourd’hui, avec exactement la même distance, 139 joueurs m’overdrivent ! »

Il ajoute « On peut donc penser que techniquement les swings sont meilleurs, car la précision n’a pas chuté à mesure que la distance a augmenté, et notamment l’intensité mise par chaque joueur dans chaque swing. »

Enfin, son propos se termine par « Les chiffres prouvent simplement ce que tout le monde sait déjà, les golfeurs sont plus puissants, et plus agressifs. Par conséquent, lors de ma prochaine partie, je vais tout donner pour taper plus fort dans la balle ! »

Dans 5 ans, où en seront les moyennes de distances avec le driver ? Pourquoi ne pas imaginer qu’un golfeur va dépasser la barre mythique des 300 mètres ?

Pourquoi serait-ce forcément Bryson DeChambeau ?  Le golf est-il condamné à se transformer en concours de long-drive ?

Et si, comme beaucoup d’autres, je m’étais trompé… Pour répondre à la puissance au drive, au lieu d’allonger les parcours, pourquoi ne pas les raccourcir ?

L’enseignement de cet US Open à Winged Foot, c’est que plus long, plus étroit, plus de rough, et de plus petits greens, c’est surtout la formule pour pénaliser les joueurs les plus courts.

Winged Foot n’a pas arrêté Bryson DeChambeau, pas plus qu’Erin Hills n’avait stoppé Brooks Koepka.

Si les trous du prochain US open sont moins longs que les drives de DeChambeau, qu’est-ce qui se passe ?

Moins de chirurgie du dos chez les golfeurs professionnels ?

Ce qui est certain, c'est qu'aujourd'hui, nous ne savons pas prédire l'avenir, et encore moins une ère de succès.

Crédit photo : David J. Griffin/Icon Sportswire

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Commentaires   

duboispj@yahoo.fr
0 #1 Pas par hasardduboispj@yahoo.fr 24-09-2020 14:34
BDC n'a pas gagné grâce au hasard et/ou un bon jour. Il y en a d'autres qui ont eu un bon jour. Pieters était à -6 après son deuxième trou du deuxième jour... Personne ne peut prédire l'avenir avec certitude, mais on peut quand même tirer des anciennement du passé de BDC lui-même et penser qu'il est fort probable qu'il continue à gagner à l'avenir (comme Wolff également).

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