Quand un golfeur s’autodétruit sur le parcours de golf…

A l’occasion d’une partie en compétition de classement, j’ai eu l’occasion de jouer avec deux autres golfeurs amateurs classés autour de 15 d’index. Tous les deux en vacances, ils découvraient le parcours de Mionnay pour la première fois, et s’étaient lancés un défi entre eux : Ils jouaient en match-play l’un contre l’autre. Assez rapidement, au bout de seulement quelques trous, l’un des deux joueurs a littéralement explosé, et passé une journée de golf décevant. Tout n’est pas qu’une question de technique, de physique ou de tactique…

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Disputer une compétition, ne serait-ce que de classement, sur un parcours que l’on n’a jamais joué est peut-être courageux ou téméraire, surtout quand quelque part, même sans l’affirmer tout haut, le joueur espère sortir du 18eme trou, avec un score flatteur.

La grande majorité des parcours de golf en France présentent leurs difficultés, et surtout leurs subtilités.

Mionnay, près de Lyon, dans l’Ain, n’échappe à cette règle avec un premier trou en dog-leg droit, le bord gauche du fairway fermé par la forêt, et la deuxième partie du fairway qui descend jusqu’au green.

Une différence que j’ai pu noter, mais vous aussi sans doute, entre des joueurs qui jouent régulièrement moins de 80 sur un parcours, et ceux qui jouent moins de 90 ou plus, c’est qu’ils essaient le plus possible de repérer un parcours, avant de disputer le moindre match à enjeu.

Toujours au contact d’une joueuse en université américaine, j’ai pu constater que le parcours de repérage allait jusqu’à noter les pentes des greens, et le sens de roulement depuis plusieurs positions.

Cela étant, cet article n’est pas à propos d’un parcours de repérage, ou du fait d’éviter de faire une compétition sur un parcours que l’on découvre.

Pendant que je réalisais ma partie, j’ai tout de même eu le temps d’observer le jeu de mes partenaires, et la façon dont ils abordaient cette partie.

Si le premier nommé a déroulé son style de jeu (joueur de cut), est resté calme pendant 18 trous, et n’a finalement perdu que peu de coups par moindre connaissance du terrain, c’est surtout le second nommé qui nous intéresse ici, un golfeur parisien, plus habitué à jouer à Bussy, en région Parisienne.

Je n’ai pas tout de suite noté qu’entre les deux joueurs, en plus du match contre le parcours, ils disputaient leur habituel match l’un contre l’autre, le traditionnel match-play.

Si le premier nommé était classé autour de 13, le second était plutôt 15.  Pourtant, à la fin de la partie, plus que 2 coups d’écarts, il y avait un monde d’écart sur la façon de jouer, et fatalement sur le score.

De mon point de vue, l’index ne veut pourtant pas dire grand-chose, et n’explique pas que l’un a joué autour de 85 coups, et le second plutôt autour de 100, soit 15 coups de plus, et près du double de son « index ».

En réalité, au fur et à mesure de la partie, j’ai vu ce joueur littéralement s’autodétruire, et faire à peu près tout ce qu’il ne faut pas faire.

C’est ce qui m’a motivé à vous raconter cette histoire authentique, qui plus qu’un conseil pour améliorer votre technique, est très instructif, et justement sans changer son jeu, ou sa technique.

Pour un golfeur qui joue entre 90 et 100 sur un parcours de 18 trous, l’une des principales limites de son jeu, souvent prouvées ou démontrées par les statistiques, c’est le fait d’être trop court du green pour les toucher en régulation.

Trop court ? Ce n’est pas toujours qu’un problème de distance, mais aussi parce que le joueur ou la joueuse alterne entre coups trop à gauche, et coups trop à droite, voyageant d’une difficulté à une autre, entre rough, et obstacles.

Ce fut le cas de notre golfeur en exemple.

Sur beaucoup de parcours en France, la marge de tolérance est très faible, et à Mionnay en particulier, si le parcours n’est pas très long, il est relativement étroit avec beaucoup d’arbres dont l’architecte s’est amusé pour dessiner un tracé qui demande technique, et savoir doser entre attaque, et jeu placé.

Le premier problème complètement sous-estimé par notre gentil cobaye, c’est justement le fait qu’il ai occulté cette difficulté.

Prenons un autre exemple, et que je tiens d’un interview avec un golfeur professionnel, et sur un parcours d’une difficulté encore bien pire, le golf national à Saint-Quentin-En-Yvelines.

Ce joueur, Raphael Jacquelin m’avait expliqué que le moindre coup égaré en-dehors du fairway lui demandait, en compétition, de jouer le coup suivant, en se replaçant modestement, avant d’envisager d’attaquer sur un coup suivant.

Un golfeur professionnel joue autour de 70 coups, et pourtant, il sait accepter perdre un coup et se replacer avant d’attaquer, alors que notre golfeur amateur joue tous les coups de la même façon, et se met systématiquement en situation de jouer à 110% sur tous les coups, et quelle que soit la difficulté.

Il y a quelques années en arrière, je me souviens d’un article sur JeudeGolf, où l’un de nos consultants, parlait de colorer chaque coup à jouer en vert, orange, et rouge.

Un coup « feu vert » était un coup à jouer sans crainte, tandis qu’un coup « feu rouge » est un coup vraisemblablement d’une difficulté maximum, et qui invite à explorer une autre possibilité plus raisonnable.

Le coup « feu orange » entre les deux, peut entraîner un débat, un choix 50/50.

Dans le cas de notre golfeur en exemple, il n’a sans doute pas lu cet article, et n’a jamais pris cette mesure de toute la partie, jouant tous les coups de la même manière, et avec une certaine témérité.

Cela pourrait paraître courageux, mais en fait, cela ne l’était pas. C’était simplement irréfléchi et présomptueux.

C’est l’une des choses que j’observe assez régulièrement quand je joue, beaucoup d’amateurs qui jouent plus de 80 ont tendance à surestimer leur force quand il faudrait au contraire, jouer de manière plus maligne.

Il n’y a pas qu’une seule manière de bien jouer au golf. La technique n’est pas le seul moyen pour y parvenir. Connaître ses forces et ses faiblesses, et en jouer, est un très bon moyen de rendre de très bons scores.

Je vais prendre un exemple concret pour l’illustrer.

Toujours notre joueur au trou numéro 15, après avoir passé la journée à taper plutôt des mauvais coups, s’être plaint de son putting, et être déçu de sa partie, arrive devant une situation révélatrice.

Sur un par-5 en dog-leg droit avec plus de 150 mètres d’obstacle d’eaux à passer pour atteindre le green en seulement deux coups, notre joueur se retrouve trop enfermé sur la partie droite du fairway avec une infime « fenêtre » pour attaquer le green en deux.

Pour deux raisons, c’est un coup « feu rouge » : D’une part, la difficulté du coup à jouer surpasse tous les coups qu’il a eu à jouer précédemment, et qu’il n’a pas réussi à faire. D’autre part, pendant 15 trous, il n’a pas réussi de coups qui auraient pu le mettre en confiance.

C’est l’autre problématique que nous les amateurs nous devrions mieux prendre en compte : Savoir quand les choses ne vont pas, diminuer notre niveau de pression, notre objectif, et se remettre progressivement dans une zone de confiance.

Taper des fers plus courts que des drives… se fixer pour objectif de taper des coups plus courts, mais plus droits, pour éviter les pièges sur les abords d’un fairway.

Dans le cas de notre joueur, dans une sorte de défi perpétuel envers lui-même et les golfeurs dans sa partie, au lieu de jouer pour un par ou un bogey raisonnable, il a donc tenté un coup d’un autre niveau, et sans vous faire de suspense, envoyer la balle 30 mètres plus loin dans l’eau, après une gratte.

Tout au long de cette partie de golf, ce golfeur, à travers une mauvaise approche du jeu de golf, s’est en réalité auto-détruit.

Il a passé une bonne partie de la journée à tenter des coups « feu rouge » même pour un golfeur professionnel, et sans construire le début de la confiance dont nous avons tous besoin pour avancer sur un parcours.

Jouer un match-play est une superbe manière de s’amuser, se défier, et essayer de se dépasser sur un parcours de golf.

Certes, cela ne se joue pas de la même manière qu’une partie en stableford ou en stroke-play, mais je crois qu’il faut savoir prendre du recul sur soi, son jeu, et le parcours, pour s’enlever de la pression, et en fait « revenir » dans la partie.

Au trou 13, je me souviens l’avoir entendu dire « la partie est fini, je suis déjà 3 down »

Ne vous méprenez pas, je ne critique pas ce joueur pour le rabaisser. En fait, je trouve dommage pour lui qu’il n’est pas su casser une spirale négative qui a duré 18 trous, en changeant de « braquet » au bout de quelques trous.

La morale de cette histoire est que le golf n’est pas que technique, physique, tactique ou mental. Le golf, c’est aussi une question de prendre du recul sur soi, prendre de la hauteur par rapport aux événements, savoir s’évaluer, et évaluer les difficultés.

Il n’y a pas qu’une seule manière de jouer un trou, et de faire le meilleur score possible. C’est la beauté de ce jeu que de pouvoir élaborer différentes solutions, et prendre différents chemins.

En résumé, pendant cette partie, j’ai littéralement vu ce joueur s’autodétruire tout seul, s’envoyer des messages négatifs, et enchaîner des coups finalement en-dessous de son potentiel réel.

Ce n’est pas le parcours ou sa technique qui l’ont abîmé, mais vraiment son manque de mise en perspective de sa technique par rapport au parcours, et à l’événement de sa compétition ou de son match-play.

Je crains que l’on apprenne trop souvent aux golfeurs et aux golfeuses à taper dans une balle de golf, à enchaîner les heures de practices, mais pas assez à jouer au golf.

Jouer, c’est en prendre en compte d’abord l’environnement, et s’évaluer dans cet environnement.

De grâce, ne vous auto-détruisez pas en cherchant seulement à taper dans la balle le plus fort, et le plus loin possible devant vous.

Rater des coups, c’est le lot de tous les golfeurs dans un jeu où on rate plus qu’on ne réussit.

Je ne suis pas un professeur de golf, ni un golfeur au-dessus des autres, c’est juste le récit de ce que j’ai vu, et j’ai la conviction que cet exemple pourrait aider beaucoup de joueurs et de joueuses, plutôt qu’un conseil purement technique.

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