Bryson DeChambeau : Un nouveau modèle pour le jeune golfeur ?

A travers un commentaire récemment publié sur les réseaux sociaux, le coach français Rémy Bedu s’inquiétait de l'émergence d’un modèle «Dechambeau », et en relation avec les plus jeunes. De la même façon que notre précédent article consacré à ce même sujet, certains commentaires se sont révélés inappropriés, hors de propos, et parfois hors limite, un nouvel exemple de l'absence de fond souvent constaté sur ce type de support, et parfois même d'une volonté de pensée unique, et de censure. Dans ce nouvel article, nous avons persisté et justement voulu donné la parole à des professionnels posés, et réfléchis, sur les conséquences que pourraient poser un nouveau modèle DeChambeau pour les plus jeunes...

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L'inquiétude de Rémy Bedu s'est fondée sur le fait que les champions nous influencent, et que les plus jeunes ont souvent envie de les copier.

Son commentaire avait pour but de lancer une alerte en disant que la prise de muscle de Bryson DeChambeau n’était pas un exemple à suivre pour les juniors.

Dans un commentaire réalisé sur notre site, lui-aussi moins éruptif, et plus interrogatif, Olivier, Préparateur physique s'interrogeait de la même façon "Je suis préparateur physique et entraîneur depuis 30 ans. Prendre 11 kilos en trois mois me paraît improbable naturellement. A quand les contrôles antidopage dans le golf?"

Le propos du coach Rémy Bedu a pourtant été mal compris.

L’idée n’était pas de commenter la prise de masse musculaire (c’est un autre sujet pour lui), mais de défendre l’idée qu’il y a une préparation physique adaptée, suivant les fenêtres de développement, et notamment en pensant aux plus jeunes.

Il a été interpellé par l’exemple de parents qui, pendant le confinement, ont fait faire de la musculation à leurs enfants, en allant chercher des conseils sur Internet...

Il craint que les enfants ou les parents (qui parfois ne sont pas connaisseurs) s’inspirent du phénomène Bryson DeChambeau et finissent par se blesser.

De plus, en travaillant dans le sens de la musculation, les jeunes oublient les aptitudes sportives qui seront nécessaires à leur évolution (équilibre, souplesse, dissociation, adresse.....etc)

Rémy Bedu insiste sur le fait qu’il n’est pas un spécialiste de la préparation physique (il délègue cette mission à Bastian Mas au Golf de Montgriffon), mais il note tous les jours l’influence des champions sur nos jeunes, dans le choix des tenues vestimentaires, des gestes dans la routine, des mimiques. 

Récemment, il a un jeune qui a changé sa façon de tenir son putter pour copier un champion, et pas nécessairement pour corriger un problème technique.

Inspiré par le graphique ci-dessus, nous avons sollicité avec le soutien de Rémy Bedu, deux experts du développement physique, afin d’obtenir des réponses claires aux questions suivantes que doivent ou devraient se poser les parents de jeunes golfeurs...

Quelles sont les choses préconisées pour les jeunes en préparation physique suivant les âges?

Y a-t-il des modèles établis permettant de mieux comprendre les stades de développement à respecter ?

Nous avons tout d’abord sollicité Thomas Bregeon, Coordinateur de la préparation physique à la Fédération Française de Golf.

Soucieux de ne pas rentrer dans un propos parfois polémique, il a tenu à nous présenter sa vision hors des réseaux sociaux, de la préparation physique chez le jeune, et en particulier, à travers le travail qu’il peut faire au sein des Pôles France.

L’objectif principal de Thomas Bregeon est de permettre aux jeunes de s'entraîner toute l’année, tous les jours, et pour en en faire de futur(e)s champion(ne)s.

Un sportif blessé ne peut pas s'entraîner !

Un jeune bien préparé peut travailler dans de bonnes conditions, avec plus d'intensité, plus souvent et sans se blesser.

À partir de là tout le travail est basé - et avant de faire de la quantité - sur l’idée de faire un travail autour de la qualité du mouvement réalisé.

L’intention doit être précise, avant de faire beaucoup de répétitions, il faut déjà savoir bien les faire.

Une fois le mouvement maîtrisé, on peut rajouter des charges et des répétitions.

Pour illustrer ce travail d’éducation du mouvement, Thomas Bregeon nous donne l’exemple du développé couché, que la plupart font allongé sur un banc avec une barre plus ou moins lourde.

Il est convaincu que ce travail ne doit pas être abordé avec la fin de la formation du jeune, vers 17, 18 ans.

Avant, il va privilégier un travail destiné à recruter les mêmes muscles, mais avec des contraintes complémentaires, et spécifiques, pour permettre une bonne éducation du mouvement.

Il va remplacer le banc par un Swissball et 2 haltères, car il est indispensable d’être stable avant d’être fort.

Réaliser ce mouvement dans une situation de contraintes d’équilibre va permettre de structurer l’équilibre du mouvement, mais surtout de corriger les habituelles dissymétries musculaires.

En effet, le golf étant une pratique asymétrique, il y a un pourcentage de chance d’accroissement de ce risque qu’il convient de corriger, dès le plus jeune âge.

Dans tous les exercices qu’il va proposer aux jeunes qu’il accompagne, il va mettre de la contrainte, pour que le jeune soit pleinement concentré sur la qualité de l'exercice musculaire à réaliser.

Cet engagement de l’intention permet un meilleur recrutement des fibres, et une meilleure éducation du mouvement.

C’est pour cela que petit ou grand, il va souvent positionner l’athlète dans des situations de déséquilibre en utilisant des waff, un swiss ball ou en les mettant en équilibre sur une flat line, alliant ainsi jeu, équilibre et musculation.

Les premières notions d’haltérophilie peuvent être abordées, mais toujours avec l’idée d’éduquer les chaînes musculaires, avant de faire de la masse.

Par exemple, il va travailler le soulevé de terre avec des waff sous les pieds, et juste une barre libre ou peu de charge, le travail peut également être fait sur une seule jambe.

Pour Thomas Bregeon, ce travail d’éducation du corps est indispensable.

Il y a trop de risques de blessures sans maîtrise des techniques.

Ne pas le faire, c’est mettre en danger son capital futur, c’est à moyen ou long terme que l’effet négatif va arriver.

Pour parler des stades du développement : la souplesse est un lien continu qui doit accompagner tous les âges de la vie, et plus on vieillit, et plus il faudra en faire.

Dans le développement du jeune joueur, la musculation de type “force max” est la dernière chose à faire, et sans doute pas avant 20 ans, en tous cas, pas tant que le squelette n’a pas fini totalement sa croissance.

Avant de faire cela, il faut privilégier un travail sur la vitesse, sur l'endurance... ce sont ces qualités que l’on doit développer chez le jeune joueur, car cela va permettre de générer des capacités à long terme.

Après, du point de vue de Thomas Bregeon, l’émergence du modèle à forte masse musculaire n’a rien de nouveau chez les garçons.

Il travaille depuis assez longtemps pour leur dire qu’il n’est pas contre à 17 ans ou 18 ans, à partir du moment où le travail de souplesse est fait en même temps, et ne gêne pas la motricité, car ils veulent tous avoir des beaux abdominaux et des gros biceps...

Par contre,il est indispensable que cela soit bien fait, en gardant de la souplesse et de l'amplitude.

Son conseil pour les jeunes à la maison : Toujours s'échauffer, avoir un objectif clair... travail de vitesse, de force…

Si ce n’est pas un peu organisé, le résultat ne va pas être probant et bénéfique.

Et ce travail doit être fait dans un programme, si un jeune fait un travail de force deux jours avant une compétition, il va avoir des courbatures et aucun bénéfice…

La préparation physique et la musculation doivent toujours être faites au service d’un projet, au service de la performance, et cela s’organise !

Le préparateur physique souligne qu’il intervient de plus en plus dans les formations des enseignants de golf sur notamment sur le thème de l’échauffement.

Si tout le monde s’échauffait bien, avec une bonne hydratation, et une bonne alimentation, rien que ça, ce serait déjà super…

Son bureau donne sur le practice du Golf National, et il note que maximum 2% des gens s’échauffent...et chez les jeunes, ils ne ressentent pas vraiment le besoin, car ils ne se sentent pas noués.

Beaucoup n’ont pas encore compris l'importance de l'échauffement, sur leur concentration par exemple.

Avant de parler de musculation, il faut déjà optimiser les bases.

Chez les filles, c’est un peu différent, car d’un point de vue image, il est confronté à l’inverse.

Le plus souvent, elles ne veulent pas prendre des bras ou des cuisses.

Elles ne veulent pas abîmer leur image de femme.

Il y a plus des freins à faire du renforcement musculaire, car elles ne veulent pas prendre de volume.

Il faut arriver à les faire évoluer via le projet sportif, quand leur but est de tendre vers le monde pro, elles arrivent alors à faire la part des choses, et elles prennent conscience des transformations à faire pour y arriver.

C’est le facteur déclencheur permettant un travail différent et plus intense.

Cela passe par la maturation du projet.

La préparation physique doit toujours s’inscrire dans un projet, et dans une durée.

Rémy Bedu nous a ensuite proposé de solliciter Olivier Pauly, qui a écrit plusieurs ouvrages sur la préparation physique et notamment dans le golf.

Plus connu, dans le milieu de l’athlétisme où il est Brevet d’Etat troisième degré, il s’est également occupé du sujet de la préparation physique pour la Fédération Royale Marocaine de Golf.

Olivier Pauly souligne que le golf fait parti de ces sports où l’image du haut niveau est perçu comme accessible, beaucoup de jeunes pensent pouvoir faire la même chose, hors la performance, cela prend du temps.

De plus, les parents ont parfois tendance à vivre l'évolution de leur enfant par procuration, et les poussent trop.

Dans sa vision des choses, il y a deux choses à considérer : 

L'être humain, le jeune, l’enfant.

Le pratiquant de golf.

Dès que l’on parle de préparation physique, on veut tout de suite faire du spécifique, hors la priorité doit être que l’humain fonctionne correctement.

Il souligne que beaucoup de jeunes dans le golf ne font rien d'autre que du golf.

Ils ont des représentations d'eux même qui sont très mauvaises quant à leur coordination, leur souplesse, leur puissance... 

Le préparateur physique note qu’il y a des périodes sensibles pour développer cela.

Il y a des phases importantes : par exemple avant 12 ans, il faut privilégier la souplesse, la coordination, la vitesse.

Un enfant qui va jouer au golf doit d’abord valider tout cela, car une  bonne représentation de son corps dans l'espace lui permettra ensuite de faire n’importe quel sport, et de manière performante.

Une fois ces bases acquises, alors viendra progressivement le golf.

Le golf est un sport très latéralisé, et passer des heures à s'entraîner en droitier, n’est pas anodin.

Le corps est fait pour fonctionner des deux côtés.

Laisser un enfant cultiver cette dissymétrie aura un impact fort sur son physique, et ses habiletés à long terme.

Un enfant sportif doit avoir un corps équilibré, s’il aime le golf, on doit lui apprendre à jouer des 2 côtés.

Olivier Pauly pense que cela doit passer par des jeux de coordination.

Il n’y pas besoin de beaucoup de matériel.

Apprendre à jongler par exemple, cela va développer la précision.

Le dosage va permettre de travailler la proprioception.

Il note par ailleurs que deux choses importantes sont souvent très négligées :

D’abord  apprendre à respirer... aujourd’hui les jeunes passent trop de temps assis, leur diaphragme est la plupart du temps spasmé, et cela est très problématique, car cela à un impact important sur les chaînes musculaires.

Le deuxième point est la posture, comment le jeune s’organise vis-à-vis de la gravité, comment il gère son corps vis à vis de cette gravité, comment il tient son dos, comment il bouge, comment est-ce qu’il équilibre son mouvement ?

Il est convaincu qu’une bonne partie de l'entraînement devrait se concentrer là-dessus.

Quand on a développé toutes ces qualités physiques, un swing ce n’est pas si compliqué, mais au golf on veut toujours faire de la technique, avant de faire du physique.

Pour lui, chez les U12, la préparation physique ne devrait pas être différente de ce que l’on peut faire dans les autres sports.

Il s’agit simplement de faire de l’éducation physique et sportive.

Aujourd’hui dans les écoles, il juge qu’on fait du mauvais sport, que l’on privilégie l’aspect social, mais on oublie de faire de l’éducation physique.

Du coup, les enfants n’ont pas de coordination, pas de capacité anaérobie.

Ils ont de mauvais schémas corporels… on se contente de leur donner un club de golf, et pourtant on leur demande d’être hyper précis avec ce club de golf. C’est absurde !

Une fois que l’enfant a grandit, il pense que l’on peut aller vers des préparations plus spécifiques “golf”, mais sans oublier que c’est d’abord un humain... le corps n’est pas fait pour travailler toujours dans le même sens.

On peut faire du renforcement musculaire, même très jeune, mais il ne faut pas confondre le fait de gérer des charges lourdes, et de gérer au moins son poids de corps, chose que les enfants ne font quasi plus. 

Il suggère qu’avant 18 ans, on peut faire un travail avec des charges lourdes, mais après un travail d’éducation spécifique qui a été fait bien avant, de manière progressive, et sur plusieurs années.

Un joueur de golf qui ne fait que l’activité sportive “golf” et sans préparation physique va développer un risque de blessures important.

Il faut le construire sur le long terme, développer les bonnes qualités au fur et à mesure, rendre les contraintes progressives.

A leur décharge, il considère que les enseignants de golf ne sont pas des préparateurs physiques, de plus pour le moment dans le golf, on a une présentation d’une activité que l’on peut faire avec 10 kilos de trop.

Pour être un bon golfeur, il faut d’abord être sportif. Selon lui, l’enseignant de golf n’est pas formé à ces sujets.

Au Maroc, il a travaillé avec d’autres à la mise en place de la formation des enseignement de golf, et notamment sur le sujet de la préparation physique, pour donner aux enseignants les clés afin de leur permettre de pouvoir initier les enfants.

Leur permettre de proposer un échauffement, de la récupération et de leur permettre d’orienter les enfants vers les préparateurs physiques.

Le golf doit s'ouvrir vers ces notions, et pas uniquement sur la vision haut niveau, taper 300 balles et continuer de faire de la rotation avec des poulies en salle de musculation pour travailler la rotation du corps avec du poids n’a aucun sens.

La préparation physique, ce n’est pas reproduire le geste, mais comprendre le geste, et faire le travail nécessaire pour équilibrer le corps.

Pour ceux qui voudraient aller plus loin, ses livres :

“Golf Preparation physique”: 

Il vous conseille également sa trilogie de livres sur la posture: Posture et gainage / posture et musculation / posture et coordination. 

Enfin de compte, Bryson DeChambeau est-il un bon modèle pour le jeune golfeur ?

Vous l'aurez compris, pour les membres de la rédaction de JeudeGolf, c'était déjà clairement non, pour les questions posées autour de la balle, et des parcours, en plus de l'image néfaste que cela donne du golf.

Il serait terrible que les non-golfeurs finissent par cataloguer le golf comme un sport où il y a une suspicion de dopage, à l'image de certains sports américains, qui dans le même cas de figure se sont retrouvés définitivement enfermés, et privés de s'adresser au grand public. 

Comme évoqué dans le précédent sujet, il ne faut pas confondre l'exemple de Tiger Woods à la fin des années 90, et celui de DeChambeau aujourd'hui.

Enfin, plus important, à écouter les propos des experts, la préparation physique ne s'improvise pas. Elle s'encadre, et les risques les plus problématiques sont souvent seulement visibles à long terme, et quand c'est trop tard.

Vous noterez peut-être que DeChambeau lui-même aura peut-être rapidement un problème avec sa cheville gauche, qui ne semble pas bien supporter la masse, et la vitesse qu'il développe.

Sur de nombreux swings, on peut voir que sa cheville gauche ne tient pas en position et se décale fortement vers l'avant, dans un mouvement qui n'est pas fréquent pour un golfeur de haut niveau ou amateur. Quelles conséquences à long terme sur sa cheville ?

C'est son droit et cela le regarde. En revanche, l'exemple donné aux jeunes golfeurs ne nous paraît pas le bon, pas conforme au golf, à son étiquette, et son principe de jeu. 

Le golf n'est pas un sport qui devrait se résumer à seulement taper fort dans une balle. Or, qu'il le veuille ou non, c'est l'image qu'il renvoie.

Pour finir, nous sommes heureux de constater que nos intervenants, et nos lecteurs soulignent que ce type de débat est impossible sur les réseaux sociaux, et pourtant possible sur JeudeGolf.

Rémy Bedu déclare "Je suis content et ravi de ce que je viens de lire. Je suis content d'avoir lancé ce débat, car les réponses pourront, je l'espère, aider les parents, les enfants, et l'entourage des jeunes".

Crédit photo : Speed Media/Icon Sportswire

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