Brooks Koepka : Quand Monsieur Muscle affine son petit-jeu pour revenir au top

L’image a sans doute fait le tour du monde… des fans de golf. L’américain Brooks Koepka (30 ans) rentre un superbe chip à l’occasion du dernier tour du Waste Management Open disputé à Phoenix, dans le magnifique théâtre du TPC de Scottsdale. Le chip dans la « boîte » offre au golfeur un eagle décisif sur le green du 17eme trou. Par la même occasion, il porte son avance en tête du tournoi à deux coups, et ne sera en fait plus rattrapé pour remporter son 8eme titre sur le PGA Tour, le second sur ce parcours qui lui va si bien… A l’heure où on peut légitimement chercher un challenger sérieux à Dustin Johnson, l’ancien numéro un mondial a-t-il envoyé une carte postale, ou est-ce l’annonce d’un véritable retour au premier plan ?

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1m83, 93 kilos, Brooks Koepka a plus du profil du joueur de football américain que du golfeur classique en pantalon à carreaux.

Membre de la famille des bombardiers, injustement, on l’attend moins souvent dans le domaine du petit-jeu, et pourtant, le natif de West Palm Beach a su faire preuve de doigté dans ce domaine, pour transformer les occasions que son jeu long lui a justement procuré tout au long de la semaine en Arizona.

Récemment passé des clubs Mizuno JPX-919 Tour (du 4 au pitch) au Srixon ZX7 (toujours du 4 au pitch), mais sans changer les shafts (toujours des True Temper Dynamic Gold Tour Issue X100, Koepka a remporté une première victoire sur le circuit professionnel depuis le WGC-Fedex St-Jude Invitational à l’été 2019, alors qu’il occupait encore le rang de numéro un mondial.

Lors de cette dernière victoire, Koepka avait dominé ou plutôt écrasé le champ des autres joueurs, rappelant ses performances incroyables en majeur.

A cette date, personne n’imaginait Koepka redescendre de son piédestal, et pourtant en ce mois de février 2021, et malgré une première victoire depuis 19 mois, le voilà seulement 12eme mondial.

De nouveau blessé au genou et à la hanche, Koepka a été un des perdants de la saison 2020 tronquée par le COVID.

Seulement 17 tournois disputés et 5 cuts manqués, Koepka s’est même fait du souci sur sa capacité à retrouver son niveau, et surtout l’intégralité de ses moyens physiques.

Ayant volontairement zappé la fin de saison 2020 (les play-offs) pour se rétablir à temps pour le Masters (7eme), depuis la reprise de la saison 2021, il n’avait pas vraiment réussi à se mettre en évidence, en manquant notamment trois cuts consécutivement.

Quelques jours avant d’arriver à Phoenix, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’avait pas fait le plein de confiance, et notamment à Torrey Pines avec un nombre de fairways, et greens en régulations en berne.

Pour le Farmers Insurance Open, non seulement sa distance au drive était en baisse, mais sa précision à un niveau rédhibitoire (seulement 43% de fairways touchés) sur un parcours pour lesquels les roughs sont particulièrement pénalisants.

J’en sais quelque chose. J’ai joué ce parcours quelques semaines avant la tenue de l’édition 2018.

Sur le TPC de Scottsdale, c’est un tout autre que Koepka qui s’est illustré, et même si au départ du dernier tour, il comptait cinq coups de retard sur le leader, le retrouvé Jordan Spieth.

Véritable homme du jour avec une carte de 65 émaillée de deux eagles et trois birdies pour un seul bogey, Koepka a mené la bonne charge au bon moment.

Connu pour son franc-parler et sa détestation de la langue de bois, Koepka renvoyait au monde du golf un bon message, quelques heures après la victoire à de l’autre côté de la planète, de son plus grand rival, l’actuel numéro un mondial, Dustin Johnson, qui semble marcher sur l’eau, et qui peut même se permettre de manquer des putts, et gagner.

Au moins le temps d’un week-end, et sur un parcours bien particulier, Koepka a montré qu’il pouvait justement aller chercher le numéro un mondial sur des statistiques impressionnantes, et notamment le nombre de greens en régulations : 89% de réussite sur le dernier jour, et 86% de moyenne sur la semaine !

Koepka est-il pour autant définitivement de retour ? Ce qui serait une bonne nouvelle pour le suspense des prochaines échéances à venir ?

Sur le parcours de Scottsdale, il a effectivement affiché des performances d’un meilleur joueur du monde, avec plus de 62% de fairways en régulations, une distance au drive de 321 yards de moyenne, et même des coups gagnés sur les greens (+0.75).

Clairement, par rapport à ses dernières sorties, Koepka a joué très au-dessus de son habituel niveau de jeu, et comme si le parcours lui convenait comme un gant.

Il a d’ailleurs gagné ici à deux reprises en quatre participations, capable de jouer très près de 64 ou 65.

Sa précédente victoire en 2015 avait d’ailleurs été la première sur le PGA Tour, et annonciatrice d’une période de domination en majeur.

Cela étant les bons chiffres de cette semaine sont à relativiser, et prendre en compte dans le contexte du parcours. Koepka y affiche effectivement une réussite insolente, aussi bien en fairways, et en greens en régulations, comme si le parcours n’était tout simplement pas assez long pour réellement le gêner.

Sur le fameux 17, un par-4 de 305 mètres de long, il a tout simplement drivé à plus de 270 mètres pour effectivement n’avoir plus qu’un chip à quelques mètres du green qu’il a eu le bonheur de rentrer pour un eagle décisif.

Sur les 12 derniers mois, Koepka n’a pas toujours affiché un tel niveau de jeu, et sans doute parce qu’il ne joue pas toutes les semaines sur un parcours dessiné pour son jeu.

Un point est toutefois à noter : Il a drivé plus long qu’au cours des derniers mois, et retrouvant une moyenne proche de 320 yards (contre 310 yards les mois précédents), sans que sa précision n’en ait été réellement impactée négativement.

Sur ce point, Koepka a tendance à faire le yo-yo d’une semaine sur l’autre, pouvant monter à près de 65% de fairways en régulation ou descendre à moins de 45% !

Cette statistique n’est d’ailleurs pas étrangère au niveau de performance final du golfeur américain, qui à l’évidence a plus de chance de gagner quand il est dans une bonne semaine.

En moyenne, il ne se classe que 184eme, ce qui illustre aussi qu’il peut être le meilleur golfeur du monde en majeur, mais n’est pas nécessairement toujours au top niveau, tout le temps, et partout.

Le point le plus déterminant concernant sa dernière victoire ne se joue pourtant pas seulement sur le drive de Koepka.

Clairement, son plus de 80% de greens en régulation l’a catapulté vers la victoire, alors que sur les 12 derniers mois, il plafonnait à un honorable 65%. A Phoenix, clairement, il s’est passé quelque chose en faveur du joueur, et sur ce par-71 de 7266 yards (6644 mètres).

Cela étant, le TPC de Scottsdale ne fait pas partie des 10 parcours les plus abordables de la saison du PGA Tour.

En réalité, et peu le soupçonnent, Koepka est presque plus régulier dans le petit-jeu, et sur les greens, ce qui lui permet d’être actuellement le 8ème meilleur joueur en coups gagnés en 2021.

A 25 mètres du green, l’américain arrive à sauver le PAR dans plus de 40% des cas, mais surtout sur les greens, Koepka peut s’avérer être un véritable tueur à moins d’un mètre du trou, avec tout bonnement 100% de réussite sur 137 tentatives ! Il est le numéro un à cette distance.

Dimanche, pour gagner, il n’a néanmoins pas eu besoin de trop taper dans son réservoir de compétence au putting.

En synthèse, cette victoire de l’ancien numéro un mondial est une bonne nouvelle pour aller challenger Dustin Johnson, cependant, il convient de rester prudent.

Koepka était bel et bien dans son jardin à Scottsdale.

Pourra-t-il maintenir un tel niveau de performance du tee au green sur d’autres parcours, et de manière suffisante pour gêner Dustin Johnson ? C’est pour le moment le cap qu’il devra passer tant le niveau de son rival est actuellement élevé.

Jusqu’à présent, Koepka a surtout démontré sa force pendant les Majeurs, en particulier sur l’US Open ou l’US PGA Championship, et quelques belles performances au Masters.

Avant de gagner à Augusta en novembre dernier, Dustin Johnson, lui démontrait qu’il pouvait exceller sur plusieurs tournois dans la saison.

Quelque part, entre les deux hommes, les destins n’arrêtent pas de se croiser.

Le Petit-jeu de Koepka pourrait bien être la clé de succès à venir. En Juillet 2019, il évaluait justement son petit-jeu avec une note modeste de 4 sur 10.

Plus jeune, Koepka n’était peut-être pas le prodige attendu, et son parcours a surtout été synonyme de travail intensif, notamment pour gagner en puissance, mais aussi pour améliorer son petit-jeu, ce qu’il a en particulier travaillé avec Pete Cowen, célèbre coach de golf.

Cowen qui travaille avec Stenson ou encore Gary Woodland, accompagne Koepka depuis 2013 spécifiquement sur le petit-jeu.

A leur première rencontre, Cowen a noté une note de petit-jeu de 1 sur 10 au futur champion. En six ans, vous noterez que l’américain a progressé, sans pour autant se transformer en virtuose de la discipline, ce qui nous rappelle à quel point progresser au golf n’est absolument pas automatique…

Pour Cowen, en 2019, Koepka était bel et bien le meilleur joueur du monde, avec un petit-jeu qui n’était pas encore à un niveau exceptionnel. C’était évocateur de la qualité du joueur dans les autres domaines.

Le coach l’a donc aidé à prendre confiance, et surtout à être plus agressif autour des greens, et le résultat le plus visible, c’est cette approche rentrée à Scottsdale.

Koepka a appris à jouer la même cible avec trois clubs différents, et trois coups différents. En somme, il a appris à être imaginatif.

Pour lui, le prochain défi, ce sera donc de porter son évaluation du jeu autour des greens à 5 ou 6 sur 10, et là, il pourrait être véritablement injouable pour ses rivaux. Il me semble que c’est exactement le chemin qu’a déjà parcouru… Dustin Johnson, plus vieux de 6 ans.

Crédit photo : Brian Rothmuller/Matthew Bolt/Icon Sportswire

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