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L'offre "Golf" en France est-elle adaptée à toutes les demandes ?

Chaque année, la Fédération Française de golf par l’entremise d’opérations Tous au Golf, et surtout les clubs de golf privés indépendants ou regroupés en chaines mettent fortement l’accent sur la création de nouveaux golfeurs, et nouvelles golfeuses. Avec du recul, sur dix ans, les chiffres sont d’ailleurs plutôt impressionnants, avec entre 31 000 et 49 000 créations de nouvelles licences chaque année. Pourtant, sur cette même période, dans l’hexagone, le nombre de licences ne cesse de reculer. Collectivement, est-ce que nous ne tromperions pas de sujet ou de combat en faveur du développement du golf ?

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En 2020, malgré ou grâce au contexte de la pandémie de COVID_19, on ne sait trop le dire, la France a enregistré la création de 31 000 nouvelles licences, un chiffre en recul de près de 5000 unités comparativement à 2019.

Alors que beaucoup de sports n’étaient tout simplement pas accessibles, notamment les sports en salles, le golf a bénéficié d’un appel d’air, et plus précisément, d’un appel au vert pour attirer de nouveaux joueurs.

Cet appel s’est traduit par de nombreux débutants et débutants, mais force est de constater que ces débutants ne se sont pas pour l’instant transformés en licenciés.

Dans beaucoup de golfs où on a pu penser qu’il y avait un afflux supplémentaire de pratiquants, il ne faut pas oublier un phénomène observé dans pratiquement tous les pays du monde, sauf en Suède, le temps pour pratiquer le golf a été réduit, et par conséquent, les joueurs ont concentré leurs parties sur une période plus réduite.

Plus de joueurs, oui ou non ? Aux Etats-Unis, oui, les chiffres l’attestent avec 24,8 millions de golfeurs comptabilisés par la NGF, soit +2% par rapport à 2019, la plus forte hausse en 17 ans.

Pour la première fois depuis des années, le golf américain a gagné un grand nombre de nouveaux pratiquants, et notamment depuis 1997, et le premier effet Tiger Woods.

En France, considérons que c’est non, avec seulement 402 000 licenciés, en baisse de -3,8% (15 000 licenciés de moins par rapport à 2019).

Au rythme actuel, le nouveau Président de la Fédération Française de golf, Vice-Président très influent au cours de la dernière décennie pourrait bien être le premier à constater un nombre de licenciés sous la barre des 400 000 en 2021, loin des objectifs édictés au cours des années passées.

Cela étant, peut-on réellement dire que la filière golf est en échec s’agissant de la création de nouveaux joueurs dans un pays de 65 millions d’habitants ?

Sur dix ans, la filière a tout de même créé 381 000 nouvelles licences. Ce n’est pas rien, et ce n’est plus vrai de dire que le golf souffre d’une mauvaise image. Ce n’est plus vrai ou plus suffisant pour expliquer les chiffres.

D’un côté, on pourrait considérer que ce n’est pas assez pour développer le golf en France, et par exemple atteindre l’objectif rêvé de 700 000 licenciés. Il faudrait donc en réalité créer 50 000 à 70 000 nouveaux joueurs chaque année. La filière dans son ensemble en est-elle vraiment capable ?

D’un autre côté, et ce n’est jamais évoqué, et si le problème n’était pas la création de nouveaux golfeurs, mais bien plus largement, la destruction… à savoir des golfeurs qui arrêtent ?

Et pour le coup, les chiffres sont tout autant impressionnants.

Chaque année, le golf français perd entre 32 000 et 47 000 licenciés, de sorte que la filière passe son temps à remplir une baignoire qui se vide plus vite.

Se battre pour la création de nouveaux golfeurs est donc peut-être une erreur de stratégie ou de réflexion sur le sujet, de même que l’idée d’espérer un futur champion français qui gagnerait un Majeur, et par enchantement engendrerait un afflux de nouveaux joueurs.

L’idée issue de la victoire de Noah à Roland-Garros en 1983 a surtout plus de 30 ans de retard !

Cette idée ne traite pas du tout une question plus fondamentale, et terriblement plus pragmatique : L’offre répond-t-elle à la demande ?

Le sujet, c’est bien de s’intéresser au pourquoi tant de golfeurs quittent le jeu chaque année.

Avant de vouloir remplir la baignoire, il serait peut-être pertinent de lui mettre un bouchon pour éviter que tous les efforts consentis ne partent en fumée ou plutôt s’évaporent.

Pourquoi les golfeurs arrêtent ? C’est bien la question la plus importante à se poser. La question que les parcours de golf devraient se poser pour augmenter le nombre de pratiquants, et pratiquantes.

Peut-être est-ce parce que les golfs ont été majoritairement construits pour … les bons joueurs, et pas nécessairement pour tous les joueurs ?

Certes, il existe au moins cinq départs possibles sur les parcours : Noir, blanc, jaune, bleu et rouge.

Pour les hommes, trois niveaux de difficultés, et pour les femmes, deux niveaux… est-ce réellement suffisant quand les parcours mesurent entre 4900 et plus de 6000 mètres, tout du moins pour les hommes ?

Les parcours sont-ils trop difficiles quand des golfeurs débutants ou seniors ne drivent pas justement à plus de 150 mètres ? Quand un golfeur drive à 150 mètres, cela induit qu’il va taper son plus long fer pas à plus de 100 mètres, et ainsi de suite…

Quand c’est le cas, cela peut signifier jusqu’à six coups depuis le tee, et avant d’atteindre le green d’un par-4 par exemple. Le golf est par essence un sport de frustrations, mais n’est-ce pas trop de frustrations ?

Pour ce même golfeur qui ne dépasse pas 150 mètres au drive, comment passer l’obstacle d’eau devant lui, et qui mesure justement 150 mètres avant de rejoindre le fairway ?

Quand des amateurs ne peuvent pas voir un green en régulation sur 18 trous par le fait d’obstacles d’eaux ou d’autres multiples difficultés, ne peut-on pas imaginer que cela influe sur l’appétence de certains golfeurs qui finissent par jeter l’éponge ?

Quoi qu’il en soit, on ne se pose jamais la question, et on continue à vouloir créer des golfeurs sans se soucier de l’expérience qu’ils ou elles vivent vraiment avec le golf.

Posons-nous vraiment les bonnes questions aux pratiquants ? Osent-ils vraiment dire la vérité ?

Les Chaînes qui se font fortes de créer un maximum de golfeurs, et on peut leur rendre hommage pour cela, vont-elles pour autant au fond des choses ? S’intéressent-elles au devenir de ces nouveaux golfeurs, parfois très vite lancés ou abandonnés sur le parcours, des parcours peut-être trop difficiles ?

Sur les parcours de golf de l’hexagone, combien de structures vont observer ce qui se passe réellement sur le parcours, et notamment comment jouent les golfeurs, et les golfeuses ?

Observent-ils ces pratiquants qui se débattent avec les difficultés ? Qui tapent des dizaines de coups dans un bunker, tentent vainement de passer un obstacle d’eau insurmontable ou tapent cinq coups pour faire moins de 100 mètres…

Combien de directeurs de parcours font ces constats, et surtout qu’en tirent-ils comme enseignements ?

Certes, il y a, toujours selon les chiffres de la FFG en 2020, près de 100 000 golfeurs classés en-dessous de 20 d’index.

On peut considérer que sur le panel total de 400 000, ces golfeurs sont les moins exposés aux questions de frustrations liées à la difficulté des parcours. Pour autant, cela ne représente qu’un quart du total.

Il n’y a pas de réponse toute faite sur le pourquoi autant de golfeurs et de golfeuses arrêtent.

Ici, sans une réponse claire et nette, on ne peut que s’interroger, et émettre l’hypothèse de la difficulté du jeu, et donc des parcours.

Ce n’est d’ailleurs probablement pas la seule possibilité, mais c’est celle que je voulais exprimer, parce que c’est celle que je vois le plus souvent du Nord au Sud, d’Est en Ouest.

L’offre des parcours de golf en France a été imaginée pour un nombre restreint de joueurs, les joueurs les mieux classés, et justement pour leur proposer un défi suffisamment passionnant.

Je crains qu’on ait oublié tous les autres joueurs, et l’hypocrisie d’une partie des médias, et des guides de parcours a déclaré à tous, que la plupart des parcours sont jouables pour tous les niveaux de jeux n’a pas aidé la filière golf, bien au contraire…

Faire croire qu’un golf, même en partant des jaunes, à par exemple plus de 5000 mètres de long, est abordable par tous les niveaux de jeux, c’est encore plus accentuer le sentiment de frustration potentiel, notamment pour des golfeurs qui ne drivent pas à plus de 150 mètres, et ne touchent donc pas ou peu de greens en régulations.

Les enseignants auront beau dire aux élèves que le PAR n’est pas le même pour eux, je ne crois pas beaucoup à cette histoire, et surtout, je ne crois pas que des golfeurs relativisent le parcours en se disant que leur PAR à eux, c’est le PAR plus deux ou trois coups. Le PAR, c’est le PAR…

Le fléchage des parcours de golf à destination des amateurs est en réalité très mal fait ou pas fait du tout en France, au motif commercial qu’aucun golf n’acceptera en réalité d’être catalogué comme parcours trop technique ou pas vraiment adapté aux 75% des golfeurs qui jouent plus de 20 d’index.

Bien qu’on connaisse la solution, avec le système des départs, non plus édictés entre hommes et femmes, mais par distance de drive moyenne, un système mis en avant par la FFG, mais très peu ou même quasiment pas appliqué par les golfs, un certain nombre de golfeurs auront du mal à suivre cette recommandation.

De la même façon, que parfois, nous nous voyons trop beaux, en surestimant allégrement la puissance de nos drives, (combien de golfeurs déclarent qu’ils tapent à 200 mètres quand en réalité, ils envoient la balle à 180 ?), et accepter de réduire la difficulté en diminuant la distance du parcours n’est pas un reflexe facile à prendre, après des années à séparer les départs entre hommes et femmes, et non pas, par niveaux de compétences.

Au cours de ma vie de golfeur, j’ai joué sur plus d’une centaine de golfs en France, et j’ai plus souvent constaté des parcours techniques ou dits de championnats que de parcours réellement pensés pour les joueurs classés plus de 20 d’index, et sur lesquels, ils pourraient plus facilement prendre de plaisir, comme près de Paris, Tremblay, près de Lyon, Miribel-Jonage, et ou près de Rennes, Cap Malo.

Dans l’imaginaire collectif des golfeurs, et quel que soit le niveau, la tentation est grande d’aller se mesurer à des « grands parcours » … mais combien répondraient honnêtement à la question « avez-vous vraiment pris du plaisir ? »

Je ne fais donc que supposer. Ce n’est pas moi qui joue depuis déjà plus de 20 ans qui ait la réponse à la question fondamentale du pourquoi autant de golfeurs, et de golfeuses arrêtent ?

Pourtant, il faudra bien que quelqu’un se pose cette question ou surtout la pose à ceux qui arrêtent pour justement commencer à réfléchir à la véritable bonne solution pour aider la filière à se développer, et se pérenniser.

Ou alors, faut-il considérer que la filière préfère l’entre-soi, et finalement, ne pas chercher réellement à augmenter le nombre de golfeurs ?

Créer de la « circulation », à savoir créer des nouveaux golfeurs sans se soucier des destructions, c’est aussi une façon de faire du business, vendre des cours, du matériel, des green-fees, et se dire que sur 65 millions de Français, à raison de 35 à 45 000 personnes par an, la réserve est loin d’être atteinte.

Certains pourront peut-être positiver en arguant que si le nombre de licenciés n’augmente pas, le réservoir lui grandit chaque année, et nous parlerons de potentiel de développement.

Bref, le combat, ce n’est pas de créer des nouveaux golfeurs tant que l’on n’aura pas clairement écouté les joueurs, et les joueuses, sur l’expérience qu’ils ou elles vivent… la difficulté des parcours, le temps de jeu, l’accueil dans les golfs… et je ne parle pas volontairement de la question du prix.

Sur ce point, je n’ai pas la certitude que ce soit le premier facteur pour arrêter le golf, car si cela devait être le cas, ce serait plutôt le critère pour ne pas commencer.

A quand une grande enquête sur le sujet par la Fédération Française de Golf ?

Toujours à en croire les chiffres, le danger de défection se situe parmi les trois premières années de pratiques. Plus de 280 000 licenciés à la FFG ont plus de six ans d’ancienneté, et notamment 200 000 qui jouent depuis plus de 11 années.

Nous créons des débutants mais pas des joueurs fidélisés. Pourquoi ? Qu’est-ce qui leur manque ? Ou quel mur est infranchissable ?

Quoi qu’il en soit, avec ce sujet, je voulais ouvrir le débat sur une autre réalité que celle de la création des licences qui finalement me paraît plutôt bonne chaque année, mais sur ce véritable sujet auquel personne ne semble s’attaquer : Les joueurs et joueuses qui arrêtent au bout de 12, 24 ou 36 mois de pratique.

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Commentaires   

ccs.ric@gmail.com
0 #3 Associer plus souvent confirmé et débutantccs.ric@gmail.com 04-06-2021 14:22
Une piste qui va contre l’entre-soi est que le club fasse plus d'actions associant un confirmé et un débutant, plus de tournois en scramble par exemple. Les grands prix, c'est bien, y participer n'est pas donné à tout le monde.
titus555@orange.fr
0 #2 ET L'ENSEIGNEMENT ?titus555@orange.fr 31-05-2021 15:08
Bonjour Laurent ,
D'accord avec vous sur les nombreux parcours pas assez accessibles pour le joueur débutant ( et même moyen )
Il y a aussi un autre problème récurent , c'est l'enseignement qui pour moi n'est pas assez adapté , il ne permet pas d'apprendre a se "débrouiller" sur un parcours sauf à prendre de nombreuses leçons , c'est bien pour le PRO à court terme et c'est aussi pourquoi les débutants arrêtent , car il ne prennent pas suffisamment de plaisir à jouer sur un parcours rapidement , ce qui rejoins votre sujet sur la difficulté sur les dits parcours .
Pour les avoirs côtoyés un peu , Olga et Stéphane Bachoz à mon avis apportent une solution à travers un enseignement ludique et facile d'accès , c'est un plaisir de voir comment les débutants se "débrouillent" avec un club de golf au bout d'une heure de leçon et la joie qui en découle ! Le plaisir ! Tout est est là , pour que les débutants continuent , ne décrochent pas au bout de quelques mois , ils doivent prendre du plaisir , avoir confiance en eux , y croire , c'est un cercle vertueux . Voila , c'est aussi un aspect du golf , sur lequel il faudrait travailler pour que les gens continuent et ne partent découragés au bout de quelques mois .
titus
soufron@hotmail.com
0 #1 "la question du prix"soufron@hotmail.com 31-05-2021 14:13
Au contraire, je pense que la "question du prix" est très importante. En effet, un débutant joue en principe sur le golf dont il est membre. C'est justement après deux ou trois ans qu'il va commencer à s'ennuyer un peu sur son parcours habituel, qu'il souhaite connaître d'autres parcours, et qu'il peut se décourager, puisque jouer sur d'autres parcours va vite devenir très onéreux. Cela peut facilement multiplier par deux ou plus le budget annuel consacré au golf. Et c'est justement là, après deux ou trois ans, que beaucoup abandonnent le golf. Ce n'est probablement pas une coïncidence.

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