Posté par le dans Qu'est-ce que le golf ?

Pourquoi le golf pourrait-il être addictif ?

 

Il était une fois le golf, un sport susceptible de développer rapidement une passion parfois dévorante. Vous connaissez peut-être l'histoire du jeune Tiger Woods ou du jeune Phil Mickelson, qui ont eu très tôt des clubs de golf dans les mains, et pour ainsi dire au berceau. Il y a d'autres histoires moins connues, de golfeurs ou de golfeuses, qui une fois à la retraite, ont découvert ce jeu par hasard, et n'en décrochent plus, au point de choisir leurs vacances en fonction d'un golf, d'habiter sur un golf, ou de jouer 365 jours par an. Dans notre vocabulaire, le mot addiction est souvent associé à quelque chose de négatif, mais admettons ensemble que l'addiction au golf a peut-être plus de vertu que l'addiction à un produit nocif pour la santé. Peut-on d'ailleurs réellement parler d'addiction à propos du golf ?  Quels sont les signes qui la révèlent ? Ce sont les questions que je me suis posée en écoutant des conversations entre golfeurs et golfeuses. Est-ce parce que c’est un sport qui combine le cérébral et physique à parts égales ? Pour préparer ce sujet, j'ai interrogé deux experts, le docteur Prétagut, chef de service addictologie en psychiatrie, et responsable de la consultation de psychopathologie du sport au CHU de Nantes, ainsi que Stéphane Mourgue, Head Coach du Golf de Manville, avec une spécialisation sur la Préparation mentale au golf, et ex-entraîneur national. 

Découvrez nos formules d'abonnements

Pourquoi aimez-vous le golf ? Jusqu’à quel point êtes-vous passionné par ce jeu ? 

Peut-être ne vous posez vous plus ces questions, tant vous êtes déjà immergé dans la peau d’un golfeur ou d’une golfeuse. 

Combien d’heures consacrez-vous au golf ?

Pour une grande majorité de licenciés, le golf est d’abord un loisir, et représente une pratique occasionnelle, d’avril à octobre. 

Sans étude officielle à ce sujet, on entend souvent, que de 10 à 20% des licenciés composeraient en fait le bataillon des golfeurs les plus assidus, joueurs et joueuses par tous temps, et toutes saisons. 

Qu’est-ce qui a fait le déclic ? 

Pour le préparateur Stéphane Mourgue, « On rêve tous de cette balle que l’on a tapé une fois en 1984 qui était parfaite et qui a entraîné un birdie incroyable. L’addiction au golf, c’est cette volonté ou désir intense de retrouver l’adrénaline provoquée par ce coup magique, finalement réalisé une seule fois dans sa vie, et avec la fausse croyance que le golf est un sport où la régularité est possible. » 

Chaque golfeur ou chaque golfeuse a donc certainement un coup, un moment, un souvenir qui a déclenché cette passion, cette addiction. 

Du propos du préparateur mental, nous pouvons retenir que c’est avant-tout une quête personnelle, la recherche du fait de se faire plaisir pour exister par rapport aux autres, et exister à travers une performance. 

Recréer un sentiment euphorisant ! 

A quoi reconnait-on un golfeur addict ?

Le Wall Street Journal a un jour révélé dans un article que de nombreuses célébrités avaient troqué de mauvaises habitudes (drogue et alcool) avec un 18 trous. Ils avaient cité par exemple Alice Cooper, qui avait déclaré avoir remplacé son whisky pour 36 trous tous les jours !

Vous savez que vous êtes justement un fanatique de golf quand le dimanche, au moment de choisir un restaurant au hasard, vous proposez votre club-house du golf où vous jouez régulièrement !

Si votre humeur est lié aux résultats de vos parties de golf, alors vous pouvez vous demander si vous n'êtes pas addict au golf.

Aux Etats-Unis, le docteur Alan Shapiro, Psychologue de golf de renom, auteur du livre Golf Mental Hazards a ainsi expliqué que la façon à laquelle nous réagissons par rapport au jeu, est un indicateur clé du stade où le golf vous a emporté.

Il a observé des golfeurs dont l'humeur était en relation directe avec le score, et parfois même des dépressions.

Un autre signe qui ne trompe pas, et affecte directement votre lieu de vie : Vous avez construit un putting-green dans votre jardin !

Tout comme le fait de chercher des lieux de vacances en fonction des parcours les plus proches...

Enfin, l'argument ultime, c'est sans doute le fait de chercher une voiture avec un coffre adapté en priorité pour les clubs de golf... Beaucoup de ces propositions peuvent vous prêter à sourire, et ne révèlent pas une pathologie inquiétante, peut-être juste une passion.

Les gens passionnés sont aussi le plus souvent les personnes les plus passionnantes... Cela étant, il s'agit de signes distinctifs, pas encore l'explication ou la cause de cette passion.

C'est encore Stéphane Mourgue qui nous apporte la réponse la plus intéressante à ce sujet.

Le coach précise « Je ne sais trop pourquoi mais le plus souvent, on se souvient d’un bon coup tapé au 18, peut-être à un moment de lâcher-prise après 17 trous à souffrir avec son jeu, et de toute la partie, on ne va se souvenir que de ce coup précis. » 

Au-delà de tout aspect médical, plus positivement, Stéphane Mourgue rappelle des valeurs dans lesquelles beaucoup d’entre vous se reconnaîtront : « On va et retourne au golf pour retrouver des amis, découvrir des parcours magnifiques, et en fait partager du bon temps. » 

Peut-on alors parler d'addiction ? Si oui, alors parlons d'addiction au plaisir !

Toutefois, j'ai eu envie d'entendre un spécialiste en addiction, pour en comprendre les mécanismes, et découvrir par exemple que le golf pouvait aussi être un remède à une autre addiction...

Le début de mon entretien avec le Docteur Prétagut a d’abord porté sur les addictions au sens large, le sport, et enfin le golf. 

Qu’est-ce qui rend un sport addictif ? 

Les consultations liées à l’addiction au sport représentent 80% du temps clinique du Dr. Stéphane Prétagut. 

Cette unité travaille essentiellement sur des sportifs de haut niveau, ou en sport-étude tous sports confondus, car il nous explique que c’est à l’adolescence que les pathologies s’installent. 

Il estime qu’entre 20 et 25% des sportifs de haut niveau nécessitent un suivi psychologique toutes problématiques confondues (addictions, stress, troubles alimentaires…)  1 patient sur 10 suivi en alcoologie au service addictologie du CHU de Nantes a d'ailleurs été sportif à un niveau au moins national. 

Il y a effectivement des sports plus sujets aux addictions pour des personnes fragiles que d’autres.

Les sports individuels semblent d’ailleurs plus à risques, et moins protecteurs selon le psychiatre. 

« Le problème avec les addictions au sport, c’est qu’elles sont dites « positives », acceptées et valorisées par la société. La performance est encensée par le public, on demande à quelqu’un qui gagne de continuer à gagner. »  

Il nous explique que ce n’est pas tant le sport ou l’objet de l’addiction qui est responsable de la pathologie, mais bien les fragilités inhérentes aux personnes qui le consomme. 

L’addiction visible est celle qui exclue les sportifs des terrains, celles qui se voient par des blessures causées par des entraînements trop intensifs, une perte de poids trop importante, des problèmes de santé liés à la pathologie… 

« Le sport est un espace visible puisque l’objet même du sport est d’exister au yeux des autres. » 

Lorsque l’addiction n’est pas perceptible, elle se déclare parfois 15 ou 20 ans après avoir arrêter le sport, et se développe par la suite dans d’autres domaines comme l’alcool, la consommation de stupéfiants, de produits dopants, jeux d’argent etc. 

Elle se caractérise par une recherche de maîtrise de plus en plus poussée, une pratique trop intensive avec des entraînements trop longs, une pression extérieure venant du milieu dans lequel le sportif évolue, mais aussi intérieure du sportif lui-même. 

Ci-dessous, après recherches, j’ai listé quelques facteurs favorisant l’addiction à un sport : La répétition à haute fréquence des gestes, la prise de conscience de ses capacités provoque une hausse de l’estime de soi, les modifications corporelles accomplies grâce à cette activité, la libération d’endorphines, la pression extérieure et intérieure, le besoin de notoriété, de reconnaissance, la recherche de la performance, et le sentiment de satisfaction 

Le golf est-il un sport addictif ? 

Concernant le golf, l’addictologue ne le qualifierait pas comme un sport à risques d’addictions, car selon lui, c’est une activité, qu’il qualifie « sans engagement physique » et « plus cérébrale ». 

Il précise « Ce n’est pas un sport brutal ni agressif comme la boxe » 

Il admet cependant timidement que la durée des entraînements et des parcours peuvent en faire un sport d’endurance, qui eux sont, plus susceptibles de développer des comportements addictifs que les autres. 

Est-ce parce que l’addiction au golf n’est peut-être pas forcément visible de l’extérieur ? 

Ou parce que les golfeurs ne s’interrogent pas sur la véritable nature de leur « addiction » ?   

Où franchit-on la limite entre passion dévorante et réelle addiction ? 

La pathologie d’addiction liée à l’activité physique apparaît lorsque l’on ressent un manque alors que le sportif pratique déjà de manière assez soutenue le sport. 

Elle se remarque également quand tous les autres centres d’intérêts et loisirs tournent aussi autour du sport en question (présence sans limite aux manifestations sportives, salons…). 

Aussi, certaines personnes « addictes » cherchent souvent un partenaire du même milieu qu’elle, afin de partager leur passion encore plus. 

Des troubles du comportements ou encore alimentaires peuvent également être les conséquences d’une pathologie. 

Le Dr. Prétagut nous explique qu’au golf, si addiction il y a, elle se traduirait par la recherche du circuit de récompense. 

C’est le système de neurotransmetteurs qui est activé par le besoin d’assouvir le manque et le besoin qui s’est créé, alimenté par la satisfaction de la performance (ou bien la frustration). 

De nombreux facteurs peuvent faire du golf un sport addictif. 

La complémentarité entre le mental et la concentration nécessaires au golf couplée à l’activité physique pourraient être des éléments déclencheurs d’une addiction. 

Tout comme le fait que le golf remplie un rôle social important pour les joueurs, puisque c’est un sport individuel dans sa pratique, mais aussi collectif puisque les parties se font à plusieurs. 

Il permet donc de se faire des ami(e)s, communiquer entre les trous, c’est un sport qui forge les liens, et qui ne s’apprécie pas uniquement seul. 

La marche est également un facteur à ne pas négliger, puisqu’un 18 trous fait environ 7 kilomètres, et qu’il est connu que la pratique de la marche au grand air libère des endorphines (appelées aussi « hormones du plaisir ») qui sont des hormones sécrétées par le cerveau provoquant une sensation de bien-être. 

L’environnement du golf est donc aussi un élément qui peut favoriser ce phénomène addictif, puisque se balader dans la nature n’est pas seulement bon pour l’organisme, c’est aussi un excellent anti-stress.

Le golf, addiction ou solution ? 

Malgré sa réticence à parler du golf comme d’un sport « addictif », le Dr. Prétagut nous confie toutefois que certains de ses patients, pour se sortir de leurs addictions aux stupéfiants, alcool et autres, se mettent au sport. 

Dans le programme addictologie au CHU de Nantes, les patients dépendants sont pris en charge à travers différentes activités physiques adaptées, et surtout ré-adaptées. 

Parmi ces activités, encadrées par des professionnels et des infirmiers, se trouve en effet le golf. 

« Le golf s’avère être un espace de réadaptation intéressant pour les patients addicts. Il permet de retrouver les sensations de son corps en mouvement par exemple. » 

Une étude suédoise réalisée à l’université de Karolinska Instituet affirme que, parmi les golfeurs et golfeurs qui jouent régulièrement,  on remarque une augmentation de l’espérance de vie de 5 ans.

Sur 300 000 golfeurs, il a été prouvé que leur taux de mortalité était de 40% moins élevé que chez les non-golfeurs du même âge. 

Cela peut s’expliquer par le fait que la concentration requise au golf permet de mettre ses pensées du quotidien de côté, ce qui diminue l’anxiété des joueurs. 

Le besoin social assouvi par le golf réduirait également le risque de dépression. 

La pratique du golf apporte donc bien de nombreux bienfaits à prendre en compte dans la balance.

Le golf est d’abord addictif, car il est bien plus qu’un sport, c’est aussi un mode de vie !

Restez informé

Recevez notre newsletter
(Note moyenne de 5 sur 2 votes)

Vous ne pouvez pas poster de commentaires si vous n'êtes pas membre du site.