Posté par le dans Actus marques

En 2021, le mercato des golfeurs professionnels ne connaîtra pas la crise

Non sans un brin d’humour, l’anglais Tommy Fleetwood, 17eme au classement mondial fin 2020, et la marque californienne TaylorMade ont annoncé leur nouvel union. Dans le camion du tour, le célèbre chevelu du circuit professionnel de 29 ans, ne vient pas chercher ses nouveaux clubs, mais de quoi entretenir sa barbe. Au-delà de cette signature de cet « agent libre », et son intégration dans la traditionnelle photo de Noel aux côtés de Woods, McIlroy, Johnson, Wolff et Morikawa, elle annonce surtout le départ de Jon Rahm, numéro deux mondial, probablement chez le rival d’en face. Sergio Garcia, Justin Rose, et maintenant Jon Rahm, la mutation de TaylorMade vers un autre équipementier ne s’est pas toujours très bien passée pour le partant…

Découvrez nos formules d'abonnements

Depuis l’arrêt de Nike comme fabricant de clubs de golf en 2016, Tommy Fleetwood était devenu ce que l’on appelle dans le jargon, un agent libre. Soit un golfeur professionnel sans contrat le liant à une seule marque de matériel de golf.

Il a profité de cette liberté pour se frayer un chemin parmi les 20 meilleurs golfeurs du monde, en continuant à utiliser ses clubs Nike, puis en ajoutant au gré de ses envies, et de ses tests, quelques clubs d’autres marques.

Ainsi, en 2017, il embarquait ses bois et fers Nike mais avait intégré des wedges Callaway, en même temps qu’un putter Odyssey et des balles Pro V1.

Un an plus tard, un driver TaylorMade M3 faisait une apparition dans son sac, en même temps qu’un bois 3 Titleist. Il conservait encore ses lames Nike VR Pro.

En 2019, le changement a commencé à être significatif avec plusieurs clubs TaylorMade en plus du driver, comme le bois de parcours, un utility GAPR et des fers P7TW. Si son putter Odyssey faisait encore partie du casting, les wedges ont été changés pour des Vokey SM7 Raw.

Enfin, à l’occasion du Masters d’Augusta en novembre dernier, encore un profond remaniement dans le sac avec un driver TitleistTSI2 en même temps qu’un bois 7 de la même gamme.

A cela, il fallait ajouter des longs fers Srixon Z785 4 et 5.

En signant un nouveau contrat avec TaylorMade, on peut imaginer que pour au moins un temps, ce sera la fin de la valse des clubs dans le sac du sympathique Tommy.

Avec une fan page de seulement 6400 membres sur Facebook, mais en revanche 200 000 followers sur Twitter, et 270 000 sur Instagram, Fleetwood pouvait représenter une prise de choix pour l’équipementier américain.

Ce dernier regarde principalement deux choses au moment d’investir sur un golfeur : Son potentiel marketing (les followers) et son potentiel au classement mondial.

Bien qu’il n’ait pas encore gagné de Majeurs (deux fois deuxième à l’US Open 2018 et The Open 2019), et malgré une saison 2020 contrastée avec le COVID qui a bouleversé le calendrier, surtout des golfeurs européens, Fleetwood représente une chance de succès pour l’avenir, et surtout compatible avec la photo de famille que TaylorMade entend nous envoyer chaque année.

En effet, difficile d’imaginer Brooks Koepka rejoindre Tiger, Dustin, et Rory dans le même giron. Au vue des égos de chacun, faire cohabiter quatre leaders dans le même staff parait compliqué, surtout au regard des relations entre Brooks et Dustin, ou Brooks et Rory.

Sachant que la marque les réunit au moins une fois par an pour participer à de la création de contenu autour des produits.

Une relative entente cordiale est souhaitable pour que le message passe de la manière la plus fluide possible vers la cible visée : Les consommateurs de matériel de golf.

Fleetwood a pour lui plusieurs choses importantes en plus des followers et du potentiel technique : Il est européen, agent libre ayant déjà utilisé du matériel TaylorMade, et compatible avec le reste de la famille.

La famille, c’est ce fameux concept que TaylorMade tente d’imprimer dans nos mémoires, d’abord avec les produits de la famille M depuis quelques saisons, et maintenant avec les 6 golfeurs représentant la marque à travers le monde.

Si ce chiffre de 6 ne varie pas beaucoup, et qu’il y a pratiquement chaque année un nouvel entrant, c’est forcément qu’il y a un sortant, et même deux cette année…

Si Fleetwood présente l’avantage d’être européen, il n’est pas un « continental » ce qu’était l’espagnol Jon Rahm ou aurait pu être l’italien Francesco Molinari déjà en main avec Callaway.

Jon Rahm, qui justement, avec 284 000 suiveurs sur Instagram et seulement 124 000 sur Twitter, numéro deux mondial semblait être l’une des plus belles prises de TaylorMade ces dernières années sur le marché.

Passé pro en 2016, l’espagnol de 26 ans, déjà numéro un mondial professionnel après avoir été longtemps numéro un amateur, avec déjà 11 victoires sur le PGA et l’European Tour, toutes acquises avec une fidélité sans faille pour TaylorMade semblait pourtant incarner l’avenir de TaylorMade, et pour de longues années.

Référence à Seve Ballesteros, et remplaçant numérique d’un Sergio Garcia devenu trop gourmand ou surtout plus assez bon, Rahm avait tout du membre longue durée dans la famille TaylorMade.

Au moment de sa signature chez TaylorMade, les ingénieurs étaient fiers de me raconter comment il avait facilement basculé de la balle Pro V1 qu’il utilisait depuis longtemps chez les amateurs, à la TP5 annoncée comme aussi performante, voir mieux.

A l’aube d’attendre son premier enfant, Rahm s’est-il senti trop gros pour être « enfermé » dans la famille TaylorMade, bloqué entre McIlroy, Woods, et Johnson ?

Comme Rose, et Garcia avant lui, il prend la poudre d’escampette avec l’ambition d’être le seul numéro 1, la jouer en solo, et non pas en équipe.

On imagine sans peine que Callaway lui a fait les yeux doux pendant de longs mois, et lui a promis ce rôle de leader majeur, alors que l’épisode Garcia, précédente prise de guerre s’est révélée un fiasco pour les deux parties.

Pas perturbée par cette énorme échec, Callaway remet le couvert et va tenter de signer Rahm, surtout dans l’idée de préparer l’après Mickelson, un enjeu majeur pour l’autre compagnie de Carlsbad.

Rahm a de ce point de vue le profil idéal, et à condition qu’il reste fidèle pendant de longues années, notamment pour faire oublier son passage marquant chez TaylorMade.

D’ailleurs, j’imagine mal TaylorMade être à l’origine de la rupture, même si Rahm peinait à être vraiment populaire sur les réseaux sociaux, un critère important pour l’actionnaire, en quête de visibilité, et donc de rentabilité du contrat.

Rahm a sans doute été séduit par un discours de numéro 1 ailleurs, et seul sur l’affiche. D'un autre côté, en le remplaçant par Fleetwood, TaylorMade ne perd pas en visibilité sur les réseaux sociaux... 

J’imagine aussi une réalité économique qui n’en faisait pas le mieux payé de la famille, et comparativement à d’autres palmarès comme ceux de Dustin Johnson, Rory McIlroy ou surtout Tiger Woods.

Chez Callaway, son contrat sera certainement revu à la hausse, et pas sur la base du nombre de followers, mais bien plus sur son potentiel de victoires en majeurs…

En revanche, pour Jason Day, l’australien qui cochait bien la case Asie-Pacifique de TaylorMade, cela sent bel et bien le sapin.

A 33 ans, il est loin le temps où il occupait le fauteuil de numéro un mondial, et trustait les victoires.

Tombé au-delà de la quarantième place mondiale avec un cut manqué au Masters 2020, aucune victoire depuis 2018, aucune photo avec la coupe relayée sur les réseaux sociaux, loin de sa brillante victoire au PGA Championship 2015, Jason Day risque bien de redevenir « agent libre ».

Il ne correspond pas au profil recherche par PING (un golfeur dans la maison depuis ses débuts et pour toute sa carrière…). Il ne correspond pas au budget de Mizuno, et Wilson ou la politique tarifaire de Srixon, surtout concentrée sur le japonais Matsuyama.

Il n’incarne pas le renouveau de Callaway, tandis que toutes les places sont prises chez Cobra (Fowler et DeChambeau).

Enfin, si le chemin menant de Titleist à TaylorMade a déjà été emprunté, l’inverse est beaucoup moins vérifié.

Il reste bien PXG et surtout Honma qui pourrait bien être tentée de saisir l’opportunité de se relever du fiasco Justin Rose. L’anglais avait claqué la porte de TaylorMade pour suivre son ancien boss chez Honma, avant que l’aventure ne tourne court à la suite de quelques mauvais résultats.

Rose, Garcia, hier, et Day aujourd’hui étaient habitués à être dans la lumière, considérés comme les meilleurs… l’après TaylorMade n’est pas un virage si facile à gérer.

Le cynisme de la situation laisse penser que si un de ses trois golfeurs venaient à retrouver la lumière par les résultats, et qu’inversement, un membre de la chère famille TaylorMade venait à faiblir, un nouveau jeu de chaises musicales pourrait à nouveau avoir lieu.

Quelle genre de « famille » laisse tomber un de ses membres dans une phase de moins bien ?

Le mercato des golfeurs professionnels 2021 commence à peine, et illustre comme chaque année, des marques dans une ligne de conduite stricte et réellement familiale comme PING ou Titleist, qui ne font pas dans le spectaculaire, mais jouent la durée.

Il illustre aussi celles qui font des coups comme TaylorMade et Callaway. TaylorMade poussant un peu le bouchon avec cette histoire de famille, alors que le sort des exclus n’est pas très valorisant.

Pour les golfeurs, et notamment Fleetwood aujourd’hui, espérons qu’il sait que le début de l’histoire est rose, mais que cette porte, quand elle se ferme, ne laisse pas entrevoir beaucoup d’autres.

Parmi les derniers agents libres emblématiques sur le marché, on notera Patrick Reed et Brooks Koepka.

Il serait étonnant que dans le contexte économique actuel, ce mercato soit extrêmement agité. La signature de Rahm pourrait constituer l’événement à venir le plus suivi…

Vos likes et vos tweets ne vous rapportent pas d'argent... ce n'est pas le cas des golfeurs professionnels pour qui, c'est la nouvelle bourse... avec des valeurs en hausses plus que d'autres.

Crédit photo : Brian Rothmuller/Icon Sportswire

  • Taille du texte: Agrandir Réduire
  • Lectures : 417
  • 0 commentaires
  • Imprimer
Modifié le
Twitter
Facebook
G+
In
pinterest

Restez informé

Recevez notre newsletter
Grips Golf Pride Concept Helix. Est ce vraiment la...
L’incroyable histoire de deux sœurs golfeuses deve...

Auteur

 

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.